«Rien ne change»: la difficile avancée des Afro-Américains à Wall Street

Etre Noir à Wall Street, c'est faire face aux préjugés, se sentir souvent seul, mais aussi parfois avoir la satisfaction de lutter pour améliorer les perspectives de sa communauté (Photo, AFP).
Etre Noir à Wall Street, c'est faire face aux préjugés, se sentir souvent seul, mais aussi parfois avoir la satisfaction de lutter pour améliorer les perspectives de sa communauté (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Lundi 21 décembre 2020

«Rien ne change»: la difficile avancée des Afro-Américains à Wall Street

  • Seulement 1,3% des quelque 69.000 milliards de dollars du secteur de la gestion d'actifs est confié à des sociétés dirigées par des femmes ou des minorités
  • «L'élément le plus important est la lutte contre les préjugés quand il s'agit de recruter, promouvoir et évaluer»

NEW YORK: En plus de vingt ans de carrière dans cinq pays différents, Troy Prince, ancien trader, se souvient n'avoir été qu'une seule fois avec une autre personne noire dans une salle de marchés.

«Je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose, parce que rien ne change».

De retour à New York après un énième poste à l'étranger, il fonde en 2018 l'association Wall Street Bound, pour aider les jeunes issus des minorités à se préparer aux métiers de la finance. 

«Bien sûr, personne ne vous dira que les salles de marchés sont réservées aux hommes blancs», dit-il. Mais les personnes issues des minorités en général «ne grandissent pas avec des pères, des oncles, des frères, qui jouent au golf ou connaissent un ami». 

Parallèlement, les patrons «ne se réveillent pas un jour en se disant, "Tiens, allons recruter à l'Université Howard (accueillant principalement des étudiants noirs, NDLR) ou à l'université publique de la ville de New York"». 

Aîné d'une fratrie de cinq enfants, avec des parents de classe moyenne originaires des Caraïbes, Troy Prince n'a jamais été confronté ouvertement au racisme. 

Mais quand ses parents ont acheté une maison dans la très cossue banlieue new-yorkaise de Westchester, il a vite compris qu'il valait mieux utiliser cette adresse plutôt que celle du Bronx. 

Des solutions

«Je ne cherche pas à me plaindre», assure-t-il. «Je veux apporter des solutions pratiques et à grande échelle à ce problème» car «les statistiques sur la diversité restent les mêmes». 

Les personnes noires représentent environ 13% de la population aux Etats-Unis. Au sein de JPMorgan Chase, la première banque américaine en termes d'actifs, elles représentent 13% des employés, mais seulement 4% des managers.

Et seulement 1,3% des quelque 69.000 milliards de dollars du secteur de la gestion d'actifs est confié à des sociétés dirigées par des femmes ou des minorités, même si leur performance est similaire aux autres, selon une étude de la fondation Knight.

Le patron de Wells Fargo a créé la polémique cet été en imputant l'absence de diversité à la tête de son établissement à un manque de personnes noires qualifiées.

400 ans après l'arrivée des premiers esclaves aux Etats-Unis, les Afro-Américains font toujours face à des discriminations importantes. 

La mort de l'Afro-Américain George Floyd, étouffé en mai sous le genou d'un policier blanc, a déclenché une vague de manifestations nationales contre les violences policières et mis en lumière les inégalités raciales tout en poussant à une introspection de la société américaine. 

Le futur président Joe Biden, dont la vice-présidente Kamala Harris est afro-américaine, s'est engagé à nommer un cabinet diversifié, avec un Noir pour la première fois à la tête du Pentagone. Tous secteurs confondus, les entreprises ont promis de promouvoir les minorités et les femmes pour être un miroir de la société.

De grands établissements financiers essaient de se départir de leur réputation de bastions d'hommes blancs. S'ils évoquent volontiers leurs nouveaux programmes, ils sont encore réticents à laisser parler leurs employés. 

«L'élément le plus important est la lutte contre les préjugés quand il s'agit de recruter, promouvoir et évaluer», estime Katherine Giscombe, consultante en diversité.

«Les personnes noires font très attention avant d'admettre une erreur ou un manque de connaissance car elles craignent que cela leur soit reproché davantage que si elles étaient blanches», explique-t-elle. 

Des études montrent que pour la même erreur, un employé noir est plus sévèrement sanctionné qu'un employé blanc, à qui est plus souvent accordé le bénéfice du doute.

Mais pour changer, il est essentiel que les entreprises commencent par évaluer l'étendue du problème, souligne Mme Giscombe: quel pourcentage de minorités ayant candidaté est recruté par rapport aux postulants blancs, reste dans l'entreprise une fois recruté, etc. 

Impulsion des maires noirs

Le recrutement et la rétention sont deux priorités de la banque Citigroup, assure Guy Logan, responsable des services financiers aux collectivités.

Si à la fin de l'année, le taux de départ dans une division est important, Citi met en place de petits groupes pour essayer de faire évoluer la culture et «s'assurer que les gens aient l'opportunité d'évoluer et accès aux supérieurs hiérarchiques». 

Etablir des connexions est essentiel, remarque M. Logan, également président de l'Association nationale des professionnels des marchés financiers qui oeuvre pour l'intégration des femmes et des minorités dans le milieu de la finance.

«Quand je rentre dans une pièce, je suis très souvent la seule personne d'une minorité visible», explique le financier. Se rapprocher de personnes lui ressemblant lui «a vraiment apporté l'opportunité d'élargir (s)on réseau professionnel et personnel».

Les efforts de diversification dans la finance ne sont pas nouveaux. 

Plusieurs Afro-Américains interrogés ont évoqué l'impulsion donnée par les maires noirs de plusieurs grandes villes américaines dans les années 70 et 80, réclamant d'avoir face à eux des équipes de banquiers plus diversifiées. 

«C'est un long travail», note M. Logan.


Le pétrole flambe, la tech recule: les marchés sous pression avant la Fed

Un tableau d'affichage boursier présente l'indice de référence sud-coréen, le KOSPI, après la clôture de la séance à Séoul, le 28 juillet 2026. (AFP)
Un tableau d'affichage boursier présente l'indice de référence sud-coréen, le KOSPI, après la clôture de la séance à Séoul, le 28 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Les marchés mondiaux restent sous pression face à la flambée du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient, tandis que les investisseurs attendent la décision de la Fed sur les taux
  • Les valeurs technologiques, notamment les fabricants de puces et acteurs de l’IA, subissent de fortes ventes, alors que les secteurs de l’énergie profitent de la hausse du brut

PARIS: Les marchés mondiaux hésitent mercredi, tiraillés entre le regain des tensions au Moyen-Orient qui fait bondir les prix du pétrole, la poursuite du repli des valeurs technologiques et l'attente de la décision de la Réserve fédérale américaine (Fed).

"Les marchés ont de nouveau été pris dans les turbulences, au cours des dernières 24 heures, entre la volatilité des prix du pétrole et la poursuite de la chute des valeurs liées aux semi-conducteurs", résume Jim Reid, économiste pour Deutsche Bank.

Les cours du brut ont bondi à la suite de la reprise des frappes au Moyen-Orient. Vers 15H45 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord flambait de 7,66% à 90,53 dollars. Son équivalent américain, le baril de WTI, grimpait de 7,03% à 84,83 dollars.

Donald Trump a averti que les États-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit au Moyen-Orient.

"Cette escalade a renforcé les inquiétudes concernant une guerre régionale prolongée, notamment en raison des risques pesant sur les routes d'approvisionnement pétrolier, les coûts du transport maritime et les anticipations d'inflation", souligne Patrick Munnelly de Tickmill Group.

- Nouveau record pour le "footsie"  -

"Contrairement à certaines séances précédentes, ces tensions géopolitiques n'ont toutefois pas entraîné un repli généralisé du marché", remarque M. Munnelly.

En Europe, la Bourse de Londres a terminé en hausse de 0,34% peu après que son indice phare, le FTSE 100 a battu un nouveau record historique en séance, proche des 11.000 points. Il profite en effet de sa faible exposition aux valeurs technologiques, plombées à travers le monde, et du poids des minières et pétrolières dans sa composition.

Les valeurs énergétiques se sont illustrées avec la flambée du brut, BP gagnant 3,39% et Shell 2,75% à Londres. A Oslo, le géant Equinor a grimpé de 4,00%. Eni a flambé de 7,09% à Milan.

La Bourse de Francfort a, elle, terminé quasi à l'équilibre (-0,01%).

"Seule l'absence d'ADN technologique soutient en ce moment l’indice phare allemand", estime Andreas Lipkow de CMC Markets. "Alors que de nombreux autres indices subissent de fortes pressions vendeuses pour cette raison, les investisseurs se tournent davantage vers les actions de la vieille économie."

- Ventes massives dans la tech -

A New York, vers 15H45 GMT, le Dow Jones perdait 1,64%, l'indice Nasdaq reculait de 1,32% et l'indice élargi S&P 500 cédait 0,97%.

Les valeurs de fabricants de composants électroniques cèdent du terrain, à l'image du mastodonte Nvidia (-2,57%), AMD (-5,76%), Broadcom (-2,28%) ou Micron (-5,48%).

En Europe, Infineon a terminé en baisse de 5,69% à Francfort. Le géant des machines spécialisées pour la gravure de puces ASML a reculé de 1,89% à Amsterdam.

Le recul de la "tech" et de l'IA se fait surtout sentir à la Bourse de Séoul, son indice phare Kospi ayant terminé sur une chute de 5,98%  plombé par la dégringolade de SK Hynix (-9,61%). Ses prévisions de dépenses d'investissement inquiètent les investisseurs.

Pour Stephen Innes, gérant de SPI AM, "l'onde de choc reste largement concentrée sur l'univers de l'IA, où une quantité excessive de capitaux s'était concentrée sur un nombre trop restreint de valeurs."

Les investisseurs attendent désormais la publication des résultats trimestriels des géants de la tech américaine Microsoft et Meta (Facebook, Instagram) mercredi après la clôture de Wall Street. Ils seront suivis par ceux d'Apple et Amazon jeudi.

- L'attention sur la Fed -

La nouvelle flambée des cours du brut survient alors que les investisseurs attendent, à 14H00, heure locale (18H00 GMT), la décision du comité de politique monétaire de la Fed à propos de ses taux directeurs.

Les acteurs du marché misent sur un statu quo, mais, fait inhabituel, ils attribuent encore une probabilité supérieure à 30% à un relèvement d'un quart de point, selon l'outil de veille du CME, FedWatch.

"Si la Fed décidait effectivement de relever ses taux (...), cette décision ne serait pas fondée sur la situation actuelle du marché du travail ou sur les dernières données d'inflation, mais relèverait plutôt d'une logique de gestion des risques, au cas où ces indicateurs se dégraderaient à l'avenir", estime Kathleen Brooks, directrice de la recherche à XTB. 


Talc et cancer : Johnson & Johnson propose 5,5 milliards de dollars pour clore la bataille judiciaire

Short Url
  • J&J récuse que ses produits à base de talc aient pu être à l'origine de cancers, mais a cessé de vendre sa poudre pour bébé à base de talc aux Etats-Unis et au Canada en 2020
  • J&J a déjà réglé la majorité des litiges accusant sa poudre de talc de contenir des traces d’amiante, jugées responsables de cancers

NEW YORK: Johnson & Johnson (J&J) est prêt à payer 5,5 milliards de dollars pour régler des dizaines de milliers de procédures judiciaires liées à des produits à base de talc accusés de provoquer des cancers ovariens, a annoncé le géant pharmaceutique américain lundi.

La proposition d'accord vise à mettre un terme à des années de bataille judiciaire en couvrant 76.000 plaintes, soit presque tous les recours liés à ces produits qui pèsent encore sur le groupe basé dans le New Jersey, selon la même source.

J&J récuse que ses produits à base de talc aient pu être à l'origine de cancers, mais a cessé de vendre sa poudre pour bébé à base de talc aux Etats-Unis et au Canada en 2020.

Pour Erik Haas, vice-président du groupe chargé du contentieux, les plaintes "manquent de fondement scientifique".

La proposition sur la table "permet à l’entreprise de tourner la page de cette affaire et de rester concentrée sur sa mission: développer des médicaments et des dispositifs qui sauvent des vies", a-t-il déclaré dans un communiqué.

J&J a déjà réglé la majorité des litiges accusant sa poudre de talc de contenir des traces d’amiante, jugées responsables de cancers.

Le géant américain est également visé par une plainte au Royaume-Uni, déposée en 2025 sur la base d'accusations similaires.

Le cabinet qui a engagé cette procédure devant la Haute Cour de Londres dit représenter plus de 3.000 plaignants et estime que le montant du dédommagement réclamé pourrait s'élever "à plus d'un milliard de livres" (1,3 milliard d'euros).

Les plaignants affirment qu’eux-mêmes ou un membre de leur famille ont développé différents types de cancer de la plèvre, du péritoine ou des ovaires après avoir utilisé la poudre pour bébé de J&J.

Le produit incriminé avait été retiré du marché britannique en 2023, trois ans après les Etats-Unis et le Canada

 

 


Devoir de vigilance : TotalEnergies fait appel de la décision lui enjoignant d'intégrer les émissions CO2 de ses clients

TotalEnergies a annoncé lundi dans un communiqué faire appel du jugement rendu le 25 juin dernier relatif au devoir de vigilance, qui lui ordonnait d'intégrer les émissions de CO2 de ses clients dans son plan de vigilance. (AFP)
TotalEnergies a annoncé lundi dans un communiqué faire appel du jugement rendu le 25 juin dernier relatif au devoir de vigilance, qui lui ordonnait d'intégrer les émissions de CO2 de ses clients dans son plan de vigilance. (AFP)
Short Url
  • Le tribunal judiciaire de Paris a estimé le 25 juin que le plan de vigilance actuel du géant pétrogazier était "incomplet", lui accordant six mois pour se mettre en conformité sous peine d'un nouveau contrôle judiciaire prévu début 2027
  • Le devoir de vigilance, introduit dans le droit français en 2017, impose aux grandes entreprises françaises de publier un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l'environnement

PARIS: TotalEnergies a annoncé lundi dans un communiqué faire appel du jugement rendu le 25 juin dernier relatif au devoir de vigilance, qui lui ordonnait d'intégrer les émissions de CO2 de ses clients dans son plan de vigilance.

"Imposer à des entreprises du secteur de l'énergie ou de la défense, de l'aéronautique ou de l'automobile… un contrôle des risques résultant de l'utilisation de leurs produits par leurs clients n'apparaît pas conforme aux objectifs de la loi, ni aux principes de sécurité juridique et de liberté d'entreprendre", fait valoir le géant français de l'énergie dans son communiqué.

Le tribunal judiciaire de Paris a estimé le 25 juin que le plan de vigilance actuel du géant pétrogazier était "incomplet", lui accordant six mois pour se mettre en conformité sous peine d'un nouveau contrôle judiciaire prévu début 2027.

Le devoir de vigilance, introduit dans le droit français en 2017, impose aux grandes entreprises françaises de publier un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l'environnement liés à leurs activités et à celles de leurs partenaires commerciaux, et de mettre en oeuvre des "mesures de vigilance raisonnable" pour les prévenir.

L'injonction du tribunal a été assortie de l'exécution provisoire, ce qui signifie que le groupe doit s'y conformer immédiatement, et que son appel ne suspend pas la décision.

TotalEnergies précise avoir décidé de faire appel "après délibération de son conseil d'administration".

Dans son communiqué, le groupe s'appuie sur la décision du ministère public, qui a "estimé que le changement climatique est un phénomène mondial qui est +l'affaire de tous mais essentiellement une responsabilité de la communauté internationale des Etats+".

TotalEnergies argue également que "la loi sur le devoir de vigilance vise à responsabiliser les entreprises sur les risques d'atteinte résultant de leurs activités, de celles de leurs filiales et de leurs fournisseurs et sous-traitants, mais ne vise pas les activités de leurs clients sur lesquelles l'entreprise ne dispose pas de contrôle".

"Ce n'est pas TotalEnergies qui décide si un automobiliste choisit de rouler à l'essence, au biodiesel ou avec un véhicule électrique", ajoute le géant pétrogazier.

Ce dossier s'inscrit dans une vague mondiale de contentieux climatiques visant les multinationales.

Dans une affaire similaire, la Cour suprême des Pays-Bas doit notamment se prononcer en dernière instance sur le groupe Shell, après l'annulation en appel d'un jugement historique de 2021 qui lui ordonnait de réduire ses émissions de 45% d'ici 2030.