Ethiopie: les miliciens ont évacué la ville sainte de Lalibela, retour de l'armée

Des prêtres orthodoxes éthiopiens prient à l'église Sainte-Marie de Lalibela, le 6 janvier 2023. (Photo d'Amanuel Sileshi / AFP)
Des prêtres orthodoxes éthiopiens prient à l'église Sainte-Marie de Lalibela, le 6 janvier 2023. (Photo d'Amanuel Sileshi / AFP)
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Publié le Jeudi 09 novembre 2023

Ethiopie: les miliciens ont évacué la ville sainte de Lalibela, retour de l'armée

  • Cet accord, vu comme un retournement d'alliance alors que des différends territoriaux opposent amhara et tigréens, a exacerbé les tensions en Amhara
  • Selon plusieurs habitants, les Fano ont attaqué Lalibela mercredi vers 08H00 heure locale et pris le contrôle de l'essentiel de la ville après plusieurs heures de combat

ADDIS ABEBA: L'armée fédérale éthiopienne a repris jeudi le contrôle de la ville sainte orthodoxe de Lalibela (nord), située dans l'Etat régional de l'Amhara, après le départ des miliciens qui s'en étaient largement emparés la veille, selon des habitants.

S'exprimant sous le couvert de l'anonymat pour des raisons de sécurité, un diacre de cette localité d'environ 35 000 habitants, mondialement connue pour ses églises médiévales taillées dans la roche, a indiqué à l'AFP avoir assisté jeudi matin aux funérailles de 16 policiers, tués dans les combats.

"Mais nous ne connaissons pas le bilan complet des victimes", a-t-il précisé, ajoutant connaître un habitant ayant été tué et une habitante blessée par les forces fédérales.

Aucun bilan officiel des affrontements n'était disponible et ni le gouvernement fédéral, ni l'armée éthiopienne, ni les autorités régionales n'étaient joignables ou n'ont répondu aux messages de l'AFP depuis mercredi.

"L'armée (fédérale) contrôle la ville, les (miliciens d'"autodéfense" amahra) Fano sont partis tôt ce matin" d'eux-mêmes, a ajouté le diacre.

Les Fano "sont partis durant la nuit. L'armée fédérale contrôle la ville", a confirmé à l'AFP, également sous le couvert de l'anonymat, un autre habitant de Lalibela.

Les Fano - milices informelles amhara composées de citoyens-combattants volontaires - ont épaulé l'armée éthiopienne durant les deux ans de conflit l'ayant opposée aux autorités rebelles de l'Etat régional voisin du Tigré, auquel a mis fin un accord signé en novembre 2022 à Pretoria.

«Pas dégâts directs» sur les églises

Cet accord, vu comme un retournement d'alliance alors que des différends territoriaux opposent amhara et tigréens, a exacerbé les tensions en Amhara. Celles-ci ont dégénéré en conflit ouvert quand le gouvernement fédéral a tenté en avril de désarmer des forces régionales.

"Jusqu'à tôt ce matin, les Fano contrôlaient l'essentiel de la ville. Quand on s'est réveillé, ils terminaient de la quitter", a lui aussi raconté un autre habitant, précisant voir l'armée fédérale "déployée dans les rues".

Selon ces habitants, plus aucun affrontement n'était audible jeudi, au lendemain d'une journée durant laquelle coups de feu et explosions ont littéralement secoué la ville.

Les onze églises monolithiques, datant du XIIIe siècle, inscrites sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco et qui attirent habituellement pèlerins et touristes internationaux, n'ont pas subi "de dégâts directs", a assuré le diacre.

"Mais elles devront être inspectées", pour vérifier que "les vibrations (provoquées par les détonations) n'ont pas amplifié les fissures existantes ou n'en ont pas créé de nouvelles", a-t-il ajouté.

"Elles ont 800 ans et sont fragiles", a-t-il souligné, précisant avoir "senti (sa) maison vibrer" à chaque tir d'artillerie.

Les vols de et vers Lalibela, suspendus mercredi, le sont toujours jeudi, selon le site de la compagnie nationale Ethiopian Airlines et une agence de voyage interrogée par l'AFP.

Multiples conflits

Selon plusieurs habitants, les Fano ont attaqué Lalibela mercredi vers 08H00 heure locale et pris le contrôle de l'essentiel de la ville après plusieurs heures de combat, repoussant les forces fédérales près de leur base en lisière de la localité.

Il n'a pas été possible mercredi et jeudi de vérifier les déclarations des habitants, les autorités fédérales interdisant aux journalistes l'accès à l'Amhara, où l'état d'urgence a été décrété en août.

L'armée fédérale contrôle grandes villes et grands axes de la région, mais la situation y est très volatile. Calme précaire et poussée de violences y alternent, les Fano multipliant les actions dans les zones rurales.

L'Amhara est la deuxième région d'Ethiopie en terme de population, avec environ 25 millions d'habitants, très majoritairement issus du peuple amhara.

Elle est le berceau de la dynastie impériale salomonide qui a unifié l'Ethiopie et a régné jusqu'en 1974 et la communauté amhara a longtemps constitué une importante part de l'élite politique et économique de l'Ethiopie.

Deuxième pays le plus peuplé d'Afrique (120 millions d'habitants), l'Ethiopie, pays mosaïque de 80 peuples, est déchirée par de multiples conflits simultanés mais sans rapport entre eux.

Ils sont souvent liés à de récents réveils identitaires et à des revendications territoriales, dans un Etat fédéral où les frontières des Etats régionaux sont tracées le long de lignes ethno-linguistiques.


Berlin, Paris et Londres prêts à des «actions défensives» pour «détruire» les capacités militaires de l'Iran

Les dirigeants européens se disent "consternés" par ces attaques "à l'aveugle et disproportionnées" qui touchent des pays du Moyen-Orient non impliqués dans l'opération militaire initiale. (AFP)
Les dirigeants européens se disent "consternés" par ces attaques "à l'aveugle et disproportionnées" qui touchent des pays du Moyen-Orient non impliqués dans l'opération militaire initiale. (AFP)
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  • Téhéran a répliqué à l'offensive américaine et israélienne débutée samedi avec des frappes tous azimuts contre plusieurs pays voisins, notamment ceux abritant des bases américaines, et Israël, où neuf personnes ont été tuées dimanche selon les secours
  • Les dirigeants européens se disent "consternés" par ces attaques "à l'aveugle et disproportionnées" qui touchent des pays du Moyen-Orient non impliqués dans l'opération militaire initiale

BERLIN: Les dirigeants allemands, français et britanniques se sont dit prêts dimanche à des "actions défensives nécessaires et proportionnées" face aux ripostes iraniennes afin de "détruire à la source" les capacités militaires de Téhéran.

"Nous prendrons des mesures pour défendre nos intérêts et ceux de nos alliés dans la région", potentiellement en empêchant la République islamique de tirer des missiles et des drones, a mis en garde le groupe E3, qui rassemble les trois puissances, dans une déclaration commune.

Téhéran a répliqué à l'offensive américaine et israélienne débutée samedi avec des frappes tous azimuts contre plusieurs pays voisins, notamment ceux abritant des bases américaines, et Israël, où neuf personnes ont été tuées dimanche selon les secours.

Les dirigeants européens se disent "consternés" par ces attaques "à l'aveugle et disproportionnées" qui touchent des pays du Moyen-Orient non impliqués dans l'opération militaire initiale.

Les frappes "ont ciblé nos alliés proches et menacent notre personnel militaire et nos civils dans toute la région", ajoute le communiqué.

Berlin, Paris et Londres discuteront de ces mesures défensives avec les États-Unis et leurs alliés dans la région.

Dimanche, Washington a aussi fait état des premiers soldats américains tués dans le cadre de l'opération qui a mené à la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.

L'Iran ne se fixe "aucune limite" dans son droit à se défendre, a déclaré dimanche le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dans un entretien avec la chaîne de télévision américaine ABC. "Ce que font les États-Unis est un acte d'agression. Ce que nous faisons, c'est nous défendre. C'est très différent", a-t-il insisté.

 


Trump dit qu'il «va parler» aux dirigeants iraniens 

Donald Trump, qui multiplie dimanche les coups de fil avec les journalistes depuis sa résidence de Floride, a déclaré au magazine The Atlantic qu'il "allait parler" aux dirigeants iraniens, mais sans dire quand ni quels seraient ses interlocuteurs. (AFP)
Donald Trump, qui multiplie dimanche les coups de fil avec les journalistes depuis sa résidence de Floride, a déclaré au magazine The Atlantic qu'il "allait parler" aux dirigeants iraniens, mais sans dire quand ni quels seraient ses interlocuteurs. (AFP)
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  • "Ils veulent parler, et j'ai accepté de parler, donc je vais leur parler", a dit Trump
  • "La plupart de ces gens sont morts. Certains de ceux avec qui nous étions en négociations sont morts", a ajouté le président américain, en jugeant que les dirigeants iraniens "avaient voulu la jouer trop finement"

PALM BEACH: Donald Trump, qui multiplie dimanche les coups de fil avec les journalistes depuis sa résidence de Floride, a déclaré au magazine The Atlantic qu'il "allait parler" aux dirigeants iraniens, mais sans dire quand ni quels seraient ses interlocuteurs.

"Ils veulent parler, et j'ai accepté de parler, donc je vais leur parler", a-t-il dit, selon les propos rapportés par le mensuel américain.

"La plupart de ces gens sont morts. Certains de ceux avec qui nous étions en négociations sont morts", a ajouté le président américain, en jugeant que les dirigeants iraniens "avaient voulu la jouer trop finement".

48 dirigeants iraniens tués

Donald Trump a déclaré dimanche que 48 dirigeants iraniens avaient été tués et 9 navires iraniens coulés dans l'offensive déclenchée samedi, tout en se disant prêt au dialogue avec Téhéran.

"Cela avance rapidement. Personne n'arrive à croire à notre réussite, 48 dirigeants ont été éliminés d'un coup", a dit le président américain, selon une journaliste de Fox News qui lui a parlé au téléphone et qui a retranscrit ses propos sur son compte X.

"Je viens juste d'être informé que nous avons détruit et coulé 9 navires iraniens, pour certains relativement grands et importants. Nous traquons le reste", a-t-il écrit par ailleurs sur son réseau Truth Social. "Dans une attaque différente, nous avons en grande partie détruit leur quartier général maritime."

Le président américain, qui supervise les opérations depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, n'a pas jusqu'ici commenté la mort de trois militaires américains, premières pertes des Etats-Unis depuis le déclenchement du conflit.

Donald Trump, qui n'est pas apparu en public depuis le début de la guerre, annoncée dans un message vidéo enregistré, a multiplié les conversations téléphoniques avec des journalistes.

Des dirigeants iraniens "veulent parler, et j'ai accepté de parler, donc je vais leur parler", a-t-il ainsi dit à un journaliste de The Atlantic.

"La plupart de ces gens sont morts. Certains de ceux avec qui nous étions en négociations sont morts", a ajouté le président américain, en jugeant que les dirigeants iraniens "avaient voulu la jouer trop finement".

Dans un entretien avec un journaliste de la chaîne d'informations financières CNBC, il a assuré que l’opération militaire contre l'Iran "progressait très bien" et "plus vite que prévu".

Des bombardiers furtifs B-2 ont participé aux bombardements, a dit dimanche le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom. Ce sont les mêmes appareils qui avaient frappé en juin dernier des installations d'enrichissement d'uranium en Iran.


Trump mécontent de l'Iran malgré une percée selon le médiateur omanais

Le président Donald Trump quitte la salle de réception diplomatique pour monter à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 27 février 2026, à Washington. (AP)
Le président Donald Trump quitte la salle de réception diplomatique pour monter à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 27 février 2026, à Washington. (AP)
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  • Donald Trump se dit mécontent des négociations avec l’Iran et n’exclut pas des frappes, tout en affirmant n’avoir pris aucune décision finale, malgré un important déploiement militaire américain au Moyen-Orient
  • Le médiateur omanais Badr Albusaidi annonce une percée : l’Iran accepterait de ne pas stocker d’uranium enrichi, tandis que Washington exige toujours l’arrêt total de l’enrichissement

WASHINGTON: Donald Trump tient le monde en haleine: il a affiché vendredi son mécontentement envers l'Iran, mais dit n'avoir pas pris de "décision finale" sur d'éventuelles frappes, alors que le médiateur omanais s'est targué d'une percée dans les négociations pour éviter la guerre.

Le président américain a déclaré à des journalistes "ne pas être très content de la manière des Iraniens de négocier", au lendemain d'une troisième session de pourparlers à Genève sous médiation omanaise.

Mais "nous n'avons pas pris (de) décision finale" sur de possibles frappes, a-t-il déclaré, sur fond de déploiement militaire américain massif au Moyen-Orient, le plus important depuis des décennies, et de craintes d'un embrasement régional en cas d'attaque américaine.

Le chef de la diplomatie omanaise a cependant assuré vendredi qu'une percée avait eu lieu, affirmant que l'Iran avait accepté de ne pas stocker d'uranium enrichi.

"C'est quelque chose de complètement nouveau, qui rend vraiment l'argument de l'enrichissement moins pertinent, parce que désormais nous parlons de l'absence de stockage", a expliqué Badr Albusaidi sur la chaîne américaine CBS.

Plus tôt dans la journée, Donald Trump avait exigé que l'Iran n'effectue "aucun enrichissement" d'uranium. "Vous n'avez pas besoin d'enrichir quand vous avez autant de pétrole", a-t-il déclaré à la presse lors d'un déplacement au Texas (sud).

- Porte-avions déployés -

Dans ce contexte de tensions, les Etats-Unis ont recommandé vendredi au personnel non essentiel de leur ambassade à Jérusalem de quitter Israël - leur allié, et ennemi juré de l'Iran - en raison "de risques pour leur sécurité".

Le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, se rendra lundi en Israël - que l'Iran avait frappé en juin en riposte à une attaque israélienne sur son territoire -, a annoncé le département d'Etat.

Les Etats-Unis ont dépêché dans la région deux porte-avions dont le Gerald Ford, le plus grand au monde, attendu au large d'Israël après avoir quitté jeudi la Crète.

Washington a également inscrit vendredi l'Iran sur sa liste noire de pays pratiquant "des détentions injustifiées", et appelé les ressortissants américains s'y trouvant à "partir immédiatement".

Dans le centre de Téhéran, tout en disant préférer éviter la guerre et souhaiter la levée des sanctions internationales qui asphyxient l'économie iranienne, Hamid Beiranvand, un employé de 42 ans, affirme qu'"il ne faut faire aucune concession" aux Américains.

Accusant Téhéran - qui dément - de vouloir se doter de la bombe atomique, les Etats-Unis insistent pour une interdiction totale d'enrichissement d'uranium, tandis que l'Iran défend son droit au nucléaire civil.

Washington veut aussi limiter le programme balistique iranien, une question que Téhéran refuse d'aborder.

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a appelé vendredi les Etats-Unis à éviter "toute exigence excessive", tempérant l'optimisme qu'il avait affiché la veille à l'issue des pourparlers.

- Risque d'aggravation "rapide" -

Le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Volker Türk, s'est dit "extrêmement inquiet du risque d'escalade militaire régionale".

Le Royaume-Uni et le Canada ont dit retirer une partie de leur personnel diplomatique de Tel-Aviv, le centre économique d'Israël où la plupart des pays ont leur ambassade, par mesure de précaution.

Pékin et Ottawa ont tous deux appelé leurs ressortissants à évacuer l'Iran, tandis que Londres a retiré le personnel de son ambassade à Téhéran.

Le ministre iranien Abbas Araghchi s'était prévalu jeudi de "très bons progrès" dans les discussions avec les Etats-Unis.

Une prochaine session doit se tenir "très bientôt", après des discussions "entre équipes techniques" lundi à Vienne en Autriche, assistées "d'experts" de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), avait-il ajouté.

"La paix est à portée de main", a même assuré vendredi sur X l'Omanais Badr Busaidi, disant s'être entretenu à Washington avec le vice-président JD Vance.

Donald Trump avait lancé le 19 février un ultimatum de "10 à 15 jours" pour décider si un accord était possible ou s'il allait recourir à la force.

Les deux pays avaient repris des pourparlers l'année dernière, interrompus par la guerre israélo-iranienne de 12 jours en juin à laquelle Washington s'était brièvement joint.

Les nouvelles tensions sont apparues après la répression dans le sang, en janvier, d'un vaste mouvement de contestation d'Iraniens, auxquels Donald Trump avait promis de venir "en aide".