A New York, une communauté juive divisée face à la guerre

Le diplomate américain Dennis Ross s'exprime pendant le service de Shabbat au temple Emanu-El à New York, le 13 octobre 2023. (AFP)
Le diplomate américain Dennis Ross s'exprime pendant le service de Shabbat au temple Emanu-El à New York, le 13 octobre 2023. (AFP)
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Publié le Dimanche 15 octobre 2023

A New York, une communauté juive divisée face à la guerre

  • La mégapole de quelque 9 millions d'âmes est secouée depuis une semaine par des manifestations pour la cause palestinienne et des rassemblements de solidarité avec Israël et les victimes civiles tuées par le Hamas
  • L'association juive de gauche JVP a exigé la «fin de 75 ans d'occupation militaire et d'apartheid par Israël, avec la complicité des Etats-Unis dans cette oppression systémique»

NEW YORK: Les juifs de New York, plus grande communauté judaïque au monde hors d'Israël, se divisent face à la guerre contre le Hamas, entre soutien inébranlable à l'allié des Etats-Unis et crainte d'un "génocide" envers les Palestiniens.

La mégapole de quelque 9 millions d'âmes - dont près de 2 millions de juifs et des centaines de milliers de musulmans - est secouée depuis une semaine par des manifestations pour la cause palestinienne et des rassemblements de solidarité avec Israël et les victimes civiles tuées par le Hamas.

Vendredi soir, à l'appel d'une organisation juive de gauche Jewish Voice for Peace (JVP), soutenue par le parti new-yorkais Democratic Socialists of America, des milliers de personnes ont convergé vers le domicile du chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, à Brooklyn.

Le sénateur, lui-même de confession juive et qui doit se rendre avec d'autres parlementaires en Israël, a été sommé par la JVP d'"agir pour un cessez-le-feu immédiat" au conflit entre Israël et le Hamas qui a déjà fait plusieurs milliers de morts.

La banderole des manifestants était frappée du slogan "des Juifs disent stop au génocide des Palestiniens" et des dizaines de personnes ont été arrêtées, selon une journaliste de l'AFP.

La JVP a dénombré "100 manifestants interpellés, de 20 à 85 ans, dont deux élus de New York, des rabbins et des descendants de survivants de l'Holocauste".

L'association juive de gauche a exigé la "fin de 75 ans d'occupation militaire et d'apartheid par Israël, avec la complicité des Etats-Unis dans cette oppression systémique".

«Une responsabilité particulière»

Plus à droite sur l'échiquier politique, d'importantes organisations juives qui se veulent représentatives des quelque 6 millions de juifs américains -- American Jewish Committee (AJC) et United Jewish Appeal (UJA) -- ont rassemblé cette semaine des milliers de partisans à Manhattan.

"Même si j'ai grandi au sein d'une famille non-religieuse, je ressens une profonde connexion avec le peuple israélien et l'Etat d'Israël", a affirmé Philip Wolf, un Californien de 25 ans vivant aujourd'hui à New York.

"Après les événements de la semaine dernière, cette connexion n'en est que renforcée", assure-t-il, soulignant l'importance "en tant que juif américain de montrer (son) soutien".

Présents au rassemblement, la gouverneure de l'Etat de New York Kathy Hochul et le maire de la ville Eric Adams ont dénoncé les "massacres" du Hamas et assuré que le "combat" d'Israël contre le "mal" était aussi celui des New-Yorkais.

Lors d'une conférence vendredi, l'AJC a dénoncé "le massacre sauvage perpétré par le Hamas contre Israël" et s'est félicité que "la communauté juive (américaine) soit rassemblée en soutien à l'Etat juif".

Deux jours après l'attaque du groupe islamiste, le rabbin new-yorkais Arthur Schneier, de la réputée synagogue Park East à Manhattan, avait dénoncé, à l'instar des autorités israéliennes, "la plus grande menace existentielle contre Israël depuis sa fondation en 1948 et 50 ans après la guerre de Kippour".

Pour le dignitaire religieux, "la communauté juive américaine, la plus importante du monde, a une responsabilité particulière".

La rabbine new-yorkaise progressiste Melissa Buyer-Witman est du même avis.

"Continuez d'avoir foi en Israël, de penser à Israël, d'être solidaire", a-t-elle déclaré à l'AFP lors d'un "kaddish", la prière des morts dans la liturgie juive, devant la synagogue Temple Emanu-El de Manhattan, première congrégation de la communauté juive réformée de la ville.

Pour Alex Kane, journaliste à la revue progressiste et laïque Jewish Currents, une partie des juifs américains, de gauche et électeurs du Parti démocrate, se sont détournés d'Israël depuis une dizaine d'années en raison de "violations brutales des droits humains des Palestiniens".

Il estime que "25% des juifs américains pensent qu'Israël est un Etat pratiquant l'apartheid", en se fondant sur une enquête nationale de 2021 du Jewish Electoral Institute auprès d'un panel de 800 électeurs.


Delta Air Lines fait face à des critiques pour avoir associé des épinglettes du drapeau palestinien au Hamas

Un steward de Delta portant une épinglette du drapeau palestinien. (Photo: Réseaux sociaux)
Un steward de Delta portant une épinglette du drapeau palestinien. (Photo: Réseaux sociaux)
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  • Le transporteur américain répond à l’affirmation d'un utilisateur concernant un « badge du Hamas », déclarant « Je serais également terrifié »
  • Le Conseil des relations américano-islamiques exhorte Delta à s’excuser pour son « tweet raciste anti-palestinien »

LONDRES : Delta Air Lines se trouve au cœur d'une polémique après avoir semblé valider un post sur X affirmant que les épinglettes du drapeau palestinien portées par deux membres de son équipage étaient des « badges du Hamas ».

Dans une réponse depuis supprimée, le compte de la compagnie américaine paraissait confirmer l’accusation d'un utilisateur selon laquelle son personnel était autorisé à porter des « badges du Hamas en vol. »

La compagnie a écrit: « Je vous entends et je serais aussi terrifié, personnellement. Nos employés reflètent notre culture et nous ne prenons pas à la légère le non-respect de notre politique."

Elle a ajouté dans une autre réponse: « Pas d'inquiétude, cela fait déjà l'objet d'une enquête, en particulier concernant les parties impliquées. »

L'incident se serait produit lors d'un vol vendredi dernier entre Boston et West Palm Beach en Floride.

La photo montrant des membres d’équipage arborant des épinglettes du drapeau palestinien a d’abord circulé sur les réseaux sociaux, puis a été partagée par plusieurs groupes pro-israéliens, dont StopAntisemitism, qui a ironiquement suggéré que Delta ouvrait « une nouvelle route estivale » vers la Palestine.

Le compte a également diffusé des images du compte Instagram personnel de l’un des hôtes de l'air.

La réaction de Delta Air Lines a provoqué un tollé sur X, avec des appels au boycott de la compagnie pour sa gestion de la situation.

Le Conseil des relations américano-islamiques a exhorté Delta à s’excuser pour ce post, le qualifiant de « tweet raciste anti-palestinien. »
Edward Ahmed Mitchell, directeur adjoint du CAIR, a déclaré jeudi: « Que ce post raciste sur le compte X de Delta ait été approuvé ou non, Delta doit s’excuser et prendre des mesures pour sensibiliser ses employés à ce type de racisme anti-palestinien dangereux. »

Cet incident s’ajoute à une série de controverses impliquant le transporteur américain, notamment des accusations antérieures de discrimination, en particulier envers les musulmans.

En mai dernier, les médias ont rapporté que le personnel de Delta avait demandé à un militant juif de dissimuler un T-shirt portant l’inscription « Les Juifs disent cessez-le-feu maintenant » pendant un vol.
 
 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Giorgia Meloni face au risque d'isolement en Europe

La première ministre italienne, Giorgia Meloni, accueille le premier ministre hongrois Viktor Orban au Palazzo Chigi avant leur rencontre à Rome, le 24 juin 2024. (Photo par Tiziana FABI / AFP)
La première ministre italienne, Giorgia Meloni, accueille le premier ministre hongrois Viktor Orban au Palazzo Chigi avant leur rencontre à Rome, le 24 juin 2024. (Photo par Tiziana FABI / AFP)
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  • Depuis son arrivée au pouvoir, elle a cherché à se positionner comme la seule figure capable d'unir les droites européennes
  • A Strasbourg, un autre concurrent potentiel est apparu jeudi avec la formation d'un nouveau groupe d'extrême droite, l'Europe des nations souveraines, dirigé par le parti allemand Alternative pour l'Allemagne (AfD), tout juste auréolé de son meilleur résu

ROME: Jusqu'ici bredouille dans sa quête d'un poste-clé à Bruxelles pour l'Italie, doublée sur sa droite avec la création d'un groupe d'eurodéputés souverainistes par son ami Viktor Orban, Giorgia Meloni a vu son étoile européenne pâlir ces dernières semaines.

Mais la Première ministre d'extrême droite, cheffe du parti post-fasciste Fratelli d'Italia, a encore des cartes à jouer, forte de ses quasi deux années assidûment dépensées à forger son rôle de partenaire constructif dans l'UE.

Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2022, la dirigeante la plus à droite de l'Italie depuis la Seconde Guerre mondiale a cherché à se positionner comme la seule figure capable d'unir les droites européennes.

Dans le même temps, pragmatique, elle a mis en sourdine son ancien euroscepticisme, soutenu l'Ukraine malgré une opinion publique divisée, collaboré avec la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, contribuant ainsi à rassurer ses interlocuteurs.

Pour autant, elle qui exigeait qu'on tienne compte de la poussée de l'extrême droite aux européennes de juin en Italie, en France ou en Allemagne, dans l'attribution des "top jobs" de l'UE, n'a pas été entendue.

Et au lieu d'obtenir le ralliement de son allié de longue date, le Hongrois Viktor Orban, au groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR) au Parlement européen auquel appartient Fratelli d'Italia, celui-ci a créé un nouveau groupe: les "Patriotes pour l'Europe", avec le Rassemblement national (RN) français, les élus espagnols de Vox qui ont quitté ECR, mais aussi La Ligue de son propre vice-Premier ministre, Matteo Salvini.

"C'est clairement une mauvaise nouvelle pour elle, cela ne fait aucun doute", analyse Daniele Albertazzi, professeur de politique à l'université britannique du Surrey.

"C'est une mauvaise nouvelle en termes de chiffres, mais c'est surtout une mauvaise nouvelle parce qu'ils ont volé la vedette", explique M. Albertazzi à l'AFP. Les Patriotes "ont clairement bouleversé l'ordre du jour au cours des deux dernières semaines, ils ont réussi à rassembler de très grands partis", a-t-il ajouté.

- Pari manqué -

S'ajoutent à cela les résultats du RN de Marine Le Pen aux élections législatives françaises, arrivé en troisième position, et la victoire des travaillistes en Grande-Bretagne. Selon la presse italienne, Mme Meloni espérait renforcer son leadership en Europe avec une déroute plus prononcée d'Emmanuel Macron aux législatives.

"Mais le pari n'a pas fonctionné", se félicite le quotidien de gauche La Repubblica. Pour le journal La Stampa, la semaine de Mme Meloni "n'a certainement pas été bonne".

A Strasbourg, un autre concurrent potentiel est apparu jeudi avec la formation d'un nouveau groupe d'extrême droite, l'Europe des nations souveraines, dirigé par le parti allemand Alternative pour l'Allemagne (AfD), tout juste auréolé de son meilleur résultat aux européennes.

La visite de M. Orban à Moscou la semaine dernière - une décision dénoncée par les alliés occidentaux de l'Ukraine - pourrait également contribuer à la détérioration des relations avec Mme Meloni, qui, par le passé, a marqué des points à Bruxelles en obtenant des concessions de la part du dirigeant hongrois.

Lâchée par Orban, privée du soutien de Rishi Sunak défait aux législatives britanniques, à couteaux tirés avec Emmanuel Macron et Olaf Scholz, Giorgia Meloni montre qu'"elle n'a pas su s'installer confortablement à Bruxelles", constate Anna Bonalume, philosophe et analyste politique.

"Son incapacité à tisser des liens avec les pays fondateurs de l'UE et son arrogance politique ont contribué à l'affaiblissement et l'isolement que nous sommes en train d'observer aujourd'hui", estime-t-elle.

Sous pression, Giorgia Meloni a tenté de minimiser ces revers cette semaine, mettant en avant "une Italie avec un gouvernement très solide dans une Europe où les gouvernements sont très instables" en marge du sommet de l'OTAN à Washington.

L'adversité n'a jamais effrayé la dirigeante de la troisième économie de l'UE, et grande est la patience de cette militante de la première heure qui bénéficie toujours d'une cote de popularité à faire pâlir d'envie nombre de ses homologues européens.

"Cela dépend de la manière dont elle joue le jeu", note Daniele Albertazzi. La concurrence de formations nationalistes à Strasbourg permet également à Mme Meloni de renforcer son propre discours, qui dit en substance: "Je suis la droite radicale responsable et modérée".

Et si elle devait in fine arracher un poste important pour l'Italie à la Commission européenne, elle pourrait dire, triomphante : "Ces gens-là font du bruit, mais c'est moi qui apporte des changements".

 


Paiements sans contact: l'UE approuve l'ouverture d'Apple aux systèmes concurrents

Cette photo prise le 25 mars 2024 montre le logo Apple sur un smartphone à Mulhouse, dans l'est de la France. (Photo: AFP)
Cette photo prise le 25 mars 2024 montre le logo Apple sur un smartphone à Mulhouse, dans l'est de la France. (Photo: AFP)
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  • Bruxelles a approuvé jeudi les changements proposés par Apple pour ouvrir en Europe ses téléphones aux services de paiement sans contact concurrents
  • L'annonce de la Commission met fin à l'un des contentieux entre la marque à la pomme et l'Union européenne

BRUXELLES: Bruxelles a approuvé jeudi les changements proposés par Apple pour ouvrir en Europe ses téléphones aux services de paiement sans contact concurrents de son système Apple Pay, au terme d'une enquête ouverte en 2020.

"Désormais, les concurrents pourront rivaliser efficacement avec Apple Pay pour les paiements mobiles effectués avec l'iPhone dans les magasins. Les consommateurs auront donc le choix entre un plus grand nombre de portefeuilles numériques sûrs et innovants", s'est félicitée la Commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager.

Accusé d'avoir bridé la concurrence pendant des années, Apple a accepté d'offrir à des fournisseurs tiers un accès sur ses célèbres iPhones à la fonctionnalité NFC qui permet la communication entre les appareils et les terminaux de paiement dans les magasins.

Ces changements avaient été proposés le 19 janvier par le géant américain. Depuis, la Commission, gendarme de la concurrence dans l'UE, sondait les parties intéressées avant de se prononcer.

Cet engagement est valable pour dix ans dans l'ensemble de l'Espace économique européen (EEE, soit les 27 pays de l'UE plus l'Islande, la Norvège et le Liechtenstein).

Pour effectuer des règlements, les utilisateurs auront ainsi le choix entre Apple Pay et plusieurs autres applications.

L'annonce de la Commission met fin à l'un des contentieux entre la marque à la pomme et l'Union européenne. Bruxelles avait ouvert une enquête sur ce dossier en juin 2020 après des plaintes de banques européennes.

Les fonctions de paiement Apple Pay et de portefeuille numérique Apple Wallet "resteront disponibles dans l'Espace économique européen pour les utilisateurs et les développeurs", a souligné un porte-parole du groupe dans un communiqué.

Les iPhones fonctionnent exclusivement sur le système d'exploitation iOS développé par la marque à la pomme. Apple Pay était jusqu'ici la seule solution de portefeuille numérique fonctionnant sur les appareils Apple, le groupe n'ayant jamais autorisé l'accès à d'autres développeurs d'applications pour ce type de fonctionnalité.

Le groupe de Cupertino a construit son succès sur un écosystème fermé autour des iPhone et iPad dont il contrôle tous les paramètres, invoquant des impératifs de sécurité et le confort accru des utilisateurs -une philosophie en opposition frontale avec les règles européennes de concurrence.

Apple avait déjà cédé en septembre dernier à la pression de l'UE en acceptant d'intégrer le port universel de chargement dit "USB-C" à sa nouvelle gamme d'iPhone, afin de respecter une législation européenne que le groupe a longtemps combattue.

D'autres contentieux se poursuivent, notamment au sujet de sa boutique d'applications App Store.

Le 24 juin, la Commission européenne a ouvert la voie à une amende géante contre Apple, estimant à titre préliminaire que l'App Store ne respectait pas les nouvelles règles de concurrence de l'UE -ce que réfute la marque à la pomme, qui pourrait se voir contrainte d'en modifier le fonctionnement.

Les règles de l'App Store enfreignent le nouveau règlement sur les marchés numériques (DMA), entré en vigueur en mars, empêchant les développeurs d'applications d'orienter les consommateurs vers des canaux de distribution alternatifs pour des offres et du contenu", avait estimé la Commission dans un "avis préliminaire".

Pour des motifs similaires, le groupe de Cupertino s'était vu infliger début mars une amende de 1,8 milliard d'euros par la Commission, au terme d'une enquête ouverte en juin 2020 après une plainte de la plateforme de streaming musical Spotify.