Douze heures de sommet entre Macron et les partis, la gauche «déçue», le RN sceptique

Les dirigeants politiques du parti de gauche Manuel Bompard, Olivier Faure et Marine Tondelier s'adressent aux médias après une rencontre de 12 heures avec le président français Emmanuel Macron lors des "Rencontres de Saint-Denis" à la Maison d'Education de la Légion d'honneur à Saint-Denis, en banlieue parisienne, le 31 août 2023. (Photo Ludovic MARIN / AFP)
Les dirigeants politiques du parti de gauche Manuel Bompard, Olivier Faure et Marine Tondelier s'adressent aux médias après une rencontre de 12 heures avec le président français Emmanuel Macron lors des "Rencontres de Saint-Denis" à la Maison d'Education de la Légion d'honneur à Saint-Denis, en banlieue parisienne, le 31 août 2023. (Photo Ludovic MARIN / AFP)
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Publié le Jeudi 31 août 2023

Douze heures de sommet entre Macron et les partis, la gauche «déçue», le RN sceptique

  • Les échanges à huis clos ont débuté mercredi à 15H00 à Saint-Denis, au nord de Paris, pour ne se terminer qu'après 03H00 jeudi
  • Un séminaire gouvernemental de suivi se tiendra par ailleurs le 6 septembre

SAINT-DENIS: Un consensus sur l'Ukraine, une future "conférence sociale" et des débats sur les référendums: le sommet inédit entre Emmanuel Macron et les chefs de partis a laissé des oppositions sceptiques mais s'est terminé, tard dans la nuit, sur la perspective d'un nouveau rendez-vous.

Les échanges à huis clos ont débuté mercredi à 15H00 à Saint-Denis, au nord de Paris, pour ne se terminer qu'après 03H00 jeudi: douze heures de discussions sur la situation internationale, les institutions et la "cohésion de la Nation" après les émeutes du début de l'été.

A la fin du sommet, Emmanuel Macron a fait savoir qu'il ferait "parvenir dans les prochains jours une lettre synthétisant les échanges et les titres de travail proposés, que chacun pourra amender, pour poursuivre" les discussions, selon son entourage.

"Tout le monde a d'ores et déjà accepté de se revoir sur le même format, dans les mêmes conditions, pour une prochaine session de travail", a-t-on ajouté de même source, sans qu'une date soit déjà fixée.

Un séminaire gouvernemental de suivi se tiendra par ailleurs le 6 septembre.

Premier à se présenter devant les médias à l'issue de cette réunion, le président du Rassemblement national Jordan Bardella a évoqué des débats "francs", mais s'est dit "dans l'incapacité" de préciser sur quoi ils déboucheraient.

"Il n'y a pas de conclusion pour l'instant", a-t-il dit.

Le dirigeant du parti d'extrême droite a assuré avoir dit à Emmanuel Macron "que la réforme des retraites avait évidement créé un fossé entre lui et les Français" et qu'un référendum sur l'immigration, qu'il réclame, était la "seule mesure efficace".

«Planète Mars»

Arrivés groupés à quatre en début d'après-midi, les chefs de la Nupes n'étaient plus que trois devant les caméras à la sortie de la réunion, en l'absence du numéro un communiste Fabien Roussel.

"On est venus, on a vu et on a été déçus", a dit la cheffe des écologistes Marie Tondelier, tandis que Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, lâchait à ses côtés avoir eu "l'impression de vivre 12 heures sur la planète Mars", face à un interlocuteur qui n'est pas "prêt à entendre" les propositions de la gauche.

"On est loin du grand soir", a renchéri le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, qui a décrit un président de la République qui "s'est engouffré dans les propositions de la droite". Seul point positif à ses yeux, un engagement présidentiel sur une "conférence salariale", que l'alliance de gauche demandait.

L'entourage du président a confirmé qu'il avait "validé" le principe de l'organisation d'une "conférence sociale" portant "sur les carrières et les branches situées sous le salaire minimum".

Très courtisé par la Macronie qui dépend souvent des voix de la droite à l'Assemblée en l'absence de majorité absolue depuis 2022, le patron du parti Les Républicains Eric Ciotti ne s'est pas exprimé publiquement.

«Grand moment»

Selon un cadre du camp présidentiel, les discussions sur la situation internationale ont été "constructives", avec un consensus sur le soutien à l'Ukraine. Et celles sur les institutions ont montré que la nécessité d'une "modernisation" pour "faire davantage participer les citoyens" était "partagée" par tous.

Côté Elysée, on salue "un grand moment politique, un grand moment d’unité, de reconnaissance et de responsabilité", estimant que la "main tendue" d'Emmanuel Macron avait été "fructueuse" au regard de la durée des échanges.

Durant douze heures, rien n'avait filtré: la presse était tenue à l'écart et les participants ont dû se séparer de leurs téléphones.

Cette "initiative politique d'ampleur" promise par Emmanuel Macron avant la pause estivale vise à bâtir "ensemble" des textes législatifs et ouvrir la voie, "le cas échéant", à des référendums, selon la lettre d'invitation présidentielle.

Tous les chefs des partis représentés au Parlement avaient accepté l'invitation, mais avec méfiance du côté de l'opposition qui soupçonne le chef de l'État de surtout chercher à relancer un quinquennat à la peine.

Les partis d'opposition ont présenté des propositions de référendums sur leurs chevaux de bataille: l'immigration à droite et à l'extrême droite, la réforme des retraites côté Nupes. Fin de non-recevoir du président sur ce dernier point, selon les leaders de gauche.

D'ailleurs, s'agissant du référendum, le seul point d'accord a été à ce stade d'approfondir le débat sur la possibilité d'en élargir le champ d'application, a expliqué l'entourage du chef de l'État.

Les discussions doivent aussi se poursuivre sur d'autres thèmes comme la planification écologique ou la décentralisation.


Imbroglio autour du débat entre Macron et le monde agricole au Salon de l'Agriculture

Mis sous pression par la FNSEA, l'Elysée a finalement préféré ne pas convier le collectif (Photo, AFP).
Mis sous pression par la FNSEA, l'Elysée a finalement préféré ne pas convier le collectif (Photo, AFP).
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  • L'échange entre Emmanuel Macron et le monde agricole a été plombé avant même son ouverture
  • «Décidément, Macron n’incarne rien d’autre que la confusion, le mépris et le désordre» a réagi Marine Le Pen

PARIS: Mis sous pression par la FNSEA dont le président Arnaud Rousseau a refusé de débattre avec Macron si les Soulèvements de la Terre étaient invités, l'Elysée a finalement préféré ne pas convier à son grand débat le collectif dont le gouvernement voulait la dissolution il y a quelques mois.

Voulu par la présidence sur le modèle des grandes discussions organisées pendant la crise des "gilets jaunes", l'échange entre Emmanuel Macron et le monde agricole a été plombé avant même son ouverture, samedi, au Salon de l'Agriculture.

"L'invitation par le PR [président de la République] au #SIA d'un groupuscule dont la dissolution a été demandée par son propre gouvernement est une provocation inacceptable pour les agriculteurs. J'avais accepté de participer à un débat. Dans ces conditions, je refuse de prendre part à ce qui ne sera qu'une mascarade", a posté sur X dans la soirée de jeudi Arnaud Rousseau, le président du premier syndicat agricole.

L'invitation du collectif, qualifié d'"éco-terroriste" par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, a également provoqué la colère du président des Jeunes Agriculteurs Arnaud Gaillot. "Il n'y a pas de débat possible avec ces gens violents", a-t-il posté sur X, refusant lui aussi de participer.

L'opposition s'est aussitôt engouffrée dans la brèche. "Décidément, Macron n’incarne rien d’autre que la confusion, le mépris et le désordre", a réagi la cheffe de file de l'extrême droite Marine Le Pen. Le président des Républicains Eric Ciotti a lui dénoncé un "+en même temps+ macroniste (...) insupportable".

Après quelques instants de flottement, l'Elysée a finalement décidé de ne pas convier les Soulèvements de la Terre, "pour garantir la sérénité des débats".

Ce débat doit permettre d'"esquisser l'avenir" de la filière, d'après l'Elysée. "L’ensemble des acteurs pourront donner leur point de vue, faire des propositions, confronter des idées", a promis la présidence.

Il doit durer au moins deux heures et est censé réunir les principaux responsables des syndicats agricoles (FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale, Confédération paysanne, etc.), mais aussi des représentants de la grande distribution et des industriels.

Plusieurs responsables d'associations environnementales sont également invités comme le Réseau Action Climat et Générations Futures.

La présidence, qui veut des échanges "ouverts, francs et transparents", "sans filtre", "dans un état d'esprit républicain" a malgré tout été contrainte de plier face à la pression des syndicats agricoles en désinvitant les Soulèvements de la Terre.

«Rien de concret»

Les atermoiements autour de ce débat sont survenus alors que les agriculteurs, en colère depuis plusieurs semaines, maintiennent la pression sur le gouvernement. Une centaine d'entre eux ont manifesté jeudi à Arras à l'appel de la Coordination rurale pour réclamer des "actes".

"Je ne pensais pas encore une fois redescendre dans la rue, je préférerais être dans ma ferme à travailler", mais "des annonces ont été faites et il n'y toujours rien de concret", a déploré par exemple Adrien Spriet, venu garer son tracteur devant la préfecture où une délégation a été reçue dans l'après-midi.

Dans l'Oise, des agriculteurs ont défilé à Beauvais sur 80 tracteurs jusque devant le préfecture. Des opérations escargot ont aussi eu lieu sur les routes de ce département, à l'initiative de 400 agriculteurs, d'après la FDSEA.

"On attend l'intervention du président (Emmanuel Macron) parce que ce qu'a annoncé le Premier ministre Gabriel Attal ne nous satisfait pas", a expliqué Linda Monnier, directrice de la FDSEA de l'Oise.

M. Attal se rendra vendredi en Charente-Maritime où il visitera le marché de Royan puis rencontrera notamment des représentants des agriculteurs.

Agriculteurs espagnols

Mercredi, le Premier ministre a récapitulé les dizaines d'engagements et chantiers déjà lancés pour répondre à la colère du monde agricole.

De nouvelles mesures ont  été annoncées sur les visas des saisonniers étrangers, les pesticides, avec l'abandon d'un indicateur controversé, ou encore la rémunération. Ces déclarations n'ont pas empêché plusieurs actions de protestation un peu partout en France.

Jeudi, une vingtaine d'actions ont eu lieu sur le territoire, dont un tiers engagées depuis mercredi, selon une source policière (blocages de plateformes, bases logistiques, échangeurs autoroutiers…). Des préfectures et sous-préfectures ont aussi été visées.

D'après une source policière, des agriculteurs espagnols envisagent la semaine prochaine des blocages à la frontière avec la France, en espérant être rejoints par des agriculteurs français.


Macron organise une réunion internationale de soutien à l'Ukraine lundi à Paris

Le président français Emmanuel Macron organise une réunion de soutien à l'Ukraine lundi à Paris avec des dirigeants d'autres pays, deux ans après le début de l'offensive russe, a annoncé jeudi l'Elysée (Photo, AFP).
Le président français Emmanuel Macron organise une réunion de soutien à l'Ukraine lundi à Paris avec des dirigeants d'autres pays, deux ans après le début de l'offensive russe, a annoncé jeudi l'Elysée (Photo, AFP).
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  • Deux ans après le début de l'offensive russe Emmanuel Macron organise une réunion de soutien à l'Ukraine lundi à Paris
  • L'Ukraine se retrouve dans une position «extrêmement difficile» sur le front, a reconnu Volodymyr Zelensky

PARIS: Le président français Emmanuel Macron organise une réunion de soutien à l'Ukraine lundi à Paris avec des dirigeants d'autres pays, deux ans après le début de l'offensive russe, a annoncé jeudi l'Elysée.

Il réunira "plusieurs chefs d'État et de gouvernement ou leurs représentants ministériels, à l'occasion d'une réunion de soutien à l'Ukraine", a indiqué la présidence française.

"Cette réunion de travail permettra d'étudier les moyens disponibles pour renforcer la coopération des partenaires en soutien à l'Ukraine", a-t-elle ajouté sans plus de précisions.

Le président polonais Andrzej Duda a annoncé sur la chaîne Polsat que son homologue français avait convié "toute une série de dirigeants européens à Paris pour discuter de nouvelles propositions de solutions et d'assistance pour l'Ukraine" et qu'il s'y rendrait .

Alors que le 24 février marquera le 2e anniversaire du déclenchement de l'attaque à grande échelle de Moscou, l'Ukraine se retrouve dans une position "extrêmement difficile" sur le front, a reconnu lundi le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

L'armée ukrainienne fait face à de multiples assauts russes qu'elle a d'autant plus de mal à repousser qu'elle souffre d'une pénurie de munitions et du gel de l'aide américaine, bloquée par les rivaux républicains du président Joe. Biden au Congrès.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron a appelé les Européens à un « sursaut collectif » lors de la signature d'un accord bilatéral de sécurité avec le président Zelensky le 16 février à Paris.


Menaces russes contre des patrouilles françaises, selon le ministre des Armées

Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu (Photo, AFP).
Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu (Photo, AFP).
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  • Lecornu a appelé ce week-end au renforcement des mesures de sécurité face aux menaces de «sabotage et de cyberattaque» russes
  • Cet incident remonte au mois de novembre et a visé un avion français de type AWACS

PARIS: Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu a dénoncé jeudi de récentes "tentatives de prises de contrôle" russes sur des patrouilles aériennes et maritimes françaises, citant notamment un récent incident en mer Noire.

"Vous avez des tentatives de prises de contrôle de la part des Russes d'un certain nombre de nos patrouilles. (...) Un système de contrôle aérien russe a menacé d'abattre des avions français en mer Noire alors que nous étions dans une zone internationalement libre dans laquelle nous patrouillons", a-t-il déclaré à la radio française RTL.

Cet incident remonte au mois de novembre et a visé un avion français de type AWACS, spécialisé dans les opérations aériennes de contrôle et de détection, a précisé lors d'un point presse jeudi le ministère des Armées.

"C’était un échange radio particulièrement agressif", a détaillé le ministère, précisant qu'une telle tentative d'intimidation dans cette zone était "une première" même si d'autres interactions aériennes avec les forces armées russes ont déjà eu lieu par le passé dans d'autres zones géographiques.

"L’avion est revenu en France, ça ne nous a pas empêché de reprogrammer ce genre de mission", a ajouté le ministère, soulignant que cet incident avait eu lieu alors que l'avion français survolait "les eaux internationales, en parfaite cohérence avec le respect du droit international".

Un navire de guerre russe en baie de Seine

"Vous avez des opérateurs russes qui menacent des pilotes français d'abattre leurs aéronefs", a-t-il poursuivi.

Il s'agit de patrouilles aériennes et maritimes censées garantir la liberté de circulation sur plusieurs mers du globe.

Le ministre a également évoqué un navire de guerre russe qui a mouillé en baie de Seine, certes dans une zone internationale mais "comme pour venir intimider la France".

Le gouvernement souligne depuis plusieurs jours un positionnement russe "agressif" et hybride, c'est-à-dire dans plusieurs domaines comme le cyber, la désinformation, l'énergie, l'alimentation, outre les attaques militaires frontales.

"C'est vieux comme la guerre froide" mais "la Russie joue avec les seuils en matière d'agressivité", a-t-il conclu, citant une attaque cyber cette fois visant une entreprise de défense française et notamment sa production d'armements.

Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu a appelé ce week-end au renforcement des mesures de sécurité face aux menaces de "sabotage et de cyberattaque" russes qui visent son ministère "au premier chef", dans une note interne dont l'AFP a eu connaissance mardi.