Nouvelle-Calédonie: Borne souhaite «un accord politique», enthousiasme modéré des indépendantistes

La Première ministre française Elisabeth Borne prononce un discours devant les dirigeants politiques calédoniens et les membres du groupe de travail « nickel » à l'hôtel Matignon à Paris le 6 septembre 2023. (Photo JULIEN DE ROSA / AFP)
La Première ministre française Elisabeth Borne prononce un discours devant les dirigeants politiques calédoniens et les membres du groupe de travail « nickel » à l'hôtel Matignon à Paris le 6 septembre 2023. (Photo JULIEN DE ROSA / AFP)
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Publié le Jeudi 07 septembre 2023

Nouvelle-Calédonie: Borne souhaite «un accord politique», enthousiasme modéré des indépendantistes

  • Après des mois de réunions bilatérales, des déplacements à Nouméa du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et du président Emmanuel Macron, l'enjeu pour le gouvernement était de réunir ensemble indépendantistes et non-indépendantistes
  • Les discussions entre délégations, qui doivent se terminer vendredi, ont démarré par une réunion à Beauvau, sous l'égide de Gérald Darmanin, qui a duré moins d'une heure et s'est achevée vers 18H00

PARIS: Des responsables indépendantistes et non-indépendantistes de Nouvelle-Calédonie ont été réunis à Paris à la même table mercredi, une première depuis 2019: la Première ministre Elisabeth Borne y a vu la possibilité d'un "accord politique", quand certains participants se montraient moins enthousiastes.

Après des mois de réunions bilatérales, des déplacements à Nouméa du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et du président Emmanuel Macron, l'enjeu pour le gouvernement était de réunir ensemble indépendantistes et non-indépendantistes.

Mercredi fut donc officiellement la première "trilatérale" organisée depuis 2019, et depuis le référendum contesté de décembre 2021, remporté par le "non" à l'indépendance, mais boycotté par les indépendantistes.

Les discussions entre délégations, qui doivent se terminer vendredi, ont démarré par une réunion à Beauvau, sous l'égide de Gérald Darmanin, qui a duré moins d'une heure et s'est achevée vers 18H00.

Outre le président du gouvernement calédonien, l'indépendantiste Louis Mapou, membre de Palika, une composante du FLNKS, étaient présents à cette réunion Gilbert Tyuienon et Mickaël Forrest, deux cadres du principal parti indépendantiste, l'Union calédonienne, officiellement opposée aux discussions à trois.

Le gouvernement a annoncé avoir mis sur la table un projet d'accord qualifié "d'ambitieux", nourri notamment des propositions des groupes politiques, selon un communiqué de Beauvau.

Gérald Darmanin et Philippe Vigier, ministre délégué chargé des Outre-Mer, ont salué une "reprise de dialogue historique entre l'ensemble des partenaires".

"Largement amendable" selon le communiqué, le projet gouvernemental comporte les six thématiques détaillées auparavant à Matignon par Elisabeth Borne, dans un discours devant les délégations.

Principal chantier, l'avenir institutionnel de l'archipel, et notamment l'exercice du "droit à l'auto-détermination".

"Nous devons (...) garantir le droit à l'autodétermination, mais en définir clairement les futures modalités, pour ne pas faire peser une incertitude permanente, de court terme, sur le devenir de la Nouvelle-Calédonie", a déclaré Mme Borne.

Parmi les sujets mis sur la table par le gouvernement figurent notamment la construction d'une citoyenneté calédonienne et le "nouveau statut" de l'archipel.

Corps électoral

"Nous pourrons débattre des transferts de compétences", a assuré la Première ministre, qui souhaite par ailleurs faire aboutir "absolument" le chantier du "dégel" du corps électoral, en vue des élections provinciales en 2024. Le droit de vote à ce scrutin est de fait limité aux natifs et aux résidents arrivés sur le territoire avant 1998 et leurs descendants.

"Un point d'équilibre entre les partenaires paraît pouvoir être trouvé", avait estimé à ce sujet Mme Borne.

Les discussions doivent également porter sur l'avenir de la filière nickel, pilier économique fragilisé de l'archipel, alors même que l'Europe et la France ont d'énormes besoins de ce métal pour fabriquer les batteries électriques automobiles.

"L'enjeu est de faire du nickel calédonien une filière d'avenir (...). Les choix des prochaines semaines détermineront le sort des trois usines du territoire", a souligné la Première ministre.

Si l'Etat répondra "au plan financier", "nous ne signerons pas de chèque en blanc", a-t-elle ajouté, précisant que des "changements radicaux sont nécessaires".

"C'est un tournant depuis le référendum de 2021 où on était plus dans la gestation, dans une forme d'attentisme, les uns et les autres, à se jauger", a déclaré Louis Mapou en sortant de Matignon.

"C'est une journée potentiellement qui peut être historique", avait déclaré à son arrivée Philippe Dunoyer, député Renaissance de Nouvelle-Calédonie.

Gérald Darmanin et Philippe Vigier ont par ailleurs annoncé qu'ils se rendraient en Nouvelle- Calédonie "dans le courant du mois d'octobre pour finaliser la discussion autour de ce projet".

"C'est une bonne chose que ces trilatérales aient lieu. On est satisfait parce que la méthode qu'on a proposée a été entendue, avec un calendrier assez clair de négociations", a réagi auprès de l'AFP Sonia Backès (Renaissance), secrétaire d'État à la Citoyenneté et cheffe de file de la coalition loyaliste.

Mais l'enthousiasme semblait moins partagé du côté des indépendantistes. "Pour nous ce n'était pas une trilatérale, nous étions là uniquement pour récupérer le document martyr", a déclaré à l'AFP le chef coutumier kanak et président du congrès (assemblée) de l'archipel Roch Wamytan, membre de l'Union calédonienne, ajoutant qu'il n'avait "pas grand chose à dire pour le moment".


Liban: la France triple son soutien humanitaire et envoie 60 tonnes d'aide

Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
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  • "Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes"
  • Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français

PARIS: La France s'apprête à tripler son soutien humanitaire au Liban, en y dépêchant jeudi 60 tonnes d'aide pour les réfugiés quittant le sud du pays où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie française

"Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile", a déclaré Jean-Noël Barrot sur TF1.

Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français, selon lui.

Paris s'apprête par ailleurs à fournir "plusieurs dizaines" de véhicules de l'avant-blindé (VAB) aux forces armées libanaises, "dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban", a rappelé le ministre, qui a à nouveau appelé le Hezbollah à "cesser ses attaques sur Israël" et "à rendre ses armes aux autorités libanaises".

Quelque 760.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes, lancée en réponse à des tirs du Hezbollah, selon des chiffres publiés mardi par le gouvernement libanais.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, près de 500 personnes ont été tuées.


Le Hezbollah doit se désarmer, Israël s'abstenir d'une opération d'envergure, selon Paris

 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
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  • La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises"
  • Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations"

PARIS: La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure".

Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations", selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Elle appelle en outre Israël "à s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être respectées".

La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises", saluant leur décision le 2 mars dernier d'interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah.

La conférence du 5 mars, annulée en raison du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, était destinée à lever des fonds pour renforcer les forces de sécurité intérieures et l'armée libanaise, qui manquent cruellement de moyens financiers et d'équipements.

Cette aide était jugée fondamentale alors que l'armée libanaise était engagée dans un processus de désarmement du Hezbollah.

L'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan de désarmement, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord. La deuxième phase, concernant une zone située au nord du fleuve, devait commencer.

En déplacement au Liban début février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait jugé positif le processus de désarmement, estimant qu'au sud du fleuve Litani, il n'y avait plus de menaces vers le nord d'Israël.

Il avait aussi demandé à l'Iran de cesser d'être une force déstabilisatrice au Liban alors qu'Israël suspectait le Hezbollah de se réarmer avec l'aide de Téhéran.

Les autorités israéliennes ont constamment jugé insuffisants les progrès dans le désarmement du groupe pro-iranien qui a fini par entraîner le Liban dans la guerre début mars.

 


Moyen-Orient: Macron se pose en leader de la défense européenne, faute de leviers sur le conflit

Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président Emmanuel Macron se rend à Chypre et à bord du porte-avions Charles de Gaulle pour affirmer le rôle de la France comme leader de la défense européenne face à l’escalade au Moyen-Orient
  • Malgré cette démonstration de force et des échanges avec Massoud Pezeshkian, Donald Trump et Benjamin Netanyahu, l’influence diplomatique de Paris reste limitée et les appels à la désescalade n’ont pas encore produit d’effet

A bord du porte-avions Charles de Gaulle: Face au fait accompli de la guerre au Moyen-Orient, et sans grand levier pour influer sur son cours, le président français Emmanuel Macron, en déplacement lundi à Chypre et sur le porte-avions Charles de Gaulle, tente de reprendre l'initiative en traçant le sillon d'une France leader en matière de défense européenne.

Il a fait une visite express à Paphos, sur l'île méditerranéenne touchée par un drone de fabrication iranienne après le début du conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

Message central: "lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée". Et la France répond présent pour la protéger, comme elle le fait pour ses partenaires du Golfe visés par des représailles iraniennes. Il a d'ailleurs évoqué, sans plus de précisions, de nouvelles "interceptions" de frappes qui se sont poursuivies ces derniers jours.

Dans la foulée, détour par le porte-avions Charles de Gaulle, désormais au large de la Crète, en Grèce, dans le cadre d'un important déploiement militaire décidé par Paris face à l'embrasement moyen-oriental.

"Ce qui est très important, et habile, dans ces déplacements, c'est qu'ils lui permettent de reprendre l'initiative alors que, depuis le début de la guerre, tous les Européens étaient placés devant le fait accompli", dit à l'AFP Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Montaigne.

- "Montrer les muscles" -

"La position d'Emmanuel Macron est vraiment de montrer les muscles", en déployant "un effort capacitaire considérable", ajoute-t-il.

Le Charles de Gaulle est en Méditerranée orientale dans le cadre d'un important dispositif aéronaval appelé aussi à mobiliser huit frégates et deux portes-hélicoptères amphibies dans une vaste zone incluant également la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le Golfe.

Même si les autorités françaises martèlent qu'il s'agit d'une posture strictement "défensive", et pas d'une participation directe au conflit, "l'engagement d'un groupe aéronaval d'une telle ampleur, c'est un vrai risque", estime cet expert: "ça rend la France encore plus une cible dans la région".

En étant le premier dirigeant à se rendre à Chypre, et en ayant dépêché ces moyens militaires en coordination avec plusieurs pays, dont l'Italie et l'Espagne, Emmanuel Macron tente de conforter son rôle de leader de la défense européenne, une semaine après avoir mis la France au centre du jeu en proposant une dissuasion nucléaire "avancée" au service de l'Europe.

"Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix aux côtés de ses amis", a-t-il lancé lundi aux marins du Charles de Gaulle.

"Celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres européens", a ajouté celui qui plaide depuis plusieurs années pour une autonomie stratégique du Vieux Continent.

- "Où est la voix de la France?" -

Par contraste, le Royaume-Uni est critiqué pour son déploiement plus poussif, alors même que c'est une base britannique qui a été touchée à Chypre.

"Pour l'instant la réaction de la France est plutôt la bonne", a d'ailleurs reconnu l'un de ses principaux opposants, le président du Rassemblement national (extrême droite) Jordan Bardella.

Sur le front diplomatique, toutefois, d'autres voix critiquent un certain embarras du chef de l'Etat, qui semble vouloir ménager les Etats-Unis et Israël, sans pour autant approuver leur opération ni y participer plus directement.

"Où est la voix de l'Europe, où est la voix de la France?", a interrogé dimanche, sur la même chaîne, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, qui prépare une candidature à la présidentielle de 2027. "C'est Pedro Sanchez qui sauve l'honneur de l'Europe", a-t-il estimé, saluant l'opposition plus résolue à cette guerre de la part du chef du gouvernement espagnol.

Si Emmanuel Macron a été dimanche le premier dirigeant occidental à s'entretenir au téléphone avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian depuis le début du conflit, et s'il a parlé à plusieurs reprises à Donald Trump et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ses leviers diplomatiques sont limités.

Pour l'instant, ses appels à la désescalade sont restés sans effet. Il n'a pu convaincre Israël de ne pas étendre le conflit au Liban en riposte à des tirs du Hezbollah pro-iranien, même s'il constate que l'armée israélienne n'a pas, à ce stade, lancé d'offensive terrestre d'ampleur.