Mali: HRW accuse djihadistes et armée de nouvelles exactions contre les civils

«Les soldats maliens et des hommes supposés appartenir à la société paramilitaire russe Wagner ont tué 40 civils dans trois opérations» (Photo de Boureima HAMA / AFP).
«Les soldats maliens et des hommes supposés appartenir à la société paramilitaire russe Wagner ont tué 40 civils dans trois opérations» (Photo de Boureima HAMA / AFP).
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Publié le Jeudi 02 novembre 2023

Mali: HRW accuse djihadistes et armée de nouvelles exactions contre les civils

  • HRW impute au GSIM l'attaque contre le ferry le Tombouctou naviguant sur le fleuve Niger le 7 septembre, qui a fait au moins 120 morts selon les témoignages recueillis par l'organisation
  • L'armée malienne a été accusée à de nombreuses reprises d'exactions par des organisations de défense des droits humains

DAKAR: L'ONG Human Rights Watch affirme dans un nouveau rapport que les djihadistes et les soldats maliens associés à des membres présumés du groupe Wagner ont tué au moins 175 civils, dont de nombreux enfants, au cours de cinq opérations entre avril et septembre au Mali.

Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), alliance djihadiste affiliée à Al-Qaïda, est responsable de la mort d'au moins 135 civils dans deux attaques, dit l'organisation de défense des droits humains dans ce rapport consulté jeudi.

HRW impute au GSIM l'attaque contre le ferry le Tombouctou naviguant sur le fleuve Niger le 7 septembre, qui a fait au moins 120 morts selon les témoignages recueillis par l'organisation.

Les soldats maliens et des hommes supposés appartenir à la société paramilitaire russe Wagner ont tué 40 civils dans trois opérations, dit-elle.

Ce rapport est fondé sur des entretiens téléphoniques menés avec 40 personnes entre août et septembre, dit-elle. Ilaria Allegrozzi, chercheuse à HRW, a précisé que les chiffres rapportés ne concernaient que les cinq cas sur lesquels HRW s'est penché précisément et que le nombre de civils tués au cours de la période au Mali, pays en proie depuis 2012 au djihadisme et à une profonde crise multidimensionnelle, pourrait être beaucoup plus élevé.

HRW dit avoir envoyé ses conclusions au gouvernement, sans obtenir de réponse. L'AFP n'a pu obtenir de réaction des autorités.

"Le gouvernement malien n’a pas pris de mesures adéquates pour protéger les civils dans les zones touchées par le conflit", dit HRW.

"Les meurtres ciblés de civils par les groupes islamistes armés et l’armée malienne constituent des crimes de guerre", dit-elle. Elle presse les autorités, dominées par les militaires depuis le coup d'Etat de 2020, de "mener d'urgence des enquêtes crédibles et impartiales" avec le soutien d'experts internationaux.

Les cas de Trabakoro et Sambani 

Le Mali est livré aux violences des groupes armés affiliés à Al-Qaïda, mais aussi à l'organisation Etat islamique, aux agissements des milices dites d'autodéfense mais aussi au banditisme. Depuis fin août, les groupes armés séparatistes à dominante touareg ont repris les hostilités contre l'Etat central dans le nord.

L'armée malienne a été accusée à de nombreuses reprises d'exactions par des organisations de défense des droits humains mais aussi par la mission de l'ONU (Minusma) sommée par la junte de quitter le pays d'ici à fin 2023, notamment parce qu'elle "instrumentaliserait" la question des droits humains. Les membres de Wagner ont aussi été mis en cause depuis leur arrivée dans le pays en 2021.

Les autorités répondent veiller au respect des droits humains et diligenter des enquêtes s'il y a lieu; les résultats de celles-ci ne sont jamais rendus publics. Elles dénoncent aussi des entreprises de désinformation.

HRW s'est penchée en particulier sur les abus commis selon elle le 22 avril lors d'une opération de l'armée à Trabakoro, près de Nara (ouest), où les soldats maliens auraient été fréquemment attaqués par le GSIM.

Selon les témpoignages recueillis par HRW, deux hélicoptères ont d'abord ouvert le feu sur le village, puis les soldats sont allés de porte en porte en tirant. "Selon trois témoins, les soldats ont tué 18 personnes, dont 14 enfants et 4 femmes", dit HRW selon laquelle la plus jeune victime avait 6 mois. "Les soldats ont tué des femmes et des enfants qu’ils ont pris pour des femmes et enfants de djihadistes", dit un habitant cité par HRW.

A Sambani (nord) le 6 août, les soldats et des combattants "blancs" étrangers, "apparemment membres du groupe Wagner", ont arrêté 16 hommes et un garçon de 15 ans supposés appartenir à des groupes islamistes armés et "dont les corps ont ensuite été retrouvés à l’extérieur du village", dit HRW.

"Toutes les victimes semblaient avoir reçu une balle dans la tête et avoir été torturées", a dit un homme présent sur place et cité par l'ONG.


Israël: les militants d'une nouvelle flottille en détention après leur interception en mer

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  • Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël
  • Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus

ASHDOD: Les autorités israéliennes ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention à Ashdod, dans le sud d'Israël, de centaines de militants propalestiniens arrêtés à bord d'une flottille à destination de Gaza, selon une ONG.

Les forces israéliennes avaient intercepté lundi au large de Chypre des bateaux participant à une nouvelle "flottille pour Gaza".

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales et conduits en territoire israélien entièrement contre leur volonté" a déclaré Adalah.

Une cinquante de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif une nouvelle tentative de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré dans la nuit de mardi à mercredi que les 430 militants pourraient rencontrer leurs représentants consulaires.

"Cette flottille s'est une fois de plus révélée n'être rien de plus qu'un coup de communication au service du Hamas", a ajouté le porte-parole, en référence au mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait dénoncé plus tôt "un plan malveillant destiné à briser le blocus (...) imposé aux terroristes du Hamas".

Neuf ressortissants indonésiens, membres de la flottille, "ont été signalés comme ayant été arrêtés par Israël", a déclaré une porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères, citant des informations datées de mercredi.

L'Indonésie a appelé Israël à libérer immédiatement tous les navires et membres d'équipage. Le journal indonésien Republika avait indiqué plus tôt que deux de ses journalistes figuraient parmi les personnes interpellées.

La Turquie et l'Espagne ont condamné l'interception. Les organisateurs ont indiqué que la flottille comptait également 15 citoyens irlandais, dont Margaret Connolly, la sœur de la présidente Catherine Connolly.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe. Deux d'entre eux ont été amenés en Israël, détenus pendant plusieurs jours puis expulsés.

 


Négociations Etats-Unis-Iran: nouvelle visite d'un ministre pakistanais à Téhéran

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  • Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine
  • "Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran"

TEHERAN: Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine, a rapporté mercredi l'agence officielle Irna, en pleine impasse dans les négociations de paix.

"Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran", a précisé l'agence, citant "des sources diplomatiques à Islamabad".

 

 


L'armée iranienne prévient qu'elle «ouvrira de nouveaux fronts» en cas de nouvelle attaque américaine

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
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  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi dans un communiqué qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre l'Iran, interrompues depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a déclaré le porte-parole de l'armée Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant ce lundi et un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations avec Téhéran, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, avait répondu en mettant en garde "les Etats-Unis et leurs alliés" contre toute nouvelle "erreur stratégique et de calcul".

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a écrit Donald Trump sur son réseau.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre.

Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.