La polémique autour de Benzéma se poursuit en France, un ministre accusé d'instrumentalisation

L'attaquant français de l'Ittihad n°09 Karim Benzema durant le match de football de la Pro League saoudienne entre Al-Ittihad et Al-Akhdoud au stade Prince Hathloul bin Abdulaziz à Najran le 14 septembre 2023. (AFP).
L'attaquant français de l'Ittihad n°09 Karim Benzema durant le match de football de la Pro League saoudienne entre Al-Ittihad et Al-Akhdoud au stade Prince Hathloul bin Abdulaziz à Najran le 14 septembre 2023. (AFP).
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Publié le Vendredi 20 octobre 2023

La polémique autour de Benzéma se poursuit en France, un ministre accusé d'instrumentalisation

  • Dernier épisode en date entre l'ex-star du Real Madrid et le ministre, Gérald Darmanin a affirmé jeudi soir qu'il retirerait ses propos accusant Karim Benzema d'être «en lien notoire avec les Frères musulmans»
  • Une référence au message dimanche du joueur franco-algérien adressant «toutes (ses) prières pour les habitants de Gaza victimes une fois de plus de ces bombardements injustes qui n'épargnent ni femmes, ni enfants»

PARIS : La polémique autour de Karim Benzema, ancien attaquant des Bleus et Ballon d'or 2022, se poursuivait vendredi, le ministre français de l'Intérieur se voyant reprocher d'avoir instrumentalisé le joueur en l'accusant d'islamisme pour ne pas avoir exprimé de compassion envers les victimes israéliennes du Hamas.

Dernier épisode en date entre l'ex-star du Real Madrid et le ministre, Gérald Darmanin a affirmé jeudi soir qu'il retirerait ses propos accusant Karim Benzema d'être "en lien notoire avec les Frères musulmans" s'il "tweetait" pour "pleurer également" l'assassinat du professeur de français d'Arras (nord) par un jeune radicalisé.

M. Darmanin a reproché à l'ancien international (97 sélections) de "tweeter de manière sélective".

Une référence au message dimanche du joueur franco-algérien adressant "toutes (ses) prières pour les habitants de Gaza victimes une fois de plus de ces bombardements injustes qui n'épargnent ni femmes, ni enfants", sans mention des victimes israéliennes du Hamas.

"Si M. Benzema veut montrer sa bonne foi, qu'il est capable (...) de montrer devant 20 millions de personnes qui le suivent (sur X, anciennement Twitter), qu'il pleure également la mort de ce professeur, je retirerai mes propos", a déclaré M. Darmanin.

La guerre déclenchée par l'attaque du Hamas a entraîné la mort de milliers de personnes, en majorité des civils côté israélien comme palestinien.

Ces propos ont stupéfait le Premier secrétaire du Parti socialiste (opposition) Olivier Faure. "Un ministre de l’Interieur peut accuser publiquement et sans preuves ? Se justifier ensuite sur la base hasardeuse de tweets postés ou non? On quitte l’Etat de droit pour entrer dans l’ère du soupçon", a-t-il réagi sur X.

«Contrôle de tweet au faciès»

"Le ministre de l'Intérieur, il n'a rien d'autre à faire que de lire les tweets de Benzema ?", a renchéri vendredi l'écologiste Sandrine Rousseau tandis qu'Alexis Corbière (La France Insoumise, gauche radicale) estimait que Gérald Darmanin avait inventé "le contrôle de tweet au faciès".

Pour étayer ses propos, le ministre de l'Intérieur s'appuie, selon son entourage, sur "une lente dérive des prises de position de Karim Benzema vers un islam dur, rigoriste, caractéristique de l'idéologie frériste", avec notamment "un prosélytisme sur les réseaux sociaux autour du culte musulman, comme le jeûne, la prière, le pèlerinage à La Mecque".

Le joueur de 35 ans s'est défendu via son avocat.

"Prier le 15 octobre pour des populations civiles sous les bombes qui n'épargnent ni les femmes ni les enfants ne constitue évidemment ni 'propagande pour le Hamas', ni 'complicité de terrorisme ni actes de collaboration'", a soutenu Me Hugues Vigier.

Karim Benzema "n'a jamais eu la moindre relation" avec les Frères musulmans, a insisté l'avocat qui compte déposer plainte contre M. Darmanin et les politiques de d'extrême droite et de droite qui se sont engouffrés dans la polémique comme Eric Zemmour ou Nadine Morano.

Considéré comme une légende en Espagne, "KB9" n'a jamais eu la même popularité en France pour de multiples controverses, dont son implication dans le chantage à la sex-tape de son coéquipier en sélection Mathieu Valbuena. Il est de longue date une cible de l'extrême droite mettant en doute le patriotisme de l'international, né à Lyon de parents algériens.

Tout en jugeant que "la mise en cause de Monsieur Benzema, qui ne vit même plus en France, est une diversion", la cheffe de file des députés du Rassemblement national (extrême droite), Marine Le Pen, lui a reproché à son tour vendredi d'avoir "manifestement une complaisance pour l'islamisme le plus radical".

Autre reproche fréquemment exprimé, le fait de ne pas chanter la Marseillaise, l'hymne national français, en sélection.

Le joueur s'était défendu en affirmant ne pas avoir d'obligation de le faire et avait reçu le soutien de Michel Platini soulignant que l'équipe de France des années 80 ne chantait pas l'hymne national sans qu'on leur ait jamais reproché.


Un hommage national rendu au militaire français tué en Irak

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
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  • "La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital"
  • Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France

VARCES-ALLIERES-ET- RISSET: Emmanuel Macron a salué mardi, au début d'un conseil de défense sur le conflit au Moyen-Orient, la mémoire du major Arnaud Frion "mort pour la France" en Irak, auquel la ministre des Armées Catherine Vautrin a aussi rendu un hommage solennel au 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère) où il servait.

"Le major Frion est mort pour la France en Irak en fin de semaine dernière lors d'une attaque de drones perpétrée par une milice pro-iranienne, alors qu'il œuvrait à la lutte contre le terrorisme, au combat contre Daech (État islamique, NDLR), à la défense de la souveraineté irakienne et, ce faisant, à notre sécurité", a déclaré le chef de l’État.

"La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital", a-t-il ajouté.

Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France.

"La France n'oubliera pas le prix de la vie d'Arnaud Frion (...) ce prix douloureux, c'est celui de notre sécurité, de notre souveraineté, de notre liberté", a également affirmé Catherine Vautrin à Varces.

Face à elle, le cercueil du major est recouvert du drapeau bleu blanc rouge et de trois coussins sur lesquels reposent ses décorations, la croix de chevalier de la Légion d'honneur reçue à titre posthume et la tarte, béret distinctif des chasseurs alpins.

"Le parcours d'Arnaud Frion raconte un homme qui était devenu par le travail, par la valeur, par l'exemple, l'une des plus belles figures du soldat français", a salué la ministre au côté du chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill.

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. Marié et père d'un enfant, il avait reçu la médaille militaire le 31 décembre 2021.

Il a été frappé avec ses compagnons d'armes alors qu'il se trouvait dans une base placée sous l'autorité des combattants kurdes peshmergas, située au sud-ouest d'Erbil, à Mala Qara, dans le Kurdistan irakien. Ils y étaient déployés dans le cadre de la coalition internationale mise en place en 2014 contre le groupe jihadiste État islamique.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Kurdistan irakien et Erbil ont essuyé de multiples attaques de drones Shahed imputées à des factions pro-iraniennes, visant notamment les dispositifs militaires américains dans la région. Ces attaques ont été pour la plupart neutralisées par la défense antiaérienne.


Macron convoque un nouveau conseil de défense mardi après-midi sur la situation au Moyen-Orient

Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron convoque un conseil de défense sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, dans un contexte de pressions de Donald Trump concernant la sécurisation du détroit d’Ormuz
  • Isaac Herzog appelle les pays européens à agir contre le Hezbollah, tandis que la France propose une médiation entre le Liban et Israël pour éviter une escalade régionale

PARIS: Le président Emmanuel Macron a convoqué un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale mardi après-midi "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l'Elysée.

Ce nouveau conseil de défense réunissant les ministres et responsables chargés des questions de sécurité - le dernier remonte au 10 mars - intervient alors que Donald Trump fait pression sur la France pour qu'elle réponde positivement à sa demande d'aide pour la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Le président israélien Isaac Herzog a de son côté appelé lundi les pays européens à "soutenir tout effort visant à éradiquer" le mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de l'Iran.

Il a aussi salué l'offre française de faciliter des discussions directes entre le Liban et Israël qui a lancé des frappes aériennes massives et des "opérations terrestres limitées" contre le Hezbollah.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a attaqué Israël le 2 mars pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué deux jours plus tôt par une frappe israélienne à Téhéran.

Emmanuel Macron a appelé samedi Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban, qu'il s'est dit prêt à "faciliter" en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Israël a poursuivi mardi ses bombardements sur Téhéran et contre le Hezbollah pro-iranien dans la banlieue sud de Beyrouth, au 18e jour de la guerre au Moyen-Orient qui embrase aussi l'Irak, théâtre de nombreuses attaques.


Au cœur du centre de crise du Quai d’Orsay: rapatrier mais également écouter et rassurer

Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
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  • Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés
  • Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités

PARIS: Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable.

Le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dirigé par l’ambassadeur Louis L’alliot, a été immédiatement mobilisé. Ses équipes travaillent jour et nuit pour répondre aux appels des Français, organiser des évacuations et coordonner les actions diplomatiques et humanitaires.

Environ 400 000 Français vivent au Moyen-Orient, auxquels s’ajoutent de nombreux touristes. La fermeture des espaces aériens rend les départs très difficiles. Une plateforme téléphonique composée d’environ 30 répondants, dont une majorité de bénévoles de la Croix-Rouge, traite les appels de personnes inquiètes ou bloquées. Au total, plus de 50 agents peuvent répondre simultanément grâce à plusieurs centres d’appel.

Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés. Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités. Les personnes vulnérables (personnes âgées, malades, familles avec jeunes enfants) sont prioritaires pour les vols spéciaux affrétés par l’État, dont le coût est en partie pris en charge.

Jusqu’à présent, plus de 1 500 personnes ont été rapatriées par ces vols, tandis qu’environ 17 000 Français ont quitté la région par leurs propres moyens.

Le centre fonctionne grâce à plusieurs pôles spécialisés : gestion des ressources humaines, relations internationales, soutien médical, organisation des vols et le « pôle communauté » chargé de contacter les ressortissants prioritaires.

Les bénévoles de la Croix-Rouge jouent également un rôle important en apportant écoute et soutien psychologique aux appelants souvent stressés ou inquiets.

Créé en 2008, le Centre de crise et de soutien est aujourd’hui un outil essentiel de la diplomatie française, capable d’activer une cellule de crise en moins d’une heure et de fonctionner 24h/24 lors de situations internationales majeures.