La lutte contre le jihadisme, tâche de Sisyphe pour le Niger

Des officiels nigériens se tiennent près de la voiture du groupe d'aide français ACTED dans la réserve de Kouré, à environ 60 km de Niamey, le 21 août 2020, sur les lieux où six travailleurs humanitaires français, leur guide local et le chauffeur ont été tués par des tireurs non identifiés à moto le 9 août 2020. (Boureima HAMA / AFP)
Des officiels nigériens se tiennent près de la voiture du groupe d'aide français ACTED dans la réserve de Kouré, à environ 60 km de Niamey, le 21 août 2020, sur les lieux où six travailleurs humanitaires français, leur guide local et le chauffeur ont été tués par des tireurs non identifiés à moto le 9 août 2020. (Boureima HAMA / AFP)
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Publié le Samedi 26 décembre 2020

La lutte contre le jihadisme, tâche de Sisyphe pour le Niger

  • L'économie en pâtit avec une activité rendue difficile dans certaines zones, alors que la Défense absorbe 17% du budget de l'Etat
  • L'objectif est qu'ils apportent des renseignements aux militaires, mais aussi que les populations ne soient pas hostiles aux troupes, souvent perçues comme des forces étrangères

NIAMEY: Le Niger, qui élit son président dimanche, lutte depuis des années contre des groupes jihadistes sahéliens dans le sud-ouest et les islamistes de Boko Haram dans le sud-est, sans parvenir à les vaincre, malgré la coopération régionale et l'aide militaire occidentale. 

"C'est Sisyphe", note une source sécuritaire française, à propos de cette lutte sans fin contre des ennemis insaisissables, dont les attaques incessantes ont fait des centaines de morts depuis 2010, et fait fuir de leurs foyers des centaines de milliers de personnes (300.000 réfugiés et déplacés dans l'est, près du Nigeria, 160.000 dans l'ouest, près du Mali et du Burkina).

Quelque 260 écoles sont fermées dans les zones d'insécurité. 

L'économie en pâtit avec une activité rendue difficile dans certaines zones, alors que la Défense absorbe 17% du budget de l'Etat. Et l'armée veut encore doubler ses effectifs. 

"Rien ne peut être réalisé sans sécurité", justifie le président nigérien Mahamadou Issoufou, sur le départ après deux mandats, et dont le pays accueille des bases militaires française et américaine.

Deux nouvelles attaques meurtrières ont été perpétrées en décembre, avant l'élection présidentielle : 34 personnes ont été tuées par Boko Haram dans le village de Toumour, près du Nigeria, tandis que dans l'ouest, l'armée a perdu sept hommes dans une embuscade.

Après les désastres de 2019 (plus de 250 morts) et début 2020, avec les attaques du groupe Etat islamique contre les camps militaires d'Inates (71 morts), Chinégodar (89 morts) et Sanam (14 morts), le ministre de la Défense et le chef d'état-major ont été remplacés, et l'armée a changé de stratégie. 

"Nous avons tiré les leçons de nos déboires. A un moment, c'était des attaques d'envergure quand nous avions des postes de reconnaissance statiques à la frontière (du Mali). Nous avons démobilisé ces camps. Aujourd'hui nos forces ont des positions dynamiques très mobiles", explique Mohamed Bazoum, candidat du parti au pouvoir à la présidentielle, donné favori du scrutin.

"Par rapport au Burkina ou au Mali, il y a une armée qui tient la route au Niger et la collaboration avec Barkhane (la force française antijihadiste au Sahel) est vraiment devenue efficace depuis le sommet de Pau (entre la France et les cinq pays du G5 Sahel en janvier 2020)", estime une source occidentale.

Une meilleure éducation pour les filles

Dans un entretien accordé à l'AFP, le favori de la présidentielle Mohamed Bazoum précise que "quelque soit les efforts réalisés (sur le plan économique et social), malheureusement, la croissance (économique) est obérée par la forte croissance démographique".

Avec 7,6 enfants par femme, le Niger, un des pays les plus pauvres du monde, détient le record planétaire de fécondité. Le taux de croissance annuel de la population est de 3,9% par an (record mondial aussi). A ce rythme, la population passera de 23 millions aujourd'hui à 70 millions en 2050 si rien ne change. 

"Nous allons porter l'accent sur l'éducation" des jeunes filles pour "les retenir le plus longtemps possible à l'école", assure M. Bazoum.

"Elles sont données en mariage à l'âge de 13 ou 14 ans",  dès la fin de l'école primaire, faute de pouvoir aller au collège, "et elles commencent à se reproduire. Ma recette, c'est de créer des internats dans les collèges ruraux. En restant en classe jusqu'en troisième on leur évitera deux ou trois couches. Et si elles peuvent poursuivre, tant mieux. Je mettrai toute mon énergie" pour appliquer cette mesure, promet M. Bazoum. 

"On leur donne le niveau d'instruction qui leur permet de contrôler leur corps.. Nous allons réduire le taux de fécondité. Sur 10 ans, on aura des résultats, espère-t-il.

De nombreux observateurs estiment qu'il est difficile de "changer les mentalités", et dans certaines zones du pays, des musulmans rigoristes se montrent hostiles à l'éducation des femmes, mais M. Bazoum est persuadé que la majorité des Nigériens vont adhérer. 

"J'ai rencontré des oulémas et chefs traditionnels qui sont impliqués dans ce combat sur la démographie. Ne croyez pas qu'il y ait une position doctrinaire des communautés sur ces questions. Ce que veulent les parents, c'est que les filles réussissent", assure M. Bazoum.

Guerre asymétrique 

Pour M. Bazoum, ancien ministre de l'Intérieur, le Niger doit aussi recruter plus de policiers et de gendarmes, plutôt que d'investir massivement dans des équipements militaires. 

"C'est une guerre asymétrique. Les grands convois militaires, les armements, c'est comme vouloir tuer une moucher avec un marteau", estime-t-il. 

"Nous allons renforcer les forces de sécurité intérieures pour lutter contre ces terroristes. Souvent c'est un groupe sur une ou deux motos qui rançonnent la population sous prétexte de zakat (impôt ou aumône islamique obligatoire) sur le bétail, plutôt qu'une menace de grande envergure", poursuit M. Bazoum. 

Autre axe de travail, intégrer dans la garde nationale des jeunes des régions touchées par le jihadisme. 500 jeunes de la région de Diffa ont été recrutés et formés pendant 9 mois et vont être déployés dans l'Est dans les jours qui viennent. 500 autres jeunes de la région de Tillabéri suivront un parcours similaire dans les prochains mois.

L'objectif est qu'ils apportent des renseignements aux militaires, mais aussi que les populations ne soient pas hostiles aux troupes, souvent perçues comme des forces étrangères. 

Mohamed Bazoum souligne qu'il est contre la création de milices ou de groupes d'autodéfense comme au Burkina ou au Mali, mais assure que l'intégration des jeunes "fera la différence". Il espère que ce sera "LA" solution pour contrer les jihadistes. 

"Mon pari à moi, c'est qu'au dernier trimestre 2021, je ramène toutes les populations déplacées (par les violences jihadistes) dans leurs villages et que nous en terminions avec cette situation qui dure depuis sept ans", promet-il sur la situation dans l'Est, avec la frontière avec le Nigeria.

Mais il estime que la solution définitive au problème jihadiste ne peut venir que du Mali et du Nigeria, d'où sont originaires les groupes. Solution qui de l'avis de tous ne peut pas être que militaire : il faut un développement économique avec du travail pour les jeunes pour éviter que ceux-ci soient attirés par le jihadisme.  


Des missiles Patriot redéployés en Crète face aux menaces iraniennes

Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
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  • Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer
  • Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale

ATHENES: Une batterie de missiles Patriot était en cours de transfert lundi de l'île de Karpathos, à l'extrême est de la Grèce, jusqu'en Crète, en raison de menaces iraniennes visant des bases américaines en Europe, a rapporté la presse grecque.

Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer.

Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale.

Toujours selon la presse, ce redéploiement fait suite à des informations selon lesquelles l'Iran envisagerait des attaques contre des cibles militaires américaines en Europe si le président Donald Trump intensifiait le conflit dans le détroit d'Ormuz.

Le ministère de la Défense grec n'a pas communiqué sur le sujet.

Selon un article du Financial Times (FT) publié la semaine dernière, citant des sources au sein du régime iranien, l'Iran ne se contentera plus de limiter sa riposte au Moyen-Orient et envisage de frapper des cibles américaines en Europe en cas de nouvelle escalade militaire américaine.

Selon ces deux sources, les forces iraniennes ont évalué la possibilité de frapper des installations américaines dans les Balkans et autour de la Méditerranée. Sont notamment évoquées la Bulgarie, où la base aérienne de Bezmer a autorisé son usage pour le ravitaillement d'appareils américains, entre juillet et octobre 2026, et Chypre, où une base britannique avait déjà été visée par un drone en mars.

La Grèce compte de plusieurs bases américaines, à Alexandroupoli – dans le nord du pays – et en Crète, à Souda.

Depuis la publication du FT, le ministère de la Défense nationale et l'état-major "étaient en état d'alerte", selon le quotidien de référence I Kathimerini.

Ce journal explique que la décision de déployer une batterie de Patriot en Crète a été fortement influencée par l'évaluation des capacités de l'arsenal iranien qui, selon les informations transmises à Athènes par les alliés, dispose encore d'un nombre suffisant de missiles balistiques d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, susceptibles de cibler des bases et des infrastructures en Europe du Sud-Est.

Les missiles Patriot avaient été transférés sur l'île de Karpathos,  au voisinage de la Turquie, en mars.

En mars dernier, après une attaque de drones menée par le Hezbollah libanais contre la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, la Grèce avait envoyé des F-16 et une frégate équipée d'un système de neutralisation de drones dans l'île.

Une autre batterie de Patriot grecque est par ailleurs déployée en Arabie Saoudite depuis septembre 2021, qui est déjà entrée en action à plusieurs reprises contre des missiles et drones iraniens visant le royaume.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.