L’Arabie saoudite «s’apprête à jouer un rôle majeur dans les médias mondiaux», déclare Alaa Fadan, PDG de Telfaz11

Alors que l’environnement de streaming devient de plus en plus chargé, le public recherche un contenu local de qualité, ce qui rend d’autant plus important pour le Moyen-Orient de favoriser les talents locaux, déclare le PDG. (Fourni)
Alors que l’environnement de streaming devient de plus en plus chargé, le public recherche un contenu local de qualité, ce qui rend d’autant plus important pour le Moyen-Orient de favoriser les talents locaux, déclare le PDG. (Fourni)
Le studio saoudien Telfaz11 et le centre de production médiatique du Royaume NEOM ont signé ce mois-ci un accord pour coopérer sur plus de neuf productions télévisuelles et cinématographiques au cours des trois prochaines années. (Fourni)
Le studio saoudien Telfaz11 et le centre de production médiatique du Royaume NEOM ont signé ce mois-ci un accord pour coopérer sur plus de neuf productions télévisuelles et cinématographiques au cours des trois prochaines années. (Fourni)
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Publié le Samedi 10 juin 2023

L’Arabie saoudite «s’apprête à jouer un rôle majeur dans les médias mondiaux», déclare Alaa Fadan, PDG de Telfaz11

  • Le partenariat de Studio avec NEOM réalisera plus de neuf productions télévisuelles et cinématographiques au cours des trois prochaines années

DUBAÏ: Le studio saoudien Telfaz11 et le centre de production médiatique du Royaume NEOM ont signé ce mois-ci un accord pour coopérer sur plus de neuf productions télévisuelles et cinématographiques au cours des trois prochaines années.

«Nous sommes ravis de nous lancer dans ce partenariat avec NEOM et de faire partie de leur mission de créer un nouveau centre médiatique de classe mondiale en Arabie saoudite», a récemment déclaré le PDG de Telfaz11, Alaa Fadan, à Arab News.

Ce partenariat «réaffirme la vision fondamentale et l’ADN de Telfaz11 consistant à investir dans la culture créative» et offre à l’entreprise «de nouvelles opportunités de croissance et d’innovation», a-t-il ajouté.

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Le studio saoudien Telfaz11 et le centre de production médiatique du Royaume NEOM ont signé ce mois-ci un accord pour coopérer sur plus de neuf productions télévisuelles et cinématographiques au cours des trois prochaines années. (Fourni)

Deux longs métrages et une série télévisée sont déjà en développement, et quelques autres projets ont également été identifiés.

Telfaz11 a «une longue liste de projets prévus pour les trois prochaines années» et travaillera avec NEOM pour sélectionner les projets qui seront mis en œuvre dans le cadre de l’accord, a révélé Fadan.

 

EN BREF

  • L’année dernière, la Saudi Film Commission a annoncé le programme de financement Daw dédié au soutien des productions et des talents locaux.
  • Cette année, le Fonds de développement culturel d’Arabie saoudite a lancé un programme de financement du secteur cinématographique de 234 millions de dollars (1 dollar américain = 0,93 euro) ainsi qu’un fonds de 100 millions de dollars pour le secteur cinématographique afin de favoriser la croissance des médias nationaux.
  • Le Royaume a fait des progrès remarquables ces dernières années, porté par des initiatives visionnaires axées sur le développement des secteurs des médias et du divertissement, affirme le PDG.
  • En 2021, l’Arabie saoudite a généré 238 millions de dollars de recettes au box-office, contre seulement 112 millions de dollars en 2019, selon le cabinet d’études Omdia.

 

Au-delà de la production, l’entreprise ouvrira également un bureau à NEOM d’ici la fin de l’année, ce qui «fait partie d’un mouvement stratégique qui facilitera notre vision d’expansion dans le Royaume», a affirmé Fadan.

La présence physique de Telfaz11 à NEOM lui permettra «d’accroître la collaboration avec d’autres partenaires de l’industrie, d’améliorer le partage des connaissances et d’accéder à des installations de pointe».

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Alaa Fadan, PDG de Telfaz11

Enfin, les deux entités travailleront sur des «programmes de développement des talents multidisciplinaires» dans le cadre du partenariat, «créant un vivier de talents dynamiques à travers toute la chaîne de valeur et offrant de solides opportunités de carrière aux diplômés».

Ils travailleront avec des experts locaux et internationaux pour concevoir des programmes dans différents domaines de la production cinématographique, notamment l’écriture de scénarios, la formation à la production sur le plateau de tournage, etc.

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L’économie créative du Royaume a toutes les chances de réussir avec des investissements majeurs dans les industries des médias, du cinéma et du divertissement. (Fourni)

Alors que l’environnement de streaming devient de plus en plus chargé, le public recherche un contenu local de qualité, ce qui rend d’autant plus important pour le Moyen-Orient, et l’Arabie saoudite en particulier, de favoriser les talents locaux.

«Nous sommes au cœur d’un investissement massif dans le streaming, stimulant la croissance explosive du divertissement dans la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) et nous constatons que cela entraîne une augmentation des investissements dans le contenu local», a déclaré Fadan.

« Alors que la demande de contenu de qualité augmente, cela renforce l’importance de notre travail et nous motive à relever continuellement la barre en termes de créativité et de valeur de production ».

Telfaz11 a été le témoin direct du boom du streaming. Elle a été parmi les premières entreprises locales à signer un accord avec Netflix. En 2020, le géant du streaming a signé un accord pour produire huit films de Telfaz11 après un partenariat réussi sur la collection de courts métrages du studio Six fenêtres dans le désert.

Pour Fadan, le partenariat avec Netflix «présente une étape importante dans la promotion de la narration locale et l’amélioration de la visibilité du contenu saoudien et moyen-oriental dans le monde».

Cependant, il ne se limite pas à Netflix et adopte une «approche polyvalente de la création et de la distribution de contenu», qui comprend des partenariats avec diverses plateformes en vue de répondre à un public plus large avec une variété de contenus, a-t-il expliqué.

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L’économie créative du Royaume a toutes les chances de réussir avec des investissements majeurs dans les industries des médias, du cinéma et du divertissement. (Fourni)

YouTube et d’autres plateformes de médias sociaux sont importants pour l’entreprise qui compte près de 3,5 millions d’abonnés sur la chaîne de partage de vidéos ainsi qu’un partenariat avec la plateforme de streaming Shahid de MBC pour le contenu numérique.

«Nos collaborations avec ces plateformes illustrent notre engagement à atteindre le public via différents canaux», a déclaré Fadan.

Depuis sa création en 2011, a-t-il ajouté, Telfaz11 a pour «mission de cultiver la voix des Saoudiens et de responsabiliser les talents créatifs locaux dans la région».

Le studio s’est efforcé de «libérer le potentiel de l’économie créative de l’Arabie saoudite et de générer de nouvelles opportunités pour les acteurs, les cinéastes, les scénaristes et les créateurs de contenu».

L’économie créative du Royaume a toutes les chances de réussir avec des investissements majeurs dans les industries des médias, du cinéma et du divertissement.

«Ce développement a déclenché une forte augmentation de la demande de contenu de qualité, créant des opportunités pour les sociétés de production comme la nôtre, Telfaz11, afin de contribuer à l’industrie cinématographique en plein essor dans le Royaume ».

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L’économie créative du Royaume a toutes les chances de réussir avec des investissements majeurs dans les industries des médias, du cinéma et du divertissement. (Fourni)

Plus de 30 productions ont été tournées à NEOM au cours des 18 derniers mois, dont Desert Warrior, Dunki et Rise of the Witches.

L’année dernière, la Saudi Film Commission a annoncé le programme de financement Daw dédié au soutien des productions et des talents locaux. Et cette année, le Fonds de développement culturel de l’Arabie saoudite a lancé un programme de financement du secteur cinématographique de 234 millions de dollars ainsi qu’un fonds de 100 millions de dollars pour le secteur cinématographique afin de favoriser la croissance des médias nationaux.

Ce ne sont là que quelques-unes des initiatives annoncées par le Royaume, ainsi, « l’Arabie saoudite est sur le point de jouer un rôle important dans le paysage médiatique mondial, à la fois dans la création et la production de contenu ».

« Le pays a fait des progrès remarquables ces dernières années, porté par des initiatives visionnaires axées sur le développement des secteurs des médias et du divertissement ».

En 2021, l’Arabie saoudite a généré 238 millions de dollars de recettes au box-office, contre seulement 112 millions de dollars en 2019, selon le cabinet d’études Omdia.

En outre, les recettes au box-office dans le Royaume devraient dépasser le milliard de dollars d’ici 2020, ce qui en fait l’un des 20 premiers marchés du cinéma au monde, selon un autre rapport.

« La combinaison d’histoires diverses, d’avancées technologiques et de collaborations internationales accrues positionne l’Arabie saoudite comme une force émergente dans le paysage médiatique mondial », assure Fadan.

 


À l’Institut du monde arabe, Andaloussiyat 2026 célèbre les musiques arabo-andalouses du Maroc

Festival Andaloussiyat 2026 — Une célébration des musiques arabo-andalouses du Maroc à l’Institut du monde arabe. (Photo: fournie)
Festival Andaloussiyat 2026 — Une célébration des musiques arabo-andalouses du Maroc à l’Institut du monde arabe. (Photo: fournie)
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  • Le festival Andaloussiyat 2026 met à l’honneur les musiques arabo-andalouses marocaines à Paris à travers concerts, ateliers et conférences
  • La tradition Al Ala, emblématique du Maroc, illustre un patrimoine musical vivant transmis depuis des siècles

PARIS: L’Institut du monde arabe met en lumière un héritage musical séculaire à travers la deuxième édition du festival Andaloussiyat, organisée du 29 mai au 3 juin 2026. Après une première édition, ce rendez-vous s’inscrit dans un cycle de trois ans visant à explorer les richesses des musiques arabo-andalouses du Maghreb. Pour cette édition, le Maroc est à l’honneur.

Née dès le VIII siècle de la rencontre entre les traditions musicales de l’Orient arabe et celles de la péninsule ibérique, la musique arabo-andalouse se distingue par sa profondeur poétique et sa complexité musicale. Au Maroc, elle trouve une expression particulièrement raffinée dans la tradition Al Ala, transmise de génération en génération par des maîtres musiciens et des orchestres prestigieux.

En partenariat avec l’Association des amateurs de la musique andalouse du Maroc (AAMAM), le festival réunit sur la scène parisienne des figures majeures de ce patrimoine vivant. Concerts, ateliers et conférences permettront au public de découvrir cette tradition dans toute sa richesse.

Le programme s’ouvre le 29 mai avec un concert d’Ali Rebbahi, suivi notamment par l’Association des Ambassadeurs de la Musique Andalouse Marocaine en France, les Haddarates de Chefchaouen, ainsi que l’Orchestre de Rabat dirigé par Mohamed Amine Debbi avec Bahaa Ronda. Le festival se clôturera le 3 juin avec une conférence consacrée à une anthologie de la musique Al Ala, suivie d’un concert de l’Orchestre Rawafid sous la direction d’Omar Metioui.

Au-delà des concerts, des ateliers de pratique animés par Qaïs Saadi offriront une immersion directe dans cet art musical. Avec Andaloussiyat, l’Institut du monde arabe confirme son rôle de passeur culturel entre les rives de la Méditerranée, célébrant une tradition toujours vivante.


À l’IMA, deux historiens s’accordent: la Palestine n’est pas un conflit mais une guerre coloniale

Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
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  • Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle
  • Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées

PARIS: Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ».

D’emblée, une grande complicité et une admiration réciproque se dégagent entre Laurens, spécialiste du monde arabe et auteur de l’ouvrage intitulé « Question juive, problème arabe », et Khalidi, de passage à Paris à l’occasion de la publication en français de « Cent ans de guerre contre la Palestine », paru aux États-Unis en 2020.

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C’est ce lien personnel entre les deux intervenants qui a donné lieu à un dialogue fluide, dense mais sans concessions, qui ne se contente pas de revisiter l’histoire, mais propose un changement de regard.

IMA

Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle.

Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées.

Il ne s’agit pas simplement d’une rivalité nationale entre deux peuples vivant sur une même terre, mais d’un projet d’implantation soutenu par des puissances extérieures, inscrit dans une logique coloniale classique.

Loin d’être un accident de l’histoire, ce processus répond à une dynamique structurée, progressive et profondément politique, dont le moment fondateur reste la Déclaration Balfour.

Avec le soutien du Royaume-Uni à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine, cette déclaration transforme une aspiration politique en projet réalisable. Khalidi insiste : sans cet appui impérial, le mouvement sioniste n’aurait pas pu s’imposer de cette manière. Il rappelle les démarches antérieures de Theodor Herzl auprès des grandes puissances, restées infructueuses, jusqu’à ce que Chaim Weizmann obtienne le soutien britannique.

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Les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. (Arlette Khouri)

À cette lecture, Henry Laurens n’oppose pas un refus, mais une mise en perspective. Il propose de remonter à 1908, moment charnière où émergent à la fois une conscience politique palestinienne et les premières tensions ouvertes autour de la présence sioniste.

Laurens insiste sur un point fondamental : le conflit est international dès l’origine. Il ne se joue pas seulement sur le territoire de la Palestine mandataire, mais aussi dans les capitales européennes, au sein des institutions internationales et, plus tard, dans les équilibres de la guerre froide.

Sur ce point, les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. La période du mandat britannique illustre parfaitement cette imbrication, notamment à travers la répression des révoltes palestiniennes — en particulier celle de 1936-1939 — menée en grande partie par les forces britanniques.

Pour Khalidi, cela confirme que la guerre n’oppose pas seulement deux acteurs locaux, mais qu’elle met en jeu une alliance entre projet sioniste et puissance impériale.

Laurens souligne pour sa part un aspect lié au langage : la Déclaration Balfour ne mentionne pas les Palestiniens en tant que peuple, évoquant simplement des « communautés non juives ». De même, le mandat britannique parle des « indigènes », un vocabulaire qui traduit une invisibilisation politique caractéristique des contextes coloniaux. Selon lui, le peuple palestinien, en tant que sujet politique, mettra des décennies à être reconnu comme tel, y compris dans le monde arabe.

Les deux historiens s’accordent également à souligner la coexistence de ruptures et de continuités. Les accords d’Oslo, par exemple, apparaissent comme un moment charnière.

Pour Khalidi, ils constituent à la fois une rupture — avec la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP — et l’aboutissement d’un processus engagé dès les années 1970, lorsque les dirigeants palestiniens prennent acte de l’impossibilité d’une solution militaire régionale.

Cette tension entre continuité et rupture se retrouve dans l’analyse des événements les plus récents. Le 7 octobre 2023 marque, selon Khalidi, une rupture par l’ampleur de la violence et le nombre de victimes, tout en s’inscrivant dans une logique ancienne de confrontation.

Double regard

Ce double regard permet d’éviter les simplifications et rappelle que, si rien n’est totalement nouveau, rien n’est strictement identique non plus.

Ainsi, la figure de l’ancien président palestinien Yasser Arafat illustre bien cette complexité. À la fois acteur de la lutte et artisan de compromis, il incarne une période où un certain équilibre interne était encore possible. Sa disparition marque une rupture majeure.

Laurens souligne qu’il était sans doute le seul capable d’éviter une guerre civile palestinienne. Celle-ci éclatera quelques années plus tard, opposant notamment le Hamas à l’Autorité palestinienne, accentuant la fragmentation déjà profonde des rangs palestiniens.

Cette fragmentation constitue l’un des obstacles majeurs à l’écriture d’une histoire cohérente. À ce propos, Khalidi insiste sur l’absence d’archives nationales centralisées, conséquence directe de la dispersion du peuple palestinien.

L’historien doit alors recomposer le récit à partir de sources éparses : archives familiales, témoignages, documents internationaux. Il évoque aussi, plus personnellement, le recours à sa propre expérience — une démarche inhabituelle dans son parcours académique, mais rendue nécessaire par les lacunes documentaires.

Enfin, l’échange s’ouvre sur le présent et ses évolutions. Khalidi observe un changement notable dans l’opinion publique occidentale, en particulier aux États-Unis, où les mobilisations étudiantes, les débats académiques et les campagnes de boycott ont contribué à transformer le regard porté sur la Palestine.

Mais cette évolution s’accompagne, selon lui, d’une réaction tout aussi forte : une restriction croissante de la liberté d’expression, qu’il n’hésite pas à comparer au climat du maccarthysme.

Le dialogue s’achève sur une question plus large : que révèle la question de la Palestine pour le monde contemporain ?

Pour Khalidi, elle constitue l’un des derniers avatars d’une histoire coloniale que l’on croyait révolue. Pour Laurens, elle reflète un conflit profondément inscrit dans les dynamiques internationales.


Chez le chef français Alain Passard, le végétal radical

Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
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  • "Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef
  • "Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans

PARIS: Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive.

"Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef.

"Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans, quelques mois après avoir annoncé tourner une page dans l'histoire de son mythique restaurant parisien l'Arpège, ouvert il y a 40 ans dans le quartier des ministères.

La protéine animale était déjà devenue discrète dans les assiettes du chef, qui avait banni la viande rouge en 2001. Alain Passard, qui avait pourtant bâti sa carrière et sa réputation sur la grande tradition de la rôtisserie française, se disait "dés-inspiré".

Sa nouvelle religion, il la fonde depuis 2001 en cultivant ses potagers privés à travers la France, et dans la saisonnalité.

"La nature a tout écrit. Par exemple, le poireau en hiver, c'est un produit de la nature fait pour réchauffer. Une tomate, c'est un verre d'eau, c'est fait pour désaltérer", assure-t-il, l'œil bleu pétillant.

En cuisine, une heure avant le service, c'est l'heure des "potions magiques" : six chaudrons et casseroles, remplies à ras bord de légumes, fanes, herbes, jus et réductions, viennent former le rituel de base de cette cuisine végétale.

Bien-être animal 

En maître des lieux, le "consommé" : une marmite de 10 litres d'un peu tous les végétaux de saison, avec "très peu d'eau, à niveau", la manne qui viendra délayer et faire vivre les sauces du midi.

Ce jour-là, cela viendra nourrir un consommé de céleri, qui fait presque sentir la viande ou une sauce au vin jaune, grasse, épaisse, à en rappeler le beurre, et un velouté de cresson bien iodé, sans avoir jamais connu la moindre goutte d'eau de mer.

Dans la nouvelle cuisine d'Alain Passard, très peu d'épices. Aucune "poudre de perlimpinpin", dit-il, peu de condiments et, en dehors des légumes, feuilles et fruits du potager, quasiment pas de céréales ou légumineuses.

Alain Passard plonge dans cet inconnu au moment exact, l'été dernier, où le seul chef triplement étoilé vegan au monde, Daniel Humm, à New York, remet la protéine au menu.

"Le moment est bon, la société est réceptive au respect des saisons, à la lutte contre le gaspillage alimentaire ou le bien-être animal", répond Alain Passard.

"Mais ce n'est pas politique, c'est artistique", ajoute le patron de l'Arpège, collectionneur d'art et peintre à ses rares heures perdues.

Nouvelles bases 

Mais dans la profession, ce modèle de restaurateur indépendant qui travaille seul et ne quitte jamais son établissement, devient parfois incompris. "Ils ne m'ont pas épargné : à la cérémonie du (guide gastronomique) Michelin, il y en a que je connais depuis 40 ans qui ont refusé de me saluer", dit-il en serrant les lèvres.

"Ce n'est pas leur conception de la cuisine", poursuit-il, alors que s'affirme en France un courant de chefs plus "identitaire", replié sur les traditions culinaires.

"Quand on va chez Alain, il faut oublier tout ce que l'on sait, il faut arriver vierge et être prêt à vivre quelque chose d'unique", le défend auprès de l'AFP le chef triplement étoilé Emmanuel Renaut.

En octobre, le critique Stéphane Durand-Souffland repart de l'Arpège "furieux qu'on ait essayé, moyennant une addition à 495 euros pour un couvert, de nous faire prendre des rince-doigts pour des lanternes", écrit-il dans le Figaro.

À l'AFP, il explique quelques mois plus tard avoir attendu dans le médiatique parti-pris de l'Arpège "un manifeste, sans avoir la révolution espérée".

"Quand on change autant de paradigme, il faut remonter une cuisine, prendre d'autres bases", dit le chroniqueur, citant les traditions culinaires végétaliennes de l'Inde au Japon.

"Je suis dans ce métier depuis 40 ans, je connais ma musique, mon solfège", répond Alain Passard, persuadé qu'il faut qu'on "fasse une place" dans la cuisine française au végétalisme.