«Extrêmement en colère», les enseignants dans la rue pour défendre l'école publique

Quelque 47% des enseignants de collèges et lycées sont en grève jeudi, selon le Snes-FSU, premier syndicat du second degré (Photo, AFP).
Quelque 47% des enseignants de collèges et lycées sont en grève jeudi, selon le Snes-FSU, premier syndicat du second degré (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 02 février 2024

«Extrêmement en colère», les enseignants dans la rue pour défendre l'école publique

  • Plusieurs milliers d'enseignants et autres personnels de l'éducation, en grève, ont manifesté jeudi pour alerter sur leurs conditions de travail, leurs salaires mais aussi défendre l'école publique
  • La préfecture de police a comptabilisé 6800 manifestants

PARIS: "Je me sens maltraitée", "on est extrêmement en colère"... Plusieurs milliers d'enseignants et autres personnels de l'éducation, en grève, ont manifesté jeudi pour alerter sur leurs conditions de travail, leurs salaires mais aussi défendre l'école publique après les déclarations polémiques de leur ministre Amélie Oudéa-Castéra.

"Oudéa-Castéra 0/20, au coin !", "Oudéa-Castéra médaille d'or du mépris", "AOC: mets tes baskets (tu seras moins hors-sol)", "Amélie Oudéa casse-toi !", pouvait-on lire sur des pancartes du défilé parisien, qui a réuni plusieurs milliers de manifestants jeudi après-midi en direction du ministère de l'Education nationale, selon des journalistes de l'AFP.

La préfecture de police a comptabilisé 6.800 manifestants.

"Les organisations syndicales qui le demandaient", FNEC-FP-FO et ID-FO (chefs d'établissements), "ont été reçues au ministère" dans l'après-midi, a précisé le cabinet de la ministre.

Les manifestants étaient aussi des milliers dans la rue dans plusieurs autres villes de France.

Selon les chiffres du ministère de l'Education, 20,26% d'enseignants étaient grévistes jeudi. Le Snes-FSU, premier syndicat du second degré, a estimé le taux de grévistes dans les collèges et lycées à 47%, et la FSU-Snuipp, principal syndicat du primaire, a compté 40% de grévistes dans les écoles maternelles et élémentaires.

Une mobilisation importante, mais moindre par exemple que celle du 13 janvier 2022, quand Jean-Michel Blanquer était ministre de l'Education nationale.

"Le catalyseur de notre colère, c'est clairement les déclarations de Mme Oudéa-Castéra, que nous vivons comme une provocation adressée à l'école publique", lance Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes, dans la manifestation parisienne, organisée à l'appel des principaux syndicats enseignants (FSU, CGT, FO, SUD-Education, UNSA-Education, SGEN-CFDT).

«On n'a pas de tracteurs»

"C’est important pour nous de revendiquer de meilleures conditions de travail" et de "défendre des salaires meilleurs", relève Guislaine David, secrétaire générale de la FSU-SNUipp. "Les propos du gouvernement sur la politique éducative, sur le +choc des savoirs+ sont complètement en déconnexion", ajoute-t-elle.

Parmi les réformes annoncées quand Gabriel Attal était encore ministre de l'Education, "les groupes de niveau (qui doivent être mis en place au collège en français et maths à la rentrée), c’est une catastrophe", s'insurge Nicolas, professeur de maths dans un collège de Villemomble (Seine-Saint-Denis).

"On sait que ça ne marche pas, mais ils s’en fichent car eux, leurs enfants, ils sont dans le privé à Stanislas".

"Comme tous les jeunes profs que je connais, je me sens maltraitée, oubliée", explique Célia, professeure d'allemand de 31 ans. "On n'a pas de tracteurs, nous, c'est peut-être pour ça qu'on ne nous écoute pas..."

Ailleurs en France, au moins 1.600 personnes ont manifesté à Marseille, 2.500 à Lyon, 2.300 à Rennes, 2.300 Nantes et 1.300 à Rouen selon les autorités, 1.200 à Brest selon les syndicats. Ils étaient plusieurs centaines à Toulouse, selon l'AFP, et 700 à Strasbourg, selon la police, entonnant des slogans tels que "Attal, si tu savais, ta réforme où on se la met".

"On est dans un mépris total des enseignants et de l'école publique en général", a estimé à Toulouse Natacha Pavillon, enseignante documentaliste.

Ils étaient aussi un millier à Lille, selon la préfecture, comme Louise Demeurisse, enseignante de 38 ans, un autocollant "Mépris 2024" avec les anneaux olympiques collé sur sa banane, en référence à la nouvelle ministre. "Quand est-ce qu'on va s'occuper de nous ?".

A Lyon, Domitille Béthune, 49 ans, professeure des écoles à Villefranche-sur-Saône (Rhône) a choisi de défiler parce que "Mme Oudéa a été très méprisante avec l'école publique".

Déminage

"C'est allé trop loin, on bafoue l'école", a estimé à Nantes Fabienne Dubourg, proviseure et membre du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d'établissements, qui dénonce "le manque de moyens" ou "les groupes de niveau".

Jeudi matin, des lycées ont fait l'objet aussi de blocages dans plusieurs villes, comme Paris, Marseille ou Montpellier.

L'appel à la grève à destination de l'ensemble des personnels de l'éducation a été lancé en décembre, avant l'arrivée d'Amélie Oudéa-Castéra rue de Grenelle pour succéder à Gabriel Attal, nommé à Matignon.

Mais la ministre, promue il y a trois semaines à la tête d'un super-ministère, dans lequel l'Education et la Jeunesse s'ajoutent aux Sports et aux Jeux olympiques dont elle avait déjà la charge, a cristallisé le mécontentement.

Ses déclarations polémiques dès sa prise de fonction, en justifiant l'inscription de ses enfants à Stanislas, un établissement privé parisien, par "des paquets d'heures pas sérieusement remplacées" dans le public, affirmations démenties ensuite, ne sont toujours pas passées.

La ministre, qui tente depuis de déminer, s'exprimera vendredi matin sur TF1, a indiqué son cabinet.


Un défilé «massif» et européen pour le dernier 14-Juillet d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
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  • Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin"
  • Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu

PARIS: Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens.

Près de 6.700 troupes à pied, 98 avions, 31 hélicoptères et 315 véhicules: jamais autant de militaires n'auront défilé sur les Champs-Elysées afin d'illustrer "le réarmement de la France, l'autonomie stratégique de la France et le réveil stratégique européen", selon l'Elysée.

Au lendemain d'un nouveau sommet dans la capitale française des 37 pays de la "coalition des volontaires" pour l'Ukraine, la France met à l'honneur des contingents de chacun de ces pays -500 défilants au total- ainsi que 25 militaires ukrainiens qui défileront à leur suite.

Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin", alors que la Russie menace la sécurité du continent et que les Etats-Unis de Donald Trump sont perçus comme imprévisibles.

Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu, afin de dissuader la Russie de toute nouvelle offensive. "Une coalition d'illuminés et de va-t-en-guerre", a réagi lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky ainsi que 24 chefs d'Etat ou de gouvernement européens, parmi lesquels l'Allemand Friedrich Merz, le Britannique Keir Starmer, le Polonais Donald Tusk ou encore la Danoise Mette Frederiksen, doivent assister au défilé.

"Le message que nous envoyons au monde est le suivant: oui, la paix est notre but, oui, nous chérissons la liberté et le droit. Et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre toujours et au prix du sang s'il le faut", a déclaré le chef de l'Etat lors de son traditionnel discours aux Armées à la veille de la fête nationale.

"Signalement stratégique" 

Le défilé sera ouvert par la Patrouille de France suivie de deux Mirage 2000 français, avec à leur bord des copilotes ukrainiens formés en France. Des avions de dix pays européens y participeront également.

Pour son dernier défilé en tant que chef des Armées, Emmanuel Macron, qui avait invité le président américain Donald Trump pour son premier en 2017, entend aussi montrer la remontée en puissance des armées sous sa présidence, au cours de laquelle le budget de défense aura doublé.

"L'engagement a été tenu, les faits sont là et l'histoire jugera", a-t-il fait valoir lundi.

La loi de programmation militaire, dont l'actualisation a été approuvée le 1er juillet par le Parlement, prévoit 436 milliards d'euros sur la période 2024-2030, soit 36 milliards de plus que dans sa version adoptée en 2023.

Selon l'Elysée, "il faut concevoir ce défilé comme un signalement stratégique, c'est-à-dire un message que la France envoie, celui d'armées puissantes qui sont capables d'entrer en premier dans un conflit, de combattre".

La France entend donc montrer ses muscles avec des avions qui voleront au-dessus des Champs-Elysées avec des maquettes d'armements sous les ailes, une première pour un 14-Juillet, ou encore des hélicoptères qui défileront "au-dessus des chars, de façon à reproduire un petit peu ce qui se passe sur le champ de bataille", explique-t-on à l'Elysée, qui entend montrer "une armée modernisée prête au combat".

Au cours du défilé seront également mis à l'honneur les militaires français déployés sur le flanc Est de l'Europe, notamment en Estonie et en Roumanie, ainsi que la Marine nationale qui célèbre ses 400 ans.


14 juillet : dans un Golfe en transformation, la France mise sur des partenariats de long terme

De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
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  • Les pays du Golfe redéfinissent leurs partenariats autour de la sécurité, de l’innovation et de la création de valeur à long terme, au-delà des seuls échanges commerciaux
  • La France, grâce à son ancrage historique et à une coopération diversifiée, reste un partenaire stratégique pour des pays comme Oman et les Émirats arabes unis

DUBAÏ: Le 14 juillet ne se limite pas à la célébration de l’histoire et des valeurs françaises. Il offre aussi un regard sur la place de la France auprès de ses partenaires internationaux. Dans le Golfe, où les équilibres économiques et géopolitiques évoluent rapidement, les attentes en matière de coopération changent. Les États de la région ne recherchent plus uniquement des fournisseurs ou des investisseurs, mais des partenaires capables de s’inscrire dans la durée.

Sécurité, diversification économique, innovation technologique, souveraineté industrielle et développement des compétences sont désormais au cœur des relations entre les pays du Golfe et leurs partenaires internationaux. Dans un environnement régional en mutation rapide, les questions de défense et de sécurité sont de plus en plus liées aux enjeux économiques.

La relation entre la France et Oman illustre cette évolution. Pour Lionel Rabin, fondateur et Managing Director de Haltiqa – Bridging Energies et président du Oman–France Joint Business Council, « la relation avec la France illustre ce qui définit aujourd’hui un partenariat stratégique de long terme : la confiance, la continuité et la capacité à contribuer concrètement aux priorités nationales ».

Selon lui, la coopération franco-omanaise s’est progressivement étendue « à la défense, à l’énergie, à la logistique, aux infrastructures, à l’industrie, aux technologies et à l’intelligence artificielle », avec l’objectif de transformer le dialogue politique en projets économiques concrets.

Cette évolution concerne également les Émirats arabes unis, où la relation avec la France s’est renforcée autour de secteurs stratégiques. Agnès Lopez Cruz, directrice de la CCI France-Émirats, souligne que ce partenariat repose sur « la qualité et la continuité du dialogue », mais aussi sur une coopération élargie à « l’énergie, l’innovation, les technologies de pointe et, de plus en plus, l’intelligence artificielle ».

Face aux incertitudes régionales et à la volonté des pays du Golfe de diversifier leurs économies, la France conserve plusieurs atouts : une présence historique, un dialogue stratégique établi et une coopération qui dépasse désormais les secteurs traditionnels.

À l’occasion du 14 juillet, l’enjeu est donc moins de dresser le bilan d’une relation historique que d’observer sa transformation. Dans un Golfe qui cherche à construire de nouveaux équilibres, les partenariats se mesurent désormais à leur capacité à accompagner les ambitions nationales sur le long terme.


Iran: pas de levée de sanctions «tant que» Téhéran ne renonce pas à son programme nucléaire 

Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région. (AFP)
  • "Il n'y aura aucune levée de sanctions sur le régime iranien tant qu'il n'aura pas renoncé à son programme nucléaire, renoncé à son projet révolutionnaire qui déstabilise sa région, renoncé à son programme de missiles balistiques"
  • Interrogé sur le regain de tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, le ministre français s'est refusé à dire que la guerre avait repris

PARIS: Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région.

"Il n'y aura aucune levée de sanctions sur le régime iranien tant qu'il n'aura pas renoncé à son programme nucléaire, renoncé à son projet révolutionnaire qui déstabilise sa région, renoncé à son programme de missiles balistiques dont certains pourraient un jour être en capacité de viser l'Europe", a déclaré Jean-Noël Barrot sur BFM TV/RMC.

"Et tant qu'il n'aura pas rendu aux Iraniens la liberté de construire leur propre avenir", a-t-il ajouté.

Interrogé sur le regain de tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, le ministre français s'est refusé à dire que la guerre avait repris.

"Le constat, c'est qu'il y a un accord qui a été trouvé et qui permet des choses très simples, c'est-à-dire l'arrêt des hostilités, la réouverture du détroit d'Ormuz et le démarrage d'une négociation pour encadrer strictement le programme nucléaire iranien", a-t-il dit.

Il a de nouveau appelé toutes les parties à revenir "au protocole de négociation qui a été fixé par cet accord parce que (...) elles n'ont aucun intérêt à l'escalade".

Les Etats-Unis ont encore bombardé l'Iran, Téhéran ripostant lundi en visant des pays de la région alliés de Washington, des frappes d'une ampleur sans précédent des deux côtés depuis le cessez-le-feu du 8 avril.