Polémique des visas: la France assure qu'elle continuera d'accueillir des artistes du Sahel

L'auteur, chanteur, musicien et compositeur français Matthieu Chedid alias -M- (au centre), la chanteuse malienne Fatoumata Diawara (à gauche) et le musicien et chanteur malien Sidiki Diabate (à droite) se produisent sur scène lors des 33e Victoires de la Musique, la cérémonie annuelle de remise des prix de la musique française, le 9 février 2018 à la salle de concert Seine Musicale à Boulogne-Billancourt, en banlieue parisienne. (Photo par Thomas Samson / AFP)
L'auteur, chanteur, musicien et compositeur français Matthieu Chedid alias -M- (au centre), la chanteuse malienne Fatoumata Diawara (à gauche) et le musicien et chanteur malien Sidiki Diabate (à droite) se produisent sur scène lors des 33e Victoires de la Musique, la cérémonie annuelle de remise des prix de la musique française, le 9 février 2018 à la salle de concert Seine Musicale à Boulogne-Billancourt, en banlieue parisienne. (Photo par Thomas Samson / AFP)
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Publié le Vendredi 15 septembre 2023

Polémique des visas: la France assure qu'elle continuera d'accueillir des artistes du Sahel

  • «Lorsqu'on dit qu'il n'y aura pas de visa ou qu'on annule tous les événements qui seraient faits en France avec tous les artistes venant du Burkina Faso, du Mali ou du Niger: c'est faux, ça ne se passera pas», a affirmé le président Emmanuel Macron
  • La ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a tenté éteindre la polémique vendredi matin sur RTL, assurant qu'on «ne boycotte jamais d'artistes, nulle part»

PARIS : «Ni boycott, ni représailles»: l'exécutif a assuré vendredi que la France allait continuer à accueillir des artistes du Sahel, après une polémique née d'une directive administrative demandant à cesser toute collaboration  avec le Niger, le Burkina Faso et le Mali, où les services consulaires ont été fermés.

«Lorsqu'on dit qu'il n'y aura pas de visa ou qu'on annule tous les événements qui seraient faits en France avec tous les artistes venant du Burkina Faso, du Mali ou du Niger: c'est faux, ça ne se passera pas», a affirmé le président Emmanuel Macron lors d'un déplacement en Côte d'Or (est de la France).

Il a ajouté que «la vocation de la France, c'est d'accueillir les artistes, les intellectuels, et de pouvoir justement les faire rayonner en toute liberté».

Jeudi, le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) et ses homologues (l'Aac, l'Accn, l'A-CDCN, l'ACDN et l'ASN) ont publiquement protesté contre un message qu'ils assurent avoir reçu mercredi «en provenance des DRAC», les directions régionales de la culture, et «rédigé sur instruction du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères».

«Ce message au ton comminatoire demande à nos adhérents de +suspendre, jusqu'à nouvel ordre, toute coopération avec les pays suivants: Mali, Niger, Burkina Faso+», ont précisé ces professionnels de la culture dans un communiqué commun.

- Commentaires indignés -

Face à la pluie de commentaires indignés qui a immédiatement suivi, d'acteurs de la culture comme de représentants du monde politique, la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a tenté éteindre la polémique vendredi matin sur RTL, assurant qu'on «ne boycotte jamais d'artistes, nulle part».

Elle a également indiqué qu'un message «clarifiant» cette directive allait être envoyé vendredi par ses services.

«Il y a eu trop de confusion et, visiblement, de l'incompréhension suite à certains messages qui ont été passés», a-t-elle regretté.

Mettant en avant l'impossibilité de délivrer de nouveaux visas, la ministre a précisé qu'il n'était «pas question d'arrêter d'échanger avec les artistes». «Tous ceux qui ont déjà des visas et qui ont des tournées ou des spectacles prévus (...) vont pouvoir venir comme prévu».

Pour Sébastien Lagrave, directeur du festival de musiques Africolor (17 novembre au 24 décembre en région parisienne), les conséquences sont déjà concrètes. «J'ai trois concerts d'artistes maliens qui vont être annulés», a-t-il affirmé à l'AFP.

«On sait très bien que la plupart des artistes se voient accorder des visas de courte durée. Ceux qui ont déjà un visa sont une minorité. Pour un festival comme nous, en novembre, on demande des visas à partir de septembre. Là, c'est impossible qu'ils viennent», a-t-il poursuivi.  Et de dénoncer une décision «violente, très abrupte et verticale».

«La ministre de la Culture dit qu'il n'y a pas de service de visa en fonctionnement dans ces pays, c'est faux. Les prestataires de service sont toujours ouverts, on peut instruire des dossiers», selon lui.

- «Artistes punis» -

«Le texte (celui de la Drac, ndlr), la façon dont il a été rédigé, inquiète et questionne beaucoup», a estimé auprès de l'AFP Patrick Penot, directeur du festival de théâtre Sens Interdit à Lyon, prévu mi-octobre. Il attend une actrice burkinabé, actuellement sans visa.

«Nous espérons une solution pour elle, qui est indispensable pour l'un des spectacles», a-t-il dit, critiquant une situation avec «des artistes punis et interdits de circulation (...) sous prétexte que leur gouvernement est en délicatesse avec le notre !».

La France a interrompu le 29 juillet et le 6 août toutes ses actions d'aide au développement et d'appui budgétaire avec le Niger et le Burkina Faso. En novembre 2022, elle l'avait déjà fait pour le Mali.

Interrogé par l'AFP, un diplomate syndicaliste ayant requis l'anonymat a lui jugé que «la surréaction des protagonistes de l'événementiel culturel (...) témoigne d'une certaine déconnexion des enjeux et contraintes des relations entre États».

«En matière d'influence et de rapports de force, tout se tient pourtant», a-t-il insisté, estimant que «(re)trouver le sens des réalités serait bienvenu».


Liban: la France triple son soutien humanitaire et envoie 60 tonnes d'aide

Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
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  • "Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes"
  • Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français

PARIS: La France s'apprête à tripler son soutien humanitaire au Liban, en y dépêchant jeudi 60 tonnes d'aide pour les réfugiés quittant le sud du pays où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie française

"Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile", a déclaré Jean-Noël Barrot sur TF1.

Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français, selon lui.

Paris s'apprête par ailleurs à fournir "plusieurs dizaines" de véhicules de l'avant-blindé (VAB) aux forces armées libanaises, "dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban", a rappelé le ministre, qui a à nouveau appelé le Hezbollah à "cesser ses attaques sur Israël" et "à rendre ses armes aux autorités libanaises".

Quelque 760.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes, lancée en réponse à des tirs du Hezbollah, selon des chiffres publiés mardi par le gouvernement libanais.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, près de 500 personnes ont été tuées.


Le Hezbollah doit se désarmer, Israël s'abstenir d'une opération d'envergure, selon Paris

 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
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  • La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises"
  • Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations"

PARIS: La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure".

Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations", selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Elle appelle en outre Israël "à s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être respectées".

La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises", saluant leur décision le 2 mars dernier d'interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah.

La conférence du 5 mars, annulée en raison du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, était destinée à lever des fonds pour renforcer les forces de sécurité intérieures et l'armée libanaise, qui manquent cruellement de moyens financiers et d'équipements.

Cette aide était jugée fondamentale alors que l'armée libanaise était engagée dans un processus de désarmement du Hezbollah.

L'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan de désarmement, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord. La deuxième phase, concernant une zone située au nord du fleuve, devait commencer.

En déplacement au Liban début février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait jugé positif le processus de désarmement, estimant qu'au sud du fleuve Litani, il n'y avait plus de menaces vers le nord d'Israël.

Il avait aussi demandé à l'Iran de cesser d'être une force déstabilisatrice au Liban alors qu'Israël suspectait le Hezbollah de se réarmer avec l'aide de Téhéran.

Les autorités israéliennes ont constamment jugé insuffisants les progrès dans le désarmement du groupe pro-iranien qui a fini par entraîner le Liban dans la guerre début mars.

 


Moyen-Orient: Macron se pose en leader de la défense européenne, faute de leviers sur le conflit

Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président Emmanuel Macron se rend à Chypre et à bord du porte-avions Charles de Gaulle pour affirmer le rôle de la France comme leader de la défense européenne face à l’escalade au Moyen-Orient
  • Malgré cette démonstration de force et des échanges avec Massoud Pezeshkian, Donald Trump et Benjamin Netanyahu, l’influence diplomatique de Paris reste limitée et les appels à la désescalade n’ont pas encore produit d’effet

A bord du porte-avions Charles de Gaulle: Face au fait accompli de la guerre au Moyen-Orient, et sans grand levier pour influer sur son cours, le président français Emmanuel Macron, en déplacement lundi à Chypre et sur le porte-avions Charles de Gaulle, tente de reprendre l'initiative en traçant le sillon d'une France leader en matière de défense européenne.

Il a fait une visite express à Paphos, sur l'île méditerranéenne touchée par un drone de fabrication iranienne après le début du conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

Message central: "lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée". Et la France répond présent pour la protéger, comme elle le fait pour ses partenaires du Golfe visés par des représailles iraniennes. Il a d'ailleurs évoqué, sans plus de précisions, de nouvelles "interceptions" de frappes qui se sont poursuivies ces derniers jours.

Dans la foulée, détour par le porte-avions Charles de Gaulle, désormais au large de la Crète, en Grèce, dans le cadre d'un important déploiement militaire décidé par Paris face à l'embrasement moyen-oriental.

"Ce qui est très important, et habile, dans ces déplacements, c'est qu'ils lui permettent de reprendre l'initiative alors que, depuis le début de la guerre, tous les Européens étaient placés devant le fait accompli", dit à l'AFP Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Montaigne.

- "Montrer les muscles" -

"La position d'Emmanuel Macron est vraiment de montrer les muscles", en déployant "un effort capacitaire considérable", ajoute-t-il.

Le Charles de Gaulle est en Méditerranée orientale dans le cadre d'un important dispositif aéronaval appelé aussi à mobiliser huit frégates et deux portes-hélicoptères amphibies dans une vaste zone incluant également la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le Golfe.

Même si les autorités françaises martèlent qu'il s'agit d'une posture strictement "défensive", et pas d'une participation directe au conflit, "l'engagement d'un groupe aéronaval d'une telle ampleur, c'est un vrai risque", estime cet expert: "ça rend la France encore plus une cible dans la région".

En étant le premier dirigeant à se rendre à Chypre, et en ayant dépêché ces moyens militaires en coordination avec plusieurs pays, dont l'Italie et l'Espagne, Emmanuel Macron tente de conforter son rôle de leader de la défense européenne, une semaine après avoir mis la France au centre du jeu en proposant une dissuasion nucléaire "avancée" au service de l'Europe.

"Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix aux côtés de ses amis", a-t-il lancé lundi aux marins du Charles de Gaulle.

"Celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres européens", a ajouté celui qui plaide depuis plusieurs années pour une autonomie stratégique du Vieux Continent.

- "Où est la voix de la France?" -

Par contraste, le Royaume-Uni est critiqué pour son déploiement plus poussif, alors même que c'est une base britannique qui a été touchée à Chypre.

"Pour l'instant la réaction de la France est plutôt la bonne", a d'ailleurs reconnu l'un de ses principaux opposants, le président du Rassemblement national (extrême droite) Jordan Bardella.

Sur le front diplomatique, toutefois, d'autres voix critiquent un certain embarras du chef de l'Etat, qui semble vouloir ménager les Etats-Unis et Israël, sans pour autant approuver leur opération ni y participer plus directement.

"Où est la voix de l'Europe, où est la voix de la France?", a interrogé dimanche, sur la même chaîne, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, qui prépare une candidature à la présidentielle de 2027. "C'est Pedro Sanchez qui sauve l'honneur de l'Europe", a-t-il estimé, saluant l'opposition plus résolue à cette guerre de la part du chef du gouvernement espagnol.

Si Emmanuel Macron a été dimanche le premier dirigeant occidental à s'entretenir au téléphone avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian depuis le début du conflit, et s'il a parlé à plusieurs reprises à Donald Trump et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ses leviers diplomatiques sont limités.

Pour l'instant, ses appels à la désescalade sont restés sans effet. Il n'a pu convaincre Israël de ne pas étendre le conflit au Liban en riposte à des tirs du Hezbollah pro-iranien, même s'il constate que l'armée israélienne n'a pas, à ce stade, lancé d'offensive terrestre d'ampleur.