Dans l'hôpital al-Chifa de Gaza, des milliers de civils pris au piège

Des Palestiniens déplacés de la bande de Gaza, en quête de sécurité, campent dans l'enceinte de l'hôpital al-Shifa à Gaza (AFP).
Des Palestiniens déplacés de la bande de Gaza, en quête de sécurité, campent dans l'enceinte de l'hôpital al-Shifa à Gaza (AFP).
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Publié le Samedi 11 novembre 2023

Dans l'hôpital al-Chifa de Gaza, des milliers de civils pris au piège

  • Partout, dans les couloirs, entre les lits, des malades, des blessés, des familles s'entassent
  • Dehors, les éclats d'obus pleuvaient sur les déplacés et leurs frêles tentes

GAZA: Ils sont des milliers, pris au piège: des familles pensaient être à l'abri dans l'hôpital al-Chifa de Gaza mais les combats sont aux portes de l'établissement et les frappes incessantes. Au point que plus personne n'ose bouger.

"Si on sort, on va être fauchés par les éclats d'obus", affirme Ahmed al-Chawa, 18 ans, venu à al-Chifa après avoir fui son quartier de Tel al-Hawa, dans la ville Gaza où les troupes israéliennes combattent le mouvement palestinien Hamas.

Mais si ce lycéen reste à l'intérieur, il court le risque de se retrouver aussi sous les bombes alors que pour le 36eme jour consécutif, la guerre fait rage dans la bande de Gaza.

Le 7 octobre, le Hamas, au pouvoir dans le petit territoire palestinien, a perpétré une attaque sanglante et d'une ampleur inédite en Israël, qui a fait, selon les autorités israéliennes 1 200 morts, en majorité des civils. Les frappes israéliennes de représailles ont fait plus de 11 000 morts à Gaza, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Ambulances à l'arrêt 

Comme tous les autres déplacés d'al-Chifa, Ahmed al-Chawa a déjà quitté la cour de l'hôpital pour s'installer tant bien que mal dans les services bondés de l'établissement.

Car dehors, les éclats d'obus pleuvaient sur les déplacés et leurs frêles tentes, raconte-t-il, selon un des témoignages recueillis par un journaliste collaborant avec l'AFP.

Partout, dans les couloirs, entre les lits, des malades, des blessés, des familles s'entassent.

Le bureau des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) rapporte que "les bombardements israéliens autour des hôpitaux de la ville de Gaza et dans le nord de la bande de Gaza se sont intensifiés" depuis vendredi.

"Plusieurs hôpitaux ont été directement touchés", ajoute l'agence onusienne, portant à "20 le nombre d'hôpitaux hors service dans la bande de Gaza sur 36".

Samedi à la mi-journée, les milliers de déplacés de l'hôpital al-Chifa tentent de s'entendre au milieu d'explosions assourdissantes.

"Il y a des frappes à dix mètres de l'hôpital", assure Ahmed al-Chawa en tentant de couvrir avec sa voix les tirs d'artillerie.

"La situation est très très dangereuse", poursuit celui qui tente d'évacuer sa famille pour prendre la route vers le sud, comme l'ordonne depuis des semaines l'armée israélienne. Celle-ci progresse depuis le nord et ne cesse de s'enfoncer, selon elle, dans "le coeur de la ville de Gaza".

Mohammed, lui, dit qu'il "rester(a) jusqu'au bout, quoi qu'il arrive". Il est ambulancier et il ne veut pas abandonner al-Chifa même si pour le moment, dit-il, il n'arrive pas à faire son travail.

"On ne peut pas aller chercher les blessés, depuis hier, des snipers tirent directement sur nos ambulances", assure-t-il.

Opérer à la bougie 

L'armée israélienne, elle, accuse depuis des années le Hamas d'"utiliser de façon cynique des hôpitaux" en y cachant des combattants, des armes ou des tunnels. Et elle a confirmé avoir frappé le 3 novembre une ambulance devant al-Chifa, "utilisée, selon elle, par une cellule terroriste du Hamas".

Malgré tout, le directeur de l'hôpital, Mohammed Abou Salmiya, le répète: "nous resterons et nous ne partirons pas d'ici, quel qu'en soit le prix", martèle-t-il. "Nous opèrerons à la bougie", promet-il, alors que durant la nuit "l'électricité a été coupée pendant quatre heures" après qu'un "générateur a été touché par les frappes".

Au matin, à 08H25 GMT puis à 08H45 GMT, le gouvernement du Hamas a annoncé "des frappes" et des "bombardements" de l'occupant (israélien)" sur al-Chifa et son "département de chirurgie".

Samedi, selon le porte-parole du ministère de la Santé du Hamas, Ashraf al-Qidreh, "une personne a été tuée et de nombreuses autres blessées dans des frappes sur le bâtiment des soins intensifs" où se trouvent, selon l'hôpital, une soixantaine de patients.

L'armée israélienne a indiqué dans la matinée que deux routes pour quitter la ville de Gaza vers le sud seraient ouvertes, comme la veille, jusque dans le milieu d'après-midi.

Vendredi, "30 000 nouvelles personnes ont pu fuir le nord via ce couloir", rapporte Ocha.

Mais, poursuit l'organisation, "vers 15H00, plusieurs explosions ont été enregistrées dans ce couloir, faisant des victimes selon les premiers bilans".


Qatar: Les attaques contre les installations énergétiques au Moyen-Orient auront des «répercussions à travers le monde» 

Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
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  • "Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde"
  • Dans un communiqué publié sur X, le ministère de la Défense a dit avoir "intercepté une attaque de missile". Le ministère de l'Intérieur a de son côté fait état d'un "niveau de menace sécuritaire élevé"

DOHA: Le Qatar a mis en garde mardi contre les conséquences économiques mondiales des attaques contre les infrastructures énergétiques, au onzième jour de la guerre au Moyen-Orient.

"Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde", a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

 

 


L'Iran défie les Etats-Unis, menace Donald Trump

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  • "Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution
  • Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL)

TEHERAN: L'Iran a menacé mardi le président américain, en rejetant ses avertissements de la veille et en promettant que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient "jusqu'à nouvel ordre".

"L'Iran n'a pas peur de vos menaces vides. Des plus puissants que vous ont essayé d'éliminer la nation iranienne et n'ont pas réussi. Faites attention à ne pas être éliminé vous-même!", a écrit Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, sur X.

La République islamique a balayé les propos lundi de Donald Trump, qui parlait de guerre "quasiment" terminée et jurait de frapper "plus fort" si Téhéran continuait de paralyser la circulation du pétrole dans la région.

Une perspective qui angoisse les marchés, face à un conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis le 28 février.

"Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique.

Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Et il affiche sa détermination après avoir désigné dimanche l'ayatollah Mojtaba Khamenei nouveau guide suprême, dix jours après la mort de son père par des frappes israélo-américaines dans lesquelles il a lui même été blessé.

Les efforts "pour réduire et contrôler le prix du pétrole et du gaz seront ponctuels et vains. En temps de guerre, le commerce est tributaire de la sécurité régionale", a assuré le porte-parole des Gardiens, selon l'agence de presse Tasnim.

Ces derniers ont même promis de laisser transiter par le précieux passage "tout pays arabe ou européen qui expulserait les ambassadeurs israélien et américain de son territoire".

Des propos qui tranchent singulièrement avec ceux de Donald Trump la veille. "La guerre va se terminer bientôt", avait-il assuré, pour sa première conférence de presse depuis le début du conflit.

Laissant, comme souvent, planer le doute sur ses projets, il a menacé de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" si Téhéran "prenait le monde en otage" en bloquant le détroit d'Ormuz.

Le dirigeant américain a aussi annoncé qu'il allait lever certaines sanctions sur le pétrole "afin de réduire les prix" qui se sont envolés ces derniers jours. Sans préciser pour autant de quelles sanctions il s'agissait, ni quels pays étaient concernés.

Volatilité "rare" des marchés 

De fait, l'or noir était sur toutes les lèvres mardi.

La reprise du trafic dans le détroit d'Ormuz est "absolument cruciale", a affirmé le PDG de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco, mettant en garde contre de potentielles "conséquences catastrophiques" d'un blocage prolongé sur les marchés pétroliers.

Le Qatar a dénoncé des attaques contre les installations énergétiques "des deux côtés", qui constituent selon lui "un précédent dangereux".

L'Inde a fait le même constat de la perturbation de l'acheminement du gaz et décidé de l'affecter en priorité à la consommation des ménages et aux transports.

En attendant d'y voir plus clair, les marchés mondiaux ont fait volte-face après la panique de lundi. Les prix du pétrole ont reculé de 5% en fin d'échanges asiatiques et le gaz européen a perdu 15%.

Les Bourses européennes, au diapason, se sont redressées à l'ouverture. Paris, Francfort et Londres ont repris entre 1,29 et 2,04%, dans la foulée du regain des bourses asiatiques (Séoul +5,35%, Tokyo +2,88%).

Les analystes ont pourtant du mal à s'y retrouver, entre déclarations contradictoires et frappes tous azimuts. "Il est rare que les marchés connaissent une telle volatilité", constate Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.

Les propos de Donald Trump ont permis d'enrayer la chute des marchés. Mais le conflit se poursuit "à plein régime (...) et les intentions des Etats-Unis dans cette guerre restent floues".

"Briser les os" 

Israël "brisera les os" du pouvoir iranien, mais n'en a "pas encore fini" avec lui, a déclaré de son côté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Son armée a annoncé une nouvelle série de frappes sur Téhéran, où des journalistes de l'AFP ont entendu peu après des explosions.

Elle frappe aussi toujours le Liban, disant viser les fiefs du mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud et l'est du pays, victime collatérale de la guerre avec l'Iran.

Les forces israéliennes ont prévenu de frappes sur Tyr et Saïda (sud) contre le mouvement, appelant les habitants de plusieurs immeubles à évacuer leur logement.

Un scénario désormais courant, notamment pour Beyrouth, dont la banlieue sud a été quasiment vidée. Plus de 667.000 personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes sur son voisin, dont 100.000 en 24 heures, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Les monarchies du Golfe tentent elles tant bien que mal de protéger des infrastructures d'hydrocarbures constamment visées.

Les Emirats arabes unis ont indiqué qu'une attaque de drone avait provoqué un incendie dans une zone industrielle. Koweït et Arabie saoudite ont dit avoir eux même abattu des aéronefs sans pilote, omniprésents dans le conflit. Et Bahreïn a déploré deux morts dans la frappe d'un immeuble résidentiel.

Dernier avatar en date du risque d'extension régionale du conflit, un second missile iranien a été intercepté lundi au-dessus de la Turquie. Le président iranien Massoud Pezeshkian a proposé à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan qu'une "équipe conjointe" enquête sur ces incidents, selon les médias iraniens.

Sans confirmer, la Turquie a annoncé le déploiement d'un système de défense antiaérien Patriot dans le centre du pays "pour soutenir la protection de (son) espace aérien".


L'Iran poursuivra ses attaques «aussi longtemps que nécessaire»

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
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  • Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël
  • Une explosion a été entendue mardi matin à Jérusalem, où les sirènes d'alerte ont retenti après une alerte aux missiles iraniens de l'armée israélienne, ont rapporté des journalistes de l'AFP

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël, contredisant le président américain Donald Trump qui avait assuré la veille que la guerre allait "se terminer bientôt".

"Nous sommes prêts à poursuivre les frappes de missiles contre eux aussi longtemps que nécessaire et chaque fois que cela sera nécessaire", a déclaré le ministre iranien à la chaîne américaine PBS News, ajoutant que des négociations avec Washington "ne sont plus à l'ordre du jour".