Soudan: 2,5 millions de déplacés et réfugiés, des corps dans les rues au Darfour

Un homme marche dans une rue de Khartoum le 19 juin 2023. (AFP)
Un homme marche dans une rue de Khartoum le 19 juin 2023. (AFP)
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Publié le Mercredi 21 juin 2023

Soudan: 2,5 millions de déplacés et réfugiés, des corps dans les rues au Darfour

  • «Aujourd'hui, nous avons franchi la barre du demi-million de réfugiés venant du Soudan depuis le début du conflit», a déclaré le responsable de l'ONU
  • Deux millions de personnes sont déplacées dans le pays

KHARTOUM: Plus de deux mois de guerre entre armée et paramilitaires ont forcé plus de 2,5 millions de personnes à fuir leur maison au Soudan, a annoncé l'ONU mardi, notamment dans la région du Darfour où des corps jonchent les rues.

Au dernier jour d'une trêve globalement respectée à Khartoum depuis dimanche, un immense incendie faisait rage mardi soir au siège du renseignement dans la capitale.

Une source au sein de l'armée a affirmé à l'AFP que les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) "ont bombardé le bâtiment", violant la trêve de 72 heures qui expire mercredi à 06H00 locale (04H00 GMT).

Une source parmi les paramilitaires a répondu qu'un "drone de l'armée avait bombardé le bâtiment où étaient regroupées des troupes des FSR, provoquant l'incendie et la destruction partielle du siège du renseignement".

Le conflit qui a éclaté le 15 avril entre l'armée, commandée par le général Abdel Fattah al-Burhane, et les FSR du général Mohamed Hamdane Daglo a fait plus de 2.000 morts dans le pays, selon l'ONG Acled.

Les violences sont les plus meurtrières au Darfour, une vaste région de l'ouest du Soudan, frontalière du Tchad.

Dans la seule ville d'El-Geneina, la capitale de l'Etat du Darfour-Ouest, 1.100 personnes ont été tuées selon l'ONU. Dans les rues, des cadavres recouverts à la va-vite de vêtements gisent sous le soleil brûlant alors que les rideaux des magasins sont baissés ou ont été éventrés par des pilleurs.

Dans un enregistrement sonore mis en ligne mardi, le général Daglo a dénoncé "un conflit tribal" à El-Geneina, affirmant avoir ordonné à ses hommes "de ne pas intervenir" et accusant l'armée de "créer la sédition en distribuant des armes" à des civils.

Quelques affaires sous le bras, soumis à des fouilles imposées par des hommes armés, les habitants fuient en longues colonnes vers le Tchad, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest, sous les tirs croisés des militaires, paramilitaires, combattants tribaux et civils armés.

«Gardez les frontières ouvertes»

Depuis vendredi, "15.000 Soudanais, dont près de 900 blessés" ont fui vers Adré, au Tchad, selon Médecins sans frontières. "Les violences se sont intensifiées, les gens vivent dans la peur constante d'être pris pour cibles", explique Konstantinos Psykakos, coordinateur de projet de MSF.

Au Darfour, "le conflit a désormais une dimension ethnique", ont averti l'ONU, l'Union africaine et l'Igad, le bloc de l'Afrique de l'Est, "avec des attaques ciblées basées sur l'identité". Pour l'ONU, les violences commises dans cette région pourraient constituer des "crimes contre l'humanité".

La guerre a fait au moins "deux millions" de déplacés à l'intérieur du Soudan, selon le Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, alors que l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a dénombré "550.000 personnes ayant fui vers les pays voisins".

M. Grandi a plaidé mardi pour que les pays voisins "gardent leurs frontières ouvertes" malgré leurs craintes "sécuritaires", lors d'un entretien avec l'AFP à Nairobi.

"C'est une situation inquiétante avec des pays limitrophes qui sont très fragiles" et une "insécurité qui risque de se répandre", a-t-il dit.

Selon l'ONU, plus de 150.000 personnes ont fui le Darfour vers le Tchad, l'un des pays les moins développés de la planète.

De nombreux Soudanais ont également fui au Soudan du Sud et en Egypte.

Lundi, la communauté internationale, réunie à Genève, a promis 1,5 milliard de dollars d'aide, seulement la moitié des besoins avancés par les agences humanitaires.

Plus de la moitié de la population du Soudan, 25 millions de personnes, ont désormais besoin d'aide humanitaire pour survivre, selon l'ONU.

Niveau «honteux»

"Les besoins humanitaires ont atteint des niveaux record alors qu'aucun signe ne permet d'envisager une fin de conflit", a prévenu mardi Eddie Rowe, le directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) au Soudan.

Pour Alexander Kjaerum, du Danish Refugee Council (DRC), le niveau de financement pour l'aide humanitaire au Soudan "est honteux". Après autant de jours de guerre, "68% des fonds pour répondre à la crise ukrainienne étaient réunis", contre seulement 50% de dons promis pour le Soudan, dit-il.

Le général Daglo a accusé mardi l'armée "de violations continues" du cessez-le-feu. En retour, l'armée a accusé les FSR d'avoir "rompu la trêve" et fait "15 morts et des dizaines de blessés civils" à Tawila, au Darfour.

Une source médicale sur place a confirmé à l'AFP ce bilan, rapportant une "attaque des FSR".

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a dénoncé le "non-respect" du cessez-le-feu lundi, quand des "tirs" ont empêché de "transférer (à l'armée) des soldats blessés" aux mains des paramilitaires. Le CICR n'a pas dit d'où venaient ces tirs.

L'arrivée de la saison des pluies fait de plus craindre des épidémies, souligne le CICR, rappelant que de nombreux habitants sont forcés de boire l'eau insalubre du Nil ou d'autres sources.


Qatar: une explosion dans un complexe gazier fait 54 blessés, 18 disparus

Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz. (Photo d'illustration)
Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz. (Photo d'illustration)
  • Selon QatarEnergy, l'installation de Barzan a une capacité de production de 1,4 milliard de pieds cubes standards de gaz commercialisable par jour, destinés à alimenter les centrales électriques, les usines de dessalement et les industries locales
  • Le site dispose également d'une capacité de production d'éthane, de condensats, de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de soufre destinés aux marchés locaux et à l'exportation

DOHA: Une puissante explosion dans un immense complexe gazier au Qatar a embrasé le ciel et fait 54 blessés, ont indiqué lundi les autorités, tandis que 18 personnes sont toujours portées disparues.

"Un incident technique" est à l'origine de la déflagration survenue dimanche soir dans la zone industrielle de Ras Laffan, qui abrite le plus grand centre mondial de production de gaz naturel liquéfié (GNL), a indiqué le ministère de l'Intérieur.

L'explosion s'est produite dans une installation alimentant les entreprises locales, et a été entendue jusqu'à Doha, la capitale.

Un journaliste de l'AFP, qui se trouvait à une vingtaine de kilomètres du site, a vu des flammes illuminer le ciel nocturne et un panache de fumée s'élever au-dessus de la zone.

La compagnie publique QatarEnergy a indiqué que l'incident s'était produit "lors du redémarrage des opérations dans la cité industrielle de Ras Laffan,  provoquant une explosion et un incendie dans l'installation d'approvisionnement local en gaz de Barzan".

Tard dimanche, elle a affirmé que l'incendie avait été maîtrisé après l'intervention des équipes de secours et d'urgence.

Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz.

Le ministère de l'Intérieur a d'abord fait état d'une "explosion interne" avant de préciser, dans un second communiqué, qu'un "dysfonctionnement technique" était en cause.

La détonation a été entendue par des journalistes de l'AFP à Doha, à une soixantaine de kilomètres de la côte nord où se situe le complexe.

"Un total de 54 personnes ont été blessées dans l'incident", a écrit le ministère sur X, précisant que les recherches étaient en cours pour retrouver "18 disparus".

Selon QatarEnergy, l'installation de Barzan a une capacité de production de 1,4 milliard de pieds cubes standards de gaz commercialisable par jour, destinés à alimenter les centrales électriques, les usines de dessalement et les industries locales.

Le site dispose également d'une capacité de production d'éthane, de condensats, de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de soufre destinés aux marchés locaux et à l'exportation.

Le projet est détenu à 93% par QatarEnergy et à 7% par la compagnie américaine ExxonMobil, selon le site de l'entreprise américaine.

Le Qatar, qui partage le champ gazier de South Pars/North Dome avec l'Iran, est l'un des plus grands producteurs de GNL au monde, avec les Etats-Unis, l'Australie et la Russie.

Mais le petit Etat du Golfe a interrompu sa production le 2 mars après des frappes de drones iraniens sur des installations énergétiques clés.

De nouvelles attaques le 18 mars ont réduit de 17% les capacités d'exportation du pays, des dégâts dont la réparation devrait nécessiter trois à cinq ans, avait alors affirmé le ministre de l'Energie, Saad al-Kaabi.

Des pays importateurs comme la Chine, la Corée du Sud, l'Italie et la Belgique figuraient parmi les plus susceptibles d’être affectés, a-t-il déclaré en mars.

 

 


Le président syrien dément vouloir intervenir au Liban

Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
  • "Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad
  • Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie"

DAMAS: Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer.

"Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad.

Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie".

Peu auparavant, au sommet du G7 en France, le président américain avait dit: "si Israël ne peut pas faire le boulot sans tuer tout le monde, il (M. al-Chareh, ndlr) le fera".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars en tirant des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat, quelques jours plus tôt, du guide suprême iranien Ali Khamenei, son soutien, au cours de frappes américano-israéliennes.

Israël a riposté par des bombardements aériens et une offensive terrestre.

L'accord irano-américain signé cette semaine visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient inclut le Liban, où les combats se sont arrêtés samedi soir.

Dans son interview dimanche, le chef de l'Etat syrien a assuré que son pays avait "proposé aux Etats-Unis que la guerre cesse", ajoutant : "il faut trouver diverses solutions, notamment économiques, politiques et sociales, y compris le rétablissement des relations et de l'axe économique vital entre la Syrie et le Liban".

"Parallèlement, il est nécessaire de mettre en place des mesures de sécurité qui répondent en priorité aux préoccupations syriennes et libanaises mais aussi à celles d'Israël", a-t-il poursuivi.

Le Hezbollah a combattu pendant la guerre civile en Syrie aux côtés de l'ex-président Bachar el-Assad.

De ce fait, Ahmad al-Chareh, qui a renversé ce dernier en 2024, est profondément hostile à ce mouvement.

La Syrie a dominé le Liban pendant des décennies à la suite de l'intervention de son armée au moment de la guerre civile de 1975-1990, ne se retirant qu'en 2005, ce qui rend toute nouvelle implication militaire extrêmement délicate.

"La Syrie dispose de nombreux moyens pour avoir un impact positif au Liban mais cela dépend avant tout de l'accord du Liban", a encore dit le chef de l'Etat.

"La Syrie est très préoccupée par la situation intérieure du Liban car la sécurité et la stabilité du Liban sont indissociables de celles de la Syrie", a martelé Ahmad al-Chareh.

Interrogé sur la possibilité de dialoguer avec le Hezbollah, il a répondu : "si cela sert les intérêts du Liban et préserve ceux de la Syrie, pourquoi pas?".


Liban: le chef du Hezbollah dit refuser toute zone de sécurité israélienne dans le sud

  • "Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem
  • "Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a refusé dimanche toute zone de sécurité israélienne dans le sud du Liban, après qu'Israël a dit vouloir y maintenir son armée.

Le maintien de forces israéliennes sur le sol libanais est "impossible" et "il n'y a pas de zones de sécurité pour Israël", a déclaré le chef du groupe pro-iranien dans une adresse télévisée.

"Nous avons une armée libanaise seule à même de se déployer et responsable de la sauvegarde de la souveraineté" du Liban, "et c'est avec elle que nous coopérons", a-t-il ajouté.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars par le Hezbollah, en soutien à Téhéran visé par une offensive israélo-américaine.

Depuis, l'armée israélienne mène une offensive terrestre dans le sud du pays et opère dans ce qui est présenté comme une zone de sécurité d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de la frontière, devant protéger les habitants du nord d'Israël.

Un cessez-le-feu avait été annoncé vendredi, après un précédent qui n'avait pas été respecté.

L'armée israélienne restera dans le sud du Liban "aussi longtemps que nécessaire", a déclaré dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, sur fond de négociations entre l'Iran et les Etats-Unis en Suisse pour mettre fin au conflit dans la région.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a en outre affirmé que les troupes israéliennes pouvaient agir "sans aucune restriction" pour "éliminer les menaces" au Liban.

"Israël ne se retirera pas de la zone de sécurité au Liban", a-t-il répété.

"Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem.

"Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré.

Le chef du Hezbollah a tenu ces propos après l'ouverture en Suisse dimanche des pourparlers censés finaliser un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran.

L'Iran, qui a dit qu'aucun accord avec les Etats-Unis ne serait possible sans cessation des hostilités au Liban, avait annoncé samedi une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz en représailles aux attaques israéliennes sur ce pays.

Le Liban connaît depuis samedi soir une accalmie, l'armée israélienne ayant reçu l'ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah.

"J'invite le pouvoir libanais à tirer profit du protocole d'entente", a affirmé Naïm Qassem.

L'Iran "a fermé le détroit d'Ormuz pour le Liban. C'est une arme entre vos mains (...). Utilisez-la", a-t-il ajouté.

Sous la pression des Etats-Unis, le Liban a entamé en avril des pourparlers directs avec Israël à Washington, que le Hezbollah rejette. Un cinquième cycle de négociations doit débuter la semaine prochaine.