Washington accuse les factions rivales d'avoir commis des «crimes de guerre» au Soudan

Une famille soudanaise qui a fui le conflit à Murnei, dans la région soudanaise du Darfour, est assise à côté de ses affaires en attendant d'être enregistrée par le HCR (Photo, Reuters).
Une famille soudanaise qui a fui le conflit à Murnei, dans la région soudanaise du Darfour, est assise à côté de ses affaires en attendant d'être enregistrée par le HCR (Photo, Reuters).
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Publié le Jeudi 07 décembre 2023

Washington accuse les factions rivales d'avoir commis des «crimes de guerre» au Soudan

  • L'armée soudanaise et ses rivaux paramilitaires «doivent mettre fin à ce conflit maintenant» selon Antony Blinken
  • Plus de 10 000 personnes ont été tuées, selon une estimation prudente du Armed Conflict

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont accusé mercredi les forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (FSR), opposées dans un conflit dévastateur depuis des mois, de s'être livrées à des "crimes de guerre", sans pour autant leur imposer de nouvelles sanctions dans l'immédiat.

"J'ai établi que des membres des Forces armées soudanaises et des Forces de soutien rapide ont commis des crimes de guerre au Soudan", affirme le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken dans un communiqué.

Il accuse "également des membres des FSR et des milices alliées d'avoir commis des crimes contre l'humanité et des actes de nettoyage ethnique".

L'armée soudanaise et ses rivaux paramilitaires "doivent mettre fin à ce conflit maintenant, se conformer à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et des droits de l'Homme, et traduire en justice les responsables d'atrocités", ajoute M. Blinken dans le communiqué.

Depuis le 15 avril, les forces fidèles au chef de l'armée Abdel Fattah al-Burhane, chef de l'Etat de facto du Soudan, sont en guerre contre les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) commandées par son ancien adjoint, Mohamed Hamdane Daglo.

Plus de 10.000 personnes ont été tuées, selon une estimation prudente du Armed Conflict and Event Data Project, et l'ONU affirme que 6,3 millions de personnes ont dû fuir leurs foyers.

L'armée soudanaise et les FSR "ont semé la violence, la mort et la destruction à travers le Soudan", ajoute M. Blinken dans le communiqué.

"Les civils ont fait les frais de ce conflit inutile", dit-il encore.

«Terreur»

Citant le cas des FSR et de milices alliées, elles "ont terrorisé les femmes et les filles par des violences sexuelles, en les attaquant chez elles, en les kidnappant dans la rue ou en prenant pour cible celles qui tentaient de fuir pour se mettre en sécurité", précise-t-il.

Des actes qui font "écho", poursuit-il, à la guerre au Darfour il y a vingt ans que les Etats-Unis ont qualifié de "génocide".

Au début des années 2000, les Janjawids - qui forment aujourd'hui le gros des troupes des FSR - avaient semé la terreur dans cette région de l'ouest du Soudan, agissant pour le compte du dirigeant de l'époque Omar el-Béchir.

L'annonce américaine de mercredi n'est pas assortie de nouvelles sanctions contre le Soudan mais le porte-parole du département d'Etat, Matthew Miller, ne l'a pas exclu.

"Le fait de ne pas annoncer de sanctions aujourd'hui ne signifie pas que nous n'imposerons pas de nouvelles mesures plus tard", a-t-il dit lors d'un point presse.

Les Etats-Unis ont pris jusqu'ici une série de sanctions visant par exemple un ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement Béchir ou des membres des FSR, mais se sont gardés de frapper au plus haut niveau.

Des experts de l'ONU ont récemment fait état de violences sexuelles généralisées au Soudan, parfois motivées par l'appartenance ethnique et utilisées comme "un instrument de guerre".

Les Etats-Unis et l'Arabie saoudite ont parrainé une deuxième série de négociations fin octobre à Jeddah, la ville portuaire saoudienne, visant à mettre fin aux combats entre les factions rivales, mais celles-ci sont au point mort "aucune des parties n'étant prête à tenir ses engagements", selon M. Miller.

De précédentes tentatives de médiation n'ont abouti qu'à de brèves trêves, qui ont systématiquement été non respectées.

Un influent sénateur démocrate, Ben Cardin, qui préside la commission des Affaires étrangères au Sénat, a appelé mercredi l'administration Biden, "au vu de la gravité de cette qualification", à nommer un émissaire spécial afin de "coordonner les efforts de nos alliés et partenaires pour mettre fin au conflit".


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.