Le Nagorny Karabakh se vide, tristesse et chaos à la frontière arménienne

Des réfugiés attendent dans leur voiture pour traverser la frontière, quittant le Karabakh pour l'Arménie, au point de contrôle de Latchine, le 26 septembre 2023. (EMMANUEL DUNAND / AFP)
Des réfugiés attendent dans leur voiture pour traverser la frontière, quittant le Karabakh pour l'Arménie, au point de contrôle de Latchine, le 26 septembre 2023. (EMMANUEL DUNAND / AFP)
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Publié le Mardi 26 septembre 2023

Le Nagorny Karabakh se vide, tristesse et chaos à la frontière arménienne

  • Beaucoup disent avoir mis 24 heures à faire les 80 kilomètres séparant la capitale séparatiste, Stepanakert, de la frontière
  • A l'écart, dans le village de Kornidzor, Sveta Moussaïelian se repose chez une amie rencontrée en 2020: elle s'y était réfugiée durant la précédente guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan

CORRIDOR DE LATCHINE: Le Nagorny Karabakh se vide de ses habitants. Mardi, des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants continuaient de quitter cette enclave peuplée d'Arméniens sous le regard victorieux des soldats azerbaïdjanais.

Un vieil homme et sa fourgonnette remplis de paquets, une fillette, son ballon rose collé contre elle, le regard planté dans celui des soldats azerbaïdjanais lourdement armés. Et cette vieille dame tenant désespérément une cage à oiseaux.

Du côté azerbaïdjanais du pont Hakari, au poste-frontière installé en avril par Bakou et qui verrouille l'accès au corridor de Latchine, sur la seule route menant de l'Arménie au Nagorny Karabakh, le flot de véhicules est continu.

Dimanche, après l'offensive éclair remportée contre les troupes du Nagorny Karabakh, Bakou a rouvert ce poste-frontière qui coupait l'enclave arménienne du reste du monde, provoquant l'exode.

Sur les toits des voitures, les réfugiés emportent ce qu'ils possédaient au Nagorny Karabakh: un sac rose, une tronçonneuse, des couvertures, parfois protégées par des bâches.

De rares véhicules, Lada soviétiques poussives ou remorques aux pneus crevés, passent au détecteur de metaux.

Mais pour la plupart, l'arrêt ne dure que quelques secondes. Des soldats azerbaïdjanais vérifient des coffres, jettent un œil furtif à l'intérieur, sans demander aucun document d'identité.

Les hommes sont priés de descendre pour fixer des caméras de surveillance, placées en hauteur sur des poteaux, à côté d'un drapeau azerbaïdjanais qui flotte au vent.

Les ordres, secs, fusent: "Regardez en haut!" La manoeuvre est destinée à répérer d'éventuels auteurs de "crimes de guerre" fuyant le Karabakh, a expliqué une source gouvernementale azerbaïdjanaise à l'AFP.

Les conducteurs remontent. Les passagers masculins, eux, doivent parcourir à pied les quelques mètres qui les séparent de l'Arménie. Menton haut pour certains, ils passent devant les uniformes verts des soldats postés sur le côté, sans un regard pour eux.

"Ils nous ont expulsés!", lâche un homme avant la traversée du pont.

80 kilomètres, 24 heures

Passé le contrôle des soldats azerbaïdjanais, quelques-uns acceptent de parler. Certains disent partir à regret et vouloir revenir. Veste de costume bleue trop grande, Hrant Haroutounian montre son passeport bleu de l'Arménie.

"Les Arméniens nous ont dit de partir. Je vais à Erevan, j'ai des enfants là-bas. Je veux les prendre et rentrer", raconte l'homme de 83 ans. D'autres racontent avoir été sommés de partir par des soldats du Karabakh, face à l'approche des forces azerbaïdjanaises.

Les moteurs vrombissent et les véhicules s'ébranlent enfin vers le pont, au bout duquel statione un char de la force de maintien de la paix russe.

Cinq kilomètres plus loin, à Kornidzor, au premier poste de contrôle arménien, les mêmes airs fermés, les mêmes Lada surchargées au châssis frôlant le sol. Parfois, émergent le visage hagard d'un vieil homme ou ceux d'enfants.

Beaucoup disent avoir mis 24 heures à faire les 80 kilomètres séparant la capitale séparatiste, Stepanakert, de la frontière.

Un trajet effectué sans nourriture et parfois sans eau: le Nagorny Karabakh, soumis au blocus de l'Azerbaïdjan depuis des mois, manque de tout. Ces derniers jours, les réfugiés disent les avoir passés chez eux, sans oser sortir, se nourrissant de réserves.

"J'ai quitté ma maison pour rester en vie", assène une femme en veste verte, qui insiste pour parler: "Que le monde sache que nous sommes des chiens sans abri désormais!"

A l'écart, dans le village de Kornidzor, Sveta Moussaïelian se repose chez une amie rencontrée en 2020: elle s'y était réfugiée durant la précédente guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

A 50 ans, c'est la quatrième fois qu'elle est déplacée de force. "Je ne suis pas si vieille, mais j'ai déjà tellement vu!"

Sveta retrace l'histoire de sa famille: elles sont cinq soeurs, dont quatre sont veuves de guerre. Ses deux fils étaient soldats, ils sont sortis vivants des derniers combats et sont en train de quitter le Karabakh.

Alors elle s'estime chanceuse: "Perdre mon pays, ma maison, ce n'est pas grave, c'est pour les victimes que je pleure."

Goris, carrefour des réfugiés

En amont du poste de contrôle de la police arménienne, des centaines de voitures sont garées en désordre. Ce sont des Arméniens venus chercher leurs proches.

"J'attends la famille de ma sœur. Ils sont sur la route depuis hier", raconte, l'air épuisé, Artak Soghomonian. Comme il n'y a pas de réseau sur la route, il ne sait ni où ils sont, ni quand ils arriveront.

Son frère veut aussi quitter Stepanakert, précise Artak, 36 ans. Mais il cherche encore de l'essence et n'a donc pas réussi à partir.

Une quête dangereuse: lundi soir, une explosion dans un dépôt de carburant de Stepanakert pris d'assaut a tué 20 personnes et fait plus de 200 blessés.

Sur la route, autour des quelques cafés et stations-service séparant Kornidzor de Goris, la grande cité des environs, des réfugiés s'agglutinent. Certains se ravitaillent en silence, d'autres effectuent quelques réparations de leurs véhicule.

A la vue de policiers arméniens, beaucoup de conducteurs sortent la tête de l'habitacle: "Goris?", demandent-ils. La ville tranquille de 20 000 habitants est devenue le carrefour des réfugiés du Nagorny Karabakh.


Climat: l'ONU alerte de l'imminence d'un épisode El Niño

Un drapeau de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) flotte devant son siège à Genève, le 1er juin 2026. L’OMM indique qu’il y a 80 % de chances qu’El Niño se développe entre juin et août, augmentant le risque de phénomènes météorologiques extrêmes. (AFP)
Un drapeau de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) flotte devant son siège à Genève, le 1er juin 2026. L’OMM indique qu’il y a 80 % de chances qu’El Niño se développe entre juin et août, augmentant le risque de phénomènes météorologiques extrêmes. (AFP)
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  • L’OMM estime à 80 % la probabilité qu’un épisode El Niño se développe entre juin et août et qu’il se prolonge jusqu’à la fin de l’année
  • Le phénomène pourrait accentuer les événements météorologiques extrêmes, notamment les vagues de chaleur, les sécheresses et les fortes pluies à l’échelle mondiale

GENEVE: Le développement d'un épisode El Niño est probable à 80% entre juin et août, augmentant le risque d'événements météorologiques extrêmes dans les prochains mois, a alerté mardi l'Organisation météorologique mondiale (OMM).

Selon la dernière mise à jour de cette agence de l'ONU, les températures "exceptionnellement chaudes" des eaux du Pacifique tropical favorisent les conditions de la formation d'un épisode El Niño qui "devrait influencer les régimes de température et de précipitations à l'échelle mondiale".

L'OMM table ainsi sur une probabilité de 80% qu'un épisode El Niño se produise "entre juin et août".

"Les probabilités que cet épisode se maintienne au moins jusqu'en novembre avoisinent ou dépassent les 90%", ajoute l'organisation, tablant sur un "épisode au moins modéré, voire fort".

Selon Météo-France, El Niño, et sa phase opposée La Niña, sont les noms donnés à une variation naturelle du climat, qui induit une variation marquée de la température des eaux de l'océan Pacifique équatorial, une modification de la circulation atmosphérique mondiale et peut occasionner certains événements extrêmes sur un grand nombre de régions.

Entre fin avril et mi-mai, la température de surface de la mer dans la partie centre-est du Pacifique équatorial s'est rapprochée des seuils caractérisant ce phénomène, une hausse alimentée par des températures "exceptionnellement élevées" sous la surface, dépassant de plus de 6°C les normales saisonnières, note l'OMM.

Parallèlement, les valeurs de l'indice d'oscillation australe, qui est la composante atmosphérique d'El Niño, "concordent" avec la mise en place de conditions d'apparition du phénomène, ajoute l'organisation.

"Nous devons nous préparer à un épisode El Niño potentiellement puissant, qui exacerbera la sécheresse et les fortes pluies et augmentera le risque de vagues de chaleur à la fois sur les terres émergées et dans les océans", a prévenu la secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo, citée dans un communiqué.

L'OMM souligne que même un épisode El Niño d'intensité modérée augmente la probabilité de certains phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes.

El Niño se caractérise par une hausse des températures de surface dans le centre et l'est du Pacifique équatorial. Il se produit d'ordinaire tous les deux à sept ans et dure environ neuf à douze mois.

Le dernier épisode El Niño, en 2023 et 2024, avait fait de ces années les deux plus chaudes jamais enregistrées. Le phénomène cyclique affecte par effet domino le climat mondial pendant plusieurs mois.

- "Urgence climatique" -

Pour la période juin-juillet-août, l'OMM prévoit déjà un ensemble de conditions favorisant "une prédominance de températures supérieures à la normale dans presque toutes les régions du globe", avec un risque accru de stress thermique, de sécheresse dans certaines régions et d'événements extrêmes tels que des inondations ou des sécheresses sévères.

Elle rappelle ainsi que les centres de prévision régionaux prévoient des précipitations "inférieures à la normale" durant la saison des pluies de juin à septembre dans la Corne de l'Afrique, une mousson moins abondante que la moyenne en Asie du Sud et des conditions plus chaudes et plus sèches en Amérique centrale au cours de l'été.

Pendant l'été de l'hémisphère Nord, les eaux chaudes liées à El Niño peuvent aussi favoriser la formation d'ouragans dans le Pacifique central et oriental, tout en limitant leur développement dans l'Atlantique, ajoute l'organisation.

"Nous devons tous accorder à cette situation le degré d'urgence climatique qu'elle représente", a alerté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dans une déclaration vidéo.

"Les conditions El Niño jetteront de l'huile sur le feu d'une planète qui se réchauffe. Les impacts seront encore plus forts et ressentis encore plus loin. Ils traverseront les frontières à une vitesse dévastatrice", a-t-il poursuivi, appelant encore une fois à "mettre fin à la dépendance aux combustibles fossiles".

Selon Mme Saulo, 128 pays sont désormais dotés de systèmes d'alerte précoce multirisques, l'objectif de l'ONU étant qu'ils soient en place dans tous les pays d'ici fin 2027.

La cheffe de l'OMM a indiqué qu'El Niño aurait des "effets en cascade", avec des répercussions potentielles sur le commerce mondial.

Ces effets vont de "la variabilité du climat à l'économie et à la sécurité des populations. C'est pourquoi cette information est si pertinente et si importante", a-t-elle déclaré mardi devant la presse à Genève.

L'OMM espère que les alertes précoces permettront de mieux orienter les mesures de préparation, en particulier dans les secteurs sensibles au climat tels que l'agriculture, la gestion des ressources en eau, l'énergie et la santé.


Malgré les menaces de Téhéran, les discussions continuent "à un rythme rapide" selon Trump

Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
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  • Les pourparlers États-Unis–Iran sont fragiles, entre annonces d’accords et suspension du dialogue.
  • Malgré les discussions, les frappes et menaces d’escalade régionale se poursuivent, alimentant l’instabilité

TEHERAN: Donald Trump a assuré lundi que les négociations avec Téhéran pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient se poursuivaient "à un rythme rapide" et qu'une détente se profilait au Liban, comme exigé par la partie iranienne.

Un peu plus tôt, l'agence de presse iranienne Tasnim avait affirmé que les négociateurs du pays avaient "suspendu" le dialogue indirect avec Washington à cause des "crimes" qu'Israël "continue à commettre", sans que cette information ne soit confirmée de source officielle iranienne.

"Les Etats-Unis sont directement responsables d'une violation du cessez-le-feu contre l'Iran, et d'une violation du cessez-le-feu par le régime israélien contre le Liban", a estimé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont estimé que "les lignes rouges franchies" à Gaza et au Liban équivalaient "à une guerre directe", en référence aux frappes quasi quotidiennes d'Israël dans le territoire palestinien et à son offensive dans le pays voisin.

"En réponse", l'Iran "est déterminé à mener des opérations défensives" et à "ouvrir de nouveaux fronts", ont averti les Gardiens.

Mais Donald Trump a annoncé avoir obtenu auprès du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, l'engagement de ne pas envoyer de troupes à Beyrouth, et auprès du Hezbollah pro-iranien celui de "cesser totalement le feu".

"Israël ne les attaquera pas et ils n'attaqueront pas Israël", a-t-il écrit.

Peu après, l'ambassade du Liban aux Etats-Unis a confirmé que le Hezbollah avait accepté une proposition américaine de "cessation mutuelle des attaques" avec Israël.

- Le pétrole fébrile -

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

D'autant que Téhéran a redit lundi que le nucléaire iranien ne faisait pas partie "à ce stade" des discussions, contrairement aux attentes de Donald Trump, qui a affirmé dimanche soir qu'un protocole d'accord devrait stipuler "très clairement que l'Iran n'aura(it) pas d'arme nucléaire".

Autre dossier clé des discussions, la navigation maritime. Selon Tasnim, l'Iran compte continuer à verrouiller le détroit d'Ormuz, et envisage de perturber le trafic dans celui de Bab el-Mandeb, de l'autre côté de la péninsule arabique - ce qui bloquerait l'accès au canal de Suez via la mer Rouge et contraindrait les navires à d'énormes détours.

Un navire a été touché par un projectile dans le Golfe qui a déclenché une forte explosion, a indiqué sans plus de détails l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Dans ce contexte, le cours du Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole brut, est brutalement reparti à la hausse (jusqu'à environ +7%) avant de ralentir quelque peu et de terminer la séance en hausse de 4,24% à 94,98 dollars.

- Washington défend des frappes "défensives" -

L'Iran avait plus tôt dans la journée accusé les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.

L'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Les Gardiens iraniens avaient dit avoir riposté en attaquant une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire, sans nommer le pays visé - mais le Koweït a intercepté des missiles et drones "hostiles" et les a attribués à l'Iran.

La guerre a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranle l'économie mondiale.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.