L'armée ukrainienne en panne de nouvelles recrues pour le front

Des équipages de chars ukrainiens participent à un exercice non loin de la ligne de front en direction de Bakhmout, dans la région de Donetsk, le 15 décembre 2023, en pleine invasion russe de l'Ukraine (Photo, AFP).
Des équipages de chars ukrainiens participent à un exercice non loin de la ligne de front en direction de Bakhmout, dans la région de Donetsk, le 15 décembre 2023, en pleine invasion russe de l'Ukraine (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mercredi 20 décembre 2023

L'armée ukrainienne en panne de nouvelles recrues pour le front

  • Après l'échec de la contre-offensive ukrainienne estivale dans le sud, qui s'est fracassée sur une solide défense russe, les troupes de Moscou ont repris l'initiative depuis l'automne et sont à l'attaque sur plusieurs secteurs, en particulier dans l'Est
  • En face, les Ukrainiens peinent à défendre après deux années éprouvantes

BAKHMOUT: Après 22 mois d'une guerre coûteuse en hommes, l'armée ukrainienne peine à trouver des nouvelles recrues pour aller au front, combattre des forces russes de nouveau à l'offensive.

"Nos unités manquent de personnel. Nous avons besoin de jeunes, de moins de 40 ans, et motivés": s'inquiète le major Oleksandre Volkov, commandant d'un bataillon de la 24e brigade mécanisée.

Ce matin-là, l'officier a préféré annuler une séance d'entraînement en extérieur près de Bakhmout pour de nouvelles recrues, à cause du gel, afin d'éviter que ses hommes ne se blessent.

Seuls seront dispensés des cours en salle sur le démontage et le remontage d'armes individuelles et les premiers secours.

"La société d'aujourd'hui a probablement été abusée par certains médias, affirmant que tout va bien (pour l'armée ukrainienne), que nous battons l'ennemi et que la victoire aura lieu dans un avenir proche", regrette le major.

"Mais la situation actuelle n’est pas si simple. L’ennemi est vraiment très fort, très puissant. Et nous faisons tout pour le retenir et le battre", ajoute-t-il.

Après l'échec de la contre-offensive ukrainienne estivale dans le sud, qui s'est fracassée sur une solide défense russe, les troupes de Moscou ont repris l'initiative depuis l'automne et sont à l'attaque sur plusieurs secteurs, en particulier dans l'Est.

Adrénaline et exaltation 

Koupiansk, Bakhmout, Avdiïvka, Marinka...: disposant de plus de ressources humaines et de munitions, l'armée russe grignote lentement du terrain, en dépit d'importantes pertes en hommes et en matériel.

En face, les Ukrainiens peinent à défendre après deux années éprouvantes, dans la chaleur des étés, la boue et la neige des hivers, et les bombardements constants sur les tranchées.

Certains qui combattent depuis le début le 24 février 2022 sont épuisés. Les tués et les blessés ont du mal à être remplacés, les volontaires se faisant plus rares.

Au début du conflit, "tout se passait dans l'adrénaline, dans une sorte d'exaltation (...), tout le monde s'est précipité pour se battre et il n'y a donc eu aucun problème" d'effectifs, avance le lieutenant Igor Prokopiak, commandant de compagnie.

"Mais avec le temps, ça s'est calmé. Les gens ont eu accès aux réseaux sociaux, ils ont vu le côté terrible de la guerre, cruel. Cette adrénaline initiale s'est dissipée, le cerveau s'est réveillé, la peur est apparue et, par conséquent, les gens ont commencé à craindre pour leur vie", poursuit l'officier de 32 ans.

Oleksandre Volkov constate que les civils "n'ont pas vraiment envie de rejoindre les forces armées".

Et la moyenne d'âge des soldats sur le front augmente. Le major cite son unité qui compte 40% de 45 ans et plus.

"J'ai vu beaucoup de jeunes dans la vie civile, je ne sais pas pourquoi ils ne sont pas mobilisés", note M. Volkov.

«Au tour des autres»

"Il faut que l'Etat réponde, qu'il recrute, qu'il remplace les unités, qu'il remplace les gens qui combattent depuis deux ans déjà, moi y compris", insiste-t-il.

Depuis quelques semaines, des épouses de soldats manifestent aussi à Kiev pour réclamer le retour de leur époux du front, avec entre autres slogans: "Maintenant, c’est au tour des autres".

Mardi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué lors d'une conférence de presse à Kiev que le commandement militaire avait "proposé de mobiliser 450 000 à 500 000 personnes".

Qualifiant le sujet de "très sensible", il a ajouté avoir besoin de "davantage d'arguments soutenant cette idée" avant de la valider car il s'agit d'un "chiffre très important".

Le 1er décembre, il avait déjà demandé au commandement militaire de revoir le système de recrutement.

Le major Volkov, de son côté, critique les bureaux de mobilisation trop "soviétiques", avec leur approche où "la qualité est secondaire". "Ils sont focalisés uniquement sur le résultat quantitatif".

Le système a aussi été gangréné par la corruption qui permettait aux conscrits d'échapper à l'armée. Le président Zelensky a dû limoger l'été dernier tous les responsables régionaux chargé du recrutement.

Taras, lui, ne sait pas pourquoi il n'a pas été mobilisé plus tôt. Il vient d'arriver dans l'unité du major Volkov et suit l'entraînement avec d'autres recrues.

"J'ai été arrêté dans la rue et j'ai reçu une invitation au bureau d'enregistrement militaire. Alors j'y suis allé", dit cet employé municipal de 38 ans de la région de Transcarpathie, région occidentale à plus de 1 000 km du front.

"Pour être honnête, plus je suis proche (de la ligne de front), plus c'est intéressant, plus j'en comprends la nécessité. Chez nous, c'est vraiment très loin de tout ça, donc la vie y est très calme", explique-t-il.

"Maintenant, je comprends qu'il m'aurait fallu venir plus tôt. Parce que l’Ukraine doit être défendue".


Un "projectile inconnu" frappe un cargo dans le détroit d'Ormuz, selon l'UKMTO

Des navires naviguent près du détroit d’Ormuz, au large de la côte est des Émirats arabes unis, à Khor Fakkan, le 13 juillet 2026. (AFP)
Des navires naviguent près du détroit d’Ormuz, au large de la côte est des Émirats arabes unis, à Khor Fakkan, le 13 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Un cargo a été touché par un « projectile inconnu » dans le détroit d’Ormuz, selon l'agence maritime britannique UKMTO
  • Aucun blessé ni dégât n'a été signalé à ce stade

DUBAI: Un "projectile inconnu" a frappé un cargo dans le détroit d'Ormuz, a alerté l'agence maritime britannique UKMTO dans la nuit de lundi à mardi, sans faire mention d'éventuels blessés ou dégâts.

Un cargo, dont le nom n'a pas été précisé, a signalé à l'UKMTO avoir été "touché par un projectile inconnu", selon le communiqué de l'organisation. Les faits sont survenus à quelque 20 milles nautiques (37 kilomètres) au nord-est de la ville omanaise d'Al Khasab, de même source.


Trump assure que les discussions avec Téhéran ont repris, malgré le démenti iranien

Le président américain Donald Trump a déclaré lundi que des négociations avec l’Iran étaient en cours malgré les démentis de Téhéran. (Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré lundi que des négociations avec l’Iran étaient en cours malgré les démentis de Téhéran. (Reuters)
Short Url
  • Trump affirme que des négociations sont en cours avec l’Iran et les présente comme une « dernière chance » pour parvenir à un accord, notamment sur le détroit d’Ormuz. Téhéran dément
  • Les tensions restent fortes dans la région, avec des discussions entre l’Iran et Oman sur Ormuz et un incident visant un cargo dans le détroit

WASHINGTON: Donald Trump a affirmé lundi que des négociations avec l'Iran avaient lieu "en ce moment même", malgré le démenti de Téhéran peu auparavant, le président américain affirmant que ces discussions représentaient "la dernière chance" pour le pays d'obtenir un bon accord.

Dans un échange avec des journalistes à la Maison Blanche, le président américain a assuré que ces pourparlers se déroulaient "à la demande" de Téhéran, et avec le "soutien" de l'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis ainsi que du Qatar.

"C'est la dernière chance qu'ont les Iraniens de signer un bon document", a-t-il déclaré.

Selon Donald Trump, ces discussions portent en particulier sur une réouverture, possible selon lui "dès demain", du détroit d'Ormuz.

Auparavant, il avait fustigé dans un message sur son réseau Truth Social la "duplicité incroyable" des dirigeants iraniens.

"Ils demandent une rencontre (...), les discussions commencent, d'autres sont prévues dans un futur immédiat, et ils disent, publiquement et fièrement, qu'ils n'ont aucune discussion", a-t-il écrit sur sa plateforme.

Le président américain avait menacé il y a quelques jours de "frapper fort" la République islamique, avant d'annoncer suspendre ses plans de bombardements massifs dans une nouvelle volte-face, alternant à plusieurs reprises ces dernières semaines menaces et annonces de pourparlers.

- Situation tendue -

La réponse de l'Iran est arrivée lors du point presse hebdomadaire de sa diplomatie: "nous ne négocions pas avec les Etats-Unis en ce moment. Nous négocions avec Oman pour sécuriser un passage dans le détroit d'Ormuz", a affirmé Esmaïl Baghaï.

La veille déjà, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères avait parlé d'un accord proche avec Oman pour rouvrir cette voie cruciale pour le commerce mondial d'hydrocarbures, de nouveau verrouillée depuis que le protocole d'accord américano-iranien a volé en éclats début juillet.

L'Iran, qui ne veut pas d'un retour à la situation d'avant-guerre, n'autorise pour l'heure qu'un seul itinéraire le long de ses côtes.

Le sultanat omanais, qui avait déclenché la colère de Téhéran en juin en ouvrant une route alternative dans le détroit, n'a pas fait de déclaration pour l'instant.

"Nous sommes sur le point de parvenir à un accord sur une route acceptable pour les deux parties - ni la route nord, ni la route sud -, dans le respect des droits souverains de chaque pays et la garantie de nos intérêts nationaux et de notre sécurité", avait assuré dimanche Esmaïl Baghaï.

Vers 00H30 GMT, le cours du baril de WTI nord-américain gagnait 0,49% à 80,73 dollars, et celui de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, progressait de 0,60% à 84,27 dollars. Les prix tentaient un timide sursaut après avoir lourdement chuté la veille sur fond d'espoirs de négociations entre Iran et Etats-Unis.

Le Brent avait brièvement dépassé 100 dollars le baril fin juillet.

En attendant, la situation dans le détroit d'Ormuz reste tendue. L'agence de sécurité maritime britannique UKMTO a rapporté dans la nuit de lundi à mardi qu'un cargo y avait été frappé par un "projectile inconnu", sans faire état dans l'immédiat d'éventuels blessés ou dégâts.

- "Nouveau mensonge" -

Donald Trump avait conditionné la suspension des frappes américaines à la conclusion rapide d'un accord avec Téhéran, en particulier sur le détroit.

Il a avancé lundi que celui-ci était "totalement contrôlé" par la marine américaine, et averti que le blocus américain des ports iraniens ne serait levé qu'en cas d'"accord" ou de "capitulation totale".

Les hostilités, déclenchées fin février par une offensive américano-israélienne sur Téhéran, ont globalement cessé en avril avant de reprendre début juillet.

Selon des médias américains, Washington envisageait de nouveaux bombardements massifs au cours du week-end, notamment contre des infrastructures énergétiques.

Donald Trump a dit avoir renoncé à cette nouvelle attaque à la demande de pays de la région, qui selon lui "pensent qu'on a un accord".

Il a affirmé que la requête provenait de l'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, du Qatar et de l'Iran lui-même, ce que Téhéran a également démenti, évoquant un "nouveau mensonge" du président américain.

La guerre s'est étendue récemment, avec un nouveau front en mer Rouge, où les rebelles yéménites houthis, soutenus par l'Iran, ont annoncé imposer un blocus aux navires saoudiens et ont depuis revendiqué des attaques contre des pétroliers et des installations pétrolières du royaume.


Après l'afflux migratoire à Ceuta, mesures sécuritaires en France et Italie

Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • L'Italie et la France renforcent leurs contrôles aux frontières avec l'Espagne après l'entrée illégale d'environ 60.000 migrants à Ceuta
  • Cette crise ravive les tensions au sein de l'UE, tandis que Madrid appelle à l'unité et renforce les moyens de sécurité à Ceuta

CEUTA: L'Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles frontaliers avec l'Espagne après l'entrée illégale cette semaine de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole de Ceuta, ouvrant une crise au sein de l'Union européenne.

Dès jeudi, l'Italie avait annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark. Mais la proposition a été qualifiée de "démagogique" par l'Espagne.

La portée de cette proposition reste incertaine, des juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.

Par ailleurs, à compter de samedi selon le ministère italien de l'Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d'Espagne.

En France, le nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, a annoncé vendredi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne".

De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: "ce n'est pas le moment de se diviser. C'est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie".

Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l'extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.

- "Pas de futur" -

"Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d'une conférence de presse vendredi, soit "70% de la population de Ceuta", et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.

La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.

Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).

Dans la nuit de vendredi à samedi, des groupes de jeunes erraient dans les rues et le long de la plage de Ceuta, où sont déployés de nombreux militaires, notamment autour du port d'où partent les ferries pour le continent européen.

Vendredi soir, de nombreux policiers patrouillaient dans les rues de la ville, certains à moto poursuivant des groupes de jeunes hommes pour les disperser, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Sur une plage, des dizaines d'hommes dormaient dans le sable, et certains ont allumé des feux, à quelques mètres d'un véhicule de police.

"Ils viennent car ils n'ont pas de futur au Maroc, ils tentent le rêve européen", selon Mohamed, 35 ans chauffeur de taxi à Ceuta qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

Au poste-frontière aux alentours de minuit, devant un important déploiement policier et militaire, de nombreux jeunes rebroussaient chemin. Certains saluent les militaires qui leur indiquent la porte d'un "adiós!", ou "good bye!" avant de retraverser la frontière.

"La prochaine fois, je viens avec le passeport!", lance Oussam aux militaires, en se dirigeant vers la frontière. Le jeune homme de 25 ans, qui tient un salon de coiffure, dit avoir voulu quitter son pays car "c'est la misère au Maroc, on n'a pas de futur". Il est venu en nageant "trois kilomètres" : il rêve lui aussi de l'Europe mais en attendant, il rentre chez lui "pour prendre une douche et manger", car comme beaucoup, il n'a rien avalé depuis deux jours.

- Crise migratoire -

Arrivé vendredi matin avec son ministre de l'Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.

Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé l'envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu'un bateau et des drones.

A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l'enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à "l'invasion d'un pays", accusant sur X l'Espagne de mener des "efforts délibérés" ayant favorisé cette immigration clandestine.

Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d'un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l'Espagne.

Plus de 10.000 migrants avaient alors atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours.