Othman el-Kheloufi: «Je n’accepterai pas qu’on me mette dans certaines cases comme celles des musiques du monde»

Pour ce nouveau projet, le chanteur saxophoniste est accompagné d’un contrebassiste, d’un batteur et d’un pianiste, sans oublier une touche de musique électronique. (Photo fournie)
Pour ce nouveau projet, le chanteur saxophoniste est accompagné d’un contrebassiste, d’un batteur et d’un pianiste, sans oublier une touche de musique électronique. (Photo fournie)
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Publié le Vendredi 17 novembre 2023

Othman el-Kheloufi: «Je n’accepterai pas qu’on me mette dans certaines cases comme celles des musiques du monde»

  • Pour l’EP Mazmout, le chanteur saxophoniste est accompagné d’un contrebassiste, d’un batteur et d’un pianiste, sans oublier une touche de musique électronique
  • «J’avais envie d’aborder des thématiques sociales pour susciter des débats à travers cet album»

CASABLANCA: Ses fans marocains attendaient avec impatience son retour sur scène. Othman el-Kheloufi a présenté son dernier EP (demi-album, en cours de réalisation), Mazmout, dans le Royaume, lors d’une tournée organisée en partenariat avec l’Institut français. Un retour couronné de succès, pour le jazzman originaire de Salé, qui a fait salle comble.

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Pour ce nouveau projet, le chanteur saxophoniste est accompagné d’un contrebassiste, d’un batteur et d’un pianiste, sans oublier une touche de musique électronique. (Photo fournie)

«C’était génial, il y avait énormément de monde. Il est vrai que ces derniers temps, je ne me suis pas beaucoup produit au Maroc, j’ai davantage joué en Europe. Cette situation s’explique d’abord par la pandémie de Covid-19, qui m’a fait ressentir le besoin de prendre du recul sur le plan artistique. Juste avant l’apparition de la pandémie, j’ai sorti mon album Zid Zid, qui m’a pris du temps. Cependant, au vu des circonstances, j’ai eu immédiatement besoin de me tenir éloigné de cette production. J’ai ensuite essayé de donner quelques concerts au Maroc, mais c’est difficile, car l’industrie est compliquée. Elle ne favorise pas vraiment les expérimentations musicales», explique l’artiste à Arab News en français.

Mazmout

C’est donc entre Rabat, Bruxelles et Berlin que l’artiste développe ses nouveaux projets. Composition, écriture, enregistrement… il se lance également dans l’apprentissage de la musique électronique analogique. Un nouvel outil qui a «complètement changé» son «approche et sa conception de la musique».

«J’ai produit deux projets avec deux directions artistiques complètement différentes. Pour la première création, qui s’intitule The visions of sidi Jiliali, j’ai joué du saxophone et utilisé la musique électronique. J’ai également travaillé avec deux batteurs. Quant au second projet, l’EP Mazmout, sorti l’année dernière, je l’ai réalisé lors de résidences entre Rabat et Bruxelles et je l’ai présenté lors d’une première tournée en Belgique et en Allemagne.»

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Dans cette ode à la société, il met en lumière certaines situations dramatiques vécues par ses compatriotes, à travers des histoires fictives. (Photo fournie)

Pour ce nouveau projet, le chanteur saxophoniste est accompagné d’un contrebassiste, d’un batteur et d’un pianiste, sans oublier une touche de musique électronique. Le titre de l’album, qui signifie «étouffement», n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard. «J’ai écrit la plupart des morceaux durant la pandémie de Covid-19. Je ressentais une sensation d'étouffement liée au confinement et à de nombreux facteurs négatifs sociaux qui nous empêchaient de respirer», raconte-t-il.

Dans cette ode à la société, il met en lumière certaines situations dramatiques vécues par ses compatriotes, à travers des histoires fictives.

«J’avais envie d’aborder des thématiques sociales pour susciter des débats à travers cet album. La poésie en darija (arabe dialectal marocain) est assez présente à travers de nombreux jeux de mots. Je raconte des choses difficiles, mais avec humour, avec un regard léger, avec une musique joyeuse. Je mélange d’ailleurs différents styles musicaux: le jazz avec les musiques électroniques, les sonorités expérimentales avec les musiques traditionnelles populaires.»

Artiste éclectique et polyvalent

Toute sa vie, cet artiste éclectique a été bercé par différents styles musicaux. Aujourd’hui, si ses créations reflètent ses préférences, elles sont toujours à la pointe de l’innovation. Othman el-Kheloufi regrette toutefois de devoir «constamment être mis dans une case» lors de concerts à l’étranger.

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Dans cette ode à la société, il met en lumière certaines situations dramatiques vécues par ses compatriotes, à travers des histoires fictives. (Photo fournie)

«Dans la musique, j’essaie de goûter à tout, mais je n’accepterai pas qu’on me mette dans certaines cases comme celles des musiques du monde et des musiques traditionnelles. Quand on est un artiste marocain, maghrébin, africain et qu’on joue à l'international, souvent, dans le monde occidental, on nous colle cette étiquette. Je n’ai rien contre cette musique, c’est mon socle de départ. Mais si on ne rentre pas dans cette case, on ne sera pas programmés, commercialisés ou distribués… On ne nous offre jamais l’opportunité de donner notre avis ou de porter un regard sur le futur de la musique.»

Othman el-Kheloufi est également féru de théâtre. Lauréat de l'Institut supérieur d'art dramatique et d'animation culturelle et titulaire d’un master en théâtre, l’enseignant-chercheur prépare «un doctorat sur les rapports entre le théâtre et la musique dans le théâtre postcolonial marocain». Une belle manière, pour lui, d’allier ses deux passions.

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Dans cette ode à la société, il met en lumière certaines situations dramatiques vécues par ses compatriotes, à travers des histoires fictives. (Photo fournie)


Par ailleurs, l’artiste polyvalent poursuit sa tournée marocaine avec son EP Mazmout. Après Tanger, Oujda, Meknès, Marrakech et Rabat, il se produira dans quelques jours à Casablanca. Othman el-Kheloufi sera également à l’affiche du festival de jazz d’Essaouira au mois de décembre.


Shiras Galería ouvre 2026 avec une réflexion sur la fragilité et la reconstruction

El Titán en el Laboratorio de la Gracia : couture et peinture deviennent symboles de réparation et de résilience. (Fournie)
El Titán en el Laboratorio de la Gracia : couture et peinture deviennent symboles de réparation et de résilience. (Fournie)
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  • El Titán en el Laboratorio de la Gracia explore la fragilité, la réparation et la résilience à travers peinture et couture, transformant la vulnérabilité en force
  • L’exposition invite à réfléchir sur la construction de l’identité et la transformation des fractures en espaces de force et de beauté

DUBAÏ: Shiras Galería ouvre l’année 2026 avec l’inauguration de la première exposition personnelle en Espagne de l’artiste libanaise Lana Khayat. Intitulée El Titán en el Laboratorio de la Gracia, l’exposition sera présentée dans la salle principale de la galerie à partir du vendredi 16 janvier à 19h.

Dans cette nouvelle collection artistique, Lana Khayat invite à repenser les notions de fragilité, de réparation et de force dans une perspective humaine. Au cœur de sa démarche se trouve la figure du lys, traditionnellement associée à la pureté et à la délicatesse, que l’artiste transforme en métaphore du corps féminin et de l’expérience vécue. La fleur devient un organisme traversé par des tensions, des blessures et des processus de reconstruction, incarnant une force qui ne repose pas sur l’invulnérabilité mais sur la persistance.

Peinture et couture se conjuguent dans son travail comme des gestes de résistance. Les fils et les points de suture révèlent les lieux de rupture tout autant que les décisions de rester et de reconstruire. Pour l’artiste, chaque point est un acte conscient qui transforme la vulnérabilité en solidité. La réparation n’est ni dissimulée ni corrigée : elle est visible et affirmée.  

L’exposition propose ainsi une réflexion sur la construction de l’identité au seuil de la désintégration, et sur la capacité des fractures à devenir des espaces de transformation. El Titán en el Laboratorio de la Gracia célèbre la beauté de la réparation et la dignité de celles et ceux qui choisissent de se recomposer avec intention et soin.

Lana Khayat s’inscrit dans un héritage artistique profond. Son arrière-grand-père, Mohamad Suleiman Khayat, était reconnu pour la restauration des salons ajami syriens, aujourd’hui conservés dans des institutions majeures comme le Metropolitan Museum of Art à New York et Shangri La à Hawaï. Formée à l’American University of Beirut puis à la School of Visual Arts de New York, Lana Khayat a exposé à New York, Londres, Venise, Abu Dhabi et Riyad. Ses œuvres figurent dans d’importantes collections privées et ses collaborations avec des institutions telles que le Guggenheim témoignent de sa reconnaissance croissante sur la scène artistique internationale.


Les designers arabes brillent aux Golden Globes

L'animatrice Nikki Glaser a foulé le tapis rouge de l'événement dans une robe rose pâle du créateur libanais Zuhair Murad. (Getty Images)
L'animatrice Nikki Glaser a foulé le tapis rouge de l'événement dans une robe rose pâle du créateur libanais Zuhair Murad. (Getty Images)
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  • Les designers arabes, du Liban à l’Arabie saoudite, se sont illustrés sur le tapis rouge des Golden Globes, habillant plusieurs stars de premier plan
  • Le noir et les matières métalliques ont dominé la cérémonie, entre hommages aux grandes maisons et affirmations stylistiques audacieuses

DUBAÏ / LOS ANGELES : Les designers arabes ont marqué le tapis rouge de la 83e cérémonie des Golden Globes, dimanche, habillant plusieurs stars grâce à des talents venus du Liban, d’Égypte et d’Arabie saoudite.

L’animatrice de la soirée, Nikki Glaser, est apparue sur le tapis rouge dans une robe rose poudré signée du designer libanais Zuhair Murad. Cette tenue, l’un de ses nombreux changements de costume au cours de la soirée, est issue de sa collection Resort 2026.

De son côté, Kylie Jenner a été aperçue lors de la cérémonie dans une robe argentée sur mesure imaginée par le couturier saoudien Mohammed Ashi, fondateur de la maison parisienne Ashi Studio.

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Kylie Jenner a été aperçue à la cérémonie de remise des prix dans une robe argentée sur mesure créée par le couturier saoudien Mohammed Ashi. (Getty Images) 

La personnalité de la télévision irlandaise Maura Higgins a, quant à elle, affiché une élégance affirmée dans une robe noire moulante, accompagnée d’un accessoire texturé doré façon châle, créé par la designer égyptienne basée à Dubaï, Marmar Halim.

Timothée Chalamet et une multitude d’autres stars ont également tourné le dos à la couleur cette année, optant majoritairement pour le noir. Ariana Grande a laissé de côté le rose emblématique de son personnage dans Wicked pour une robe de haute couture noire Vivienne Westwood, tout en conservant sa célèbre queue-de-cheval. Ayo Edebiri, Selena Gomez, Miley Cyrus et Mia Goth figuraient aussi parmi les célébrités vêtues de noir.

Ayo Edebiri portait une robe Chanel noire aux épaules dénudées, ornée de bijoux sur les épaules, issue du défilé Métiers d’Art 2026 de Matthieu Blazy.

Les célébrités tenaient fermement leurs robes et faisaient attention où elles marchaient tandis qu'elles posaient pour les photos sur les hauts escaliers qui servaient de tapis rouge. Comme au Met Gala, elles faisaient la queue en bas et devaient monter les marches périlleusement.

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Maura Higgins, élégante, dans une robe noire moulante, accessoirisée d'un châle doré texturé créé par le designer égyptien Marmar Halim, basé à Dubaï. (Getty Images) 

La 83e édition des Golden Globes offre un aperçu des choix stylistiques que les célébrités adopteront tout au long de la saison des prix. Depuis 1944, la cérémonie récompense le meilleur du cinéma et de la télévision.

Le tapis rouge, installé au Beverly Hilton à Beverly Hills, en Californie, constitue une vitrine pour les nominés, même si certains sont liés contractuellement à des maisons de mode en tant qu’ambassadeurs.

Plusieurs stars, dont George Clooney, portaient des créations Giorgio Armani. Le monde de la mode a perdu Armani en septembre, mais sa maison éponyme continue de rayonner.

« C’était émouvant de voir autant de participants, dont Julia Roberts et Kate Hudson, porter la marque et lui rendre hommage », a déclaré Véronique Hyland, directrice des rubriques mode du magazine Elle.

Les stars ont également brillé en tenues métalliques. L’actrice de Sentimental Value, Renate Reinsve, a virevolté sur le tapis rouge dans une robe argentée scintillante à franges, signée Nicolas Ghesquière pour Louis Vuitton. Sa partenaire à l’écran, Elle Fanning, portait une robe Gucci brodée de fleurs norvégiennes, en hommage à leur film dramatique norvégien. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Golden Globes conquis par «Une bataille après l'autre»

"A mes sœurs de couleur et aux petites filles de couleur qui regardent ce soir, (...), notre lumière n'a pas besoin de permission pour briller", a lancé Teyana Taylor, qui y campe une héritière politique du Black Power complètement exaltée. (AFP)
"A mes sœurs de couleur et aux petites filles de couleur qui regardent ce soir, (...), notre lumière n'a pas besoin de permission pour briller", a lancé Teyana Taylor, qui y campe une héritière politique du Black Power complètement exaltée. (AFP)
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  • Le film a remporté les prix de la meilleure comédie, du meilleur scénario, du meilleur second rôle féminin pour Teyana Taylor et du meilleur réalisateur pour Paul Thomas Anderson
  • "Vous êtes tellement généreux avec l’affection que vous me portez, à moi et à ce film. (...) J'adore ce que je fais. Donc c'est juste du plaisir", a remercié le cinéaste américain de 55 ans

BEVERLY HILLS: La fresque sur les dérives extrémistes des Etats-Unis, "Une bataille après l'autre", a triomphé aux Golden Globes dimanche, avec quatre récompenses qui ont confirmé son statut d'ultra-favori en vue des Oscars dans deux mois.

Le film a remporté les prix de la meilleure comédie, du meilleur scénario, du meilleur second rôle féminin pour Teyana Taylor et du meilleur réalisateur pour Paul Thomas Anderson.

"Vous êtes tellement généreux avec l’affection que vous me portez, à moi et à ce film. (...) J'adore ce que je fais. Donc c'est juste du plaisir", a remercié le cinéaste américain de 55 ans.

Plébiscitée pour sa capacité à saisir les fractures contemporaines des Etats-Unis, sa tragicomédie met en scène la traque d'ex-révolutionnaires d'extrême gauche par un suprémaciste blanc.

"A mes sœurs de couleur et aux petites filles de couleur qui regardent ce soir, (...), notre lumière n'a pas besoin de permission pour briller", a lancé Teyana Taylor, qui y campe une héritière politique du Black Power complètement exaltée.

Tête d'affiche du film, Leonardo DiCaprio s'est en revanche incliné pour le prix du meilleur acteur dans une comédie face à Timothée Chalamet, remarquable en joueur de ping-pong à l'ambition insatiable dans "Marty Supreme".

"Merci infiniment du fond du cœur, je suis en lice avec de très grands noms. Cette catégorie est ultra relevée", a lâché l'acteur franco-américain de 30 ans.

"Hamnet" surprend "Sinners" 

Cette saison, "Sinners" passait pour le concurrent le plus sérieux d'"Une bataille après l'autre" pour l'Oscar du meilleur film.

Mais ce film d'époque audacieux de Ryan Coogler, qui raconte la blessure profonde des personnes noires dans le Sud ségrégationniste des années 30, sur fond de contes de vampires et de rythmes de blues, est reparti avec du plomb dans l'aile.

Il a été récompensé par le Globe de la meilleure performance au box-office et celui de la meilleure bande originale, mais a échoué à remporter le prix du meilleur film dramatique face à "Hamnet".

La tragédie explore de manière fictive le deuil d'Agnes et William Shakespeare après la mort de leur fils. L'actrice irlandaise Jessie Buckley, qui y interprète l'épouse du dramaturge britannique, a été sacrée meilleur actrice.

Côté comédies, c'est l'Australienne Rose Byrne qui a été élue meilleure actrice, grâce à son rôle de mère au bout du rouleau, épuisée par la maladie de sa fille et les embûches de la vie, dans "If I Had Legs I'd Kick You".

Succès international pour "L'Agent Secret" 

Le film brésilien "L'Agent Secret" a été l'autre grand vainqueur de la cérémonie, avec deux trophées.

Il a non seulement battu le représentant de la France aux Oscars, "Un simple accident", pour le prix du meilleur film international, mais a aussi permis à Wagner Moura d'être élu meilleur acteur dans un film dramatique.

Il y interprète un ex-universitaire traqué par des tueurs à gage sous la dictature brésilienne des années 70, pendant qu'il tente de renouer avec son fils.

Il s'agit d'"un film sur la mémoire, ou l'absence de mémoire, et sur les traumatismes générationnels", a souligné le comédien brésilien. "Je pense que si ce traumatisme peut se transmettre de génération en génération, les valeurs le peuvent aussi. Alors ceci s'adresse à ceux qui restent fidèles à leurs valeurs dans les moments difficiles."

Un discours à la tonalité politique qui s'est avéré en accord avec le reste de la soirée: plusieurs célébrités portaient des badges "Be Good", du nom de Renee Good, une Américaine tuée cette semaine à Minneapolis par un agent de la police de l'immigration.

La maîtresse de cérémonie Nikki Glaser s'est également moquée du "ministère de la Justice" américain, à qui elle a attribué "le Golden Globe du meilleur montage", pour la publication partielle du dossier Epstein, boulet politique du président Donald Trump.

Le palmarès a été complété par Stellan Skarsgard, élu meilleur second rôle masculin pour son incarnation d'un cinéaste en froid avec ses deux filles dans "Valeur sentimentale".

Le phénomène Netflix "KPop Demon Hunters" a lui remporté le Globe du meilleur film d'animation et celui de la meilleure chanson, pour un tube au titre prédestiné: "Golden".