Immigration: Le gouvernement se déchire, Macron espère un «compromis intelligent»

Emmanuel Macron a remis un coup de pression depuis Bruxelles sur sa Première ministre Elisabeth Borne (Photo, AFP).
Emmanuel Macron a remis un coup de pression depuis Bruxelles sur sa Première ministre Elisabeth Borne (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 16 décembre 2023

Immigration: Le gouvernement se déchire, Macron espère un «compromis intelligent»

  • Le chef de l'Etat, qui avait souhaité parvenir «vite» à un accord, a remis un coup de pression depuis Bruxelles sur sa Première ministre Elisabeth Borne
  • Elisabeth Borne et ses proches poursuivent une cour insistante auprès des Républicains, en position de force, pour tenter de leur arracher des concessions

PARIS: Emmanuel Macron a souhaité vendredi un "compromis intelligent" sur le projet de loi immigration, rejeté lundi par l'Assemblée et désormais au coeur d'intenses négociations entre le gouvernement et la droite, dont l'issue divise ministres et majorité.

Le chef de l'Etat, qui avait souhaité parvenir "vite" à un accord, a remis un coup de pression depuis Bruxelles sur sa Première ministre Elisabeth Borne, qui consulte tous azimuts depuis le début de la semaine.

Il a appelé à un "compromis intelligent" au nom de "l'intérêt général", précisant qu'il tirerait "les conséquences" du résultat des discussions en cours.

La cheffe du gouvernement et ses proches poursuivent une cour insistante auprès des Républicains, en position de force, pour tenter de leur arracher des concessions même minimes susceptibles d'apaiser la majorité au bord de la crise de nerfs.

Le ministre délégué aux Relations avec le Parlement Franck Riester a déclaré vendredi sur franceinfo qu'il avait "confiance" en LR. "Ils ne nous mentent pas", a-t-il ajouté.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, en déplacement vendredi à Calais, a de son côté lancé un avertissement en cas d'échec des négociations: "Il y a un risque en effet très important que si nous n'étions pas d'accord, le grand gagnant, ce ne soient ni les Républicains, ni la majorité présidentielle, mais le Rassemblement national, qui ne veut pas de solution, qui ne veut que des problèmes".

Après avoir reçu à deux reprises les dirigeants de la droite, avant une nouvelle rencontre prévue dimanche soir, la Première ministre a exposé jeudi à ses ministres puis à sa majorité les "grands équilibres" du texte susceptible d'être discuté lundi par les sept sénateurs et sept députés de la Commission mixte paritaire (CMP), ont rapporté plusieurs ministres.

Echange âpre

Le gouvernement et Emmanuel Macron ont choisi de confier à la CMP la tâche de définir un texte de compromis, après l'adoption par l'Assemblée d'une motion rejetant le projet de loi. Elle devra travailler sur la base du texte durci le mois dernier par le Sénat, majoritairement à droite.

Devant ses ministres, la cheffe du gouvernement a parlé d'un texte qui serait amputé de la réforme de l'Aide médicale d'Etat (AME) pour les sans-papiers, qui ne reprendrait pas l'allongement des délais de séjour en France pour bénéficier des prestations sociales et certaines dispositions du code de la nationalité.

Le texte conserverait en revanche un article sur la régularisation au cas par cas des sans-papiers dans les métiers en tension qui serait à la discrétion des préfets. La majorité était favorable à une formule plus large et moins restrictive.

La réunion d'Elisabeth Borne avec ses ministres s'est révélée "très tendue", selon plusieurs participants.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a eu notamment un échange âpre avec la Première ministre.

Celle-ci venait de demander à chacun des membres de son gouvernement de "mesurer ses propos" et de "ne pas interférer dans la discussion en cours", visant sans le nommer le locataire de Bercy, qui avait appelé le gouvernement à "reprendre la version" du texte issue du Sénat, tout en demandant à LR de la "mansuétude" dans les négociations.

Le ministre de l'Economie a répondu qu'il ne changerait "pas une virgule" de ce qu'il avait déjà dit, à savoir qu'il fallait reconnaître que le rejet du texte était "un échec" pour le gouvernement.

Bruno Le Maire a "mis les pieds dans le plat", glisse une source au sein de l'exécutif.

Doutes

Des ministres ont en outre émis des doutes sur l'adoption par les deux chambres si la CMP validait un texte très marqué à droite. En gagnant le soutien des LR, le gouvernement ne perdrait-il pas celui de la gauche de la macronie ?

Et quand Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, a demandé si l'exécutif était "sûr que si on faisait l'effort de conclure une CMP, les LR seraient suffisamment nombreux" pour obtenir une majorité, la cheffe du gouvernement lui a demandé "d'arrêter de dire cela, ça les braque". Elle a fait remarquer que de nombreux textes avaient été votés avec les voix de la droite.

"Il n'y a pas que la réunion des ministres à Matignon qui s’est mal passée. La réunion de groupe s’est mal passée. Les chapelles se reconstituent", note avec inquiétude un cadre du camp présidentiel.

Un autre conseiller juge la situation "pathétique" avec les Républicains qui "recommencent" à "faire tourner tout le monde en bourrique".

Les députés MoDem, réunis vendredi, n'avaient toujours exprimé leur position.


Un défilé «massif» et européen pour le dernier 14-Juillet d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
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  • Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin"
  • Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu

PARIS: Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens.

Près de 6.700 troupes à pied, 98 avions, 31 hélicoptères et 315 véhicules: jamais autant de militaires n'auront défilé sur les Champs-Elysées afin d'illustrer "le réarmement de la France, l'autonomie stratégique de la France et le réveil stratégique européen", selon l'Elysée.

Au lendemain d'un nouveau sommet dans la capitale française des 37 pays de la "coalition des volontaires" pour l'Ukraine, la France met à l'honneur des contingents de chacun de ces pays -500 défilants au total- ainsi que 25 militaires ukrainiens qui défileront à leur suite.

Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin", alors que la Russie menace la sécurité du continent et que les Etats-Unis de Donald Trump sont perçus comme imprévisibles.

Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu, afin de dissuader la Russie de toute nouvelle offensive. "Une coalition d'illuminés et de va-t-en-guerre", a réagi lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky ainsi que 24 chefs d'Etat ou de gouvernement européens, parmi lesquels l'Allemand Friedrich Merz, le Britannique Keir Starmer, le Polonais Donald Tusk ou encore la Danoise Mette Frederiksen, doivent assister au défilé.

"Le message que nous envoyons au monde est le suivant: oui, la paix est notre but, oui, nous chérissons la liberté et le droit. Et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre toujours et au prix du sang s'il le faut", a déclaré le chef de l'Etat lors de son traditionnel discours aux Armées à la veille de la fête nationale.

"Signalement stratégique" 

Le défilé sera ouvert par la Patrouille de France suivie de deux Mirage 2000 français, avec à leur bord des copilotes ukrainiens formés en France. Des avions de dix pays européens y participeront également.

Pour son dernier défilé en tant que chef des Armées, Emmanuel Macron, qui avait invité le président américain Donald Trump pour son premier en 2017, entend aussi montrer la remontée en puissance des armées sous sa présidence, au cours de laquelle le budget de défense aura doublé.

"L'engagement a été tenu, les faits sont là et l'histoire jugera", a-t-il fait valoir lundi.

La loi de programmation militaire, dont l'actualisation a été approuvée le 1er juillet par le Parlement, prévoit 436 milliards d'euros sur la période 2024-2030, soit 36 milliards de plus que dans sa version adoptée en 2023.

Selon l'Elysée, "il faut concevoir ce défilé comme un signalement stratégique, c'est-à-dire un message que la France envoie, celui d'armées puissantes qui sont capables d'entrer en premier dans un conflit, de combattre".

La France entend donc montrer ses muscles avec des avions qui voleront au-dessus des Champs-Elysées avec des maquettes d'armements sous les ailes, une première pour un 14-Juillet, ou encore des hélicoptères qui défileront "au-dessus des chars, de façon à reproduire un petit peu ce qui se passe sur le champ de bataille", explique-t-on à l'Elysée, qui entend montrer "une armée modernisée prête au combat".

Au cours du défilé seront également mis à l'honneur les militaires français déployés sur le flanc Est de l'Europe, notamment en Estonie et en Roumanie, ainsi que la Marine nationale qui célèbre ses 400 ans.


14 juillet : dans un Golfe en transformation, la France mise sur des partenariats de long terme

De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
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  • Les pays du Golfe redéfinissent leurs partenariats autour de la sécurité, de l’innovation et de la création de valeur à long terme, au-delà des seuls échanges commerciaux
  • La France, grâce à son ancrage historique et à une coopération diversifiée, reste un partenaire stratégique pour des pays comme Oman et les Émirats arabes unis

DUBAÏ: Le 14 juillet ne se limite pas à la célébration de l’histoire et des valeurs françaises. Il offre aussi un regard sur la place de la France auprès de ses partenaires internationaux. Dans le Golfe, où les équilibres économiques et géopolitiques évoluent rapidement, les attentes en matière de coopération changent. Les États de la région ne recherchent plus uniquement des fournisseurs ou des investisseurs, mais des partenaires capables de s’inscrire dans la durée.

Sécurité, diversification économique, innovation technologique, souveraineté industrielle et développement des compétences sont désormais au cœur des relations entre les pays du Golfe et leurs partenaires internationaux. Dans un environnement régional en mutation rapide, les questions de défense et de sécurité sont de plus en plus liées aux enjeux économiques.

La relation entre la France et Oman illustre cette évolution. Pour Lionel Rabin, fondateur et Managing Director de Haltiqa – Bridging Energies et président du Oman–France Joint Business Council, « la relation avec la France illustre ce qui définit aujourd’hui un partenariat stratégique de long terme : la confiance, la continuité et la capacité à contribuer concrètement aux priorités nationales ».

Selon lui, la coopération franco-omanaise s’est progressivement étendue « à la défense, à l’énergie, à la logistique, aux infrastructures, à l’industrie, aux technologies et à l’intelligence artificielle », avec l’objectif de transformer le dialogue politique en projets économiques concrets.

Cette évolution concerne également les Émirats arabes unis, où la relation avec la France s’est renforcée autour de secteurs stratégiques. Agnès Lopez Cruz, directrice de la CCI France-Émirats, souligne que ce partenariat repose sur « la qualité et la continuité du dialogue », mais aussi sur une coopération élargie à « l’énergie, l’innovation, les technologies de pointe et, de plus en plus, l’intelligence artificielle ».

Face aux incertitudes régionales et à la volonté des pays du Golfe de diversifier leurs économies, la France conserve plusieurs atouts : une présence historique, un dialogue stratégique établi et une coopération qui dépasse désormais les secteurs traditionnels.

À l’occasion du 14 juillet, l’enjeu est donc moins de dresser le bilan d’une relation historique que d’observer sa transformation. Dans un Golfe qui cherche à construire de nouveaux équilibres, les partenariats se mesurent désormais à leur capacité à accompagner les ambitions nationales sur le long terme.


Iran: pas de levée de sanctions «tant que» Téhéran ne renonce pas à son programme nucléaire 

Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région. (AFP)
  • "Il n'y aura aucune levée de sanctions sur le régime iranien tant qu'il n'aura pas renoncé à son programme nucléaire, renoncé à son projet révolutionnaire qui déstabilise sa région, renoncé à son programme de missiles balistiques"
  • Interrogé sur le regain de tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, le ministre français s'est refusé à dire que la guerre avait repris

PARIS: Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région.

"Il n'y aura aucune levée de sanctions sur le régime iranien tant qu'il n'aura pas renoncé à son programme nucléaire, renoncé à son projet révolutionnaire qui déstabilise sa région, renoncé à son programme de missiles balistiques dont certains pourraient un jour être en capacité de viser l'Europe", a déclaré Jean-Noël Barrot sur BFM TV/RMC.

"Et tant qu'il n'aura pas rendu aux Iraniens la liberté de construire leur propre avenir", a-t-il ajouté.

Interrogé sur le regain de tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, le ministre français s'est refusé à dire que la guerre avait repris.

"Le constat, c'est qu'il y a un accord qui a été trouvé et qui permet des choses très simples, c'est-à-dire l'arrêt des hostilités, la réouverture du détroit d'Ormuz et le démarrage d'une négociation pour encadrer strictement le programme nucléaire iranien", a-t-il dit.

Il a de nouveau appelé toutes les parties à revenir "au protocole de négociation qui a été fixé par cet accord parce que (...) elles n'ont aucun intérêt à l'escalade".

Les Etats-Unis ont encore bombardé l'Iran, Téhéran ripostant lundi en visant des pays de la région alliés de Washington, des frappes d'une ampleur sans précédent des deux côtés depuis le cessez-le-feu du 8 avril.