Derrière les députés promus ministres, la vie «chamboulée» de leurs suppléants

La nouvelle ministre de la Solidarité, de l'Autonomie et des Personnes handicapées Aurore Bergé (2-G) et la nouvelle Secrétaire d'État chargée de la Ville Sabrina Agresti-Roubache (D) arrivent pour assister à la réunion avec les nouveaux membres du gouvernement à l'hôtel de Matignon à Paris , le 24 juillet 2023. (Photo Geoffroy Van der Hasselt / POOL / AFP)
La nouvelle ministre de la Solidarité, de l'Autonomie et des Personnes handicapées Aurore Bergé (2-G) et la nouvelle Secrétaire d'État chargée de la Ville Sabrina Agresti-Roubache (D) arrivent pour assister à la réunion avec les nouveaux membres du gouvernement à l'hôtel de Matignon à Paris , le 24 juillet 2023. (Photo Geoffroy Van der Hasselt / POOL / AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 27 juillet 2023

Derrière les députés promus ministres, la vie «chamboulée» de leurs suppléants

  • Mais ni Philippe Frei ni Laurent Leclercq n'ont d'hésitation: ils acceptent avec "fierté", "l'honneur" de siéger à l'Assemblée
  • Selon un cadre macroniste, c'est d'ailleurs le refus de sa suppléante de le remplacer qui a pu faire obstacle à la promotion du député Renaissance Jean-René Cazeneuve, preuve "que le choix du suppléant est stratégique"

PARIS: Une fierté puis un vertige: la nomination de six députés au gouvernement entraîne par ricochet leur remplacement à l'Assemblée par leurs suppléants, des réservistes rarement sollicités, mais contraints quand ils sont appelés de réorganiser au débotté leurs vies professionnelle et familiale.

"Dis-donc, t'as pas l'air bien!": quand Laurent Leclercq rentre chez lui après le travail, la veille du remaniement, sa femme le trouve un peu pâle. Il vient d'avoir le député Modem Philippe Vigier au téléphone, qui lui a annoncé sa possible nomination au gouvernement, confirmée le lendemain.

"Quand je l'ai expliqué à ma femme, on s'est retrouvés à deux à être +pas bien+", plaisante le cadre agricole de 52 ans. Il se doutait qu'un jour ou l'autre le député d'Eure-et-Loir, figure du Palais Bourbon, pourrait "monter". Mais "on a beau être suppléant, le jour où ça arrive, c'est une énorme surprise".

Philippe Frei, 54 ans, cadre chez Enedis et suppléant de la députée de Côte-d'Or Fadila Khattabi, a lui reçu son coup de fil fatidique "aux environs de 12h30" le jour du remaniement, alors qu'il déjeunait chez lui avec son fils.

Ces derniers temps, les échanges avec "sa" députée avaient plutôt lieu via Telegram. Donc quand son nom apparaît sur le téléphone, "je me suis dit qu'il se passait sans doute quelque chose", sourit-il. En effet: elle venait d'apprendre qu'elle serait nommée ministre déléguée chargée des Personnes handicapées.

"Je ne m'y attendais pas du tout", confie celui qui est son suppléant depuis son premier mandat en 2017.

«Troisième vie»

Mais ni Philippe Frei ni Laurent Leclercq n'ont d'hésitation: ils acceptent avec "fierté", "l'honneur" de siéger à l'Assemblée.

Tout comme Didier Parakian, 59 ans, suppléant de Sabrina Agresti-Roubache, nommée secrétaire d'Etat chargée de la Ville. "Je me suis dis: ça y est, c'est le troisième chapitre de ma vie", raconte cet élu local, plongé il y a quinze ans dans le bain politique marseillais après une "première vie" d'entrepreneur dans le prêt-à-porter.

En cas de refus de siéger d'un suppléant, une élection partielle doit être organisée. Un scénario à éviter pour le camp présidentiel, peu enclin à risquer un siège à l'Assemblée, où il ne dispose que d'une majorité relative.

Selon un cadre macroniste, c'est d'ailleurs le refus de sa suppléante de le remplacer qui a pu faire obstacle à la promotion du député Renaissance Jean-René Cazeneuve, preuve "que le choix du suppléant est stratégique".

Ces "jokers", élus en même temps que leurs députés, n'ont pas de véritable statut. Le code électoral se limite à préciser les cas où ils sont appelés à les remplacer: décès, nomination au gouvernement ou au Conseil constitutionnel, ou encore prolongation au-delà de six mois d'une mission temporaire confiée par le gouvernement.

Et leur rôle se cantonne le plus souvent à quelques remplacements lors de cérémonies ou réunions en circonscription.

«Bouleversement»

Passé l'effet de surprise, les suppléants des nouveaux ministres n'ont pas tardé à s'activer. En attendant de prendre leurs nouvelles fonctions, fin août, et avant de plonger dans les subtilités du Palais Bourbon, il s'agit surtout de s'organiser.

"Au niveau de la vie de famille c'est compliqué, j'ai des enfants en bas âge", explique Laurent Leclercq. "C'est un bouleversement dans notre quotidien", admet aussi Philippe Frei, père d'enfants de 17 et 13 ans.

"Je vais être trois jours par semaine à Paris, ça va un peu chambouler ma vie familiale", anticipe aussi Didier Parakian.

Non-cumul des mandats oblige, l'élu va aussi devoir renoncer à son rôle de 8e vice-président de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Laurent Leclercq va, lui aussi, devoir être remplacé dans ses fonctions de maire d'un village et de vice-président de sa communauté de communes.

Quant à son employeur, dans le secteur agricole, "il aimerait que je continue à travailler un jour par semaine, au moins les premiers temps". "Il faut organiser tout ça, c'est un gros bouleversement".

Philippe Frei n'a pas tardé non plus à prendre langue avec son entreprise, avec qui une solution se profile: ce "sera une suspension du contrat de travail" via un congé sans solde, "avec la possibilité de revenir à l'issue de la durée du mandat, soit dans mon poste soit à un poste équivalent".

Car il faut aussi penser au retour, qui peut être lui aussi soudain: si les députés nommés au gouvernement en sortent, il pourront retrouver leur siège un mois après la fin de leurs fonctions ministérielles.


Imbroglio autour du débat entre Macron et le monde agricole au Salon de l'Agriculture

Mis sous pression par la FNSEA, l'Elysée a finalement préféré ne pas convier le collectif (Photo, AFP).
Mis sous pression par la FNSEA, l'Elysée a finalement préféré ne pas convier le collectif (Photo, AFP).
Short Url
  • L'échange entre Emmanuel Macron et le monde agricole a été plombé avant même son ouverture
  • «Décidément, Macron n’incarne rien d’autre que la confusion, le mépris et le désordre» a réagi Marine Le Pen

PARIS: Mis sous pression par la FNSEA dont le président Arnaud Rousseau a refusé de débattre avec Macron si les Soulèvements de la Terre étaient invités, l'Elysée a finalement préféré ne pas convier à son grand débat le collectif dont le gouvernement voulait la dissolution il y a quelques mois.

Voulu par la présidence sur le modèle des grandes discussions organisées pendant la crise des "gilets jaunes", l'échange entre Emmanuel Macron et le monde agricole a été plombé avant même son ouverture, samedi, au Salon de l'Agriculture.

"L'invitation par le PR [président de la République] au #SIA d'un groupuscule dont la dissolution a été demandée par son propre gouvernement est une provocation inacceptable pour les agriculteurs. J'avais accepté de participer à un débat. Dans ces conditions, je refuse de prendre part à ce qui ne sera qu'une mascarade", a posté sur X dans la soirée de jeudi Arnaud Rousseau, le président du premier syndicat agricole.

L'invitation du collectif, qualifié d'"éco-terroriste" par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, a également provoqué la colère du président des Jeunes Agriculteurs Arnaud Gaillot. "Il n'y a pas de débat possible avec ces gens violents", a-t-il posté sur X, refusant lui aussi de participer.

L'opposition s'est aussitôt engouffrée dans la brèche. "Décidément, Macron n’incarne rien d’autre que la confusion, le mépris et le désordre", a réagi la cheffe de file de l'extrême droite Marine Le Pen. Le président des Républicains Eric Ciotti a lui dénoncé un "+en même temps+ macroniste (...) insupportable".

Après quelques instants de flottement, l'Elysée a finalement décidé de ne pas convier les Soulèvements de la Terre, "pour garantir la sérénité des débats".

Ce débat doit permettre d'"esquisser l'avenir" de la filière, d'après l'Elysée. "L’ensemble des acteurs pourront donner leur point de vue, faire des propositions, confronter des idées", a promis la présidence.

Il doit durer au moins deux heures et est censé réunir les principaux responsables des syndicats agricoles (FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale, Confédération paysanne, etc.), mais aussi des représentants de la grande distribution et des industriels.

Plusieurs responsables d'associations environnementales sont également invités comme le Réseau Action Climat et Générations Futures.

La présidence, qui veut des échanges "ouverts, francs et transparents", "sans filtre", "dans un état d'esprit républicain" a malgré tout été contrainte de plier face à la pression des syndicats agricoles en désinvitant les Soulèvements de la Terre.

«Rien de concret»

Les atermoiements autour de ce débat sont survenus alors que les agriculteurs, en colère depuis plusieurs semaines, maintiennent la pression sur le gouvernement. Une centaine d'entre eux ont manifesté jeudi à Arras à l'appel de la Coordination rurale pour réclamer des "actes".

"Je ne pensais pas encore une fois redescendre dans la rue, je préférerais être dans ma ferme à travailler", mais "des annonces ont été faites et il n'y toujours rien de concret", a déploré par exemple Adrien Spriet, venu garer son tracteur devant la préfecture où une délégation a été reçue dans l'après-midi.

Dans l'Oise, des agriculteurs ont défilé à Beauvais sur 80 tracteurs jusque devant le préfecture. Des opérations escargot ont aussi eu lieu sur les routes de ce département, à l'initiative de 400 agriculteurs, d'après la FDSEA.

"On attend l'intervention du président (Emmanuel Macron) parce que ce qu'a annoncé le Premier ministre Gabriel Attal ne nous satisfait pas", a expliqué Linda Monnier, directrice de la FDSEA de l'Oise.

M. Attal se rendra vendredi en Charente-Maritime où il visitera le marché de Royan puis rencontrera notamment des représentants des agriculteurs.

Agriculteurs espagnols

Mercredi, le Premier ministre a récapitulé les dizaines d'engagements et chantiers déjà lancés pour répondre à la colère du monde agricole.

De nouvelles mesures ont  été annoncées sur les visas des saisonniers étrangers, les pesticides, avec l'abandon d'un indicateur controversé, ou encore la rémunération. Ces déclarations n'ont pas empêché plusieurs actions de protestation un peu partout en France.

Jeudi, une vingtaine d'actions ont eu lieu sur le territoire, dont un tiers engagées depuis mercredi, selon une source policière (blocages de plateformes, bases logistiques, échangeurs autoroutiers…). Des préfectures et sous-préfectures ont aussi été visées.

D'après une source policière, des agriculteurs espagnols envisagent la semaine prochaine des blocages à la frontière avec la France, en espérant être rejoints par des agriculteurs français.


Macron organise une réunion internationale de soutien à l'Ukraine lundi à Paris

Le président français Emmanuel Macron organise une réunion de soutien à l'Ukraine lundi à Paris avec des dirigeants d'autres pays, deux ans après le début de l'offensive russe, a annoncé jeudi l'Elysée (Photo, AFP).
Le président français Emmanuel Macron organise une réunion de soutien à l'Ukraine lundi à Paris avec des dirigeants d'autres pays, deux ans après le début de l'offensive russe, a annoncé jeudi l'Elysée (Photo, AFP).
Short Url
  • Deux ans après le début de l'offensive russe Emmanuel Macron organise une réunion de soutien à l'Ukraine lundi à Paris
  • L'Ukraine se retrouve dans une position «extrêmement difficile» sur le front, a reconnu Volodymyr Zelensky

PARIS: Le président français Emmanuel Macron organise une réunion de soutien à l'Ukraine lundi à Paris avec des dirigeants d'autres pays, deux ans après le début de l'offensive russe, a annoncé jeudi l'Elysée.

Il réunira "plusieurs chefs d'État et de gouvernement ou leurs représentants ministériels, à l'occasion d'une réunion de soutien à l'Ukraine", a indiqué la présidence française.

"Cette réunion de travail permettra d'étudier les moyens disponibles pour renforcer la coopération des partenaires en soutien à l'Ukraine", a-t-elle ajouté sans plus de précisions.

Le président polonais Andrzej Duda a annoncé sur la chaîne Polsat que son homologue français avait convié "toute une série de dirigeants européens à Paris pour discuter de nouvelles propositions de solutions et d'assistance pour l'Ukraine" et qu'il s'y rendrait .

Alors que le 24 février marquera le 2e anniversaire du déclenchement de l'attaque à grande échelle de Moscou, l'Ukraine se retrouve dans une position "extrêmement difficile" sur le front, a reconnu lundi le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

L'armée ukrainienne fait face à de multiples assauts russes qu'elle a d'autant plus de mal à repousser qu'elle souffre d'une pénurie de munitions et du gel de l'aide américaine, bloquée par les rivaux républicains du président Joe. Biden au Congrès.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron a appelé les Européens à un « sursaut collectif » lors de la signature d'un accord bilatéral de sécurité avec le président Zelensky le 16 février à Paris.


Menaces russes contre des patrouilles françaises, selon le ministre des Armées

Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu (Photo, AFP).
Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu (Photo, AFP).
Short Url
  • Lecornu a appelé ce week-end au renforcement des mesures de sécurité face aux menaces de «sabotage et de cyberattaque» russes
  • Cet incident remonte au mois de novembre et a visé un avion français de type AWACS

PARIS: Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu a dénoncé jeudi de récentes "tentatives de prises de contrôle" russes sur des patrouilles aériennes et maritimes françaises, citant notamment un récent incident en mer Noire.

"Vous avez des tentatives de prises de contrôle de la part des Russes d'un certain nombre de nos patrouilles. (...) Un système de contrôle aérien russe a menacé d'abattre des avions français en mer Noire alors que nous étions dans une zone internationalement libre dans laquelle nous patrouillons", a-t-il déclaré à la radio française RTL.

Cet incident remonte au mois de novembre et a visé un avion français de type AWACS, spécialisé dans les opérations aériennes de contrôle et de détection, a précisé lors d'un point presse jeudi le ministère des Armées.

"C’était un échange radio particulièrement agressif", a détaillé le ministère, précisant qu'une telle tentative d'intimidation dans cette zone était "une première" même si d'autres interactions aériennes avec les forces armées russes ont déjà eu lieu par le passé dans d'autres zones géographiques.

"L’avion est revenu en France, ça ne nous a pas empêché de reprogrammer ce genre de mission", a ajouté le ministère, soulignant que cet incident avait eu lieu alors que l'avion français survolait "les eaux internationales, en parfaite cohérence avec le respect du droit international".

Un navire de guerre russe en baie de Seine

"Vous avez des opérateurs russes qui menacent des pilotes français d'abattre leurs aéronefs", a-t-il poursuivi.

Il s'agit de patrouilles aériennes et maritimes censées garantir la liberté de circulation sur plusieurs mers du globe.

Le ministre a également évoqué un navire de guerre russe qui a mouillé en baie de Seine, certes dans une zone internationale mais "comme pour venir intimider la France".

Le gouvernement souligne depuis plusieurs jours un positionnement russe "agressif" et hybride, c'est-à-dire dans plusieurs domaines comme le cyber, la désinformation, l'énergie, l'alimentation, outre les attaques militaires frontales.

"C'est vieux comme la guerre froide" mais "la Russie joue avec les seuils en matière d'agressivité", a-t-il conclu, citant une attaque cyber cette fois visant une entreprise de défense française et notamment sa production d'armements.

Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu a appelé ce week-end au renforcement des mesures de sécurité face aux menaces de "sabotage et de cyberattaque" russes qui visent son ministère "au premier chef", dans une note interne dont l'AFP a eu connaissance mardi.