L'envoyé du Soudan au Royaume-Uni accuse les FSR d'être à l'origine des effusions de sang

Le chargé d'affaires Khaled Mohamed Ali Hassan a déclaré à Arab News que les FSR devaient accepter une réintégration rapide dans les forces armées soudanaises (Photo, AN).
Le chargé d'affaires Khaled Mohamed Ali Hassan a déclaré à Arab News que les FSR devaient accepter une réintégration rapide dans les forces armées soudanaises (Photo, AN).
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Publié le Samedi 29 avril 2023

L'envoyé du Soudan au Royaume-Uni accuse les FSR d'être à l'origine des effusions de sang

  • «Le prix à payer par le peuple soudanais est très élevé à cause de cette rébellion», déclare Khaled Mohamed Ali Hassan à Arab News
  • Le chargé d'affaires remercie l'Arabie saoudite pour ses efforts en vue d'un cessez-le-feu et reproche aux médias occidentaux de donner une fausse image du conflit au Soudan

LONDRES: Le représentant du Soudan au Royaume-Uni a rejeté la responsabilité de la violence qui sévit dans son pays sur les Forces de soutien rapide (FSR), exigeant que le groupe paramilitaire dépose ses armes.

Le chargé d'affaires Khaled Mohamed Ali Hassan a déclaré à Arab News que les FSR devaient accepter une réintégration rapide dans les forces armées soudanaises et assumer la responsabilité de l'effusion de sang.

«Les FSR, qui faisaient autrefois partie de l'armée soudanaise, ont commencé ces violences en attaquant l'armée, son commandement général et même le général Abdel Fattah al-Burhan lui-même», a signalé Ali Hassan.

«Ces forces se sont comportées de manière imprudente, sans se soucier ni respecter le droit international humanitaire ni les normes de l'armée, car elles ne font pas patrie de  l'armée. En fait, il s'agit d'une milice. Elles ont pris des familles en otage et ont même utilisé des civils comme boucliers», a-t-il ajouté.

«Il faut que le monde sache qu'il ne s'agit pas d'une guerre entre deux généraux, mais d'une rébellion menée par ces forces rebelles, et que l'armée soudanaise y répond pour protéger les civils.»

Ali Hassan s'exprimait quelques heures après le début du dernier cessez-le-feu de 72 heures conclu entre les groupes belligérants sous l'égide de l'Arabie saoudite et des États-Unis, mais les précédents cessez-le-feu ayant été rapidement rompus, il n'avait guère confiance dans le maintien du cessez-le-feu actuel, faisant état d'une défaillance dans la communication et la coordination des FSR.

L'explosion de violence entre les FSR et les forces armées soudanaises survient quelques mois seulement après la conclusion d'un accord-cadre, permettant, comme beaucoup l'espéraient, de ramener le pays à un gouvernement civil après le coup d'État militaire d'octobre 2021.

Al-Burhan et le chef des FSR, Mohammed Hamdan Dagalo, également connu sous le nom de Hemeti, étaient tous deux signataires de l'accord du 5 décembre à Khartoum, aux côtés des dirigeants des Forces de la liberté et du changement — le plus grand groupe pro-démocratique du pays — et de 40 autres partis.

L'accord-cadre, qui ouvre la voie à une transition civile marquée par des élections démocratiques et le retour de l'armée dans ses casernes, stipule la nécessité d'un contrôle civil total sur tous les aspects de la société, avec un conseil de sécurité et de défense dirigé par le Premier ministre.

Tout en remerciant le gouvernement saoudien pour les efforts qu'il a déployés afin d'obtenir la dernière trêve, Ali Hassan a mis en garde contre les «pressions internationales négatives» qui, pointant du doigt l'accord-cadre conclu sous l'impulsion de l'Occident, sont, selon lui, en partie responsables du chaos actuel.

«Vous savez, dans nos discussions avec les Britanniques, nous leur avons toujours dit que l'accord-cadre créerait ce dont nous sommes témoins aujourd'hui parce qu'ils ont parlé d'intégrer les FSR dans le cadre de l'accord», a-t-il signalé.

«Mais dans le cadre des réunions, Hemeti a déclaré qu'il s'engagerait à l'intégration, mais sur une période de 10 ans. Pourquoi avait-il besoin de 10 ans? L'armée a dit que deux ans suffisaient.»

«Les FSR sont bien connues de l'armée. Leurs membres sont bien connus. Ils sont rémunérés sur le budget de l'armée. Ce n'est pas comme un mouvement rebelle très difficile à intégrer. Dix ans, c'est très long, et c'est l'une des raisons pour lesquelles nous assistons aujourd'hui à ces affrontements», a ajouté Ali Hassan.

Ali Hassan a également fustigé l'isolement par l’accord-cadre des «personnalités politiques très importantes» qui ont participé à l'accord de Juba de 2020, mettant fin à des décennies de violence au Soudan en accordant des droits économiques et fonciers et une représentation politique aux différentes parties concernées.

Interrogé sur ce qui pourrait mettre fin au conflit actuel, il a déclaré que les FSR devaient déposer leurs armes et rejoindre les forces armées soudanaises, soulignant que les individus qui respectent cet engagement seraient amnistiés par Al-Burhan.

Ali Hassan a déclaré que si le FSR persistent dans ces attaques, il est convaincu que les forces armées soudanaises mettront fin à la situation, ajoutant que «d'après ce que nous voyons sur le terrain, cela arrivera bientôt».

Il a ajouté que les forces armées soudanaises «ont déclaré que leur première priorité était de mettre fin à cette rébellion et qu'après cela, elles pourraient peut-être s'asseoir à la table des négociations afin d'intégrer les FSR à l'armée, de leurs permettre de déposer les armes et de faire partie de l'armée soudanaise».

Il a indiqué que l'armée avait également accepté une initiative proposée par Djibouti, le Kenya et le Sud-Soudan, selon laquelle les trois pays d'Afrique de l'Est serviraient de médiateurs pour les négociations entre les FSR et les forces armées soudanaises, ajoutant que cette initiative «pourrait offrir quelque chose de plus avancé qu'un cessez-le-feu».

Soulignant sa gratitude pour les efforts déployés par l'Arabie saoudite pour négocier la série de cessez-le-feu, il a affirmé qu'une paix durable résulterait de la conception de «solutions africaines pour les défis africains», avec le soutien de ceux qui «comprennent vraiment» ce qui se passe au Soudan.

Ali Hassan a toutefois mentionné que ces efforts n'étaient pas soutenus par la description occidentale du conflit comme une «bataille entre égaux» plutôt que comme la «rébellion qu'elle est.»

Il a ajouté: «Les médias occidentaux essayent de présenter cette affaire comme une guerre entre deux généraux, mais ce n'est pas vrai car l'armée soudanaise est une armée professionnelle vieille de plus de 100 ans, compétente et composée de recrues venant de tout le Soudan.»

«Elle représente différentes ethnies et différentes tribus de tout le Soudan et tout le monde peut se reconnaître dans cette armée qui répond à l'attaque d'un groupe rebelle.»

«C'est donc la première chose que doivent faire les puissances internationales ou régionales qui veulent intervenir: s'attaquer correctement à ce qui se passe.»

«Il faut faire passer le message qu'il s'agit d'une rébellion, car si cela se produisait dans n'importe quel autre pays, même au Royaume-Uni, l'armée réagirait comme l'a fait la nôtre.»

Quelques instants avant de s'entretenir avec Arab News, Ali Hassan était en réunion avec le ministre britannique des Affaires étrangères, James Cleverly.

Selon Ali Hassan, Cleverly a demandé qu'un message de remerciement soit transmis aux forces armées soudanaises pour les efforts qu'elles ont déployés afin de faciliter l'évacuation des ressortissants britanniques du Soudan lorsque les violences se sont amplifiées au cours des derniers jours.

«Cette réunion nous a également permis de discuter de la situation humanitaire au Soudan et nous avons évoqué les besoins de notre peuple à cause du manque de nourriture et de médicaments», a révélé Ali Hassan.

«Cleverly a déclaré qu'il examinerait l'aide que le Royaume-Uni pourrait offrir lorsqu'il s'entretiendrait avec le gouvernement, mais vous savez, le prix à payer est très élevé pour le peuple soudanais en raison de cette rébellion, avec les attaques qui ont touché des hôpitaux, des écoles et des universités.»

«Les médecins ne peuvent pas se rendre dans les hôpitaux parce que les routes ont été bloquées, ce qui rend la situation très difficile pour la population», a-t-il alerté.

Ali Hassan a soutenu qu'il ne pensait pas que le conflit s'étendrait au-delà des frontières du Soudan, soulignant que l'armée avait pris le contrôle de la plupart des États du pays et que des efforts étaient déployés afin d’apaiser les tensions dans l'ouest du Darfour alors que l'armée se concentre sur Khartoum.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: Israël dit avoir mené mercredi sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le 28 février

« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
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  • L’armée israélienne a mené la plus vaste frappe coordonnée contre le Hezbollah depuis le début du conflit, visant une centaine de cibles à Beyrouth, dans la Bekaa et le sud du Liban
  • Malgré le cessez-le-feu avec l’Iran, Israël confirme que le Liban n’est pas concerné et que les opérations contre le Hezbollah vont se poursuivre

BEYROUTH: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé mercredi une centaine d'objectifs du Hezbollah à travers le Liban, affirmant qu'il s'agissait de "la plus grande frappe coordonnée" contre le mouvement pro-iranien depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, le 28 février.

"En l'espace de 10 minutes et simultanément dans plusieurs zones, [les forces israéliennes ont attaqué] une centaine de postes de commandement et d'infrastructures militaires" du mouvement islamiste libanais à travers le pays voisin, indique un communiqué militaire israélien.

Les frappes ont visé des objectifs à Beyrouth, dans la plaine de la Bekaa (est du Liban) ainsi que dans le sud du pays, selon l'armée israélienne.

Les frappes israéliennes sur Beyrouth, les plus violentes depuis le début de la guerre, ont provoqué des scènes de panique dans la capitale à une heure de grande affluence, selon des journalistes de l'AFP.

Ennemi d'Israël et allié de Téhéran, le Hezbollah s'était joint le 2 mars à la guerre régionale.

Le cessez-le-feu de 15 jours avec l'Iran décrété dans la nuit par le président américain Donald Trump "n'inclut pas le Liban", a affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. "La bataille continue au Liban, a ensuite déclaré l'armée israélienne

"Nous continuerons de frapper l'organisation terroriste Hezbollah et exploiterons chaque occasion qui se présente sur le plan opérationnel", a dit le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major de l'armée, cité dans un communiqué militaire.

"Nous ne transigerons pas sur la sécurité des habitants du nord d'Israël [et] nous continuerons de frapper avec détermination", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne avait annoncé mardi avoir achevé dans le sud du Liban le déploiement de ses troupes au sol jusqu'à une "ligne de défense avancée" destinée à maintenir le nord d'Israël à l'abri des tirs de roquettes antichars du Hezbollah, dont la portée est évaluée à une dizaine de kilomètres.


Le Liban fait état de huit morts dans une frappe israélienne à Saïda

Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
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  • Une frappe israélienne à Saïda, au Liban, a fait au moins 8 morts et 22 blessés parmi les civils, causant d’importants dégâts sur le front de mer
  • L’attaque survient malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis, l’Iran et leurs alliés, dont l’application au Liban reste floue et contestée

BEYROUTH: Une frappe israélienne a fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé, alors que Washington et ses alliés se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu avec l'Iran.

"La frappe de l'ennemi israélien sur Saïda, dans le sud du Liban, a fait, selon un bilan provisoire, huit morts parmi la population civile et 22 blessés", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Un photographe de l'AFP présent sur les lieux de l'attaque, qui a touché le front de mer de cette ville côtière, a vu des flammes s'élever d'un café aux vitres brisées qui jonchaient la chaussée.

Les pompiers s'efforçaient d'éteindre l'incendie tandis que l'armée bouclait le secteur. Des voitures stationnées à proximité ont également été endommagées.

"Nous avons été informés d'une frappe sur la route du front de mer à Saïda. Nous avons envoyé deux équipes, mais celles-ci ont demandé des renforts en raison du nombre élevé de victimes", a indiqué à l'AFP Louay Sabeh, secouriste au sein d'une association locale.

Les équipes de secours ont transporté au moins six blessés depuis les lieux de l'attaque, a-t-il précisé.

Cette frappe est survenue peu avant que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme que les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés avaient accepté un cessez-le-feu de deux semaines "partout", y compris au Liban.

Le Pakistan a joué le rôle de médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran dans le but de mettre fin à plus de cinq semaines de guerre au Moyen-Orient.


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »