Energie: Chevron va racheter Hess, une transaction d'ampleur à 53 milliards de dollars

Chevron a affiché en 2022 un bénéfice record de 35,5 milliards de dollars (Photo, AFP).
Chevron a affiché en 2022 un bénéfice record de 35,5 milliards de dollars (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 24 octobre 2023

Energie: Chevron va racheter Hess, une transaction d'ampleur à 53 milliards de dollars

  • Chevron compte financer entièrement en actions le rachat de Hess
  • La transaction totale, dette comprise, est évaluée à 60 milliards de dollars, ont indiqué les sociétés

NEW YORK: Le géant de l'énergie Chevron va racheter Hess, également producteur américain de gaz et de pétrole, pour 53 milliards de dollars dans un contexte particulièrement propice aux acquisitions dans ce secteur.

Cette opération d'envergure, annoncée lundi dans un communiqué commun par les deux groupes, intervient moins de deux semaines après l'annonce du rachat de Pioneer par ExxonMobil pour 60 milliards de dollars.

Chevron compte financer entièrement en actions le rachat de Hess. Sur la base du cours de clôture de Chevron du 20 octobre, la transaction totale, dette comprise, est évaluée à 60 milliards de dollars, ont indiqué les sociétés. John Hess, PDG du groupe éponyme, devrait rejoindre le conseil d'administration de Chevron.

Cette acquisition, qui devrait être finalisée au cours du premier semestre 2024, permettra de diversifier le portefeuille de Chevron, fait valoir le communiqué, alors que les prix du gaz et du pétrole dopent les bénéfices des géants du secteur.

Le pétrole se négocie en effet actuellement au-dessus de 87 dollars le baril, un niveau historiquement élevé.

Avec cette opération, Chevron met la main sur les positions de Hess dans le bloc pétrolier offshore de "Stabroek" au large du Guyana, petit pays sud-américain qui dispose des plus grandes réserves mondiales de pétrole brut par habitant.

Il s'agit de "la plus grande découverte pétrolière au monde au cours des dix dernières années, avec un faible coût d'approvisionnement et une faible intensité carbone", a souligné M. Hess lors de la conférence avec les analystes.

Il est estimé que ce bloc --qui attise l'appétit des compagnies pétrolières-- représenterait 11 milliards de barils d'équivalent pétrole, dont 30% seront donc exploités par Chevron à l'issue de la transaction.

L'opération permettra "aux sociétés multinationales et aux investisseurs du pays de renforcer leurs compétences en matière d'investissements étrangers et de renforcer également la coentreprise sur le plan technique. Nous sommes donc convaincus que le pays soutiendra cette transaction", a fait valoir M. Hess.

Peter McNally, analyste de Third Bridge, a relevé qu'avec cette acquisition, Chevron "complémente sa position dans le Venezuela voisin". Il a noté le potentiel restant pour l'avenir au Guyana mais également au Surinam et au Brésil.

Chevron "fait le pari" de l'Amérique du Sud, outre son développement aux Etats-Unis par cette transaction, a estimé M. McNally, soulignant aussi l'apport par Hess "d'une activité stable dans le gaz naturel en Asie du Sud-Est".

Rachats d'actions massifs

Chevron gagne en outre une présence dans le bassin Bakken (Dakota du Nord), riche en pétrole de schiste, mais également dans les eaux profondes du golfe du Mexique et du golfe de Thaïlande.

"Je pense que notre industrie, en particulier dans le secteur du schiste, devait connaître une certaine consolidation", a commenté Mike Wirth, patron de Chevron.

Même si les deux groupes mettent en avant "la transition énergétique" dans leur communiqué, l'acquisition pourrait être critiquée par les environnementalistes, sur fond de changement climatique.

De nombreux comtés et Etats américains poursuivent en effet en justice des groupes liés aux énergies fossiles en raison de leur impact environnemental.

La Californie a ainsi engagé en septembre des poursuites contre cinq des plus grosses compagnies pétrolières du monde, dont Chevron, au motif qu'elles auraient causé des milliards de dollars de dégâts tout en minimisant les risques pour le climat liés à ces énergies.

Après la finalisation de cette acquisition, Chevron a l'intention d'augmenter ses rachats d'actions de 2,5 milliards de dollars, pour atteindre 20 milliards de dollars par an, "dans un scénario de hausse continue des prix du pétrole", selon le communiqué.

Chevron a affiché en 2022 un bénéfice record de 35,5 milliards de dollars. De son côté, Hess a publié un bénéfice net de 2,2 milliards pour 2022.

A la Bourse de New York, le titre de Chevron a finalement terminé en baisse de 3,69% à 160,68 dollars et celui de Hess en repli de 1,06% à 161,30 dollars.


Le pétrole accentue sa flambée après de nouvelles frappes en Iran

L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
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  • Le pétrole bondit après de nouvelles frappes en Iran et l'annonce du retour du blocus des ports iraniens
  • Les tensions autour d'Ormuz renforcent les craintes pour l'approvisionnement mondial

LONDRES: Les cours du pétrole accélèrent mardi leur ascension, après de nouvelles frappes en Iran, à quelques heures du rétablissement du blocus naval des ports iraniens annoncé par Donald Trump, qui a aussi dit vouloir de mettre en place un péage sur le détroit d'Ormuz.

En pleine escalade militaire entre Téhéran et Washington, les autorités locales ont rapporté de nouveaux bombardements américains sur la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, et au sud-ouest du pays, dans une zone pétrolifère proche de l'Irak et du Koweït.

Peu après avoir brièvement pris plus de 5%, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, montait de 4,93% à 87,41 dollars vers 10H55 GMT (12H55 à Paris). Celui de son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en août, progressait de 3,75% à 81,07 dollars.

Les deux références du brut ont atteint mardi des prix inédits depuis mi-juin, après s'être envolées jusqu'à plus de 10% la veille.

Le président américain a annoncé lundi sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz, avec la mise en place d'un nouveau blocus des ports iraniens, qui doit entrer en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

"La perte de pétrole brut iranien, qui a représenté en moyenne 2% de la demande mondiale depuis la signature du protocole d'accord" entre Washington et Téhéran le 17 juin - qui s'était traduit par la levée du précédent blocus - "se fera sentir sur les marchés mondiaux", note Vivek Dhar, de CBA.

L'analyste estime qu'environ 40 à 50% du pétrole ayant quitté le détroit d'Ormuz depuis le 18 juin est attribuable à l'Iran, contre une part de 10 à 15% avant la guerre.

"La véritable inconnue est la réaction de l'offre non iranienne" selon lui, car la République islamique "est désormais fortement incitée à rétablir son propre blocus".

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, Donald Trump a aussi dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Pour l'association d'armateurs Bimco, "le surcoût qui en résulterait constituerait un frein supplémentaire au transit" via Ormuz.

"Un tournant extraordinaire des événements est en train de se jouer au Moyen-Orient", résume John Evans, de PVM Energy, qui constate que "cette dégradation de la diplomatie et cette accélération des échanges de tirs ont pris le marché quelque peu de court".

Mais Donald Trump tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible", les consultations avec les médiateurs se poursuivant selon la diplomatie iranienne.


Le pétrole bondit après les déclarations Trump sur la fin du cessez-le-feu avec l'Iran

Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
  • Les prix du pétrole ont bondi de plus de 6 % après les déclarations de Donald Trump annonçant la fin du cessez-le-feu avec l’Iran
  • La reprise des tensions au détroit d’Ormuz ravive les craintes sur l’approvisionnement mondial en pétrole, malgré la poursuite possible des négociations

LONDRES: Les cours du pétrole bondissent mercredi après les déclarations de Donald Trump affirmant mettre fin au cessez-le-feu avec l'Iran, dans la foulée d'une reprise des hostilités à la suite d'attaques de bateaux dans le détroit d'Ormuz.

Vers 09H15 GMT (11H15 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, s'envolait de 6,45% à 78,94 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en août, grimpait de 6,49% à 75,01 dollars.

Les deux références du brut évoluaient à leurs plus hauts niveaux depuis deux semaines.

Le président américain a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", qualifiant les Iraniens de "menteurs".

"En ce qui me concerne, c'est terminé (...) c'est juste une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il affirmé, interrogé sur le cessez-le-feu avec l'Iran, qu'il a qualifié de pays "malade".

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions.

Si "le prix du baril a fortement progressé" ce matin, il n'est pas revenu à ses plus hauts atteints durant la guerre, tempère John Plassard, analyste chez Cité Gestion, interrogé par l'AFP.

L'analyste voit davantage une "pause" du cessez-le-feu que sa fin, car si le président américain dit qu'il "est terminé, c'est aussi un moyen de mettre de la pression".

Donald Trump n'a, selon lui, "aucun intérêt à ce que les discussions s'arrêtent totalement", pour des raisons électorales, après avoir mis en avant les prix bas à la pompe dans sa campagne.

Trois navires ont été frappés en 24 heures dans le détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO mardi. Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé deux de ces attaques à l'Iran.

Dénonçant des "attaques iraniennes" et une "violation flagrante du cessez-le-feu", l'armée américaine a lancé une série de "frappes puissantes" contre l'Iran, touchant plus de 80 cibles, dont des systèmes iraniens de défense antiaérienne.

Ces tirs américains ont déclenché mercredi des représailles de Téhéran, qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien.

Le protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique, prévoit la réouverture du passage stratégique d'Ormuz ainsi que la levée des sanctions américaines sur le pétrole iranien.


Le patron de TotalEnergies voit la Syrie comme une «route alternative» pour le pétrole

  • "Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas"
  • "C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient"

DAMAS: La Syrie peut devenir un "pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée", et offrir des "routes alternatives" au détroit d'Ormuz, a déclaré mardi à Damas le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné, en marge de la visite d'Emmanuel Macron.

"Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas", a-t-il dit à des journalistes juste avant l'annonce de l'explosion de deux bombes à proximité de l'hôtel où le président français avait passé la nuit.

"C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient", a-t-il ajouté.

Selon lui, "ce qui vient de passer avec le détroit d'Ormuz" dans le Golfe, bloqué durant la guerre américano-israélienne contre l'Iran, "lui donne également plus d'importance", "puisqu'on voit bien que maintenant, si on veut investir au Moyen-Orient, il va falloir qu'on trouve des routes alternatives".

Début avril, l'Irak avait annoncé avoir commencé à transporter du pétrole par camion à travers la Syrie en vue de sa réexportation, en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz. L'Irak et la Syrie ont récemment évoqué un projet de restauration de l'oléoduc reliant les deux pays, fermé depuis des décennies.

TotalEnergies a conclu un mémorandum d'entente avec la Syrie pour un bloc d'exploration offshore en Méditerranée, mais n'a pas encore d'autre projet spécifique dans le pays, a souligné Patrick Pouyanné.

Sa visite à Damas, la première depuis la fin de la guerre civile en 2024, vise à "rencontrer les autorités" pour "des prises de contact", a-t-il précisé.

"Laissons au gouvernement le temps de prendre le contrôle de ce pays. Il ne faut pas trop demander" après plus de 13 ans de guerre civile, "il faut être un peu patient", a-t-il ajouté.