2020, une année pleine d’imprévus pour le «maître des horloges»

Si le candidat Macron, qui avait pour objectif affiché de transformer la France par des réformes profondes, évalue le bilan du président Macron trois ans après son élection, il verra la France bel et bien transformée, mais pas par sa propre volonté. Il verra une France amoindrie, appauvrie et ralentie par les pires crises qu’elle a connues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. (AFP).
Si le candidat Macron, qui avait pour objectif affiché de transformer la France par des réformes profondes, évalue le bilan du président Macron trois ans après son élection, il verra la France bel et bien transformée, mais pas par sa propre volonté. Il verra une France amoindrie, appauvrie et ralentie par les pires crises qu’elle a connues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. (AFP).
Short Url
Publié le Mercredi 30 décembre 2020

2020, une année pleine d’imprévus pour le «maître des horloges»

  • Jusqu’au bout, l’année 2020 est celle des contrariétés pour l’exécutif français, et tout particulièrement pour Emmanuel Macron
  • Son action à la tête de l’État lui est désormais dictée par la pandémie de Covid-19, avec ses lourdes conséquences sanitaires et économiques

PARIS: Jusqu’au bout, l’année 2020 est celle des contrariétés pour l’exécutif français, et tout particulièrement pour Emmanuel Macron. Le président français, connu pour sa volonté de tout maîtriser et qui se définit lui-même comme le «maître des horloges», s’est vu contraint de lâcher prise.

En effet, son action à la tête de l’État lui est désormais dictée par la pandémie de Covid-19, avec ses lourdes conséquences sanitaires et économiques, qui l’obligent à mettre de côté son calendrier de réformes pour se consacrer à la gestion de la crise multiple que connaît la France depuis la fin de l’hiver dernier.

Après une campagne de recommandations sanitaires, de distanciation sociale et de gestes barrières, la décision d’un premier confinement s’est imposée face à la propagation du virus à grande échelle.

Cette décision, annoncée par le président français au cours d’une allocution télévisée dans laquelle il a indiqué la France était en «état de guerre sanitaire», a mis l’économie en berne pendant un mois et vingt-cinq jours.

Du jour au lendemain, le pays est à l’arrêt, les Français confinés chez eux; l’activité économique et commerciale est limitée aux secteurs alimentaire et sanitaire.

Une colère sourde gronde chez les Français. Bien sûr, ils craignent le virus qui tue quotidiennement plusieurs centaines d’entre eux, mais ils éprouvent surtout une grande crainte pour leur survie financière.

Face à cette colère, l’exécutif se devait d’agir. Macron remonte alors au créneau pour annoncer que «personne ne sera laissé sur le carreau» et il dévoile une multitude de mesures urgentes destinées à soutenir aussi bien les plus démunis que les entreprises, dans le but d’éviter les faillites et les licenciements massifs.

macron
Testé positif au coronavirus une semaine avant Noël, Emmanuel Macron a dû s'isoler au château de la Lanterne. Il a participé au Conseil des ministres du 17 décembre dernier par visioconférence. (AFP). 

À partir de là, la pandémie a pris le dessus, obligeant le président à mettre de côté sa politique de réforme et de rigueur et à ouvrir les vannes des caisses de l’État.

L’action gouvernementale, qui était jusqu’au début de l’année 2020 basée sur la nécessité de renouer avec la croissance, de réduire les dépenses publiques ainsi que la dette pour assainir les finances de l’État, n’était plus de mise.

Il fallait désormais rassurer les Français en luttant contre la Covid-19 et éviter l’effondrement économique du pays à coup d’aides financières, dont le coût avoisine déjà un milliard d’euros, destinées aux différents secteurs d’activité.

Ces dépenses exorbitantes ont permis d’atténuer l’ampleur des dégâts économiques. Ces derniers sont considérables, mais non définitifs, puisque la pandémie n’a pas encore dit son dernier mot.

Après un deuxième confinement imposé du 30 novembre au 15 décembre, la France, qui vit en ce moment sous le régime d’un confinement souple, s’achemine, selon les experts sanitaires, vers une troisième vague de Covid. Elle aurait lieu aux alentours du mois de janvier prochain.

Il est donc impossible pour le moment d’établir une évaluation précise de l’impact de la pandémie sur l’économie française. Cependant, les chiffres publiés par la Banque de France sont d’une grande éloquence. Selon elle, le PIB, qui devait progresser de 8,7%, a en réalité reculé de 11% jusqu’au mois de novembre.

Le chômage, quant à lui, bondira de 9 à 11%, selon la Banque de France, alors qu’un retour, timide, à la croissance n’est peut-être pas prévu avant la fin de l’année 2022.

Ces pronostics sont basés sur des données incertaines. Ainsi, on ignore si la troisième vague est évitable et si une campagne de vaccination sera susceptible de circonscrire la pandémie. Les velléités de réformes économiques et structurelles préconisées par M. Macron sont donc compromises dans le cadre de son mandat actuel.

Et, cerise sur le gâteau, la pandémie s’est attaquée au président en personne. Testé positif, il s’est isolé à la Lanterne (résidence présidentielle secondaire) en compagnie d’une équipe médicale, où il risque de rester confiné jusqu’à la fin de l’année. C’est dire si le vent a tourné.

Ce président à qui tout semblait réussir durant la première année de son mandat en est actuellement réduit à mener une politique qui est aux antipodes de son goût pour l’économie libérale et l’économie de marché. Et, comme si la crise sanitaire et la crise économique qui en découle ne suffisaient pas, Macron s’est trouvé confronté à une nouvelle vague terroriste qui a frappé la France aux mois de septembre et d’octobre, causant la mort de quatre personnes et réveillant les vieilles querelles sur les libertés, la laïcité et, bien sûr, sur la place de l’islam dans la République.

De la rue Nicolas Appert à Paris à la cathédrale de Nice, en passant par Conflans-Sainte-Honorine, les auteurs des attentats prétendaient agir pour défendre l’islam, malmené en France par les caricatures du Prophète. Une nouvelle fois stigmatisés, les Français musulmans se sont vus devant la nécessité de se démarquer des auteurs des attentats et de renouveler leur attachement à la République.

Mais les multiples condamnations qu’ils ont pu exprimer n’ont pas réussi à atténuer la réprobation, voire le rejet dont ils font l’objet dans certains milieux français qui ne se limitent plus, comme par le passé, à l’extrême droite. Car, au fil des années et des crises sociales, économiques et identitaires, une digue a sauté.

Ce président à qui tout semblait réussir durant la première année de son mandat en est actuellement réduit à mener une politique qui est aux antipodes de son goût pour l’économie libérale et l’économie de marché.

Arlette Khoury

Le rejet de l’autre en raison de sa confession ou de son ethnie n’est plus un tabou, mais une conviction assumée et relayée par les médias. La peur que suscite l’islam, souvent confondu avec l’islam politique, s’est ancrée dans l’esprit de nombreux Français.

Prônant un discours de fermeté, Macron et son équipe ont affiché leur volonté de se montrer intraitables avec ceux qui portent atteinte aux libertés publiques, tout en affirmant la suprématie de la laïcité, l’un des fondements de la République.

Ce discours mal compris et mal interprété a valu à Macron et à la France un vaste mouvement de protestations dans plusieurs pays arabo-musulmans ainsi que des campagnes de boycott des produits français.

Il a fallu que les responsables français déploient des trésors de diplomatie pour calmer le jeu et essayer de convaincre du fait que la laïcité n’est pas antinomique avec l’islam ni avec aucune autre religion.

Puis les esprits se sont apaisés. Mais, en l’absence de traitement de fond, la tension peut rejaillir à la moindre secousse.

Ce traitement de fond pourrait résider dans le plan de lutte contre le séparatisme soumis au Parlement le 8 décembre, après plusieurs mois de débats.

Intitulé «projet de loi confortant les principes républicains», ce plan a pour objectif de lutter contre l’islam radical et de répondre aux inquiétudes des Français concernant le terrorisme islamiste, exacerbées depuis les derniers attentats.

Ce plan comporte plusieurs volets et a pour objectif de réprimer la haine en ligne et d’appliquer des sanctions spécifiques dans ce domaine, par l’intermédiaire d’un pôle de magistrats spécialement dédié à ce genre de délit. Il consiste également à garantir la transparence des conditions de l’exercice du culte et de son financement. Il prévoit surtout de mettre fin à la formation des imams à l’étranger et de promouvoir leur formation en France.

Des conditions strictes seront imposées aux associations cultuelles qui sollicitent des aides publiques à travers une charte de la laïcité, et une surveillance étroite sera exercée sur l’enseignement dans les écoles sans contrat avec l’État. Les mesures seront adoptées pour garantir la neutralité dans les services publics et l’égalité homme/femme.

Ce plan consiste par ailleurs à œuvrer pour une cohésion nationale avec les quartiers défavorisés, à travers des mesures favorisant la qualité de l’enseignement et le désenclavement afin de mettre un terme au sentiment d’abandon qui pousse les jeunes vers les trafics en tout genre et la radicalisation.

Il est clair que si le président français et son équipe gagnent leur pari dans ce domaine, ils seront à même d’afficher une étoile à leur palmarès. Cette étoile sera d’autant plus importante à l’approche de l’élection présidentielle de 2022, au sujet de laquelle Macron refuse de se prononcer.

Dans un entretien récemment consacré aux questions que se posent les jeunes, il a déclaré d’une manière énigmatique: «Peut-être que je ne pourrai pas être candidat, peut-être que je devrai faire des choses dans la dernière année, les derniers mois…»

En effet, si le candidat Macron, qui avait pour objectif affiché de transformer la France par des réformes profondes, évalue le bilan du président Macron trois ans après son élection, il verra la France bel et bien transformée, mais pas par sa propre volonté. Il verra une France amoindrie, appauvrie et ralentie par les pires crises qu’elle a connues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.


Jusqu'à six ans de prison ferme dans un procès pour trafic d'armes et de stupéfiants en Ile-de-France

Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé mercredi des peines allant d'un an de prison avec sursis à six ans ferme et deux relaxes à l'encontre de onze personnes jugées dans une affaire de trafic d'armes et de stupéfiants en Ile-de-France. (AFP)
Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé mercredi des peines allant d'un an de prison avec sursis à six ans ferme et deux relaxes à l'encontre de onze personnes jugées dans une affaire de trafic d'armes et de stupéfiants en Ile-de-France. (AFP)
Short Url
  • Le principal prévenu, Eddy L., 40 ans, qui à l'audience avait réfuté tout trafic d'armes mais reconnu avoir dealé des stupéfiants, a été condamné à six ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, et une amende de 75.000 euros
  • Vendredi, ce dernier avait fait état d'"une certaine originalité" dans cette affaire, avec une enquête initiée début 2021 à la suite d'un "renseignement anonyme"

PARIS: Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé mercredi des peines allant d'un an de prison avec sursis à six ans ferme et deux relaxes à l'encontre de onze personnes jugées dans une affaire de trafic d'armes et de stupéfiants en Ile-de-France.

Le principal prévenu, Eddy L., 40 ans, qui à l'audience avait réfuté tout trafic d'armes mais reconnu avoir dealé des stupéfiants, a été condamné à six ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, et une amende de 75.000 euros, au regard de la "gravité des faits", a souligné la présidente à la lecture du délibéré.

Le tribunal a déclaré Eddy L. coupable d'acquisition et de détention d'armes, trafic de stupéfiants, blanchiment d'argent de ce trafic et association de malfaiteurs mais l'a relaxé pour la cession d'armes. Une peine légèrement inférieure aux sept ans requis par le procureur.

Vendredi, ce dernier avait fait état d'"une certaine originalité" dans cette affaire, avec une enquête initiée début 2021 à la suite d'un "renseignement anonyme" stipulant qu'Eddy L., déjà connu de la justice, revendait des fusils d'assaut et armes de poing à des narcotrafiquants franciliens.

Surveillances, captations de données téléphoniques, sonorisations de véhicules... L'enquête aboutit à une vague d'interpellations fin 2022, notamment dans l'entourage d'Eddy L..

Des armes et de la drogue sont retrouvées au domicile de son collègue et "ami" Haikel L.. Des stupéfiants sont par ailleurs saisis dans deux box en banlieue parisienne.

Eddy L., qui vit au Maroc depuis octobre 2021, se rend aux autorités.

"On a bâti autour d'Eddy L. une cathédrale judiciaire et l'on découvre au moment de le juger qu'elle ne repose que sur quelques pierres", avait plaidé son avocat, Ludovic Elbaz.

Haikel L., pour sa part, avait admis conditionner de la cocaïne, avoir stocké des stupéfiants et des armes. Le tribunal l'a condamné à quatre ans de prison, avec mandat de dépôt, et 30.000 euros d'amende, une peine conforme aux réquisitions du parquet. Sa femme a été relaxée.

Dans ce dossier, des reçus de paiement d'un appartement sur plan à Marrakech et un acte d'achat d'un bien à Dubaï sont retrouvés, les enquêteurs soupçonnant un blanchiment d'argent.

Une des prévenues, qui avait reconnu en grande partie un rôle d'intermédiaire, a écopé de trois ans de prison avec sursis. Son avocat avait plaidé que sa cliente n'était propriétaire d'aucun bien à Marrakech et qu'il n'y avait "même pas le début d'un flux financier" pour Dubaï.

La soeur d'Eddy L. et son ex-compagne ont été condamnées, respectivement, à un an et deux ans de prison avec sursis, reconnues coupables de blanchiment d'argent de trafic de stupéfiants, ainsi que d'association de malfaiteurs pour la seconde.

Outre les onze prévenus, tous présents au délibéré, deux autres personnes, en fuite, ont écopé de six ans de prison ferme, avec mandat d'arrêt, et 100.00 euros d'amende.

 


Mort d'Adama Traoré: non-lieu définitif, la famille se tourne vers la justice européenne

Dans un arrêt de 15 pages, la plus haute juridiction judiciaire a écarté l'ensemble des arguments qu'ils soulevaient, refusant d'annuler le non-lieu prononcé en faveur des gendarmes en août 2023 puis confirmé en mai 2024 en appel. Les juges ont suivi le parquet général. (AFP)
Dans un arrêt de 15 pages, la plus haute juridiction judiciaire a écarté l'ensemble des arguments qu'ils soulevaient, refusant d'annuler le non-lieu prononcé en faveur des gendarmes en août 2023 puis confirmé en mai 2024 en appel. Les juges ont suivi le parquet général. (AFP)
Short Url
  • Après dix ans de combat judiciaire, les proches de ce jeune homme noir décédé en juillet 2016 dans une gendarmerie du Val-d'Oise voient s'évaporer leurs espoirs de relancer l'enquête dans cette affaire devenue symbole des accusations de violences
  • Ce non-lieu, dont ont bénéficié les trois gendarmes qui avaient menotté Adama Traoré dans un appartement de Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) le 19 juillet 2016, au terme d'une course-poursuite un jour où il faisait près de 37°, est désormais définitif

PARIS: La Cour de cassation a confirmé mercredi le non-lieu en faveur des gendarmes dans l'affaire de la mort d'Adama Traoré, une décision devenue définitive mais dénoncée par sa famille, qui espère désormais obtenir la condamnation de la France devant la justice européenne.

Après dix ans de combat judiciaire, les proches de ce jeune homme noir décédé en juillet 2016 dans une gendarmerie du Val-d'Oise voient s'évaporer leurs espoirs de relancer l'enquête dans cette affaire devenue symbole des accusations de violences et de racisme des forces de l'ordre.

Dans un arrêt de 15 pages, la plus haute juridiction judiciaire a écarté l'ensemble des arguments qu'ils soulevaient, refusant d'annuler le non-lieu prononcé en faveur des gendarmes en août 2023 puis confirmé en mai 2024 en appel. Les juges ont suivi le parquet général.

Ce non-lieu, dont ont bénéficié les trois gendarmes qui avaient menotté Adama Traoré dans un appartement de Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) le 19 juillet 2016, au terme d'une course-poursuite un jour où il faisait près de 37°, est désormais définitif. Le jeune homme de 24 ans, interpellé lors d'une opération qui visait son frère Bagui, était décédé deux heures plus tard dans la caserne voisine de Persan.

La chambre criminelle de la Cour de cassation juge conforme à la loi le refus des juges d'ordonner de nouvelles investigations, dont une reconstitution. Celle-ci a toujours été refusée à la famille Traoré pour éclairer les circonstances de l'interpellation et du décès.

Dans cette affaire, où l'interpellation s'est déroulée sans témoin extérieur et où l'instruction a donné lieu à de très nombreuses expertises et rapports médicaux, la cour d'appel avait considéré que les gestes des gendarmes avaient contribué à la mort d'Adama Traoré, mais étaient restés dans le cadre de la loi.

La famille accuse les militaires d'avoir procédé à un placage ventral de plusieurs minutes, qui aurait causé la mort, et ensuite de n'avoir pas porté secours au jeune homme qui avait fait un malaise dans leur véhicule et qui avait été laissé menotté jusqu'à l'arrivée des pompiers.

La chambre criminelle valide le raisonnement des juges sur "l'assistance" portée à Adama Traoré, "adaptée à la conscience qu'ils avaient du péril encouru". "Il n'est établi à la charge des gendarmes aucune faute caractérisée exposant (Adama Traoré) à un risque d'une particulière gravité qu'ils ne pouvaient ignorer", souligne l'arrêt.

"Scandalisés" 

"Nous sommes scandalisés, choqués", a réagi en sortant de l'audience la soeur de la victime, Assa Traoré, figure de proue du comité "Vérité et justice pour Adama".

"L'affaire Adama Traoré a porté au plus haut la question des violences policières (...) La police française est raciste, le système judiciaire français est raciste. Aujourd'hui, ils ont protégé les gendarmes, mais nous connaissons la vérité", a-t-elle accusé.

A son côté, l'avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou, a annoncé saisir la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) "pour faire condamner la France".

Après des années d'instruction, la justice avait reconnu que la mort du jeune homme avait été causée par un "coup de chaleur" qui n'aurait "probablement" pas été mortel sans l'interpellation des gendarmes. "Pourtant aujourd'hui, (la Cour de cassation) entérine l'impunité" a-t-il ensuite dénoncé dans un communiqué transmis à l'AFP.

Dans ce dossier, "un procureur a donné de fausses informations et des médecins ont inventé des pathologies", avant que l'affaire ne soit délocalisée de Pontoise à Paris, a-t-il déclaré.

Les parties civiles ont dû faire appel à des "experts indépendants" pour forcer "la justice à admettre après huit ans ce que tout le monde savait: Adama Traoré est mort sous le poids des gendarmes, et non d'un prétendu coup de chaleur", affirme Me Bouzrou.

"La justice a refusé toute reconstitution bafouant les règles les plus élémentaires d'une enquête digne de ce nom (...) La justice française a tout fait pour étouffer l'affaire, refusant d'évaluer la proportionnalité de la force employée", s'insurge-t-il.

"Les faits sont tragiques et ça ne retire rien à la compassion qu'on peut avoir pour les parties civiles, mais pour les gendarmes c'est un soulagement", a réagi de son côté l'un de leurs avocats, Me Guillaume Tapie, qui estime que "l'enquête était complète et extrêmement fouillée".

La décision a immédiatement suscité des réactions politiques. "La justice française couvre une fois de plus les gendarmes auteurs de violences policières", a dénoncé le député LFI Thomas Portes. "L'honneur (des gendarmes) est désormais sauf et leur réputation rétablie", a au contraire réagi le patron du RN Jordan Bardella.


L'Institut du monde arabe de Paris lance la course à la succession de Jack Lang

Cette photographie prise à Paris le 3 janvier 2024 montre la façade de l’Institut du monde arabe (IMA), conçue par l’agence française Architecturestudio en collaboration avec l’architecte français Jean Nouvel. (AFP)
Cette photographie prise à Paris le 3 janvier 2024 montre la façade de l’Institut du monde arabe (IMA), conçue par l’agence française Architecturestudio en collaboration avec l’architecte français Jean Nouvel. (AFP)
Short Url
  • L’IMA réunira un conseil d’administration extraordinaire le 17 février pour désigner un successeur à Jack Lang, contraint à la démission après la révélation de ses liens avec Jeffrey Epstein et l’ouverture d’une enquête judiciaire
  • Plusieurs noms circulent, mais la nomination du futur président, qui devra être entérinée par le conseil, reviendra au président Macron

PARIS: Qui pour remplacer Jack Lang? L'Institut du monde arabe (IMA) de Paris doit réunir un conseil d'administration extraordinaire le 17 février pour trouver un successeur à son président démissionnaire, emporté par l'affaire Epstein.

Acculé par la mise au jour de ses liens avec le prédateur sexuel américain et l'ouverture d'une enquête judiciaire en France, l'ancien ministre de la Culture français, âgé de 86 ans, a été contraint samedi de lâcher les rênes de l'institution parisienne qu'il préside depuis 2013.

Mardi, le ministère français des Affaires étrangères, qui contribue pour moitié (12,3 millions d'euros) au budget de cette fondation privée au statut hybride, a indiqué qu'un conseil d'administration était convoqué dans une semaine pour lui trouver un successeur.

Dans un communiqué de presse, l'IMA, instrument des relations de la France avec le monde arabe, a confirmé cette échéance et a tenu à saluer l'action de Jack Lang, loué pour avoir "redonné à (l')institution son éclat et un rayonnement mondial".

Le 17 février, les 14 membres du conseil d'administration, composé à parité d'ambassadeurs arabes et de personnalités choisies par le Quai d'Orsay, auront deux options: désigner un successeur à M. Lang jusqu'à fin décembre avant de prolonger son mandat pour trois ans, ou bien choisir un dirigeant par intérim, selon plusieurs sources informées du dossier.

La présidence de cette prestigieuse institution, inaugurée en 1987 après un accord entre la France et 22 pays arabes, suscite des convoitises même si plusieurs noms cités ont semblé décliner.

L'ancien ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui était intéressé par la présidence de l'IMA avant que Jack Lang ne soit reconduit fin 2023, a semblé écarter cette hypothèse.

Son entourage a indiqué à l'AFP que l'actuel émissaire d'Emmanuel Macron pour le Liban était "bien dans ce qu'il fait et est utile au pays".

Autre personnalité pressentie, l'ancienne ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a fait savoir à l'AFP, par son entourage, qu'elle n'était "pas intéressée par le poste". Directrice exécutive du groupe de presse libanais L'Orient-Le Jour depuis novembre, elle assure être "pleinement engagée sur cette mission".

Circulent également les noms d'Audrey Azoulay, qui a quitté la direction générale de l'Unesco en novembre, de l'ancienne secrétaire d'Etat Sabrina Agresti-Roubache, ou encore Anne-Claire Legendre, conseillère diplomatique d'Emmanuel Macron et ancienne porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

- Tourner la page -

L'écrivain Karim Amellal, ex-délégué interministériel à la Méditerranée nommé par M. Macron en 2020, est pour sa part ouvertement déclaré. "Je suis bien candidat", a-t-il dit à l'AFP.

La nomination du futur dirigeant reviendra au président de la République Emmanuel Macron, mais doit être entérinée par le conseil d'administration de l'institution.

Côté français, cet organe comprend deux hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères et deux adjoints ainsi qu'un député, un sénateur et le président d'un grand mécène.

Côté arabe, les membres sont des ambassadeurs ou adjoints ou ès qualités en poste à Paris, dont la durée du mandat est mouvante puisqu'elle dépend de leur présence en France.

La liste précise des pays qui y sont actuellement représentés n'est toutefois pas publique.

Après avoir dans un premier temps exclu de quitter son poste, Jack Lang a finalement "proposé" sa démission samedi après la mise au jour de relations personnelles et d'affaires avec Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019 aux Etats-Unis où l'attendait un procès pour exploitation sexuelle.

A la suite de ces révélations, le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire contre lui et sa fille Caroline pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée". "Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai", a assuré l'ex-ministre socialiste en annonçant son départ de l'IMA.

Dans son communiqué de presse, l'Institut du monde arabe, qui a accueilli 750.000 visiteurs en 2023, a tenté de refermer cette page en se projetant sur deux prochaines expositions fin mars, dédiées à la cité libanaise de Byblos et aux "esclaves en Méditerranée", et sur son quarantième anniversaire l'an prochain.