Donnés perdants après 13 ans au pouvoir, les conservateurs britanniques en congrès

Le ministre britannique des Affaires étrangères, James Cleverly, prononce un discours sur scène lors de la journée d'ouverture de la conférence annuelle du Parti conservateur à Manchester, dans le nord de l'Angleterre, le 1er octobre 2023. (Photo de JUSTIN TALLIS / AFP)
Le ministre britannique des Affaires étrangères, James Cleverly, prononce un discours sur scène lors de la journée d'ouverture de la conférence annuelle du Parti conservateur à Manchester, dans le nord de l'Angleterre, le 1er octobre 2023. (Photo de JUSTIN TALLIS / AFP)
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Publié le Dimanche 01 octobre 2023

Donnés perdants après 13 ans au pouvoir, les conservateurs britanniques en congrès

  • Les premiers poids lourds du gouvernement à avoir pris la parole dimanche ont défendu le bilan de l'exécutif et attaqué frontalement le Labour et leur chef Keir Starmer, qu'ils accusent d'inconstance
  • Rishi Sunak est confronté à la pression venant de ses propres rangs pour baisser les impôts, alors qu'ils représenteront 37% du revenu national d'ici aux prochaines élections

MANCHESTER: Distancé dans les sondages, le parti conservateur britannique de Rishi Sunak a entamé dimanche en "outsider" son congrès annuel à Manchester, où il espère démontrer qu'il a un projet d'avenir pour le pays afin d'éviter la défaite lors des prochaines élections.

Depuis des mois, les sondages pronostiquent un basculement du pays à gauche, le parti travailliste disposant d'une large avance en vue des élections législatives attendues l'année prochaine.

"Il s’agira probablement d'élections générales dans lesquelles les conservateurs seront les outsiders", a lancé le président du parti Greg Hands en ouvrant le congrès.

Mais à Manchester, Rishi Sunak entend montrer qu'après 13 ans au pouvoir, les Tories restent crédibles pour "changer les choses dans le bon sens et pour le long terme", a-t-il défendu dimanche sur la BBC.

"Cela veut dire (...) prendre des décisions qui feront la différence pour la vie des gens, même si je suis critiqué pour cela", a-t-il affirmé. "Les gens auront une idée claire d'où je veux mener le pays", a-t-il insisté.

Un changement de ton pour le dirigeant de 43 ans qui est arrivé à Downing Street il y a un peu moins d'un an en s'efforçant de stabiliser une situation économique difficile après le chaotique et éphémère mandat de Liz Truss et les années Boris Johnson, acculé à la démission par une vague de scandales après avoir fait sortir le Royaume-Uni de l'Union européenne.

- attaques -

Les premiers poids lourds du gouvernement à avoir pris la parole dimanche ont défendu le bilan de l'exécutif et attaqué frontalement le Labour et leur chef Keir Starmer, qu'ils accusent d'inconstance.

Les travaillistes sont "des indécis sans colonne vertébrale, dépourvus de réponse aux défis auxquels le monde est confronté", a taclé le ministre des Affaires étrangères James Cleverly.

"Il pense pouvoir entrer à Downing Street en bluffant", avait lancé plus tôt le ministre de la Défense Grant Shapps, tandis que Greg Hands avait raillé ses "volte-face", en brandissant à la tribune des tongs (flip-flop en anglais, qui veut aussi dire volte-face) à l'effigie de Keir Starmer.

Rishi Sunak s'exprimera lui mercredi à la mi-journée, face à un parti qui affiche ses divisions.

Il est notamment confronté à la pression venant de ses propres rangs, et notamment de l'ancienne Première ministre Liz Truss, pour baisser les impôts, alors qu'ils représenteront 37% du revenu national d'ici aux prochaines élections, un niveau inédit depuis l'après-guerre, selon le cercle de réflexion Institute for fiscal studies.

Chantre de l'orthodoxie budgétaire, le Premier ministre a répondu sur la BBC en mettant en avant ses efforts pour ralentir l'inflation, qui atteignait encore 6,7% en août, "la meilleure baisse d'impôt", en particulier pour les ménages modestes.

Le gouvernement conservateur britannique va s'attaquer aux mesures «anti-voiture»

Le gouvernement britannique conservateur a affiché vendredi sa volonté de "soutenir les automobilistes" en mettant fin aux "mesures anti-voiture", au moment où certaines localités dirigées par l'opposition imposent des mesures plus restrictives au nom de la sécurité ou de l'environnement.

"La répression contre les automobilistes est une attaque contre la vie quotidienne de la plupart des gens au Royaume-Uni qui dépendent de la voiture pour se rendre au travail ou voir leur famille", a défendu le Premier ministre Rishi Sunak dans un communiqué.

"Cette semaine, le gouvernement britannique présentera un plan à long terme pour soutenir les conducteurs, mettant fin ainsi aux mesures anti-automobile dans toute l'Angleterre", a-t-il ajouté.

Parmi les mesures dévoilées vendredi, deux jours avant le début du congrès annuel du parti conservateur, le gouvernement veut "revoir les règles" permettant aux communes de limiter la vitesse à 20 miles par heure (mph) soit environ 30 km/h, en Angleterre afin "d'empêcher leur utilisation généralisée dans les zones où cela n'est pas approprié".

Il souhaite aussi "empêcher les conseils locaux de déployer le principe de +la ville du quart d'heure+", qui prône le modèle d'une ville où les services essentiels sont accessibles à moins de 15 minutes à pied ou à vélo, afin de réduire les modes de transport polluants.

Ces annonces sont faites au moment où le gouvernement gallois, dirigé par le Premier ministre Mark Drakeford, travailliste, a abaissé de 30 mph à 20 mph (environ 30 km/h) la vitesse circulation maximale dans certaines zones résidentielles, une décision dénoncée par les conservateurs.

Et depuis fin août, une taxe sur les véhicules les plus polluants a été étendue à tout le Grand Londres à l'initiative du maire de la capitale, le travailliste Sadiq Khan, afin de lutter contre la pollution de l'air.

Cette décision a été perçue comme ayant causé la défaite du candidat travailliste face à son adversaire conservateur lors d'une élection partielle cet été dans une circonscription de l'ouest de Londres.

La semaine dernière, le Premier ministre Rishi Sunak a annoncé "une nouvelle approche" en matière de politique climatique, affirmant vouloir être plus "réaliste", et reculant notamment de 5 ans, à 2035, l'interdiction de la vente de voitures neuves à essence ou diesel.

- cajoler les électeurs -

En janvier, M. Sunak a énoncé cinq priorités, de l'économie, à la lutte contre l'immigration clandestine en passant par la santé, qui s'annoncent comme les grands sujets de la campagne des législatives à venir.

Dans ce qui apparait comme une tentative de se démarquer clairement du Labour et de contrecarrer l'impression répandue dans l'opinion qu'il est déconnecté des préoccupations de la population du fait de sa fortune, Rishi Sunak s'efforce aussi dernièrement de cajoler les électeurs conservateurs.

Il a notamment promis d'empêcher ce qu'il appelle des mesures "anti-voiture" prises par certaines collectivités et il a assoupli certains objectifs environnementaux, au nom du pouvoir d'achat des plus modestes, tout en assurant que cela n'empêcherait aucunement le pays d'atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050.

Si les travaillistes bénéficient depuis des mois d'une avance de plus de 20 points dans les intentions de vote, un sondage Opinium publié dimanche, suggère que l'écart se resserre, avec dix points séparant désormais les deux partis.

A Manchester, Rishi Sunak sera aussi très surveillé sur l'intention qui lui est prêtée de vouloir amputer le projet de deuxième ligne à grande vitesse du pays de la section entre la grande ville du Nord et Birmingham.

Depuis les élections législatives de décembre 2019, où les conservateurs menés par Boris Johnson ont remporté une majorité inédite depuis Margaret Thatcher, leur avance s'est réduite au gré de plusieurs élections partielles. Trois autres sont attendues dans les semaines qui viennent.

Les Tories disposent actuellement de 352 des 650 sièges à la Chambre des Communes, devant les Travaillistes (196).


L'Iran met en garde contre des conséquences «imprévisibles» après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
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  • L'Iran menace de riposter à l'attaque ukrainienne contre son navire en mer Caspienne
  • Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères a averti dimanche que son pays ne laisserait pas impunie l'attaque meurtrière perpétrée par l'Ukraine contre un navire iranien en mer Caspienne.

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE".

Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion.

Et le même jour, M. Zelensky avait affirmé sur les réseaux sociaux avoir obtenu "des résultats très solides avec des frappes à longue portée en mer Caspienne, visant notamment des navires utilisés pour le transport de cargaisons militaires impliquant l'Iran, ainsi qu'un navire de guerre".

"L'attaque menée par le régime ukrainien contre un navire marchand iranien en mer Caspienne, explicitement revendiquée par le chef de ce régime, témoigne de la persistance de l'attitude irrationnelle et hostile du régime ukrainien", a protesté le ministère dans un communiqué de presse.

La République islamique "n'est jamais intervenue dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine", a-t-il affirmé.

Les services de renseignement ukrainiens (SBU) ont pour leur part fait état sur Telegram d'attaques de drones contre "des cargos sous sanctions internationales qui étaient utilisés pour transporter des cargaisons militaires entre l'Iran et la Russie".

Selon la télévision d'Etat iranienne, le chargé d'affaires ukrainien à Téhéran a été convoqué samedi au ministère des Affaires étrangères afin d'y être sermonné par un haut-fonctionnaire pour cet "acte hostile et criminel".

Abbas Araghchi a également indiqué s'être entretenu avec la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas et le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov à ce sujet.

L'Iran a aussi mis en garde contre des conséquences "imprévisibles" après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

 


Troisième nuit sans frappes au Moyen-Orient pour laisser «de la place» à la diplomatie

Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
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  • Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril
  • De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne

TEHERAN: Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi.

"Ce que fait le président en ce moment, (...) c'est laisser de la place aux négociations. Les négociations se poursuivent", a assuré dimanche Mike Waltz dans des médias américains, tout en soulignant que M. Trump n'avait pas renoncé à la nouvelle escalade dont il a menacé la République islamique: il "garde toutes les options sur la table".

Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne. "Comme notre stratégie est essentiellement basée sur la riposte, nous avons également interrompu nos opérations", a commenté le porte-parole de l'armée iranienne Mohammad Akraminia.

Signe de soulagement, les cours du pétrole s'affichent en forte baisse lundi: vers 04H40 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence internationale, cédait près de 5%, autour de 92 dollars le baril, après être même passé brièvement sous la barre des 90 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate (WTI), reculait d'autant, à environ 84 dollars.

Alors que la guerre dure depuis bientôt cinq mois, la presse américaine fait état d'un possible manque de munitions.

Selon le New York Times, qui cite deux sources proches du dossier, le gouvernement s'inquiète de l'affaiblissement du stock de systèmes d'interception de missiles Patriot et d'autres équipements défensifs protégeant les pays de la région.

L'armée américaine dispose "de tout ce dont elle a besoin pour mener cette campagne avec toute l'efficacité requise", a rétorqué Mike Waltz, annonçant le déploiement au Moyen-Orient de "davantage de ressources".

Et Donald Trump d'insister auprès du Wall Street Journal: "Nous avons bien plus de munitions que quiconque dans le monde, et bien plus que ce dont nous avons besoin".

Soutien de Netanyahu 

Pour Téhéran, les Etats-Unis sont dans une situation "difficile et instable" et cherchent probablement "une nouvelle stratégie", a estimé Mohammad Akraminia.

En amont de la visite mardi du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, partisan d'une ligne dure, M. Akraminia a mis en garde les Américains: s'ils "se laissent à nouveau tromper" par Israël et "insistent pour continuer la guerre, particulièrement par des frappes aériennes, elle s'étendra géographiquement".

Benjamin Netanyahu a dit "soutenir pleinement les efforts" de Donald Trump pour parvenir à mettre fin aux ambitions nucléaires de Téhéran. "S'il peut y arriver sans revenir à des combats de haute intensité, c'est très bien", a-t-il déclaré dimanche sur Fox News.

Dans la capitale, Téhéran, épargnée par les bombardements depuis la reprise des hostilités début juillet, la vie suit son cours normal, entre embouteillages habituels et vague de chaleur, selon l'équipe de l'AFP sur place.

La guerre au Moyen-Orient a débuté le 28 février avec une campagne de bombardements israélo-américains contre l'Iran, et fait des milliers de morts dans la région. Elle a aussi ébranlé l'économie mondiale en bloquant le trafic dans le détroit d'Ormuz, entre l'Iran et la péninsule arabique, par lequel transitait avant-guerre un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures.

La République islamique, qui verrouille cette stratégique voie maritime et veut faire payer le passage, a annoncé avoir tenu vendredi et samedi de nouvelles discussions avec Oman, dont les côtes bordent également le détroit, sur sa future gestion.

Les Etats-Unis ont repris en représailles leur blocus des ports iraniens.

Front yéménite 

Un protocole d'accord signé le 17 juin par Washington et Téhéran, prévoyant un cycle de négociations de paix de 60 jours, a volé en éclats moins d'un mois après son entrée en vigueur.

Sur le nouveau front de la guerre, opposant l'Arabie saoudite aux rebelles Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, les hostilités se sont intensifiées.

C'est le contrôle du ciel du pays qui a réveillé la discorde le 13 juillet: l'Iran avait envoyé à Sanaa un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation auprès de Ryad, contrairement à l'usage depuis dix ans, déclenchant des frappes attribuées au royaume sur l'aéroport de Sanaa.

En retour, les Houthis ont attaqué le territoire saoudien pour la première fois depuis 2022. Ils ont notamment visé samedi des sites pétroliers.

 


Andy Burnham inaugure son Downing Street "du Nord" à Manchester

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham inaugure un bureau gouvernemental à Manchester pour renforcer la décentralisation et rapprocher l'État des régions
  • Des experts estiment toutefois que cette initiative reste surtout symbolique, sans réel transfert de pouvoirs

LONDRES: Le Premier ministre britannique Andy Burnham a inauguré vendredi ses nouveaux bureaux situés à Manchester, où il travaillera au moins une fois par semaine, symbole de sa promesse aux contours encore flous d'accentuer la décentralisation en Angleterre.

Le travailliste de 56 ans, qui a pris ses fonctions lundi et a succédé à Keir Starmer, a promis de redonner du pouvoir et d'apporter "la croissance économique à chaque région" pendant son mandat.

Sa première mesure est la création de ce bureau baptisé "No. 10 North" ("N°10 du Nord") dans cette ville du nord-ouest de l'Angleterre, dont il était maire il y a encore quelques semaines. Une référence au 10, Downing Street à Londres, lieu de travail et résidence officielle du Premier ministre.

S'adressant au personnel de cette nouvelle entité, installée dans un immeuble du centre de Manchester, Andy Burnham a évoqué la création d'un "pôle Nord qui fera contrepoids au pôle Sud", et permettra de "donner le sentiment d'un pays plus équilibré".

Il prévoit de travailler au moins une fois par semaine dans les bâtiments du "No. 10 North", où l'agence britannique du cyber-renseignement GCHQ était déjà installée, et d'y être régulièrement rejoint par ses ministres, répétant qu'il ne s'agit pas d'une mesure "gadget".

"Ce n'est pas juste un nouveau bureau (...) c'est une façon différente de gouverner" le Royaume-Uni, a insisté le dirigeant travailliste, en présence notamment du ministre des Finances, John Healey.

Andy Burnham a présidé dans l'après-midi la première réunion du Conseil économique national, une instance créée en 2008 pour soutenir la relance après la crise financière, et qu'il a décidé de réactiver, rassemblant plusieurs ministres et les maires à la tête de grandes agglomérations ou régions d'Angleterre.

Il a promis aux édiles que le gouvernement serait "entièrement mobilisé" derrière eux "car c'est sur le terrain que la croissance se concrétise".

Le nouveau chef de l'exécutif soutient que l'agglomération de Manchester, dont les performances économiques dépassent la moyenne nationale et où le maire est élu depuis 2017, constitue un modèle pour les autres régions d'Angleterre.

- Signal positif -

Les experts interrogés par l'AFP se montrent plus sceptiques et notent que la création d'une annexe du gouvernement central ne relève pas en soi d'une véritable politique de décentralisation.

"C'est ce qu'on appelle la +déconcentration+, très courante même dans des États très centralisés, et qui ne signifie pas en elle-même un transfert de pouvoir", explique Alan Trench, universitaire et conseiller en politiques publiques.

Le Royaume-Uni - composé de l'Angleterre, de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord - a connu à la fin des années 1990 d'importantes réformes constitutionnelles - baptisées "dévolution" - qui ont permis la création de parlements à Édimbourg, Cardiff et Belfast.

Andy Burnham, qui a rencontré jeudi les Premiers ministres indépendantistes écossais et gallois, s'est dit favorable à accentuer la décentralisation, sans donner davantage de détails, mais en excluant tout soutien à des référendums d'indépendance.

En Angleterre, malgré la création de mairies régionales et d'autres structures locales ces dix dernières années, le territoire reste l'un des plus centralisés d'Europe.

"Il n'existe aucun pouvoir législatif décentralisé en Angleterre", souligne Alan Trench.

Andy Burnham a lui-même été confronté aux limites du système : à Manchester, ses responsabilités étaient cantonnées à quelques domaines de compétence, comme les transports, en plus d'être partagées avec dix autres responsables locaux élus.

- Contrepoids au Trésor -

Désormais à la tête du gouvernement, il a demandé à plusieurs ministères, dont le puissant Trésor, de "transférer certaines fonctions stratégiques" au "No. 10 North".

Un signal "positif", indique Nicola McEwen, professeure à l'université de Glasgow. Pour réussir, avance-t-elle, cette structure devra être capable de "dialoguer avec les institutions décentralisées, de favoriser leur développement", mais également d'exercer une influence sur le pouvoir central à Londres, afin que celui-ci "s'adapte à cette vision" nouvelle.

L'idée n'est pas inédite, notent aussi ces experts: des fonctionnaires travaillent déjà dans des pôles administratifs délocalisés à Glasgow (Écosse), Sheffield (nord de l'Angleterre), ou à Darlington (nord-est).

Michael Keating, professeur de sciences politiques à l'université d'Aberdeen, en Ecosse, doute surtout de la capacité de cette structure à créer un véritable "contrepoids" au puissant ministère des Finances.

"Cela a déjà été tenté et le Trésor finit toujours par l'emporter. Il ne renoncera pas au contrôle des finances publiques", affirme-t-il à l'AFP.