Après le crash d'un avion russe, l'angoisse des proches de prisonniers de guerre ukrainiens

Cette image extraite d'un document diffusé par le Comité d'enquête russe le 26 janvier 2024 montre ce que les enquêteurs disent être le site de l'accident de l'avion de transport militaire russe IL-76 dans la région de Belgorod. (Photo distribuée /Russian Investigative Committee AFP)
Cette image extraite d'un document diffusé par le Comité d'enquête russe le 26 janvier 2024 montre ce que les enquêteurs disent être le site de l'accident de l'avion de transport militaire russe IL-76 dans la région de Belgorod. (Photo distribuée /Russian Investigative Committee AFP)
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Publié le Samedi 27 janvier 2024

Après le crash d'un avion russe, l'angoisse des proches de prisonniers de guerre ukrainiens

  • Mercredi, un avion de transport militaire s'est écrasé dans des conditions troubles près du village russe de Iablonovo, dans la région de Belgorod, à 45 kilomètres de la frontière avec l'Ukraine, tuant ses 74 occupants
  • Le président russe Vladimir Poutine a affirmé vendredi que l'appareil avait été abattu par les forces ukrainiennes et que celles-ci savaient qu'il transportait des prisonniers ukrainiens

KIEV, Ukraine : Deux jours après le crash d'un avion militaire russe qui transportait, selon Moscou, 65 prisonniers de guerre ukrainiens, les questions restent nombreuses et sont particulièrement pressantes pour les proches de soldats captifs, partagés entre le «choc», les doutes et la colère.

Mercredi, un avion de transport militaire s'est écrasé dans des conditions troubles près du village russe de Iablonovo, dans la région de Belgorod, à 45 kilomètres de la frontière avec l'Ukraine, tuant ses 74 occupants, selon les autorités russes.

La Russie, qui accuse Kiev de l'avoir abattu, assure qu'il transportait 65 prisonniers ukrainiens qui allaient être échangés ce jour-là - avec un équipage de six personnes et trois militaires russes - mais n'a fourni aucune preuve soutenant ces allégations.

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé vendredi que l'appareil avait été abattu par les forces ukrainiennes et que celles-ci savaient qu'il transportait des prisonniers ukrainiens.

«Les services de renseignement de l'armée ukrainienne savaient que nous transportions 65 militaires (ukrainiens, ndlr) à bord. Ils l'ont abattu, par erreur ou volontairement, mais ils l'ont fait», a-t-il affirmé à des étudiants russes lors de son premier commentaire sur le crash.

«Dans tous les cas c'est un crime», a-t-il ajouté.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé une enquête internationale indépendante. Kiev a semblé mettre en doute le fait que des prisonniers se trouvaient bien à bord.

- Sans nouvelles des prisonniers -

Survenu à un moment où la question des soldats se trouvant aux mains des forces de Moscou et de leur échange est particulièrement sensible, ce crash a réveillé la souffrance des proches de milliers de militaires ukrainiens encore détenus par la Russie.

Lorsqu'elle l'a appris, c'était «comme si le temps s'arrêtait», explique à l'AFP Valeriïa Dolia, 28 ans, dont un ami, Vadim, est captif depuis un an et demi.

«Pendant trois heures, pendant que tu surveilles les informations, tu n'existes plus, tu regardes ton téléphone et c'est tout», poursuit l'Ukrainienne. «Je veux le voir en vie, en bonne santé, et à la maison», dit-elle.

De son côté Ievguéniïa Synelnyk, 30 ans, est sans nouvelles de son frère Artem, lui aussi prisonnier de guerre.

Artem et Vadim ont tous deux été capturés à l'usine sidérurgique d'Azovstal, à Marioupol, le 20 mai 2022.

C'est là que s'étaient retranchés les derniers défenseurs de cette ville assiégée, considérés comme des héros en Ukraine pour avoir résisté durant des semaines au déluge de feu russe qui a largement détruit la ville.

- «Acte terroriste» -

En apprenant la nouvelle, Ievguéniïa Synelnyk dit avoir été «choquée, mais pas complètement». Elle reste marquée par le bombardement, en juillet 2022, d'une prison à Olenivka, dans l'Est de l'Ukraine occupé par la Russie, attaque au cours de laquelle plus de 50 prisonniers de guerre ukrainiens avaient péri.

Kiev et Moscou s'en accusent mutuellement, mais l'Ukrainienne est persuadée que la Russie a commis un «acte terroriste».

Alors, pour elle, ce crash montre que l'armée russe «continue». «Ils montrent au monde entier la façon dont ils manipulent les prisonniers de guerre», assure-t-elle.

«Donc c'est simplement une déception, et c'est déjà une telle fatigue», explique-t-elle. «Et que peut-on faire?». «Dans notre situation, l'état normal c'est d'être épuisé, déprimé, déçu», poursuit Ievguéniïa Synelnyk.

Malgré l'angoisse, elle est déterminée à «se battre» pour son frère jusqu'à obtenir enfin «une réponse définitive». «C'est mon seul but», affirme-t-elle.

Jeudi le commissaire ukrainien aux droits humains, l'une des personnes chargées des échanges de prisonniers, Dmytro Loubinets, a appelé l'ONU et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à aller «inspecter les lieux» du crash.

Il s'est toutefois dit «convaincu» que Moscou n'autoriserait «personne (...) à voir le site». Le CICR, se refusant à toute «spéculation», a affirmé «ne pas savoir ce qu'il s'est passé».

Plus de 8.000 Ukrainiens, dont plus de 1.600 civils, sont détenus par les Russes, selon Kiev.

Ces derniers mois, Moscou a multiplié les procès de centaines de prisonniers en les accusant de crimes de guerre. Ces poursuites ont été dénoncées par Kiev et des organisations de défense des droits humains.


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.