A Besançon les entreprises incitées à faire appel au travail des détenus

Une photographie prise le 22 octobre 2021 montre une cellule de la Maison d'arrêt de Mulhouse. (AFP)
Une photographie prise le 22 octobre 2021 montre une cellule de la Maison d'arrêt de Mulhouse. (AFP)
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Publié le Samedi 16 septembre 2023

A Besançon les entreprises incitées à faire appel au travail des détenus

  • Le travail en milieu carcéral n'est plus obligatoire depuis 1987 et c'est donc «sur la base du volontariat», que les détenus peuvent signer un contrat d'emploi pénitentiaire, explique Julien Luquin
  • «Ils sont rémunérés à 45% du Smic et effectuent en moyenne 25 heures par semaine»

BESANÇON: A la maison d'arrêt de Besançon 23% des 377 détenus travaillent, une proportion plus faible qu'ailleurs et la Chancellerie a donc invité une délégation de chefs d'entreprise de la région pour les inciter à sous-traiter une partie de leur production en milieu carcéral, voire à y implanter leur propre atelier.

"Aujourd'hui au niveau national 31% des détenus travaillent, et le ministre de la Justice a fixé l'objectif de passer à 50% d'ici 2027", précise Albin Heuman, directeur de l'Agence du travail d'intérêt général et de l'insertion professionnelle des personnes placées sous main de justice (Atigip), rattachée au garde des Sceaux.

"Nous disposons de 700 m2 au sein de la maison d'arrêt et il y a encore de la place", souligne de son côté Kamel Laghoueg, le chef d'établissement.

Le travail en milieu carcéral n'est plus obligatoire depuis 1987 et c'est donc "sur la base du volontariat", que les détenus peuvent signer un contrat d'emploi pénitentiaire, explique Julien Luquin, référent insertion professionnelle à la Direction interrégionale des services pénitentiaires. "Ils sont rémunérés à 45% du Smic et effectuent en moyenne 25 heures par semaine".

Meilleure réinsertion

Parmi les détenus employés à la maison d'arrêt bisontine, Thierry, marié et père de deux filles, est en détention provisoire et attend son jugement: "Dans ma vie d'avant j'ai toujours été actif et je ne pourrais pas rester sans rien faire. Travailler me permet de ne pas tout attendre de ma famille et de provisionner une somme pour le paiement des frais de justice", explique-t-il.

Yohan, détenu depuis plus de trois ans, espère lui sortir de prison d'ici la fin de l'année: "Je réceptionne des pièces mécaniques, je les monte et j'assure le suivi qualité, avant leur réexpédition. L'activité me permet de sortir de ma cellule et d'être en lien avec mon employeur, avec qui je suis toujours sous contrat. Je gagne un peu d'argent pour payer mes cigarettes et la nourriture".

"L'enjeu d'inciter les détenus à se mettre au travail vise à mieux les réinsérer ensuite dans la société", relève Albin Heuman de l'Atigip. "De plus, on constate que les détenus qui travaillent récidivent moins à leur sortie de prison."

Et les employeurs y trouvent aussi leur compte. Déjà implantée dans les ateliers de la maison d'arrêt, la société STIMP présente ainsi l'activité de sous-traitance qu'elle réalise pour le compte d'entreprises régionales du secteur des micro mécaniques: "Les détenus réalisent les tâches jusqu'à l'assemblage de pièces de roues électriques motorisées pour les fauteuils roulants des personnes à mobilité réduite", détaille Mathieu Vuillecard, directeur industriel de l'entreprise, habitué des lieux.

5 euros de l'heure

Dans une autre dépendance de la maison d'arrêt, Micro-Méga Besançon, un des leaders européens de la fabrication de matériel médical, a externalisé son service de packaging. "Nos salariés viennent former les personnes en détention qui peuvent rebondir professionnellement à leur sortie", résume Mélanie Bonfils de l'entreprise Micro-Méga.

Gilles Demougeot, directeur industriel d'une fabrique de systèmes de production à partir de tôles en bobines, salue lui la qualité des produits finis: "Sur 30 commandes passées auprès des détenus, nous n'avons enregistré aucune non-conformité et les délais ont été respectés".

Le dirigeant de l'entreprise y voit aussi une solution au manque de main d'œuvre dans le secteur de l'industrie, même si le recours au travail pénitentiaire ne représente pas une variable d'ajustement au service de sociétés qui rencontreraient des difficultés temporaires: "Avec la sous-traitance, nous cherchons à développer des relations durables avec les entreprises locales afin d'assurer un volume d'heures de travail aux détenus", reprend ainsi Mathieu Vuillecard, de la société STIMP.

Toutefois, la faible rémunération, qui correspond à un peu plus de 5 euros de l'heure, ne serait-elle pas un repoussoir, comme le montre le faible pourcentage des détenus qui travaillent à Besançon ? "C'est la base édictée par le code pénitentiaire, mais l'entreprise qui fait travailler des détenus peut augmenter le taux, voire verser un treizième mois", nuance Julien Luquin.

En France, 314 entreprises font appel à des travailleurs détenus. Elles s'engagent à faciliter leur réinsertion dans le cadre de leur politique RSE (responsabilité sociale et environnementale des entreprises).


Le verrier Arc demande son placement en redressement judiciaire

 Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, annonce mercredi avoir demandé son placement en redressement judiciaire en raison d'une "dégradation sévère et continue" de son environnement de marché. (AFP)
Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, annonce mercredi avoir demandé son placement en redressement judiciaire en raison d'une "dégradation sévère et continue" de son environnement de marché. (AFP)
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  • Ce groupe bicentenaire, qui emploie encore 3.500 salariés à Arques (Pas-de-Calais), où sont basés sa principale usine et son siège social, a bénéficié par le passé de nombreux plans de refinancement soutenus par l'État, le dernier il y a un an
  • Le tribunal de commerce de Lille Métropole doit statuer mercredi sur sa demande de placement en redressement judiciaire, précise le groupe dans un communiqué

LILLE: Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, annonce mercredi avoir demandé son placement en redressement judiciaire en raison d'une "dégradation sévère et continue" de son environnement de marché.

Ce groupe bicentenaire, qui emploie encore 3.500 salariés à Arques (Pas-de-Calais), où sont basés sa principale usine et son siège social, a bénéficié par le passé de nombreux plans de refinancement soutenus par l'État, le dernier il y a un an.

Le tribunal de commerce de Lille Métropole doit statuer mercredi sur sa demande de placement en redressement judiciaire, précise le groupe dans un communiqué.

Cette procédure est "le seul cadre légal et possible pour permettre à Arc de s'adapter durablement à un environnement de marché profondément dégradé", estime le directeur général d'Arc France Nick Hodler, cité dans le communiqué.

Malgré un énième plan de refinancement et de relance validé en avril dernier par la justice, "notre modèle doit encore se transformer en profondeur (...), en revoyant notre schéma industriel et donc en réduisant nos effectifs", prévient M. Hodler.

"Il y a plusieurs centaines d'emplois qui sont clairement en jeu, ça pourrait être de l'ordre de 500 personnes", craint Frédéric Specque, délégué syndical central CGT chez Arc France interrogé par l'AFP.

Une offre de reprise 

L'environnement de marché pour Arc est très difficile, confirme ce syndicaliste, entre "la baisse de la consommation et la baisse du pouvoir d'achat" et la concurrence, déloyale selon lui, des produits importés d'Asie.

"Les contraintes économiques, elles sont là: on est envahis de produits chinois qui copient les nôtres sans la qualité, mais qui sont quatre à cinq fois moins chers. Donc tant qu'on aura ça, on peut faire tous les plans qu'on veut, on sera toujours trop chers", regrette M. Specque.

"On ferait mieux de faire pression sur le gouvernement et l'Europe pour qu'ils mettent enfin des protections aux frontières et qu'on arrête de faire entrer de la camelote qui vient de Chine ou d'ailleurs", ajoute-t-il.

Timothée Durand, membre d'une famille de propriétaires historiques d'Arc où il a passé la majeure partie de sa carrière jusqu'en 2024, va présenter un projet de reprise de la société, précise l'entreprise dans son communiqué, qualifiant cette offre de "sérieuse" et "réaliste".

"L'État sera attentif aux conséquences humaines et sociales" de cette nouvelle procédure pour Arc, "dans la continuité du soutien apporté par l'État à ce groupe depuis plusieurs années", a réagi le ministre délégué à l'Industrie Sébastien Martin dans une déclaration transmise à l'AFP.

M. Martin compte rencontrer jeudi Timothée Durand, a-t-il précisé, tout en soulignant que "l'Etat examinera avec sérieux" toutes les autres offres de reprise susceptibles de venir par la suite.

Fondé en 1825, Arc produit notamment des ustensiles pour la table (verres et assiettes) sous ses marques Arcoroc, Luminarc, Cristal d'Arques Paris et Chef&Sommelier, mais aussi des produits d'entrée de gamme pour le géant suédois de l'ameublement Ikea.

Mais le groupe fait face à des difficultés chroniques depuis les années 2000: en 20 ans, ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois.

Ces dernières années, Arc a été durement touché par la pandémie de Covid-19, la flambée des coûts de l'énergie et l'inflation, qui ont érodé ses ventes, et a aussi souffert des inondations historiques dans le Pas-de-Calais en 2023-24.

Dans un énième sauvetage en avril, un plan de refinancement de 42 millions d'euros avait été validé par la justice, avec l'arrivée notamment de deux nouveaux actionnaires minoritaires.

En parallèle, l'État avait accordé à Arc un nouveau prêt de 30 millions d'euros et renoncé à une partie de ses anciennes créances, alors qu'il avait déjà prêté plus de 138 millions d'euros au groupe entre 2020 et 2023.


France : la confiance des ménages «légèrement à la hausse» en décembre, selon l'Insee

La confiance des ménages est repartie "légèrement à la hausse" en décembre, tout en restant bien en dessous de sa moyenne de longue période et enregistre un nouveau maximum historique sur l'opportunité d'épargner, indique mercredi l'Insee. (AFP)
La confiance des ménages est repartie "légèrement à la hausse" en décembre, tout en restant bien en dessous de sa moyenne de longue période et enregistre un nouveau maximum historique sur l'opportunité d'épargner, indique mercredi l'Insee. (AFP)
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  • L'indicateur mesurant la confiance des ménages s'est établi à 90, soit un point de plus qu'en novembre, alors que la moyenne est de 100 entre 1987 et 2025
  • Plus la valeur de l'indicateur est élevée, plus l'opinion des ménages sur la situation économique est bonne

PARIS: La confiance des ménages est repartie "légèrement à la hausse" en décembre, tout en restant bien en dessous de sa moyenne de longue période et enregistre un nouveau maximum historique sur l'opportunité d'épargner, indique mercredi l'Insee.

L'indicateur mesurant la confiance des ménages s'est établi à 90, soit un point de plus qu'en novembre, alors que la moyenne est de 100 entre 1987 et 2025.

Plus la valeur de l'indicateur est élevée, plus l'opinion des ménages sur la situation économique est bonne.

L'Insee établit cet indicateur à partir de questions divisées en deux grandes catégories: l'une portant sur la situation personnelle des ménages, l'autre sur leur perception de l'évolution économique en général.

En décembre, la part de ménages considérant qu'il est opportun d'épargner atteint un nouveau maximum historique.

Ainsi, le solde d'opinion sur ce thème atteint 46, une hausse d'un point par rapport à novembre, alors que la moyenne est à 19. Or la France connaît déjà un taux d'épargne très élevé, à plus de 18% du revenu disponible, autant d'argent qui n'alimente pas la consommation, premier poste de la croissance.

En revanche, les ménages ne sont pas très optimistes sur leur capacité à épargner, actuellement et à l'avenir : ces deux thèmes perdent deux points, à 19 et 14.

En décembre, l'opinion des ménages concernant leur situation financière personnelle future s'est dégradée légèrement (-14 après -13 en novembre, pour une moyenne de -7).

Cependant, la proportion de ménages jugeant opportun, dans la situation économique actuelle, de faire des achats importants rebondit, le solde d'opinion gagnant trois points à -27 tout en restant bien inférieur à la moyenne (-16).

Leur opinion sur le niveau de vie récent en France a rebondi en décembre (hausse de quatre points à -70), indique l'Institut national de la statistique, mais elle se dégrade d'un point sur le niveau de vie à venir, à -57.

Les ménages pensant que les prix ont fortement augmenté au cours des douze derniers mois sont plus nombreux : le solde d'opinion sur cette question gagne cinq points à -3, pour une moyenne de -12.

La part de ménages pensant que les prix vont accélérer cette année augmente d'un point, là aussi au-dessus de sa moyenne (respectivement -30 et -32).

En revanche, les craintes sur l'évolution du chômage baissent encore : le solde correspondant perd deux points à 45, tout en demeurant supérieur à sa moyenne de 33.


Câbles industriels: Nexans annonce un «réaménagement du calendrier» du mégaprojet à Chypre

Le spécialiste français des câbles électriques Nexans a annoncé mardi un "réaménagement du calendrier" de son mégaprojet de connexion entre Chypre et la Grèce, qui va le retarder, sans toutefois affecter les prévisions financières du groupe. (AFP)
Le spécialiste français des câbles électriques Nexans a annoncé mardi un "réaménagement du calendrier" de son mégaprojet de connexion entre Chypre et la Grèce, qui va le retarder, sans toutefois affecter les prévisions financières du groupe. (AFP)
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  • Nexans avait remporté à l'été 2023 un contrat de 1,43 milliard d'euros pour construire le tronçon Chypre-Grèce de l'interconnecteur électrique EuroAsia, "le plus grand projet d'interconnexion de l'histoire"
  • Chypre est en effet le seul pays européen sans raccordement au gaz ni connexion électrique avec le réseau du continent européen

PARIS: Le spécialiste français des câbles électriques Nexans a annoncé mardi un "réaménagement du calendrier" de son mégaprojet de connexion entre Chypre et la Grèce, qui va le retarder, sans toutefois affecter les prévisions financières du groupe.

"Un réaménagement du calendrier d'activités est actuellement à l'étude avec le client" concernant ce projet, le Great Sea Interconnector (GSI), a déclaré Nexans dans un communiqué, soulignant travailler "en étroite collaboration avec son client afin d'examiner les différentes options en vue de l'élaboration d'un calendrier d'exécution ajusté".

Le groupe assure qu'il "exécute le projet conformément à ses obligations contractuelles et en ligne avec les étapes définies depuis 2023".

Nexans avait remporté à l'été 2023 un contrat de 1,43 milliard d'euros pour construire le tronçon Chypre-Grèce de l'interconnecteur électrique EuroAsia, "le plus grand projet d'interconnexion de l'histoire" qui doit relier Israël, Chypre et l'Union européenne.

Chypre est en effet le seul pays européen sans raccordement au gaz ni connexion électrique avec le réseau du continent européen.

Nexans indique que "ces ajustements affectent la date de livraison du projet" sans apporter plus de précisions, et qu'il reste "pleinement engagé dans l'exécution de ce projet aux côtés de son client".

Ces changements, en revanche, n'ont "pas d'impact sur la guidance 2028 de Nexans, grâce à la solidité du carnet de commandes du groupe et à la mise en œuvre proactive d'actions visant à compenser tout impact potentiel dès 2026".

Nexans communiquera ses prévisions 2026 lors de la publication de ses résultats annuels 2025, le 19 février.

Nexans, 2e mondial de son secteur derrière l'italien Prysmian, compte 28.500 collaborateurs dans 41 pays. Le groupe s'est depuis quelques années recentré sur le transport d'électricité et l'électrification (raccordement des champs éoliens offshore aux réseaux électriques, rénovation et développement des réseaux de transport d'électricité dans de nombreux pays...).