L'Antarctique menacé à son tour par les microplastiques

Vue du paysage de l'île Livingston dans les îles Shetland du Sud, Antarctique, le 27 janvier 2024. (AFP)
Vue du paysage de l'île Livingston dans les îles Shetland du Sud, Antarctique, le 27 janvier 2024. (AFP)
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Publié le Mercredi 07 février 2024

L'Antarctique menacé à son tour par les microplastiques

  • La présence de microplastiques dans l'un des coins les mieux préservés du monde est un thermomètre de la pollution de la planète
  • Ces microplastiques sont le résultat de la dégradation physique et chimique d'objets qui mettent des centaines d'années à se dégrader

DETROIT DE GERLACHE: Dans l'écosystème fragile et isolé de l'Antarctique, le chercheur colombien Paulo Tigreros plonge son filet dans les eaux glacées pour collecter de minuscules particules. Il sait que la présence de microplastiques dans l'un des coins les mieux préservés du monde est un thermomètre de la pollution de la planète.

Comme un tamis, le filet laisse passer l'eau et retient les petites particules solides qui flottent dans ces eaux glacées du détroit de Gerlache, couloir naturel long d'environ 160 kilomètres de long séparant l'archipel de Palmer et l'extrémité de la péninsule antarctique.

Au bout du monde, loin de l'agitation planétaire, cet endroit immaculé est censé être à l'abri de la dégradation environnementale qui affecte le reste de la Terre.

Les échantillons récoltés permettront, après examens au microscope et autres analyses, de déterminer le niveau de microplastiques qu'ils contiennent. La taille de ces particules - le plus souvent invisibles à l'oeil nu - faits de polymères et autres composés toxiques varie entre 5 mm jusqu'à un millième de millimètre.

Menace mortelle

Pour le biologiste marin de 51 ans et ses collègues scientifiques embarqués à bord de l'ARC Simon Bolivar, un navire de la marine colombienne, il ne fait aucun doute que ces particules ont déjà atteint l'Antarctique, où les eaux des océans Pacifique, Atlantique et Indien se rejoignent.

Conséquence de la pollution à grande échelle des eaux du globe par nos millions de tonnes de déchets, la présence de ces particules a déjà été prouvée maintes fois dans ces océans.

Ces microplastiques sont le résultat de la dégradation physique et chimique d'objets qui mettent des centaines d'années à se dégrader. Leurs impacts ne sont étudiés que depuis le début des années 2000, mais sont encore peu connus.

Pour M. Tigreros, ils sont déjà "omniprésents" dans les océans, leurs effets pouvant être mortels pour les animaux et les écosystèmes.

"Nous considérons l'Antarctique comme un continent totalement isolé" de l'activité humaine, mais "il reflète les problèmes environnementaux" de la planète, explique à l'AFP Jorge Tadeo Lozano, chercheur à l'université de Bogota, qui accompagnait cette 10e expédition scientifique de la marine colombienne.

Des recherches menées en 2019 par l'université néo-zélandaise de Canterbury ont révélé l'existence de microplastiques dans la neige antarctique, alors que plus de 430 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année dans le monde, selon l'ONU.

Malgré son éloignement, le "continent blanc" est très exposé aux menaces extérieures, s'alarme M. Tigreros.

Les particules peuvent y être arrivées naturellement, transportées par les courants océaniques se dirigeant vers le sud. Elles peuvent également voyager dans l'atmosphère ou dans les excréments de mammifères marins et poissons qui, à certaines périodes de l'année, migrent vers les tropiques pour revenir quelques mois plus tard.

Une pince à la main, le chercheur saisit un krill et quelques algues récupérées dans un échantillon. Le crustacé se nourrit de ces algues microscopiques appelées phytoplancton, mais qu'il confond souvent avec les microplastiques flottant dans son environnement en raison de leur petite taille.

Ainsi contaminé, le krill est lui-même à la base de la consommation de nombreux autres animaux plus gros. Et c'est tout le reste de la chaine alimentaire qui s'en trouve affectée.

"Lorsqu'une baleine se nourrit de ce krill, le microplastique pénètre très probablement dans ses intestins", affectant son système pulmonaire, son système reproducteur et même sa capacité à nager.

La calotte glaciaire de l'Antarctique, avec ses manchots et ses phoques, souffre depuis des années de la hausse des températures mondiales.

Selon l'Agence onusienne internationale de l'énergie atomique (AIEA) des Nations unies, qui vient précisément de lancer une expédition avec l'Argentine sur ce thème, les microplastiques pourraient endommager davantage le grand continent blanc "en réduisant le reflet de la glace, en modifiant la rugosité de la surface, en stimulant l'activité microbienne" et "en agissant comme un isolant thermique".

Selon l'Organisation météorologique mondiale, la fonte des glaciers, qui renferment 90% de l'eau douce de la planète, pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer jusqu'à 60 mètres.


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

 

 


Des pourparlers indirects en cours entre les États-Unis et l’Iran, dit le Pakistan

Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
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  • M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais du Pakistan"
  • "Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X

ISLAMABAD: Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar.

M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais de messages transmis par le Pakistan".

"Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X.

"Des pays frères comme la Turquie et l'Égypte, entre autres, apportent également leur soutien à cette initiative", a-t-il ajouté.

Les déclarations de M. Dar constituent la première confirmation officielle de la part d'Islamabad que le Pakistan joue un rôle de facilitateur.

Islamabad a été présenté comme un médiateur potentiel, compte tenu de ses liens anciens avec l’Iran voisin et avec les États-Unis, ainsi que de son réseau de contacts dans la région.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif et M. Dar sont tous deux en contact régulier avec de hauts responsables du gouvernement iranien, ainsi qu'avec leurs alliés du Golfe, notamment l’Arabie saoudite.

Le puissant chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, est lui aussi impliqué dans ces efforts diplomatiques et a parlé au président américain Donald Trump dimanche dernier, ont indiqué des responsables.

Mais le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'avait "pas l'intention de négocier" et comptait "continuer à résister".

L'Iran veut "mettre fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné. "Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation".