L'économie locale de Washington, chamboulée par le télétravail des fonctionnaires

Un homme passe devant un espace commercial vide dans un immeuble de bureaux à Washington (Photo, AFP).
Un homme passe devant un espace commercial vide dans un immeuble de bureaux à Washington (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 11 juin 2023

L'économie locale de Washington, chamboulée par le télétravail des fonctionnaires

  • La ville de Washington évalue à un demi-million de dollars sur les trois prochaines années ses pertes en impôts
  • La maire démocrate de Washington, Muriel Bowser, déploie des trésors d'imagination pour faire revenir du monde dans le centre-ville

WASHINGTON: Les gros embouteillages ne sont plus qu'un lointain souvenir à Washington. Près d'un tiers des employés de la capitale des Etats-Unis travaillent pour le gouvernement et sont toujours largement en télétravail, ce qui infuse sur l'ensemble des secteurs et bouleverse l'économie locale.

"Le marché des bureaux à Washington est en train de mourir", a dit à l'AFP Chris LeBarton, directeur des analyses de marché de la société de données immobilières CoStar.

L'écosystème de la capitale fédérale américaine, qui abrite la Maison Blanche, les ministères et services fédéraux, repose sur la présence du personnel du gouvernement. Sans eux, pas de fournisseurs de services, ni avocats, ni lobbyistes, ni ONG...

Le centre-ville de Washington, historiquement "moteur économique" de la ville, est composé à 90% de bureaux, dont un quart pour le gouvernement fédéral, a précisé la mairie à l'AFP par courriel.

"Le travail à distance soutenu (...) s'est traduit par une baisse de l'utilisation des bureaux et des taux d'inoccupation commerciale du centre-ville à des niveaux record", de près de 18%, selon un communiqué des services de la ville.

Faire revivre les bureaux du centre-ville ? "Si vous ne pouvez pas ramener le gouvernement fédéral à Washington, même trois jours par semaine, bonne chance", avertit Chris LeBarton.

Par conséquent, les bureaux des entreprises privées de Washington sont, en moyenne sur la semaine, moitié moins remplis qu'avant la pandémie, selon les données de Kastle, qui gère les badges d'entrée de 40.000 entreprises aux Etats-Unis.

Dommages économiques 

La maire démocrate de Washington, Muriel Bowser, déploie des trésors d'imagination pour faire revenir du monde dans le centre-ville.

Et n'a de cesse d'alerter sur les dommages économiques. Début janvier, elle avait exhorté la Maison Blanche à prendre des "mesures décisives", appelant à ramener les employés fédéraux au bureau, ou à permettre à d'autres entreprises d'utiliser ces locaux.

Mi-avril, l'administration de Joe Biden a demandé aux agences gouvernementales de réfléchir à la manière de faire revenir les employés au bureau, tout en maintenant une flexibilité pour le télétravail.

Mais l'opposition est forte.

"L'obligation des employés fédéraux est de mener à bien la mission de leur agence et servir le public américain, pas de fréquenter les restaurants du centre-ville" de Washington, a dit à l'AFP Jacqueline Simon, directrice des politiques à l'American Federal of Government Employees (AFGE), principal syndicat de fonctionnaires.

Angela, 45 ans, est une employée du gouvernement, qui n'est pas autorisée à parler, et ne souhaite donc pas donner son patronyme. Elle se rend au bureau une ou deux fois par mois seulement.

Et, par conséquent, ses dépenses soutiennent l'économie locale autour de chez elle, plutôt que celle du centre-ville: "ce n'est pas comme si je ne déjeunais pas ou ne dépensais pas d'argent dans mon quartier, je ne le fais tout simplement pas dans le centre-ville de Washington", a-t-elle expliqué à l'AFP.

95.000 travailleurs quotidiens en moins 

La ville de Washington évalue à un demi-million de dollars sur les trois prochaines années ses pertes en impôts non versés par les propriétaires des immeubles de bureaux. Cela, à cause "du travail permanent à distance et hybride", détaillait le service du développement économique de la mairie en mars, lors de la présentation du budget 2024.

Par ailleurs, "près de 95.000 travailleurs quotidiens" désertent désormais le centre-ville, ce qui "érode les autres recettes fiscales", est-il précisé.

Pour tenter de compenser ces pertes, Muriel Bowser a récemment lancé un plan d'action visant à "faire émerger un centre-ville réinventé", à grands renforts d'incitations financières pour les entreprises, de transformation de bureaux en logements, ou d'évènements pour attirer les touristes.

Jason, cadre au sein du gouvernement, 45 ans lui aussi, travaille à domicile quatre jours par semaine. Il aime son travail. Mais pas l'idée de revenir au bureau à plein temps.

"Mon personnel est heureux, mon patron est heureux, le patron de mon patron est heureux et je suis heureux", a-t-il raconté à l'AFP.

"Si j'avais 23 ans et que j'entrais au gouvernement fédéral, il me serait très difficile de faire avancer ma carrière en télétravail", reconnaît-il. Mais aujourd'hui, "je m'en fiche".


Ameublement: Roche Bobois souffre d'un marché morose

 La morosité du marché de l'ameublement depuis la période faste du Covid-19 continue d'effriter le bénéfice net de Roche Bobois, en baisse de plus de 35% en 2025 à 10,2 millions d'euros, après une année 2024 déjà compliquée. (AFP)
La morosité du marché de l'ameublement depuis la période faste du Covid-19 continue d'effriter le bénéfice net de Roche Bobois, en baisse de plus de 35% en 2025 à 10,2 millions d'euros, après une année 2024 déjà compliquée. (AFP)
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  • Roche Bobois explique avoir été fortement pénalisé l'an dernier par la faiblesse du dollar et les taxes douanières mises en place par Donald Trump aux Etats-Unis, premier marché de l'enseigne
  • La zone États-Unis/Canada affiche ainsi un Ebitda en repli de 13,3%, à 30 millions d'euros, par rapport à 2024.

PARIS: La morosité du marché de l'ameublement depuis la période faste du Covid-19 continue d'effriter le bénéfice net de Roche Bobois, en baisse de plus de 35% en 2025 à 10,2 millions d'euros, après une année 2024 déjà compliquée.

Le chiffre d'affaires de l'enseigne d'ameublement haut de gamme résiste mieux mais s'affiche en repli de 2,8%, à 402,5 millions d'euros, selon un communiqué publié jeudi.

L'excédent brut d'exploitation (Ebitda) - un indicateur de la rentabilité - diminue de 4,3%, à 71,2 millions d'euros, dans la fourchette annoncée par le groupe.

Roche Bobois explique avoir été fortement pénalisé l'an dernier par la faiblesse du dollar et les taxes douanières mises en place par Donald Trump aux Etats-Unis, premier marché de l'enseigne.

La zone États-Unis/Canada affiche ainsi un Ebitda en repli de 13,3%, à 30 millions d'euros, par rapport à 2024.

La France a également beaucoup souffert avec un Ebitda en baisse de 9,3%, à 16,8 millions d'euros, "en lien avec la baisse des volumes" des ventes.

Ces résultats en baisse sont compensés par la bonne tenue de la marque de canapés Cuir Center, également propriété du groupe, qui affiche une croissance de son Ebitda de 25%, à 7,7 millions d'euros, "grâce à sa bonne performance commerciale et à la fermeture de magasins non rentables en 2024".

Après ce nouvel exercice difficile, Roche Bobois proposera de verser un dividende de 0,80 euro par action lors de sa prochaine assemblée générale, contre 1,25 euros l'an dernier.

Le groupe dit aborder 2026 avec "prudence compte tenu du contexte géopolitique actuel qui pèse sur la vigueur de la consommation et des effets de change toujours peu favorables".

Roche Bobois détient actuellement un réseau de 339 magasins en propre ou franchisé dans 54 pays, ses principaux marchés étant l'Amérique du Nord, la France et le reste de l'Europe.

 


L'UE choisit Lille pour le siège de la future Autorité douanière européenne

Bâtiment destiné à accueillir l’Autorité douanière européenne à Lille, 25 mars 2026. (AFP)
Bâtiment destiné à accueillir l’Autorité douanière européenne à Lille, 25 mars 2026. (AFP)
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  • Lille a été choisie pour accueillir le siège de la future Autorité douanière européenne (EUCA) en 2028, après avoir battu Rome et huit autres villes, renforçant le rôle stratégique de la France dans le commerce et la logistique européens
  • La ville bénéficiera d’une implantation à Euralille, au cœur des axes logistiques européens, avec environ 250 emplois prévus d’ici 2034, dans le cadre de la réforme du système douanier de l’UE

BRUXELLES: Lille a été choisie mercredi pour accueillir le siège de la future Autorité douanière européenne, face à huit autres villes candidates, prenant ainsi sa revanche après avoir vu lui échapper l'Autorité européenne du médicament en 2017.

La métropole du nord de la France, chef lieu de la région des Hauts-de-France, était en concurrence avec Rome, finaliste, ainsi que Varsovie, Zagreb, Bucarest, La Haye, Liège, Porto et Malaga.

"C'est le choix d'une métropole ouverte et pleinement européenne, une fierté pour la France. Nous serons au rendez-vous", a salué le président français Emmanuel Macron, sur le réseau X.

La décision a été prise conjointement par le Parlement européen et le Conseil de l'UE, l'instance qui représente les 27 États membres, via une procédure spéciale.

Le Conseil et le Parlement européen avaient chacun présélectionnés Lille et Rome, sans se concerter. Il a fallu ensuite trois tours de scrutin pour les départager.

L'Autorité douanière de l'Union européenne (également connue sous son acronyme anglais EUCA) doit voir le jour en 2028. Sa création est l'un des principaux éléments de la réforme du système douanier européen, avec une nouvelle plateforme des données douanières, qui centralisera les informations des 27 États membres.

- "Au carrefour de l'Europe" -

"Fier de cette victoire collective: élus, entreprises, universités, une mobilisation exemplaire de tout le territoire", s'est félicité le maire de Lille, Arnaud Deslandes, dans un message sur X.

"Ça montre aussi que la France n'est pas isolée en Europe, contrairement à ce que beaucoup disent ou souhaiteraient", a assuré à l'AFP Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France.

Ce dernier y voit la preuve de "l'attractivité" de la région et des "atouts techniques clairs" de la candidature lilloise, laquelle avait tiré les leçons de 2017, lorsque la ville avait vu lui échapper l'Agence européenne du médicament, autrefois installée à Londres et transférée à Amsterdam après le Brexit.

Il salue aussi "un réel travail collectif" qui montre "l'influence et le rayonnement des Hauts-de-France".

"C'est un choix judicieux", a estimé aussi l'eurodéputé néerlandais Dirk Gotlink (PPE, droite), l'un des représentants du Parlement dans cette procédure.

"La France est l'un des principaux pays douaniers d'Europe, un colis sur trois entrant dans l'UE transite par son territoire. La situation stratégique de Lille, au carrefour de l'Europe, en fait le centre névralgique de cette autorité. Ce choix envoie un signal clair: la France jouera un rôle central dans l'avenir de notre union douanière", a-t-il souligné dans un communiqué.

Selon les propositions de la Commission européenne, la future agence devrait employer 250 personnes en équivalent temps plein d'ici 2034.

Elle aidera à moderniser les procédures de contrôle et de taxation des biens importés dans l'UE, alors que les services douaniers européens sont de plus en plus engorgés par l'afflux de colis de faible valeur en provenance de Chine.

Des auditions s'étaient déroulées fin janvier au Parlement européen pour aider à départager les candidatures.

Celle de Lille avait été défendue à cette occasion par l'ex-ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, et Xavier Bertrand.

L'Autorité sera installée dans un bâtiment du quartier d'affaires d'Euralille, à deux pas des gares de Lille-Flandres et Lille-Europe.

La France avait fait valoir la situation géographique privilégiée de la capitale des Hauts-de-France, située "au carrefour des grandes routes de la logistique et du commerce international européen", et à une demi-heure de Bruxelles, des institutions européennes et de l'Organisation mondiale des douanes.


Le dollar remonte avec la perspective de troupes américaines au Moyen-Orient

Des conteneurs sont visibles au terminal à conteneurs de Lianyungang, dans la province du Jiangsu, dans l'est de la Chine, le 24 mars 2026.  (AFP)
Des conteneurs sont visibles au terminal à conteneurs de Lianyungang, dans la province du Jiangsu, dans l'est de la Chine, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Selon Axios, le président et son administration envisagent de s'emparer de l'île de Kharg, d'où partent environ 90% des exportations de brut de l'Iran, afin de forcer Téhéran à rouvrir le détroit d'Ormuz
  • Or le Wall Street Journal rapporte que Washington va envoyer dans la région entre 2.200 et 2.500 Marines capables de mener des opérations amphibies

LONDRES: Le dollar profite mardi de la remontée des cours de l'énergie, après des informations de presse selon lesquelles l'armée américaine va déployer des troupes supplémentaires au Moyen-Orient, douchant les espoirs de négociations évoquées la veille par Donald Trump.

Vers 10H30 GMT (11H30 à Paris), la devise américaine prenait 0,22% à l'euro, à 1,1587 dollar.

"L'optimisme prudent des marchés financiers, suscité par le report des frappes contre les infrastructures énergétiques iraniennes par le président Trump, s'est dissipé durant la séance asiatique après la publication d'informations pessimistes", et "le dollar s'est apprécié", résume Carol Kong, analyste chez CBA.

Selon Axios, le président et son administration envisagent de s'emparer de l'île de Kharg, d'où partent environ 90% des exportations de brut de l'Iran, afin de forcer Téhéran à rouvrir le détroit d'Ormuz.

Or le Wall Street Journal rapporte que Washington va envoyer dans la région entre 2.200 et 2.500 Marines capables de mener des opérations amphibies.

Par ailleurs, deux infrastructures énergétiques iraniennes ont finalement été visées par des frappes israélo-américaines, a affirmé tôt mardi l'agence de presse Fars, tandis que le ministère iranien des Affaires étrangères a nié lundi être en pourparlers avec les Etats-Unis.

Lundi, la livre sterling avait gagné jusqu'à 1% face au dollar, et le rendement obligataire britannique à 10 ans a connu un nouveau sommet depuis 2008, à 5,12%, avant de retomber de concert.

Depuis, la devise britannique relâchait mardi 0,26% au billet vert, à 1,3396 dollar, et les taux d'emprunt se sont apaisés.

Les marchés, qui anticipaient la veille quatre hausses de taux de la Banque d'Angleterre cette année, tablent désormais sur entre deux et trois, d'après Bloomberg.

"Les conditions sont exceptionnellement difficiles à remplir pour que la Banque d'Angleterre relève son taux directeur, déjà en territoire restrictif", et au vu de données économiques faibles, estime en effet Chris Turner, analyste chez ING.

L'indice d'activité PMI au Royaume-Uni a faiblit en mars, à 51, contre 53,7 en février, et moins que les 52,8 projetés par le consensus des analystes sondés par Bloomberg, selon les chiffres publiés mardi par S&P Global.

Mercredi, sera dévoilée l'inflation en février dans le pays, qui ne capturera cependant pas les effets de la guerre.

Le prix d'une once d'or progressait aussi de 0,27%, à 4.419,40 dollars.

La veille, les cours des métaux précieux s'étaient brièvement effondrés, les investisseurs préférant engranger leurs bénéfices sur l'or et l'argent pour récupérer des liquidités, plus facilement mobilisables et accessibles.