Dans le no man's land de Chypre, des chouettes à la rescousse des agriculteurs

Sur cette photo prise le 11 mai 2023, un membre de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) tient une chouette effraie adulte femelle qui a été retirée de son nid pour être inspectée, près des villages abandonnés d'Agios Nikolaos et d'Agios Georgios dans la zone tampon des Nations Unies qui sépare les deux parties de l'île divisée. (Photo Etienne TORBEY / AFP)
Sur cette photo prise le 11 mai 2023, un membre de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) tient une chouette effraie adulte femelle qui a été retirée de son nid pour être inspectée, près des villages abandonnés d'Agios Nikolaos et d'Agios Georgios dans la zone tampon des Nations Unies qui sépare les deux parties de l'île divisée. (Photo Etienne TORBEY / AFP)
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Publié le Dimanche 11 juin 2023

Dans le no man's land de Chypre, des chouettes à la rescousse des agriculteurs

  • Projet pilote d'une initiative menée depuis dix ans par l'ONG BirdLife Cyprus et le gouvernement chypriote grec, Déneia accueille désormais entre 20 et 50 chouettes effraies et leurs poussins
  • Aujourd'hui, grâce aux chouettes, «pour trouver un rongeur ici, il faut fouiller une semaine», se félicite le maire, Christakis Panayiotou

DÉNEIA, Chypre : Au milieu des épis de blé, dans la zone tampon divisant Chypre, Christodoulos Christodoulou n'en revient pas: plus une trace de rongeurs, alors qu'il y a dix ans, ils menaçaient ses cultures. Tout cela grâce aux chouettes effraies, devenues les meilleures amies des agriculteurs chypriotes.

«Notre village était plein de rats et de souris, ils mangeaient nos plantations, grignotaient nos pneus», se souvient l'agriculteur, à Déneia, dans l'ouest de Chypre. «Puis nous avons installé ces boîtes pour les chouettes.»

Cloutées à environ trois mètres du sol sur le tronc des arbres, cinquante boîtes en bois clair, avec un petit rond en guise d'entrée, ont ainsi fait leur apparition dans ce village, l'un des rares encore habités de la zone tampon démilitarisée qui balafre Chypre depuis 1974.

Projet pilote d'une initiative menée depuis dix ans par l'ONG BirdLife Cyprus et le gouvernement chypriote grec, Déneia accueille désormais entre 20 et 50 chouettes effraies et leurs poussins.

Ces rapaces, d'une trentaine de centimètres, sont reconnaissables à leur masque en forme de coeur, leur plumage laiteux mais aussi leur appétit monstre: ils dévorent chacun jusqu'à 5.000 rats et souris par an.

Ces derniers prolifèrent dans le no man's land en l'absence d'activité humaine, saccageant les cultures d'agriculteurs qui ont longtemps répliqué avec du raticide très nocif pour l'environnement et la santé.

Certains, explique un responsable gouvernemental, utilisaient même des produits interdits dans l'Union européenne, introduits illégalement depuis la partie nord de Chypre, occupée par la Turquie.

L'objectif de la réintroduction des chouettes effraies est donc double, explique Martin Hellicar, directeur de BirdLife Cyprus: inciter les agriculteurs à délaisser les raticides tout en relançant la population des chouettes effraies à Chypre, en baisse partout en Europe.

«Les chouettes sont un miracle!», s'exclame M. Christodoulos. Elles ont eu un effet «radical» contre les rongeurs, assure-t-il.

Lui qui arrosait ses champs de puissant raticide, peut désormais pratiquer une agriculture biologique, comme les autres cultivateurs de Déneia.

Aujourd'hui, grâce aux chouettes, «pour trouver un rongeur ici, il faut fouiller une semaine», se félicite le maire, Christakis Panayiotou.

Pour M. Hellicar, dont l'ONG compte 1.300 boîtes à Chypre, le succès tient au fait que «les agriculteurs s'attachent aux chouettes effraies et se reconnectent à la nature.»

- Empoisonnement -

Plus à l'ouest, dans ce même corridor démilitarisé, d'autres boîtes ont fait leur apparition, en coopération avec les Nations unies. Mais là, personne pour écouter les hululements des chouettes: les villages ont été abandonnés après l'invasion du nord de Chypre par la Turquie, en réaction à un coup d'Etat de nationalistes chypriotes grecs.

Non loin des miradors, sous l'oeil attentif de représentants de l'ONU, un garde forestier équipé de gants sort deux poussins d'une boîte.

Les petits clignent des yeux, éblouis par la lumière du jour. D'un geste expert, Nikos Kassinis leur attache une bague d'identification.

Chaque année, les autorités récupèrent les corps d'une vingtaine de chouettes. Verdict à l'autopsie: empoisonnement secondaire au raticide.

«Leur capacité de vol est affectée et elles sont percutées par les voitures», ce qui, souligne-t-il, ne risque pas d'arriver dans la zone tampon.

- «Unique» -

«Les espèces y prospèrent loin de l'Homme. Le jour où une solution au conflit sera trouvée, il faudra transformer ce lieu en parc naturel», plaide M. Hellicar.

Le no man's land est un environnement «exceptionnel», remarque la scientifique Iris Charalambidou. Un «espace très vaste non-fragmenté», «unique» sur l'île marquée par un développement immobilier effréné.

Avec l'autorisation de l'ONU, la Chypriote grecque vient parfois accompagnée de son collègue chypriote turc, Salih Gucel.

«Pouvoir travailler ensemble» et observer les chouettes effraies dans la zone tampon qui sépare leurs deux communautés «est précieux».

«Car aucun oiseau ne respectera jamais les frontières tracées par l'homme», rappelle-t-elle.


Les guerres au Moyen-Orient n’affectent pas les investissements saoudiens, selon le PIF

Yasir Al-Rumayyan, président de Saudi Aramco et gouverneur du Fonds d’investissement public du Royaume. (Photo fournie par la diffusion vidéo du FII)
Yasir Al-Rumayyan, président de Saudi Aramco et gouverneur du Fonds d’investissement public du Royaume. (Photo fournie par la diffusion vidéo du FII)
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  • Yasir Al-Rumayyan : la position microéconomique du Royaume est « forte, stable et résiliente »
  • Le pays est « très bien positionné » pour tirer parti de l’IA, déclare-t-il lors du sommet du FII

MIAMI : Le président de Saudi Aramco et gouverneur du Fonds d’investissement public (PIF) du Royaume a assuré, lors du sommet Priorité de la Future Investment Initiative (FII), que les guerres actuelles au Moyen-Orient n’ont pas affecté la vision du pays en matière de croissance et d’engagement.

« La position microéconomique et structurelle de l’Arabie saoudite reste forte, stable et résiliente, et le portefeuille du PIF est bien diversifié et structurellement robuste », a déclaré Yasir Al-Rumayyan devant un public de près de 2 000 personnes.

« Nous sommes des investisseurs de long terme, patients. Nous mesurons nos rendements non pas en trimestres mais en décennies. Et le PIF reste engagé dans ses investissements à travers le monde. »

Al-Rumayyan a indiqué que le PIF avait été créé en 1971 pour renforcer la « construction nationale » de l’Arabie saoudite et soutenir son économie.

Cette croissance se poursuit aujourd’hui, avec l’annonce d’une nouvelle stratégie quinquennale prévue dans les prochaines semaines, a-t-il ajouté.

« Nous avons posé les bases de nombreux investissements. Dans la stratégie précédente, nous voulions réaliser la plupart des investissements nous-mêmes, en fonds propres », a-t-il expliqué.

« Aujourd’hui, nous cherchons davantage à inviter des partenaires à travailler avec nous. Et je ne parle pas uniquement d’investisseurs locaux, mais aussi d’investisseurs internationaux. »

Le PIF a déjà vu de grands gestionnaires d’actifs, tels que BlackRock et Franklin Templeton, créer de nouveaux fonds et investir dans l’économie saoudienne.

« Notre objectif principal était de faire connaître l’Arabie saoudite au monde, de permettre aux investisseurs internationaux de comprendre ce qu’est le PIF et à quoi ressemblent les opportunités d’investissement dans le Royaume. Aujourd’hui, nous voulons attirer le monde entier à investir en Arabie saoudite », a-t-il déclaré, ajoutant que la stratégie a été très efficace.

« Au cours des dix dernières années, nous avons construit les bases nécessaires — un environnement et des écosystèmes adaptés — pour attirer les investisseurs.

« Les investissements peuvent prendre différentes formes. Il ne s’agit pas nécessairement uniquement de coentreprises (JV) ou d’investissements directs dans nos entreprises, mais aussi de venir travailler avec nous et sur les projets dans lesquels nous sommes déjà engagés. »

Al-Rumayyan a indiqué que les investissements s’étendent désormais du développement urbain et immobilier à la création de centres de données, aux secteurs pharmaceutiques et aux énergies renouvelables.

Il a ajouté que le PIF met en œuvre une nouvelle stratégie de croissance visant à attirer de nouveaux investisseurs, citant en exemple les « développements remarquables » de Red Sea Global, qui se décrit comme « un promoteur immobilier verticalement intégré disposant d’un portefeuille diversifié couvrant le tourisme, le résidentiel, les expériences, les infrastructures, les transports, la santé et les services ».

Selon lui, l’Arabie saoudite est « très bien positionnée » pour tirer parti de l’intelligence artificielle.

« L’IA n’est pas une course… Nous devons y réfléchir et poser les bonnes bases », a-t-il ajouté. « Nous avons un accès facilité aux approvisionnements… Nous disposons de l’énergie nécessaire pour la déployer, ce qui est essentiel pour alimenter tous ces centres de données. De plus, nous avons l’écosystème adéquat, les bonnes réglementations et un cadre favorable de la part du gouvernement pour les utilisateurs de l’IA. »

L’IA n’est pas le « produit final », a déclaré Al-Rumayyan. « Le résultat final, c’est ce que font nos entreprises : comment elles peuvent réduire leurs coûts, gagner en efficacité et tenir leurs engagements plus rapidement que prévu. C’est ainsi que nous souhaitons utiliser l’IA comme un outil majeur. »

Il a ajouté : « Nous avons invité la plupart de nos partenaires américains — Microsoft, Google, Oracle — à venir travailler avec nous, et ils l’ont fait.

Et je pense que les progrès de l’Arabie saoudite comptent parmi les meilleurs, y compris à l’échelle mondiale, en matière d’utilisation de l’IA. »

Saudi Aramco a utilisé l’IA pour réduire les coûts de forage d’environ 20 % et améliorer la livraison de ses produits finaux d’environ 30 %, a-t-il indiqué.

Al-Rumayyan a qualifié les sommets du FII de « meilleures plateformes pour permettre un véritable réseautage ».

Les investissements du PIF aux États-Unis sont crédités d’avoir stimulé la croissance des entreprises américaines, créé des opportunités et des emplois, et contribué à hauteur de 205 milliards de dollars au produit intérieur brut.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Ameublement: Roche Bobois souffre d'un marché morose

 La morosité du marché de l'ameublement depuis la période faste du Covid-19 continue d'effriter le bénéfice net de Roche Bobois, en baisse de plus de 35% en 2025 à 10,2 millions d'euros, après une année 2024 déjà compliquée. (AFP)
La morosité du marché de l'ameublement depuis la période faste du Covid-19 continue d'effriter le bénéfice net de Roche Bobois, en baisse de plus de 35% en 2025 à 10,2 millions d'euros, après une année 2024 déjà compliquée. (AFP)
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  • Roche Bobois explique avoir été fortement pénalisé l'an dernier par la faiblesse du dollar et les taxes douanières mises en place par Donald Trump aux Etats-Unis, premier marché de l'enseigne
  • La zone États-Unis/Canada affiche ainsi un Ebitda en repli de 13,3%, à 30 millions d'euros, par rapport à 2024.

PARIS: La morosité du marché de l'ameublement depuis la période faste du Covid-19 continue d'effriter le bénéfice net de Roche Bobois, en baisse de plus de 35% en 2025 à 10,2 millions d'euros, après une année 2024 déjà compliquée.

Le chiffre d'affaires de l'enseigne d'ameublement haut de gamme résiste mieux mais s'affiche en repli de 2,8%, à 402,5 millions d'euros, selon un communiqué publié jeudi.

L'excédent brut d'exploitation (Ebitda) - un indicateur de la rentabilité - diminue de 4,3%, à 71,2 millions d'euros, dans la fourchette annoncée par le groupe.

Roche Bobois explique avoir été fortement pénalisé l'an dernier par la faiblesse du dollar et les taxes douanières mises en place par Donald Trump aux Etats-Unis, premier marché de l'enseigne.

La zone États-Unis/Canada affiche ainsi un Ebitda en repli de 13,3%, à 30 millions d'euros, par rapport à 2024.

La France a également beaucoup souffert avec un Ebitda en baisse de 9,3%, à 16,8 millions d'euros, "en lien avec la baisse des volumes" des ventes.

Ces résultats en baisse sont compensés par la bonne tenue de la marque de canapés Cuir Center, également propriété du groupe, qui affiche une croissance de son Ebitda de 25%, à 7,7 millions d'euros, "grâce à sa bonne performance commerciale et à la fermeture de magasins non rentables en 2024".

Après ce nouvel exercice difficile, Roche Bobois proposera de verser un dividende de 0,80 euro par action lors de sa prochaine assemblée générale, contre 1,25 euros l'an dernier.

Le groupe dit aborder 2026 avec "prudence compte tenu du contexte géopolitique actuel qui pèse sur la vigueur de la consommation et des effets de change toujours peu favorables".

Roche Bobois détient actuellement un réseau de 339 magasins en propre ou franchisé dans 54 pays, ses principaux marchés étant l'Amérique du Nord, la France et le reste de l'Europe.

 


L'UE choisit Lille pour le siège de la future Autorité douanière européenne

Bâtiment destiné à accueillir l’Autorité douanière européenne à Lille, 25 mars 2026. (AFP)
Bâtiment destiné à accueillir l’Autorité douanière européenne à Lille, 25 mars 2026. (AFP)
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  • Lille a été choisie pour accueillir le siège de la future Autorité douanière européenne (EUCA) en 2028, après avoir battu Rome et huit autres villes, renforçant le rôle stratégique de la France dans le commerce et la logistique européens
  • La ville bénéficiera d’une implantation à Euralille, au cœur des axes logistiques européens, avec environ 250 emplois prévus d’ici 2034, dans le cadre de la réforme du système douanier de l’UE

BRUXELLES: Lille a été choisie mercredi pour accueillir le siège de la future Autorité douanière européenne, face à huit autres villes candidates, prenant ainsi sa revanche après avoir vu lui échapper l'Autorité européenne du médicament en 2017.

La métropole du nord de la France, chef lieu de la région des Hauts-de-France, était en concurrence avec Rome, finaliste, ainsi que Varsovie, Zagreb, Bucarest, La Haye, Liège, Porto et Malaga.

"C'est le choix d'une métropole ouverte et pleinement européenne, une fierté pour la France. Nous serons au rendez-vous", a salué le président français Emmanuel Macron, sur le réseau X.

La décision a été prise conjointement par le Parlement européen et le Conseil de l'UE, l'instance qui représente les 27 États membres, via une procédure spéciale.

Le Conseil et le Parlement européen avaient chacun présélectionnés Lille et Rome, sans se concerter. Il a fallu ensuite trois tours de scrutin pour les départager.

L'Autorité douanière de l'Union européenne (également connue sous son acronyme anglais EUCA) doit voir le jour en 2028. Sa création est l'un des principaux éléments de la réforme du système douanier européen, avec une nouvelle plateforme des données douanières, qui centralisera les informations des 27 États membres.

- "Au carrefour de l'Europe" -

"Fier de cette victoire collective: élus, entreprises, universités, une mobilisation exemplaire de tout le territoire", s'est félicité le maire de Lille, Arnaud Deslandes, dans un message sur X.

"Ça montre aussi que la France n'est pas isolée en Europe, contrairement à ce que beaucoup disent ou souhaiteraient", a assuré à l'AFP Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France.

Ce dernier y voit la preuve de "l'attractivité" de la région et des "atouts techniques clairs" de la candidature lilloise, laquelle avait tiré les leçons de 2017, lorsque la ville avait vu lui échapper l'Agence européenne du médicament, autrefois installée à Londres et transférée à Amsterdam après le Brexit.

Il salue aussi "un réel travail collectif" qui montre "l'influence et le rayonnement des Hauts-de-France".

"C'est un choix judicieux", a estimé aussi l'eurodéputé néerlandais Dirk Gotlink (PPE, droite), l'un des représentants du Parlement dans cette procédure.

"La France est l'un des principaux pays douaniers d'Europe, un colis sur trois entrant dans l'UE transite par son territoire. La situation stratégique de Lille, au carrefour de l'Europe, en fait le centre névralgique de cette autorité. Ce choix envoie un signal clair: la France jouera un rôle central dans l'avenir de notre union douanière", a-t-il souligné dans un communiqué.

Selon les propositions de la Commission européenne, la future agence devrait employer 250 personnes en équivalent temps plein d'ici 2034.

Elle aidera à moderniser les procédures de contrôle et de taxation des biens importés dans l'UE, alors que les services douaniers européens sont de plus en plus engorgés par l'afflux de colis de faible valeur en provenance de Chine.

Des auditions s'étaient déroulées fin janvier au Parlement européen pour aider à départager les candidatures.

Celle de Lille avait été défendue à cette occasion par l'ex-ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, et Xavier Bertrand.

L'Autorité sera installée dans un bâtiment du quartier d'affaires d'Euralille, à deux pas des gares de Lille-Flandres et Lille-Europe.

La France avait fait valoir la situation géographique privilégiée de la capitale des Hauts-de-France, située "au carrefour des grandes routes de la logistique et du commerce international européen", et à une demi-heure de Bruxelles, des institutions européennes et de l'Organisation mondiale des douanes.