En Afrique, le modèle Wagner parti pour rester

La Russie a tout intérêt à ce que continuent les activités protéiformes du groupe Wagner en Afrique (Photo d'illustration, AFP).
La Russie a tout intérêt à ce que continuent les activités protéiformes du groupe Wagner en Afrique (Photo d'illustration, AFP).
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Publié le Vendredi 25 août 2023

En Afrique, le modèle Wagner parti pour rester

  • La Russie a sous-traité depuis 2014 à Wagner une partie de son action en Afrique
  • Le Kremlin n’a aucun intérêt que cela cesse, estiment les analystes

NIAMEY: La question de l'avenir de Wagner est posée après la mort présumée de son chef Evguéni Prigojine, mais la Russie a tout intérêt à ce que continuent les activités protéiformes du groupe en Afrique, un de ses principaux champs d'opération, estiment les experts.

La Russie a sous-traité depuis 2014 à Wagner une partie de son action en Afrique: sécuritaire avec le déploiement de combattants aux côtés des armées nationales en Libye, puis en Centrafrique et au Mali; politique avec des campagnes de désinformation et de déstabilisation; commerciales avec l'exploitation de ressources minières.

Le Kremlin n’a aucun intérêt que cela cesse, estiment les analystes.

Avec ou sans Wagner, "la Russie veut conserver ses intérêts économiques et sécuritaires en Afrique, c’est un objectif prioritaire", estime Rama Yade, directrice Afrique du groupe de réflexion américain Atlantic Council.

Parmi les dernières images d'Evguéni Prigojine vivant figurent celles diffusées lundi où, en tenue de camouflage avec un fusil d'assaut, il disait se trouver en Afrique et travailler à la grandeur de la Russie. C'étaient sa première apparition face caméra depuis son éphémère rébellion contre le Kremlin en juin.

Avant la disparition d'Evguéni Prigojine, de son bras droit Dmitri Outkine et d'autres responsables de Wagner dans le crash mystérieux de leur avion mercredi, le think-tank new-yorkais Soufan Center sondait déjà les conséquences de la mutinerie: "Il est presque certain que Wagner, ou une entité similaire sous un nouveau nom, va continuer à mettre en œuvre la même stratégie: identifier des Etats fragiles auxquels apporter un appui sécuritaire, au sens large, en échange de l’accès aux ressources minières".

Wagner était soutenu financièrement par l’État russe, mais en retour "c’était aussi une entreprise lucrative pour Moscou", disait-il.

L'Afrique est le théâtre d'une âpre bataille stratégique entre puissances et le Kremlin y dispose d'autres vecteurs d'influence que Wagner: ambassades, acteurs économiques, chaînes de télévision, églises orthodoxes...

"Les succès de Wagner en Afrique sont aussi relativement soutenus par d’autres réseaux russes", rappelle Lou Osborn, membres de l’ONG All Eyes On Wagner, co-auteur d’un livre sur le sujet qui doit sortir en septembre.

"Wagner est le véhicule du néocolonialisme russe et il n'y a pas de raison que cela s'arrête", dit l'opposant centrafricain Joseph Bendounga.

«Unique option»
Reprendre en main une organisation aussi complexe, qui a tissé autant de réseaux, s’annonce ardu.

"Le Kremlin n’a aucune intention d’abandonner les activités initiées par Prigojine en Afrique, mais le transfert de ces opérations vers un successeur sera une affaire délicate", estime Peter Rough, analyste au Hudson Institute.

"Le président Vladimir Poutine lui-même a récemment admis que le Kremlin n’avait pas une compréhension totale du système complexe mis en place par Evgueni Prigojine", notait le Soufan Center.

"Remplacer le personnel de Wagner en Afrique nécessite de trouver de nouveaux candidats disposant de suffisamment de réseaux et d’expérience", abonde John Lechner, chercheur indépendant et auteur d’un livre à paraître sur Wagner.

Dans un pays comme la Centrafrique, où le groupe n’a cessé de gagner en influence depuis son arrivée en 2017 jusqu’à soutenir l’organisation d’un référendum constitutionnel en juillet, "il est très probable que certaines figures clefs de l’organisation conservent leurs postes", prédit-il.

La figure d'Evguéni Prigojine à elle seule laisse un vide.

"Il y aura sûrement beaucoup de personnalités qui chercheront à exprimer leur volonté de s’occuper de ces activités difficiles, à condition d’avoir un financement approprié, mais elles seront sûrement inférieures à Prigojine, par leur ampleur et par leur importance", pointe Denis Korotkov, journaliste russe d’investigation.

L'enjeu peut être considérable pour certains partenaires africains de Wagner. Les détracteurs de sa présence en Afrique, comme la France ou les Etats-Unis, l'accusent de servir d'assurance-vie à des régimes comme la junte au pouvoir au Mali.

Pour les gouvernements africains qui ont besoin d’une alternative aux partenaires occidentaux, "Wagner reste l’unique option disponible", assure John Lechner.

La junte malienne n'a jamais admis avoir recouru aux services de Wagner. Elle n'a pas réagi à la mort de son chef.

Fidèle Gouandjika, en revanche, ne se dit guère inquiet pour l'avenir. Ce ministre conseiller spécial du président centrafricain Faustin Archange Touadéra, arborant des insignes du groupe sur son tee-shirt, a assuré à l'AFP que la disparition d'Evguéni Prigojine "ne changera rien ici sur le terrain".

"Nous avons un accord de défense avec la Fédération de Russie et c'est dans le cadre de cet accord que la fédération de Russie a sous-traité avec les paramilitaires de Wagner", a-t-il dit.


Le pétrole monte fasse à l'impasse diplomatique entre Washington et Téhéran

"Je ne vais pas faire preuve de beaucoup plus de patience (...) Ils devraient conclure un accord. N'importe quelle personne sensée conclurait un accord mais ils sont peut-être fous", a déclaré Donald Trump dans un entretien diffusé jeudi par la chaîne Fox News. (Reuters)
"Je ne vais pas faire preuve de beaucoup plus de patience (...) Ils devraient conclure un accord. N'importe quelle personne sensée conclurait un accord mais ils sont peut-être fous", a déclaré Donald Trump dans un entretien diffusé jeudi par la chaîne Fox News. (Reuters)
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  • "Je ne vais pas faire preuve de beaucoup plus de patience (...) Ils devraient conclure un accord. N'importe quelle personne sensée conclurait un accord mais ils sont peut-être fous"
  • "L'impasse diplomatique entre les États-Unis et l'Iran maintient au premier plan les inquiétudes concernant l'offre" de pétrole, affirme Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown

LONDRES: Les cours du pétrole grimpent vendredi à l'approche d'un nouveau week-end sans perspective de retour à la normale des flux pétroliers transitant via le détroit d'Ormuz, deux mois et demi après le début de la guerre au Moyen-Orient.

Vers 09H10 GMT (11H10 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juillet, gagnait 2,96% à 108,85 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en juin, montait de 3,44% à 104,65 dollars.

"Je ne vais pas faire preuve de beaucoup plus de patience (...) Ils devraient conclure un accord. N'importe quelle personne sensée conclurait un accord mais ils sont peut-être fous", a déclaré Donald Trump dans un entretien diffusé jeudi par la chaîne Fox News.

"L'impasse diplomatique entre les États-Unis et l'Iran maintient au premier plan les inquiétudes concernant l'offre" de pétrole, affirme Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown.

Si l'Iran a annoncé que ses forces navales avaient autorisé depuis mercredi le passage de plusieurs navires chinois dans le détroit d'Ormuz, "pour l'instant, les flux de pétrole passant par le détroit restent limités et les stocks de pétrole continuent de diminuer", explique à l'AFP Giovanni Staunovo, analyste chez UBS.

"Il est raisonnable de supposer qu'entre 10 à 13 millions de barils d'or noir par jour sont bloqués dans le Golfe", rappelle Tamas Varga, analyste chez PVM. En cumulé depuis le début de la guerre "ce chiffre s'approche du milliard de barils" perdus pour le marché.

Cette semaine, l'Agence internationale de l'énergie a averti que le monde puise dans ses réserves de pétrole à une vitesse record.

"On ne peut que conclure (...) que les prix du pétrole devraient être nettement plus élevés", juge M. Varga.

Et si les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran n'avancent pas, "nous devrons peut‑être commencer à nous inquiéter d'une ré‑escalade, ce qui signifie un risque de dommages supplémentaires aux infrastructures énergétiques de la région", a souligné Warren Patterson, analyste chez ING dans une visioconférence dédiée aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur le pétrole.

Selon lui, le marché du gaz, dont les prix ont un peu moins flambé que ceux du pétrole depuis le début du conflit, est particulièrement exposé car ce dernier "n'a pas vraiment le luxe de réserves stratégiques dans lesquelles on pourrait puiser", a précisé M. Patterson.

Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne, prenait 3,03%, à 49,10 euros le mégawattheure.


Cinq Italiens décédés dans un accident de plongée aux Maldives

Selon la police, les conditions météorologiques étaient mauvaises à Vaavu jeudi et un avertissement avait été émis pour les bateaux de passagers et les pêcheurs. (AFP)
Selon la police, les conditions météorologiques étaient mauvaises à Vaavu jeudi et un avertissement avait été émis pour les bateaux de passagers et les pêcheurs. (AFP)
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  • Les cinq Italiens ne sont pas revenus d'une plongée en grotte profonde sur l'atoll de Vaavu, situé au sud de la capitale, Malé
  • Des avions et des vedettes rapides ont été déployés pour une vaste opération de recherche jeudi après-midi, a précisé la Force de défense nationale des Maldives (MNDF) dans un communiqué

MALE: Cinq Italiens sont décédés dans un accident de plongée aux Maldives, sans que les circonstances précises soient connues, a annoncé jeudi le ministère italien des Affaires étrangères, les forces de sécurité sur place ayant retrouvé un corps.

L'archipel est une destination de vacances de luxe, avec ses plages de sable blanc et ses complexes hôteliers isolés, prisée des plongeurs.

Des responsables locaux ont déclaré qu'il s'agissait du plus grave accident de plongée survenu dans ce pays composé de 1.192 minuscules îles coralliennes dispersées sur quelque 800 kilomètres le long de l'équateur, dans l'océan Indien.

"A la suite d'un accident survenu lors d'une sortie de plongée sous-marine, cinq ressortissants italiens ont trouvé la mort (...) aux Maldives. Les plongeurs auraient perdu la vie alors qu'ils tentaient d'explorer des grottes situées à 50 mètres de profondeur", précise le ministère, en soulignant que les autorités locales menaient une enquête.

Les cinq Italiens ne sont pas revenus d'une plongée en grotte profonde sur l'atoll de Vaavu, situé au sud de la capitale, Malé.

Des avions et des vedettes rapides ont été déployés pour une vaste opération de recherche jeudi après-midi, a précisé la Force de défense nationale des Maldives (MNDF) dans un communiqué.

"Un corps a été retrouvé", annonce le communiqué. Il a "été découvert à l'intérieur d'une grotte en profondeur (...) On pense que les quatre autres plongeurs se trouvent également dans cette même grotte, qui descend jusqu'à environ 60 mètres", précise-t-il.

Les MNDF ont aussi précisé qu'un navire des garde-côtes se trouvait dans la zone pour coordonner les opérations de recherche tout au long de la nuit. D'autres plongeurs des garde-côtes ont été envoyés en renfort pour participer aux recherches.

Selon la police, les conditions météorologiques étaient mauvaises à Vaavu jeudi et un avertissement avait été émis pour les bateaux de passagers et les pêcheurs.

Une touriste britannique est décédée en décembre lors d'une plongée, et son mari, bouleversé, est mort quelques jours plus tard après être tombé malade.

En juin, un touriste japonais de 26 ans a disparu après une expédition de plongée près de la capitale.

Selon les médias locaux, au moins 112 touristes sont morts dans des incidents liés à la mer dans l'archipel au cours des six dernières années, dont 42 victimes d'accidents de plongée ou de plongée avec tuba.

 


Détroit d'Ormuz: Téhéran annonce laisser passer des navires chinois depuis mercredi

L'Iran a annoncé jeudi que ses forces navales avaient autorisé depuis la veille le passage de plusieurs navires chinois dans le détroit d'Ormuz, verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
L'Iran a annoncé jeudi que ses forces navales avaient autorisé depuis la veille le passage de plusieurs navires chinois dans le détroit d'Ormuz, verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • "Le passage d'un certain nombre de navires chinois dans le détroit d'Ormuz a été rendu possible conformément aux protocoles de gestion du détroit mis en place par l'Iran"
  • Ce passage, qui a débuté "la nuit dernière", a été rendu possible grâce aux "relations étroites entre les deux pays et leur partenariat stratégique"

TEHERAN: L'Iran a annoncé jeudi que ses forces navales avaient autorisé depuis la veille le passage de plusieurs navires chinois dans le détroit d'Ormuz, verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

"Le passage d'un certain nombre de navires chinois dans le détroit d'Ormuz a été rendu possible conformément aux protocoles de gestion du détroit mis en place par l'Iran", ont indiqué jeudi dans un communiqué les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran.

Ce passage, qui a débuté "la nuit dernière", a été rendu possible grâce aux "relations étroites entre les deux pays et leur partenariat stratégique", ont-ils spécifié.

Cette autorisation donnée à plusieurs navires chinois a également été annoncée par des médias officiels iraniens.

La télévision d’État iranienne a notamment précisé que "plus de 30 navires" avaient été autorisés à franchir le détroit d'Ormuz, sans indiquer s'il s'agissait exclusivement de navires chinois.

Le blocage iranien de cette voie maritime par laquelle transite habituellement un cinquième de la production mondiale de pétrole perturbe les marchés mondiaux et confère à Téhéran un levier stratégique.

Les Etats-Unis ont quant à eux imposé leur propre blocus des ports iraniens malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril.

Cette annonce intervient alors que le président américain Donald Trump, en visite jeudi en Chine, a discuté du détroit d'Ormuz avec son homologue Xi Jinping.

Selon un extrait d'une interview à la chaîne Fox News, Donald Trump a déclaré que M. Xi lui avait assuré que Pékin n'enverrait pas d'équipement militaire à l'Iran et était prêt à aider à la réouverture du détroit d'Ormuz.

La Chine est le principal pays importateur du pétrole iranien.