A La Mecque, les pèlerins soudanais prient pour la paix

Les pèlerins soudanais Kamal Kabashi (à gauche), 52 ans, et Ahmed Jaber, 62 ans, se tiennent devant la Grande Mosquée, alors que les musulmans du monde entier arrivent pour le pèlerinage annuel du Hajj dans la ville sainte de La Mecque, le 22 juin 2023. (Photo de Sajjad HUSSAIN / AFP)
Les pèlerins soudanais Kamal Kabashi (à gauche), 52 ans, et Ahmed Jaber, 62 ans, se tiennent devant la Grande Mosquée, alors que les musulmans du monde entier arrivent pour le pèlerinage annuel du Hajj dans la ville sainte de La Mecque, le 22 juin 2023. (Photo de Sajjad HUSSAIN / AFP)
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Publié le Samedi 24 juin 2023

A La Mecque, les pèlerins soudanais prient pour la paix

  • L'aéroport de Khartoum étant fermé à cause de la guerre, les pèlerins venus du Soudan traversent la mer Rouge par bateau pour rejoindre Jeddah, la ville saoudienne proche de La Mecque
  • A La Mecque, une professeure de mathématique soudanaise de 49 ans, Haram Ali, dit prier pour la paix «et pour que tous les Soudanais puissent eux aussi ressentir ce même apaisement»

LA MECQUE : Loin des violents combats au Soudan, Kamal Kabachi prie pour «la paix et la stabilité» à la veille du grand pèlerinage à La Mecque, à quelque 2.000 kilomètres de son pays déchiré par plus de deux mois de guerre.

Kamal Kabachi fait partie des plus de deux millions de musulmans attendus dans la ville la plus sainte de l'islam, dans l'ouest de l'Arabie saoudite, pour le hajj qui démarre officiellement dimanche.

«J'ai très peur pour ma famille et mes enfants», confie à l'AFP ce fonctionnaire de 52 ans pendant qu'il se recueille à l'intérieur de la Grande mosquée, vêtu d'un ihram, deux couches de tissu blanc qui enveloppent le corps des hommes pendant leur pèlerinage.

Il y a à peine quelques semaines, des projectiles se sont abattus sur sa maison à Al-Facher, chef-lieu du Darfour-Nord, une région de l'ouest du Soudan. La maison a été sérieusement endommagée mais, heureusement, sa famille l'avait déjà quittée plus tôt pour fuir les violences, raconte-t-il.

Depuis le 15 avril, une lutte de pouvoir oppose l'armée, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), du général Mohamed Hamdane Daglo.

Leur guerre a plongé ce pays parmi les plus pauvres du monde dans le chaos, fait plus de 2.000 morts et poussé plus 2,5 millions de civils à fuir.

- Arrivés par bateau -

L'ONU s'inquiète tout particulièrement de la situation au Darfour, la région de Kamal Kabachi, déjà meurtrie par une guerre civile dans les années 2000 et théâtre des violences les plus meurtrières.

«Je lève les mains vers Dieu Tout-Puissant pour qu'il résolve les problèmes au Soudan», souffle le père de famille qui effectue pour la dixième fois le hajj, l'un des cinq piliers de l'islam qu'un musulman pratiquant doit accomplir au moins une fois dans sa vie, s'il en a les moyens.

L'aéroport de Khartoum étant fermé à cause de la guerre, Kamal Kabachi, comme les autres pèlerins venus du Soudan, a traversé la mer Rouge par bateau pour rejoindre Jeddah, la ville saoudienne proche de La Mecque, où se tiennent depuis plusieurs semaines des pourparlers qui piétinent entre les deux camps rivaux soudanais.

Ahmed Jaber, qui l'accompagne dans ce voyage, assure que les Soudanais «ne rêvent que de paix». Ce commerçant de 62 ans, qui effectue le hajj pour la première fois, se préparait depuis des mois à prier pour sa famille et ses proches.

«Aujourd'hui, je ne prie pas seulement pour ma famille, je prie pour tous les Soudanais», raconte-t-il en retenant ses larmes au-dessus d'un masque de protection.

Au Soudan, la situation humanitaire catastrophique devrait encore s'aggraver avec la saison des pluies, synonyme de recrudescence du paludisme, d'insécurité alimentaire et de malnutrition infantile.

- S'en remettre à Dieu -

Les deux tiers des établissements de santé dans les zones de combat sont désormais hors service, alors que 11 millions de personnes ont besoin d'une assistance sanitaire, selon l'Organisation mondiale de la santé.

Au total, l'ONU estime que 25 des 48 millions de Soudanais ne peuvent survivre sans aide humanitaire.

A La Mecque, Haram Ali dit ressentir un certain «apaisement psychologique» en accomplissant le hajj pour la première fois avec sa famille.

«Je prie pour la paix et pour que tous les Soudanais puissent eux aussi ressentir ce même apaisement», dit à l'AFP cette professeure de mathématique de 49 ans.

Pour elle, le pèlerinage de cette année est plus que jamais «un don de Dieu» qui permet à sa famille de se «reposer du calvaire au Soudan».

Dans le pays d'Afrique de l'Est, malgré le drame humanitaire, les combats continuent de faire rage, les trêves successives ne sont presque jamais respectées et les multiples initiatives diplomatiques restent lettre morte.

Alors, Maha Abdallah, une femme au foyer soudanaise de 50 ans, ne voit nulle autre solution que de s'en remettre à Dieu. «La situation est difficile. Très difficile. Seule l'intervention de Dieu pourrait changer les choses», se désole-t-elle.


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.


Accord-cadre entre Liban et Israël, qui laisse deux "zones pilotes" à l'armée libanaise

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
  • Israël, le Liban et les États-Unis ont signé un accord-cadre pour avancer vers une paix durable, incluant le désarmement progressif du Hezbollah
  • Israël maintiendra ses troupes dans le sud du Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah, tandis que Washington promet un soutien humanitaire et sécuritaire

WASHINGTON: Israël, le Liban et les Etats-Unis ont signé vendredi à Washington un accord-cadre visant à trouver "une paix durable" entre les deux pays du Proche-Orient, Israël assurant que son armée resterait au Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah pro-iranien.

"Nous sommes heureux d'annoncer un accord-cadre entre le gouvernement souverain du Liban et le gouvernement d'Israël, avec la médiation et le soutien des Etats-Unis", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avant la signature.

Ce texte pose la première pierre d'"un cadre pour une paix et une sécurité durables", a-t-il estimé.

Il s'agit d'un "premier pas" vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans "occupation", "subordination", ni "tutelle", a déclaré de son côté le président libanais Joseph Aoun.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a lui estimé que le texte faisait courir un risque de "guerre civile" en cas d'application par les autorités libanaises.

L'un des points clés est le "désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement des infrastructures qui leur sont associées", dont le Hezbollah pro-Téhéran qui s'est toujours opposé aux négociations.

Après l'annonce de l'accord, des partisans du mouvement ont manifesté dans les rues de Beyrouth, notamment dans les quartiers proches du Parlement et le long d'une route menant à l'aéroport, et ont bloqué au moins une route avec des pneus enflammés, selon l'ANI, une agence officielle.

Un correspondant de l'AFP a également vu des postes de contrôle temporaires de l'armée libanaise être mis en place dans plusieurs rues.

- "Zones pilotes" -

Le Liban et Israël avaient entamé mi-avril des discussions directes à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Cette session de pourparlers était la cinquième.

L'accord-cadre prévoit notamment de confier progressivement à l'armée libanaise le contrôle de deux "zones pilotes", qui ont vocation à se multiplier jusqu'à ce que les forces étatiques aient la main sur tous les secteurs concernés, devant y permettre à terme le retour des civils.

L'une des deux premières zones est située au sud et l'autre au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Le retrait israélien devrait être limité puisque Benjamin Netanyahu a répété que son armée resterait dans le sud du Liban jusqu'à ce que le Hezbollah "soit désarmé".

La disparition de cette menace" éliminera toute nécessité future d'une intervention militaire ou d'une présence des Forces de défense d'Israël au Liban", et "le gouvernement israélien déclare n'avoir aucune ambition territoriale au Liban", dispose ainsi l'accord.

- "Début du début" -

A Washington, Marco Rubio a décrit le texte comme "le début du début". Il a annoncé dans un communiqué une "aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies", ainsi qu'un versement de "plus de 30 millions de dollars" aux Forces armées libanaises "en faveur d'une paix durable au Liban".

Le chef de l'aide humanitaire à l'ONU, Tom Fletcher, a ainsi plaidé pour un accès "sûr, continu et libre" des organisations aux personnes dans le besoin, un déminage et la réparation prioritaire des infrastructures essentielles.

Selon l'accord-cadre, les Etats-Unis soutiendront plus généralement le gouvernement libanais pour la reconstruction du pays, la relance économique et les "perspectives de prospérité". De son côté, Beyrouth s'engage à s'assurer que les fonds n'atterrissent pas entre les mains de groupes armés et d'entités liées.

Les hostilités sur le front libanais ont repris début mars après des tirs du Hezbollah pro-iranien vers Israël, déclenchés en soutien à Téhéran visé par une offensive militaire israélo-américaine.

L'armée israélienne a mené de vastes frappes aériennes au Liban et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon les autorités libanaises. Elle occupe une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de sa frontière, censée protéger les habitants du nord d'Israël.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.