Au Liban, l'espoir d'un retour au pays s'amenuise pour les réfugiés syriens

Sur cette photo prise le 13 juin 2023, Ibrahim al-Korbaw, un réfugié syrien de 48 ans, et ses enfants, égrènent des gousses d'ail devant la tente familiale dans un camp de réfugiés à Saadnayel, dans la vallée de la Bekaa, à l'est du Liban. (AFP).
Sur cette photo prise le 13 juin 2023, Ibrahim al-Korbaw, un réfugié syrien de 48 ans, et ses enfants, égrènent des gousses d'ail devant la tente familiale dans un camp de réfugiés à Saadnayel, dans la vallée de la Bekaa, à l'est du Liban. (AFP).
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Publié le Jeudi 15 juin 2023

Au Liban, l'espoir d'un retour au pays s'amenuise pour les réfugiés syriens

  • Dans un camp de toile de la plaine de la Békaa dans l'est du Liban, Ibrahim al-Korbaw épluche avec ses enfants des gousses d'ail, une maigre source de revenus pour ce réfugié, sans espoir de rentrer en Syrie
  • Aujourd'hui les armes se sont tues et le gouvernement libanais réclame le retour dans leur pays des réfugiés syriens

SAADNAYEL: Dans un camp de toile de la plaine de la Békaa dans l'est du Liban, Ibrahim al-Korbaw épluche avec ses enfants des gousses d'ail, une maigre source de revenus pour ce réfugié, sans espoir de rentrer en Syrie et sans perspectives d'avenir.

"L'un de mes fils se plaint que ses mains deviennent bleues à force de travail. Mais je lui dis qu'il faut continuer pour pouvoir mettre du pain sur la table", raconte ce père de six enfants.

L'ancien ouvrier du bâtiment a 48 ans mais avec sa barbe blanche, il en paraît vingt de plus. Il a fui il y a une dizaine d'années la ville syrienne de Raqqa, ex-"capitale" autoproclamée du groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Aujourd'hui les armes se sont tues et le gouvernement libanais réclame le retour dans leur pays des réfugiés syriens.

M. Korbaw dit ne pas pouvoir rentrer en Syrie, car sa maison est détruite et il craint surtout des représailles du régime, la conscription forcée ou de se retrouver sans aucun moyen de subsistance.

"Mes enfants ne peuvent pas être en sécurité dans un pays où on n'est pas traités comme des êtres humains", s'insurge-t-il, la sueur perlant sur son front.

Mais au Liban, neuf réfugiés syriens sur dix vivent dans la pauvreté en dépit des maigres aides de l'ONU.

Les organisations humanitaires ont lancé de nouveaux appels à venir en aide à la population syrienne en Syrie et à l'étranger alors qu'une conférence pour lever des fonds se tient à Bruxelles.

Selon Beyrouth, près de deux millions de Syriens sont réfugiés au Liban. L'ONU affirme que 830.000 sont enregistrés auprès de ses services.

Au cours des derniers mois, l'armée libanaise a arrêté et expulsé des Syriens en situation irrégulière, au moment où s'exacerbe un sentiment antisyrien dans le pays touché par une très grave crise économique.

« Je préfère mourir »

M. Korbaw affirme ne quitter que rarement le camp depuis près de deux ans, de peur d'être arrêté et expulsé vers la Syrie, où il risque d'être torturé et persécuté selon les organisations de défense des droits humains.

"Je préfère mourir devant mes enfants", assure-t-il. "Au moins ils seront certains que je suis mort".

La guerre civile déclenchée en Syrie en 2011 a fait environ un demi-million de morts, et près de la moitié des Syriens sont désormais des réfugiés ou des déplacés.

La soeur d'Ibrahim al-Korbaw, Souad, 34 ans, a elle aussi perdu tout espoir de retour. "Je sens que je vais vivre le reste de ma vie dans cette tente", souffle-t-elle.

Après avoir fui la brutalité de l'EI, elle a perdu son fils de douze ans au Liban, écrasé par un tracteur alors qu'il ramassait des pommes de terre.

Avec ses cinq autres frères et sœurs, il avait dû quitter l'école pour travailler.

"J'ai l'impression que toutes les portes se sont fermées, que je n'aurais plus jamais une vie décente", dit Souad, dans une tente avec des coussins pour seul mobilier.

Lorsque son mari est rentré en Syrie pour enterrer leur fils, il a découvert que leur maison avait été détruite par les bombardements et pillée.

« Pas d'avenir »

Madaniya al-Khalaf, 35 ans, raconte elle avoir perdu une maigre aide de l'ONU en raison de coupes budgétaires et ne plus avoir les moyens d'acheter des couches pour son bébé de six mois. Elle utilise désormais des sacs en plastique et des chiffons à la place des couches.

Pour joindre les deux bouts, cette mère de quatre enfants dit avoir dû mendier de l'argent auprès des habitants du camp et ses jeunes enfants de collecter du pastique et du métal dans les ordures pour les vendre.

Dans un camp voisin, Ghofrane al-Jassem, 30 ans, venue de la région syrienne d'Idleb, ne voit "pas d'avenir" pour ses quatre enfants au Liban.

Deux de ses fils sont nés avec une insuffisance cardiaque. L'un d'eux, aujourd'hui âgé de sept ans, a besoin d'une transplantation urgente.

Le revenu de son mari, un ouvrier agricole saisonnier, suffit à peine pour les besoins immédiats de la famille, qui ne reçoit plus d'aide de l'ONU depuis novembre.

"Je vois mes enfants mourir devant moi", sanglote-t-elle. "Si je retourne en Syrie, je perdrai mes enfants --après l'effondrement du système de santé-- mais aussi mon mari qui devra servir dans l'armée".

"Dans les deux cas je suis perdante, alors autant rester".


Le président libanais en route pour Washington où il doit rencontrer Donald Trump

Le président libanais Joseph Aoun prononce une allocution télévisée à la nation depuis le palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, le 17 avril 2026. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun prononce une allocution télévisée à la nation depuis le palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, le 17 avril 2026. (AFP)
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  • Le président libanais Joseph Aoun est à Washington pour rencontrer le président américain Donald Trump et discuter du cessez-le-feu et du retrait israélien du sud du Liban
  • Les négociations entre le Liban et Israël se poursuivent sous médiation américaine, tandis que les tensions persistent avec de nouvelles frappes israéliennes dans le sud

BEYROUTH: Le président libanais a quitté Beyrouth samedi matin pour Washington, où il doit rencontrer Donald Trump, alors que son pays négocie avec Israël le retrait des zones du sud du Liban qu'il occupe depuis sa dernière guerre avec le Hezbollah pro-iranien.

Il s'agira de la première visite d'un chef d'Etat libanais aux Etats-Unis depuis 2009, lorsque Michel Sleiman avait été reçu par Barack Obama.

Outre le "sommet libano-américain" prévu à la Maison Blanche, Joseph Aoun doit s'entretenir "avec plusieurs responsables américains de la situation au Liban et des moyens de consolider le cessez-le-feu", notamment dans le sud, ainsi que du "retrait d'Israël des régions libanaises qu'il occupe", a précisé la présidence dans un communiqué.

Le Liban et Israël ont entamé en avril des négociations inédites depuis des décennies, sous l'égide des Etats-Unis, afin de mettre un terme à l'état de guerre entre eux.

Ils ont conclu un accord-cadre le 26 juin à Washington, qui prévoit le déploiement de l'armée libanaise dans des "zones pilotes" évacuées par Israël, qui occupe une partie du sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah.

A l'issue d'une sixième session de négociations tenue à Rome, les deux pays sont parvenus "à un accord sur la structure et les lignes directrices" de ce processus, selon un responsable américain.

En parallèle, l'armée libanaise a commencé à renforcer ses patrouilles dans plusieurs villages jouxtant les zones occupées par les forces israéliennes dans le sud, avait indiqué une source militaire libanaise à l'AFP.

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté entre le Hezbollah et l'armée israélienne.

Le mouvement chiite avait entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en bombardant Israël en soutien à l'Iran, son allié.

L'armée israélienne poursuit toutefois des frappes limitées dans le sud et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe, selon les médias officiels libanais.

Samedi, l'Agence nationale d'information (Ani) a fait état de nouvelles frappes contre deux localités situées en bordure de la zone occupée, dans les régions de Tyr et de Nabatiyé.

Dans un contexte de tensions régionales, l'ambassade des Etats-Unis au Liban a conseillé vendredi à ses ressortissants de "ne pas voyager au Liban".


Bahreïn et le Koweït affirment avoir contré des attaques iraniennes

Bahreïn et le Koweït ont affirmé jeudi avoir contré des attaques iraniennes, après de nouvelles frappes américaines contre l'Iran. (AFP)
Bahreïn et le Koweït ont affirmé jeudi avoir contré des attaques iraniennes, après de nouvelles frappes américaines contre l'Iran. (AFP)
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  • "L'Iran poursuit sa politique hostile systématique à travers ses attaques criminelles visant les civils", a déclaré l'armée bahreïnie dans un communiqué, en affirmant avoir " intercepté et détruit plusieurs attaques aériennes"
  • Des sirènes d'alerte aérienne ont retenti dans la nuit de mercredi à jeudi à Manama, la capitale du royaume, où des explosions ont été entendues

MANAMA: Bahreïn et le Koweït ont affirmé jeudi avoir contré des attaques iraniennes, après de nouvelles frappes américaines contre l'Iran.

"L'Iran poursuit sa politique hostile systématique à travers ses attaques criminelles visant les civils", a déclaré l'armée bahreïnie dans un communiqué, en affirmant avoir " intercepté et détruit plusieurs attaques aériennes".

Des sirènes d'alerte aérienne ont retenti dans la nuit de mercredi à jeudi à Manama, la capitale du royaume, où des explosions ont été entendues, a rapporté une journaliste de l'AFP.

L'état-major koweïtien a également indiqué dans la nuit avoir répondu à "des attaques hostiles de drones" iraniens. Il a précisé que les explosions entendues étaient le résultat d'interceptions aériennes.

Les forces iraniennes ont annoncé avoir visé "des systèmes de radar, un système de défense antiaérienne Patriot et des sites de stockage de carburant" sur la base aérienne Ali al-Salem  au Koweït, ainsi que des installations militaires américaines sur la base aérienne de Cheikh Isa à Bahreïn.

Téhéran mène des attaques quasi quotidiennes dans ces deux pays du Golfe depuis la reprise des hostilités le 7 juillet avec les Etats-Unis, en disant cibler des intérêts militaires américains.

Les autorités bahreïnie et koweïtienne accusent toutefois leur voisin de viser aussi des sites civils.

Dimanche, le Koweït a affirmé que trois postes-frontières et une plateforme pétrolière offshore avaient été ciblés, sans préciser leur origine.

La confrontation a repris après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent au Moyen-Orient depuis le cessez-le-feu du 8 avril.


La Syrie dit avoir saisi des armes en provenance d'Irak destinées au Hezbollah

"Les unités spécialisées ont déjoué une tentative d'introduction d'une cargaison d'armes sophistiquées et de missiles via la frontière syro-irakienne", a indiqué une source du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence officielle Sana. (AFP)
"Les unités spécialisées ont déjoué une tentative d'introduction d'une cargaison d'armes sophistiquées et de missiles via la frontière syro-irakienne", a indiqué une source du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence officielle Sana. (AFP)
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  • Le pouvoir syrien est hostile au Hezbollah, allié du président déchu Bachar al-Assad
  • Il a annoncé à plusieurs reprises avoir saisi des armes destinées au mouvement pro-iranien près de la frontière libanaise, mais c'est la première fois qu'il mentionne la frontière avec l'Irak

DAMAS: La Syrie a annoncé jeudi avoir déjoué une tentative de faire passer des armes destinées au Hezbollah pro-iranien au Liban, dont des missiles, via sa frontière avec l'Irak.

"Les unités spécialisées ont déjoué une tentative d'introduction d'une cargaison d'armes sophistiquées et de missiles via la frontière syro-irakienne", a indiqué une source du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence officielle Sana.

"Les premières investigations ont établi que la cargaison était destinée à transiter par la Syrie au profit de la milice terroriste du Hezbollah", a ajouté cette source.

Le pouvoir syrien est hostile au Hezbollah, allié du président déchu Bachar al-Assad.

Il a annoncé à plusieurs reprises avoir saisi des armes destinées au mouvement pro-iranien près de la frontière libanaise, mais c'est la première fois qu'il mentionne la frontière avec l'Irak.

Cette annonce intervient alors que le président américain Donald Trump met la pression sur la Syrie pour qu'elle intervienne au Liban contre le Hezbollah.

Depuis qu'une coalition islamiste a pris le pouvoir en Syrie en 2024, les autorités ont affirmé avoir démantelé des cellules liées à la formation pro-iranienne qui préparaient des attentats en Syrie, mais le Hezbollah a toujours démenti.

Le groupe est affaibli par la nouvelle guerre qu'il a menée contre Israël depuis mars pour soutenir l'Iran.

Le président syrien Ahmad al-Chareh dit refuser d'intervenir militairement au Liban contre le Hezbollah, comme l'a suggéré à plusieurs reprises Donald Trump.