La réduction du gaspillage de nourriture au Moyen-Orient persistera-t-elle au-delà de la pandémie de coronavirus ?

Le problème du gaspillage de nourriture se pose à l'échelle mondiale. (AFP)
Le problème du gaspillage de nourriture se pose à l'échelle mondiale. (AFP)
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Publié le Jeudi 10 décembre 2020

La réduction du gaspillage de nourriture au Moyen-Orient persistera-t-elle au-delà de la pandémie de coronavirus ?

  • La réduction du gaspillage de nourriture laisse présager un avenir prometteur pour une région connue pour sa surconsommation et sa dépendance excessive à l'égard des importations
  • Les agences des Nations unies estiment qu'environ un tiers de la nourriture dans le monde est gaspillé, ce qui représente environ 1,43 milliard de tonnes chaque année

DUBAÏ, LONDRES - La pandémie de Covid-19 a certes constitué un désastre pour le secteur de l'hôtellerie et de la restauration. On a ainsi vu des restaurants, des bars et des cafés fermer pendant des mois, durant lesquels leurs profits se sont évaporés et beaucoup d'entre eux ont définitivement fermé leurs portes.

Cependant, si le nuage de la pandémie présente quelques points positifs, c'est notamment sur le plan de la réduction substantielle du gaspillage alimentaire et l'adoption d'une approche plus consciencieuse de la consommation.

À travers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, les signes sont prometteurs, du moins pour le moment. Une enquête menée cette année auprès de 284 personnes en Tunisie par le Centre national pour les informations biotechnologiques (NCBI), basé aux États-Unis, montre que 85 % des répondants ne jettent pas les restes de nourriture, tandis qu'une majorité d'entre eux affirment avoir adopté une stratégie pour conserver, stocker et consommer les restes.

« La prévention des déchets alimentaires serait probablement plus influencée par le contexte socio-économique du verrouillage imposé par la Covid-19, que par le souci de préserver l'environnement. Parmi ces motifs figurent le manque de nourriture, les restrictions sur les déplacements ou la suppression de revenus », a révélé le Centre national pour les informations biotechnologiques (NCBI) dans son étude.

Ce n'est pas un secret que les pays du CCG figurent parmi les pays qui produisent le plus de déchets par habitant dans le monde. Cependant, le volume de déchets alimentaires a diminué aux EAU en 2020, une fois que les plus grands gaspilleurs de nourriture ont fermé leurs cuisines, comme les hôtels par exemple. De même, les ménages ont transformé leurs habitudes d'achat, en achetant uniquement ce dont ils ont besoin et en économisant ce qu'ils ne peuvent pas entièrement consommer.

« Au cours de la période de verrouillage, beaucoup d'entre nous sont devenus autosuffisants. Nous avons réexaminé la valeur de notre confort qui nous semblait normalement acquis », explique Ivano Iannelli, directeur général du groupe de réflexion sur l'économie verte Dubai Carbon.

Certains employeurs ont choisi de baisser les salaires pour surmonter la tempête économique. Cette mesure a contraint les familles à réduire leur consommation quotidienne en cuisinant en plus grandes quantités et en stockant les restes.

Pour leur part, les détaillants alimentaires de la région du CCG résistent plutôt bien à la pandémie, avec de plus en plus de clients qui commandent à domicile les produits alimentaires, selon un rapport publié en 2020 par la société américaine de renseignements commerciaux Altios International Inc.

Par ailleurs, les consommateurs se sont mis à acheter davantage d'articles essentiels en vrac pour éviter de se rendre régulièrement dans les magasins, selon les données. « Aux EAU, la catégorie des snacks continue à augmenter et on prévoit qu'elle connaîtra une forte croissance car les consommateurs restent cloîtrés chez eux pendant la pandémie de Covid-19 », indique le rapport.

Deux résidentes des EAU interrogées par Arab News sont un exemple de la popularité du marché numérique. May Adel, responsable de comptes de commerce électronique, affirme qu'elle s'est complètement tournée vers les achats d'épicerie en ligne depuis le début de la pandémie, dans la mesure où cette méthode lui semble plus sûre et plus pratique.

Zaheda Muntazir, spécialiste en marketing des médias sociaux, raconte qu’elle a  « commencé à acheter plus souvent en ligne, notamment pour la livraison des produits d'épicerie ; c'est plus facile, surtout en cette période critique ».

Évidemment, le monde concret de la consommation est plus complexe. Preeti Bisht, spécialiste de la gestion des déchets organiques et des emballages alimentaires compostables, affirme que nombre de personnes ont repris leurs anciennes habitudes d'achat après la levée et l'allègement des mesures de confinement. Néanmoins, en raison du climat général d'insécurité financière, les clients semblent être beaucoup plus conscients quant à leurs dépenses mensuelles.

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En Arabie Saoudite, environ 33 % des aliments sont gaspillés. (AFP)

« La plupart des gens achètent des produits d'épicerie une fois par semaine. Ils font la liste des courses avant de se rendre au supermarché pour éviter d'acheter des produits non désirés », explique-t-elle à Arab News.

En outre, en raison de la distanciation sociale, les réunions familiales sont devenues moins fréquentes cette année. Ceci a permis de réduire le gaspillage que représente la préparation de grandes quantités de nourriture pendant les vacances. « On estime que durant le Ramadan, le gaspillage de nourriture est deux fois supérieur à la normale », indique Mme Bisht.

« Selon des estimations prudentes, 15 à 25 % de tous les produits alimentaires achetés ou préparés pendant le Ramadan se retrouvent dans les poubelles avant même d'être utilisés ou consommés ».

En Arabie Saoudite, environ 33 % de la nourriture est gaspillée. Ce gaspillage coûte au pays 10,6 milliards de dollars par an, selon une étude menée par la Saudi Grains Organization.

« À ma connaissance, le Royaume enregistre le taux de gaspillage alimentaire le plus élevé de la région du Moyen-Orient. Il génère en moyenne 427 kg de déchets alimentaires par habitant et par an », précise Mme Bisht.

Il est évident que le problème du gaspillage alimentaire se pose à l'échelle mondiale. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime qu'environ un tiers de la nourriture dans le monde est gaspillée, ce qui équivaut à environ 1,43 milliard de tonnes chaque année.

Un rapport publié en 2020 par Deloitte, le réseau de services professionnels, présente les mêmes conclusions. Non seulement il indique que 33 % des aliments produits dans le monde sont gaspillés, mais il prévoit que ce chiffre augmentera au cours de la pandémie.

« (Cela) est dû aux restaurateurs qui doivent se débarrasser des produits alimentaires périmés, aux entreprises de production de denrées alimentaires qui sont obligées de réorienter leurs activités des produits achetés hors foyer vers les produits de détail et aux consommateurs qui stockent (inutilement) les denrées alimentaires », indique le rapport.

Cette année, la municipalité de Dubaï a précisé que les déchets alimentaires mondiaux s'élèvent à environ 1 000 milliards de dollars par an, et que leur élimination coûte environ 410 milliards de dollars par an. Pour ce qui est des habitants des Émirats arabes unis, ils achètent des quantités de nourriture « alarmantes » qui dépassent largement leurs besoins.

M. Iannelli, du groupe Dubai Carbon, affirme que la réduction des déchets alimentaires est avantageuse en « amont et en aval ». Moins de déchets entraîne au final une baisse de la production, ce qui se traduit par la consommation de moins de ressources comme l'eau, l'énergie et le transport, avec pour résultat une réduction des émissions de carbone.

On ne peut pas non plus passer outre les dimensions morales et éthiques de cette problématique, dans la mesure où près d'un milliard de personnes dans le monde souffrent de la famine. « Si l’on parvient à épargner le quart de la nourriture gaspillée, cela suffira à nourrir environ 870 millions de personnes affamées dans le monde », précise la municipalité de Dubaï.

Au Yémen, plus de 20 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire et 13 millions dépendent de l'aide apportée par le Programme alimentaire mondial (PAM) pour subvenir à leurs besoins quotidiens, selon un rapport du PAM publié en 2020. « Trois millions de personnes de plus risquent de souffrir d'une faim plus accrue en raison du coronavirus qui balaie le Yémen sans être contrôlé », note le rapport.

Si la livraison de nourriture fait partie d'une consommation plus frugale, elle ne permet pas d'éviter totalement le gaspillage de nourriture. Les repas mal manipulés ou retardés peuvent être rejetés et finir à la poubelle. Les appels bidon qui passent de fausses commandes peuvent également générer du gaspillage, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Les entreprises sont elles aussi responsables du gaspillage alimentaire en proposant des offres spéciales, explique Ryan Ingram, fondateur de TerraLoop Food Waste Consulting, basé aux Émirats arabes unis.

« Les magasins en ligne qui proposent des offres multiples - une portion gratuite pour tout achat, des portions plus grandes, etc. - favorisent le sur-achat et donc le gaspillage », explique-t-il à Arab News.

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En raison de la propagation du coronavirus, les consommateurs achètent plus d'articles essentiels en vrac pour éviter de se rendre régulièrement dans les magasins. (AFP)

Les restes finissent généralement à la poubelle, car les plats à emporter ont souvent une durée de conservation plus courte que les plats cuisinés à la maison, explique M. Ingram.

De toute évidence, il faudra du temps pour que les habitudes de consommation au Moyen-Orient changent. En attendant, les gouvernements, les organisations internationales et les figures publiques influentes peuvent y remédier.

Le problème de la réduction du gaspillage alimentaire est mis en évidence dans les Objectifs de développement durable (SDG) des Nations unies ; les objectifs 2 et 12 demandent respectivement que la faim soit éliminée, que le gaspillage alimentaire soit réduit de moitié et que les pertes de nourriture soient réduites d'ici 2030.

« La perte et le gaspillage de nourriture constituent un scandale éthique. Dans notre monde qui dispose de nourriture suffisante pour nourrir tout le monde et tous les pays, 690 millions de personnes souffrent encore de la faim et 3 milliards ne peuvent pas se payer une alimentation saine », a déclaré António Guterres, secrétaire général des Nations unies, dans un message délivré le 19 septembre, à l'occasion de la première Journée internationale de Sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture.

Le Comité national pour la réduction du gaspillage et des pertes de nourriture des EAU a mis en place des initiatives destinées à réduire le taux de gaspillage de nourriture de 15 % d'ici la fin 2021, selon un rapport de l'agence de presse économique Zawya.

« Nous avons l'habitude de consommer avec excès et nous devons contrôler cette tendance », a déclaré le prince héritier d'Abou Dhabi, cheikh Mohammed ben Zayed, au cours d'un majlis du ramadan en ligne tenu en mai. « Si cet excès ou ces dépenses excessives servent une bonne cause, comme la charité, nous y sommes favorables. Mais trop dépenser sans raison est une mauvaise habitude ».

Avec un peu de chance, les vaccinations collectives devraient mettre fin à la pandémie de coronavirus vers le milieu de l'année 2021 en permettant ainsi au secteur de l'hôtellerie et de la restauration de prospérer à nouveau. Toutefois, les experts estiment que le passage des magasins traditionnels, sous l’effet de la pandémie, au commerce de détail en ligne devrait se poursuivre. Seul le temps déterminera si cette tendance débouchera à terme sur une culture de consommation consciencieuse des aliments.


Iran: le bilan des morts s'alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
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  • "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien"
  • D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis

PARIS: Le pouvoir iranien a perpétré un "massacre", selon un groupe de défense des droits humains, pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, où les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants, mais averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.

"Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien".

D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis.

Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d'internet, désormais en vigueur depuis plus de 72 heures, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé les autorités à "la plus grande retenue" dans l'usage de la force et à rétablir les communications.

L'IHR a aussi estimé à plus de 2.600 les manifestants arrêtés.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités "avec fermeté", après que le chef de la police a fait état "d'importantes arrestations".

"Deuil national" 

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les "martyrs de la résistance", en référence notamment aux membres des forces de sécurité tués.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des "émeutiers" instrumentalisés selon elles par l'étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains".

La télévision d'Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d'agents des forces de l'ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue.

La télévision d'Etat s'est efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d'une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que "le nombre de manifestations (était) en baisse".

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a de son côté appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique.

Hôpitaux "débordés" 

Des images publiées sur les réseaux sociaux  - probablement par des moyens satellitaires - ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l'est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés, et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l'enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l'absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dimanche à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu'à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

"Vivant ou non" 

"Nous ne savons rien de nos proches actuellement en Iran", a déploré dans la foule londonienne Fahimeh Moradi, 52 ans. "Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s'il est vivant ou non".

Le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté".

En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui dit espérer que Téhéran "serait bientôt délivré du joug de la tyrannie", tandis qu'un haut responsable militaire affirmait que l'armée serait "en mesure de répondre avec force si nécessaire".

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l'ONU.


Soudan: chassé par la guerre, le gouvernement annonce son retour à Khartoum

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
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  • "Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants
  • Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés

KHARTOUM: Le Premier ministre soudanais a annoncé dimanche le retour dans la capitale Khartoum du gouvernement qui en avait été chassé en 2023 par la guerre et avait été transféré à Port-Soudan, dans l'est du pays.

"Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants.

Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés.

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire.

Reprise en mars 2024 par l'armée, Khartoum a depuis enregistré le retour de plus d'un  million de personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais après plus de 1.000 jours de guerre, les services de base de la capitale -- hôpitaux, aéroports, centrales électriques-- restent dévastés.

L'ONU estime à environ 350 millions de dollars le coût de la réhabilitation des infrastructures.

Dans son discours dimanche, M. Idris a promis de reconstruire les hôpitaux, d'améliorer les services éducatifs, d'électricité, d'eau et d'assainissement.

Lors d'une visite à Khartoum en juillet dernier, la première depuis sa prise de fonction en mai, il avait déjà affirmé que "Khartoum redeviendra une capitale nationale fière".

Depuis, les autorités ont commencé à reconstruire certains quartiers, même si les FSR ont mené à plusieurs reprises des frappes de drones, notamment contre des infrastructures.

Fin octobre, les paramilitaires qui avaient redirigé leurs offensives vers l'ouest du pays après la perte de la capitale, s'étaient emparés d'El-Facher, la dernière des cinq capitales de la vaste région du Darfour qui était encore contrôlée par l'armée.

Depuis, les FSR se concentrent sur la région voisine du Kordofan, terre pétrolifère située sur l'axe entre le Darfour et Khartoum.

La guerre a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes et déraciné plus de 11 millions d'autres, tant à l'intérieur du territoire qu'au-delà de ses frontières.


Syrie: les forces kurdes quittent Alep après des jours de combats meurtriers

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
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  • L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est"
  • Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations

ALEP: Les forces kurdes en Syrie ont annoncé dimanche l'évacuation de leurs combattants des deux quartiers où ils étaient retranchés à Alep, après plusieurs jours de combats meurtriers contre les forces gouvernementales.

"Nous sommes parvenus à un accord qui a conduit à un cessez-le-feu et permis l'évacuation des martyrs, des blessés, des civils pris au piège et des combattants des quartiers d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud vers le nord et l'est de la Syrie", ont écrit les Forces démocratiques kurdes (FDS) dans un communiqué.

L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est".

Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations.

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles.

Accusations mutuelles 

Les deux camps s'accusent mutuellement d'en être à l'origine.

Ces combats ont fragilisé encore plus un accord conclu en mars entre les deux parties pour intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome kurde au sein de l'Etat syrien, qui n'a pas encore été appliqué.

L'évacuation des combattants a été obtenue "grâce à la médiation des parties internationales pour mettre fin aux attaques et aux violations commises contre notre peuple à Alep", a affirmé le FDS, après avoir au contraire dénoncé quelques heures plus tôt des déplacements forcés et des enlèvements de civils.

Depuis Damas, l'émissaire américain Tom Barrack avait lancé samedi un appel à la "retenue" et à la fin des hostilités, après avoir rencontré le président Ahmad al-Chareh dont le gouvernement se dit déterminé à asseoir son autorité sur Alep, la deuxième ville du pays.

Un correspondant de l'AFP posté samedi à l'entrée du quartier Cheikh Maqsoud a vu au moins cinq autocars transporter des hommes, escortés par les forces de sécurité.

Prises au piège pendant des jours, des familles hagardes ont enfin pu quitter le lieu des combats.

Des hommes portent leurs enfants sur le dos, des femmes et des enfants pleurent. "Papa, papa", répète une petite fille cherchant son père.

Mais plusieurs dizaines de jeunes gens sont mis à l'écart par les forces de sécurité, qui les forcent à s'asseoir par terre, tête baissée, sous leur garde, avant de les embarquer dans des cars.

Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également Ahmad al-Chareh.

Les combats ont fait craindre une escalade régionale, la Turquie voisine se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités. Mais les combats d'Alep sont le troisième épisode de violences avec des minorités, après des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.

Les Kurdes, qui ont tiré profit du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, y compris des champs pétroliers et gaziers, réclament notamment un système de gouvernance décentralisé, ce que rejette Damas.