Face à la Chine, les Etats-Unis relancent l'aérodrome du bombardement d'Hiroshima

Cette photo d'archives des Archives nationales prise le 6 août 1945 montre l'avion B-29 « Enola Gay » après son atterrissage sur l'île de Tinian après sa mission de larguer la première bombe atomique sur Hiroshima, au Japon (Photo, Archives nationales / AFP).
Cette photo d'archives des Archives nationales prise le 6 août 1945 montre l'avion B-29 « Enola Gay » après son atterrissage sur l'île de Tinian après sa mission de larguer la première bombe atomique sur Hiroshima, au Japon (Photo, Archives nationales / AFP).
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Publié le Samedi 30 décembre 2023

Face à la Chine, les Etats-Unis relancent l'aérodrome du bombardement d'Hiroshima

  • L'aérodrome militaire de Tinian, grignoté depuis des décennies par la jungle, est désormais rénové par l'armée américaine
  • Pour combattre l'influence croissante de la Chine en Asie-Pacifique, les Etats-Unis investissent des milliards de dollars dans de nouveaux sites stratégiques

WASHINGTON: C'est de cette petite île perdue dans le Pacifique qu'avait décollé, au matin du 6 août 1945, l'avion parti larguer la bombe sur Hiroshima. L'aérodrome militaire de Tinian, grignoté depuis des décennies par la jungle, est désormais rénové par l'armée américaine.

Pour combattre l'influence croissante de la Chine en Asie-Pacifique, les Etats-Unis investissent des milliards de dollars dans de nouveaux sites stratégiques, autant de bases militaires alternatives pouvant servir en cas d'attaque sur ses infrastructures principales.

Cette politique, menée avec "un sentiment d'urgence" selon Washington, répond à celle, similaire, de Pékin, qui depuis des années transforme des îlots en bases militaires dans les eaux hautement contestées de la mer de Chine méridionale.

Mais quand la Chine doit construire ses pistes de toutes pièces, les pieds dans l'eau, "la réhabilitation d'aérodromes de la Seconde Guerre mondiale a donné à l'Armée de l'air dans le Pacifique un moyen de mise en place rapide d'infrastructures dans la région", déclare à l'AFP un porte-parole de cette branche du Pentagone.

Ainsi, à Tinian, territoire américain près de Guam, l'aérodrome historique du nord de l'île "possède un large revêtement sous la jungle débordante". "Nous allons débroussailler cette végétation entre maintenant et l'été prochain" pour en faire une "grande" base, a récemment déclaré au journal Nikkei le général Kenneth Wilsbach, commandant de l'Armée de l'air américaine dans le Pacifique.

Si elle a déjà lancé des travaux près de l'aéroport civil actuel, l'US Air Force va donc aussi rénover ce qui fut, en 1945, le plus important aéroport de la planète.

Là, à 2.300 kilomètres au sud du Japon, des dizaines de B-29 se relayaient sur six pistes de décollage et d'atterrissage pour inlassablement bombarder l'empire ennemi.

Aménagée en toute hâte une fois l'île prise aux Japonais, cette base avancée est ensuite choisie pour les premières bombes nucléaires. C'est depuis cet îlot de l'archipel des Mariannes qu'ont décollé, les 6 et 9 août 1945, les avions qui ont largué sur Hiroshima puis Nagasaki "Little Boy" et "Fat Man", tuant plus de 200.000 personnes et mettant le Japon à genoux.

Carnet de chèques

Près de 80 ans plus tard, les bulldozers sont de retour à Tinian -- avec cette fois-ci Pékin dans le viseur.

"L'entreprise coercitive et de plus en plus agressive de la Chine pour remodeler la région Indo-Pacifique" représente "le plus grand et le plus grave des défis pour la sécurité nationale des Etats-Unis", relevait en 2022 le document qui fixe la stratégie de l'armée américaine pour les années à venir.

Une confrontation de puissance qui la pousse à sortir le carnet de chèques pour renforcer ses positions dans la région. Sur les trois dernières années, le budget annuel alloué aux constructions militaires américaines en Asie-Pacifique a doublé, passant selon un rapport du centre de recherche du Congrès de 1,8 milliard en 2020 à 3,6 milliards en 2023.

L'approche du Pentagone est claire: multiplier les bases pour être plus flexible et pouvoir opérer en dehors des grandes bases américaines existantes au Japon, en Corée du Sud et sur l'île de Guam. Depuis 2011, note encore ce rapport du Congrès, "les Etats-Unis ont négocié l'accès à 12 nouveaux sites de défense aux Philippines et en Australie" - dont plusieurs issus de la Seconde Guerre mondiale.

«Faire une sieste et redécoller»

"Une grande partie de notre stratégie, c'est de reprendre les aérodromes de la Seconde Guerre mondiale", a dit en septembre lors d'une conférence le patron de l'US Air Force dans le Pacifique. "On ratiboise la jungle, et on a un aérodrome."

"On ne fait pas d'immenses bases", a insisté Kenneth Wilsbach. "On cherche juste à avoir un endroit où il y a du carburant, de l'armement, peut-être quelque chose à grignoter, faire une sieste, pour pouvoir redécoller."

C'est exactement le modèle appliqué à Tinian, où des travaux de rénovation ont débuté en février 2022, d'abord près de l'aéroport actuel, avant de s'étendre ensuite vers l'ancien aérodrome de la Seconde Guerre mondiale, du nord de l'île.

C'est notamment "un sentiment d'urgence" qui a permis à l'armée américaine, avec ces nouvelles installations, d'"améliorer la posture de dissuasion" dans la région, a déclaré à l'AFP le porte-parole l'armée de l'Air dans le Pacifique.

D'ici deux ans doit être bouclée la réhabilitation d'immenses morceaux de tarmac, pour garer les avions, et la construction de citernes de carburant afin "d'assurer la capacité de remplir les objectifs de mission au cas où la base aérienne d'Andersen (à Guam) ou d'autres sites du Pacifique ouest deviendraient inaccessibles", relèvent des documents financiers de l'armée américaine. Budget: au moins 162 millions de dollars.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.