L'hémisphère nord suffoque au pic des vagues de chaleur

Un panneau d'avertissement de chaleur est affiché le long de l'autoroute américaine 190 lors d'une vague de chaleur dans le parc national de Death Valley à Death Valley, en Californie, le 16 juillet 2023 (AFP).
Un panneau d'avertissement de chaleur est affiché le long de l'autoroute américaine 190 lors d'une vague de chaleur dans le parc national de Death Valley à Death Valley, en Californie, le 16 juillet 2023 (AFP).
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Publié le Mercredi 19 juillet 2023

L'hémisphère nord suffoque au pic des vagues de chaleur

  • Après Cerbère, c'est la canicule Charon, du nom du passeur des Enfers, qui enveloppe le littoral nord-méditerranéen
  • Pas moins de 47 d'incendies se sont déclarés au cours des dernières 24 heures, selon les pompiers. Deux d'entre eux, à l'ouest d'Athènes, n'étaient toujours pas maîtrisés en fin de journée

ROME : Le feu en Grèce et au Canada, l'étuve en Italie, en Espagne ou aux Etats-Unis, et quelques records locaux en France: l'hémisphère Nord suffoque et brûle sous les vagues de chaleur qui se sont renforcées mardi, et qui concernent aussi la Chine et le Japon.

Après Cerbère, c'est la canicule Charon, du nom du passeur des Enfers, qui enveloppe le littoral nord-méditerranéen.

En Grèce, les pompiers connaissent mardi une deuxième "journée difficile" dans la lutte contre plusieurs incendies de forêt malgré une amélioration dans des zones balnéaires menacées, proches d'Athènes.

Pas moins de 47 d'incendies se sont déclarés au cours des dernières 24 heures, selon les pompiers. Deux d'entre eux, à l'ouest d'Athènes, n'étaient toujours pas maîtrisés en fin de journée.

Et une nouvelle canicule, avec des maximales de 44°C, est déjà attendue à partir de jeudi en Grèce.

En Italie, 20 villes sont placées en alerte rouge, de Bolzano au pied des Alpes à Palerme en Sicile, en passant par Venise, Bologne, Florence, Rome, Naples et Cagliari, ville de Sardaigne qui a connu 39°C.

A Rome, le mercure a atteint les 40°C, à peine moins que le record local de 40,5°C datant d'août 2007. Cela n'a pas freiné les touristes dans la Ville éternelle, où 2.500 fontaines d'eau potable et fraîche leur permettent de se désaltérer.

Mardi en début d'après-midi, la température la plus élevée relevée en Italie, qui détient le record de chaleur pour l'Europe continentale, avec 48,8°C mesurés en Sicile le 11 août 2021, était de 44°C à Raguse, dans cette même région.

Antoinette Douce, une assistante comptable française de 42 ans, a préféré quitter la capitale italienne pour le bord de mer. "Au lieu de visiter l'intérieur de Rome, on s'est dit +on va venir prendre l'air et profiter de la mer+. Il y a l'air qu'il faut, franchement c'est super", dit-elle à l'AFPTV sur la plage de Fregene, à une heure de route de là.

Jeunes et anciens sont les plus à risque et les autorités ont dû prendre des mesures de précaution particulières pour les protéger de la fournaise.

"Nous ne faisons pas faire de sport aux enfants et nous alternons, trois jours à la mer, trois jours en forêt", a expliqué à l'AFP Morgana Cucca, la responsable d'un centre à Lanusei, en Sardaigne.

Records en France

Le sud de l'Espagne est aussi écrasé par la chaleur.

Plusieurs régions ont été placées mardi en alerte rouge en raison du "danger extrême" induit par ces températures, tandis que les pompiers continuent de lutter contre un incendie ayant ravagé 3.500 hectares dans l'archipel des Canaries.

A midi (10H00 GMT), il faisait déjà 41,7 degrés dans la province de Gérone, en Catalogne.

De nombreux records locaux de chaleur ont été dépassés mardi dans le sud de la France, essentiellement en altitude dans les Alpes (est), les Pyrénées (ouest) et l'île de Corse, ont annoncé les services météorologiques. Ces records sont 8°C à 11,9°C au-dessus des normales de saison.

Même la Suisse est frappée par ces conditions exceptionnelles, avec un important feu de forêt dans le sud, qui s'est déclaré lundi dans une forêt au-dessus du village de Bitsch, et qui a contraint environ 200 villageois à une évacuation temporaire.

Selon Robert Vautard, le directeur de l'Institut Pierre-Simon Laplace, spécialisé sur les sciences du climat, s'il n'y a pas de connexions climatiques entre les différentes régions du monde, les modifications dans le climat nourrissent et renforcent les phénomènes météo extrêmes partout sur la planète.

"Pour l'Europe du Sud par exemple, c'est un anticyclone très puissant qui, combiné à la faiblesse des vents, reste statique et bloque les perturbations. Ces hautes pressions emprisonnent l'air chaud faisant grimper les températures. Cela est alimenté par des vents du sud sur le flanc ouest qui font remonter des masses d'air brûlantes du Sahara", explique-t-il à l'AFP.

Mégafeux au Canada

Aux Etats-Unis, les services météo observent une vague de chaleur "oppressante" dans le sud et prévoient plusieurs records de températures.

Dans la célèbre Vallée de la Mort, en Californie, l'un des endroits les plus chauds de la planète, le thermomètre a affiché 52°C dimanche.

Plusieurs feux très violents dans le sud de l'Etat ont entraîné l'évacuation de la population. Le plus important, Rabbit Fire, a brûlé quelque 3.200 hectares.

Dans la capitale de l'Arizona, Phoenix, le mercure a de nouveau atteint les 43°C, battant le précédent record de 18 jours consécutifs à cette température ou plus, établi en 1974.

Plusieurs Etats sont menacés par de fortes intempéries, selon le service météo national.

Au Canada, plus de dix millions d'hectares sont déjà partis en fumée cette année, avec 882 feux toujours actifs lundi, dont 579 considérés comme hors de contrôle, a expliqué le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC).

Deux pompiers sont morts en luttant contre ces mégafeux, ont déploré les autorités.

Japon et Chine 

Le Japon a émis quant à lui des alertes aux coups de chaleur lundi pour 32 de ses 47 préfectures, qui connaissent des températures proches du record absolu de 41,1°C atteint en 2018.

"Le climat a clairement changé. Avant, la température (dans la préfecture de Yamanashi, proche de Tokyo) n'atteignait jamais 30°. Maintenant, on les atteint facilement", regrette Tomoya Abe, 50 ans, de retour d'un séjour au camping pour fuir son appartement de la capitale "où la température peut monter à 37°C".

Ce pays fait également face à des pluies torrentielles qui ont fait au moins huit morts.

La Chine a quant à elle battu dimanche un record pour une mi-juillet, avec 52,2°C dans la région aride du Xinjiang (ouest).

L'ONU a appelé mardi le monde à se préparer à des vagues de chaleur plus intenses, invitant chaque individu à préparer ses propres "plans de lutte" pour affronter ces températures extrêmes de jour comme de nuit.

"Ces phénomènes continueront à s'intensifier et le monde doit se préparer à des vagues de chaleur plus intenses", a averti John Nairn, un expert auprès de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) des Nations unies, au cours d'un point de presse à Genève.

40°C en France: « pas des températures normales » mais la « preuve du dérèglement » climatique, réaffirme Christophe Béchu

"Les températures que nous vivons en ce moment ne sont pas des températures normales", mais "la preuve de ce dérèglement du climat qui malheureusement s’accélère", a réaffirmé mardi le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu sur RMC.

Son homologue de l'Agriculture, Marc Fesneau, avait été sévèrement critiqué samedi par des climatologues pour avoir assuré que les températures actuelles étaient "assez normales pour un été", avant de faire marche arrière.

"Le dérèglement climatique, conséquence de nos activités humaines, conduit à ce qu'on ait d'ores et déjà 5 fois plus de vagues de chaleur en moyenne qu'il y a 30 ans", a rappelé Christophe Béchu, "et les experts disent qu'on va encore multiplier par deux entre maintenant et le milieu du siècle".

"Avec en particulier un nombre de nuits tropicales (température minimale supérieure à 20°C, ndlr) qui ne correspond absolument pas aux températures que nous avions il y a 30 ans en France y compris dans le sud" du pays, a souligné le ministre en réponse à un auditeur de l'Hérault qui trouvait la météo actuelle normale.

La vague de chaleur accablante qui traverse cette semaine l'ouest du bassin méditerranéen va se traduire par des températures de 40°C mardi en Provence, en Corse et en Occitanie, avec sept départements en vigilance orange pour canicule, selon les prévisions de Météo-France.

"On ne va pas forcément battre beaucoup de records en France, mais c'est le fait que ça va rester très élevé plusieurs jours de suite, jour et nuit, qui va avoir beaucoup d'impact sur les populations ", a expliqué lundi François Gourand, prévisionniste de Météo-France.

"L'’année dernière, c’est 33 jours de canicule que nous avons connus", a rappelé mardi le ministre.

En 2022, la France en était à la mi-juillet à sa deuxième vague de chaleur au niveau national. Ce qui n'est pas encore arrivé en 2023 car le nord du pays est relativement épargné par ce dôme de chaleur, même si les températures sont très au-dessus des normales de saison.

Juin 2023 a été le deuxième mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900, derrière juin 2003, été hors norme.

Mégafeux au Canada

Aux Etats-Unis, les services météo observent une vague de chaleur "oppressante" dans le sud et prévoient plusieurs records de températures.

Dans la célèbre Vallée de la Mort, en Californie, l'un des endroits les plus chauds de la planète, le thermomètre a affiché 52°C dimanche.

Plusieurs feux très violents dans le sud de l'Etat ont entraîné l'évacuation de la population. Le plus important, Rabbit Fire, a brûlé quelque 3 200 hectares.

La capitale de l'Arizona, Phoenix, a enchaîné lundi un 18e jour au-dessus de 43°C, égalant son record avec encore 45°C dans l'après-midi.

Plusieurs Etats sont menacés par de fortes intempéries, selon le service météo national.

"Quand je ne bois que de l'eau, j'ai des vertiges, j'ai envie de vomir à cause de la chaleur", a relaté Juan, Mexicain de 28 ans ouvrier du BTP au Texas. Préférant taire son nom, il dit avoir besoin de boissons sucrées et de froid pour "pouvoir marcher correctement".

Au Canada, plus de dix millions d'hectares ont déjà brûlé cette année, avec 882 feux toujours actifs lundi, dont 579 considérés comme hors de contrôle, a expliqué le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC).

Deux pompiers sont morts en luttant contre ces mégafeux, ont déploré les autorités.

La fumée a de nouveau migré vers les Etats-Unis, déclenchant des alertes à la qualité de l'air dans une large partie du Nord-Est américain.

Coups de chaleur au Japon et en Chine

Le Japon a émis lui des alertes aux coups de chaleur lundi pour 32 de ses 47 préfectures, qui connaissent des températures proches du record absolu de 41,1°C atteint en 2018.

"Le climat a clairement changé. Avant, la température (dans la préfecture de Yamanashi, proche de Tokyo) n'atteignait jamais 30°. Maintenant, on les atteint facilement", regrette Tomoya Abe, 50 ans, de retour d'un séjour au camping pour fuir son appartement de la capitale "où la température peut monter à 37°".

Ce pays fait également face à des pluies torrentielles qui ont fait au moins huit morts.

La Chine a quant à elle battu dimanche un record pour une mi-juillet, avec 52,2°C dans la région aride du Xinjiang (ouest).


Un second porte-avion américain va être déployé dans le Golfe

Les avions de combat du porte-avions Ford ont participé à l'attaque du 3 janvier contre Caracas, qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro. (AFP)
Les avions de combat du porte-avions Ford ont participé à l'attaque du 3 janvier contre Caracas, qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro. (AFP)
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  • "Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain durant un échange avec la presse à la Maison Blanche, en ajoutant qu'il espérait que les négociations avec la République islamique aboutissent
  • "Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens

WASHINGTON: Le Pentagone a ordonné à un deuxième groupe aéronaval de se préparer à un déploiement dans la région du Golfe, ont indiqué jeudi plusieurs médias américains, alors que Donald Trump accentue la pression sur l'Iran pour mettre fin à ses programmes nucléaire et balistique.

Donald Trump a menacé jeudi l'Iran de conséquences "très traumatisantes" s'il n'acceptait pas un accord sur son programme nucléaire, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exprimé un "certain scepticisme" sur les chances de conclure l'accord en question.

"Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain durant un échange avec la presse à la Maison Blanche, en ajoutant qu'il espérait que les négociations avec la République islamique aboutissent d'ici un mois.

"Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens.

Le président Donald Trump avait déclaré mardi au média américain Axios qu'il envisageait d'envoyer un deuxième porte-avions au Moyen-Orient afin de se préparer à une intervention militaire en cas d'échec des négociations avec l'Iran.

Un deuxième porte-avions rejoindrait le porte-avions USS Abraham Lincoln, déjà présent depuis janvier dans la région avec ses navires d'escorte, selon la presse américaine.

Le Pentagone n'a pas répondu immédiatement aux questions de l'AFP.

Selon le New York Times, le porte-avions Gerald Ford, actuellement déployé dans les Caraïbes, va être envoyé dans le Golfe pour y rejoindre l'Abraham Lincoln.

"L'équipage du navire a été informé de la décision jeudi, selon quatre responsables américains qui ont requis l'anonymat", a indiqué le New York Times.

Les avions de combat du porte-avions Ford ont participé à l'attaque du 3 janvier contre Caracas, qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro.

Dès mercredi, le Wall Street Journal avait indiqué qu'un deuxième porte-avions pourrait être déployé dans la région.

CBS News a relayé également cette information.

Le déploiement d'un deuxième porte-avions au Moyen-Orient serait une première en près d'un an, a fait remarquer le Wall Street Journal. En mars 2025, le Harry Truman et le Carl Vinson y avaient tous deux été déployés pour combattre les rebelles houthis soutenus par le Yémen.


Trump menace l'Iran de conséquences «très traumatisantes» s'il n'accepte pas un accord

Washington et Téhéran disent vouloir continuer à discuter après une première séance de pourparlers le 6 février à Oman. (AFP)
Washington et Téhéran disent vouloir continuer à discuter après une première séance de pourparlers le 6 février à Oman. (AFP)
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  • "Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain pendant un échange avec la presse à la Maison Blanche
  • "Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a menacé jeudi l'Iran de conséquences "très traumatisantes" s'il n'acceptait pas un accord sur son programme nucléaire, tandis que Benjamin Netanyahu a exprimé un "certain scepticisme" sur les chances de conclure l'accord en question.

"Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain pendant un échange avec la presse à la Maison Blanche, en ajoutant qu'il espérait que les négociations avec la République islamique aboutissent d'ici un mois.

"Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens.

Il a une nouvelle fois donné en exemple le bombardement par les Etats-Unis de sites nucléaires iraniens lors d'une guerre de 12 jours déclenchée par Israël en juin.

Washington et Téhéran disent vouloir continuer à discuter après une première séance de pourparlers le 6 février à Oman.

"J'ai exprimé (à Donald Trump) un certain scepticisme quant à la qualité de tout accord avec l'Iran" a pour sa part déclaré le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, au lendemain d'une rencontre à la Maison Blanche avec le dirigeant républicain.

"J'ai dit que si un accord devait effectivement être obtenu, il devrait inclure des éléments qui sont très importants (...) pour Israël", a-t-il ajouté.

"Il ne s'agit pas simplement de la question nucléaire (mais) aussi des missiles balistiques et des (groupes armés) mandataires de l'Iran" comme le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien ou les Houthis du Yémen, a plaidé le Premier ministre israélien.

Missiles 

La question des missiles est une ligne rouge pour Israël, distant d'environ 2.000 kilomètres de l'Iran.

Il a confirmé la préférence de Donald Trump, pour l'instant, pour la voie diplomatique, même si le milliardaire de 79 ans a déployé à proximité de l'Iran de considérables moyens militaires.

Le président américain pense créer les "conditions" qui pourraient permettre de mener à un "bon accord" avec l'Iran, a constaté Benjamin Netanyahu en quittant la capitale américaine.

Après le déclenchement d'un mouvement de contestation réprimé dans le sang début janvier par les autorités iraniennes, Donald Trump a multiplié les avertissements à l'encontre de Téhéran.

En recevant mercredi Benjamin Netanyahu, il a cependant "insisté" sur sa volonté de poursuivre les discussions avec Téhéran, en dépit de positions très éloignées.

Cette divergence de vues sur l'Iran n'a pas empêché le président américain de déclarer à nouveau jeudi son soutien à Benjamin Netanyahu face aux accusations de corruption qui le visent en Israël.

Donald Trump a lancé que le président israélien Isaac Herzog "devrait avoir honte" de ne pas gracier le Premier ministre, comme ce dernier l'a demandé.

Les Etats-Unis insistent pour inclure la question des missiles et des groupes soutenus par l'Iran dans les négociations.

Téhéran pour sa part ne veut parler que du programme nucléaire, et insiste pour gagner des capacités d'enrichissement d'uranium.


L'UE veut accélérer ses réformes économiques pour résister à la Chine et à Trump

Le château d’Alden Biesen à la veille de la retraite informelle des dirigeants de l’Union européenne à Alden Biesen, dans le centre de la Belgique, le 12 février 2026. (AFP)
Le château d’Alden Biesen à la veille de la retraite informelle des dirigeants de l’Union européenne à Alden Biesen, dans le centre de la Belgique, le 12 février 2026. (AFP)
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  • Les dirigeants de l’UE se réunissent en Belgique pour accélérer les réformes visant à renforcer la compétitivité européenne face à la Chine et aux États-Unis
  • Malgré un large consensus sur l’urgence d’agir (marché unique, simplification réglementaire, financement), des divergences persistent, notamment sur la « préférence européenne » et les emprunts communs

ALDEN BIESEN: Eliminer les barrières internes, supprimer les fardeaux réglementaires et protéger le "Made in Europe": les Vingt-Sept se réunissent jeudi en Belgique pour accélérer les réformes visant à redresser la compétitivité de l'économie européenne, débordée par la concurrence chinoise exacerbée et l'hyperpuissance américaine débridée.

Les dirigeants de l'Union européenne vont se retrouver dans le cadre privilégié du château d'Alden Biesen, dans la province flamande du Limbourg. Une ancienne commanderie teutonique, à la fois monastère et forteresse militaire, dont les salles baroques entièrement restaurées servent désormais de centre de conférences.

Au programme de cette "retraite", dont le format plus informel veut trancher avec le cadre rigide des sommets bruxellois: l'urgence à réformer le marché unique européen, vaste espace de 450 millions de consommateurs, devenu au fil des décennies la colonne vertébrale de la construction européenne.

Un moteur qui menace aujourd'hui de caler, face aux assauts simultanés de la Chine qui contrôle les terres rares essentielles à l'industrie mondiale, inonde l'Europe de ses petits colis et dont l'excédent commercial gonfle sans cesse, et des Etats-Unis, qui depuis le retour au pouvoir de Donald Trump ont menacé d'annexer le Groenland, dégainé l'arme des droits de douane et tiré à boulets rouges contre les règles numériques et environnementales de l'UE.

Alors que la part de l'UE dans le PIB mondial est tombée sous les 15%, ce sombre diagnostic est largement partagé en Europe, depuis le rapport aux allures d'électrochoc présenté il y a 18 mois par l'ancien président de la BCE, Mario Draghi.

"Voulons-nous rester un simple grand marché, soumis aux priorités des autres? Ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une puissance?", a martelé début février l'économiste italien, qui échangera avec les dirigeants européens à Alden Biesen.

Car de la puissance économique dépend la capacité de l'UE à financer son effort de réarmement historique, négocier des accords commerciaux plus avantageux, et éviter d'être reléguée sur la scène internationale.

Les discussions de jeudi ne visent pas à définir des solutions, déjà largement identifiées, mais à tenter d'accélérer leur mise en oeuvre.

La Commission européenne a déjà élaboré un vaste programme de réformes visant à renforcer la compétitivité du bloc, sur tous les plans.

- Traitement de choc -

Il s'agit de lever les barrières internes qui entravent l'activité économique, parfaire "l'union des marchés de capitaux" pour mettre l'épargne au service des entreprises, et réduire l'empilement des règlementations européennes et nationales.

Mais ce traitement de choc s'est en partie enlisé dans les procédures législatives de l'UE. Mercredi, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a exhorté les eurodéputés à avancer.

Elle a aussi confirmé que la Commission présenterait en mars un projet de nouveau statut juridique pour les entreprises, "EU Inc", qui réduira leurs contraintes administratives, et évoqué la possibilité de "coopérations renforcées" pour appliquer certaines réformes - autrement dit de les restreindre aux pays volontaires - s'il est trop compliqué de s'entendre à 27.

Car les Etats ne sont pas systématiquement sur la même ligne quant aux mesures à mettre en oeuvre.

Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, qui participaient mercredi à un sommet de l'industrie européenne à Anvers, ont ainsi souligné tous les deux la nécessité de réformer l'Europe sans attendre.

Mais là où le président français Emmanuel Macron a défendu avec ardeur la "préférence européenne", une obligation pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics, dont les constructeurs automobiles, de se fournir en composants européens, M. Merz a estimé qu'une telle solution devait être réservée "uniquement à des secteurs stratégiques et seulement en dernier ressort", et sans exclure certains pays partenaires.

La Commission a préparé un projet de loi en ce sens, attendu le 25 février.

De même, l'idée relancée par M. Macron de recourir à des emprunts communs européens pour financer des investissements dans les secteurs d'avenir a été fraîchement accueillie à Berlin. "Il n'est pas acceptable de réclamer plus d'argent sans engager les réformes", a tancé mardi une source gouvernementale allemande.

Au sein des Vingt-Sept, "il y a beaucoup de convergences", même s'il y a "des accents politiques ou nationaux qui sont un peu différents", tempère un diplomate européen qui a requis l'anonymat.