Sans toit ou sous les bombes, l'impossible choix des Soudanais d'Egypte

Vue générale du camp de réfugiés d'Ourang à Adré le 7 décembre 2023 où vivent les réfugiés fuyant le conflit au Soudan. (AFP)
Vue générale du camp de réfugiés d'Ourang à Adré le 7 décembre 2023 où vivent les réfugiés fuyant le conflit au Soudan. (AFP)
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Publié le Mardi 13 février 2024

Sans toit ou sous les bombes, l'impossible choix des Soudanais d'Egypte

  • Officiellement, 450 000 Soudanais sont entrés en Egypte depuis avril. Plus encore sont passés illégalement
  • Au Caire, les récits de familles soudanaises expulsées par des propriétaires prétextant d'"un usage excessif" du mobilier ou de "trop d'occupants" se multiplient

LE CAIRE: Après dix mois de guerre au Soudan, de nombreux réfugiés en Egypte font le douloureux choix du retour: à Khartoum, ils seront sous les bombes, mais au Caire, ils n'ont pas de toit.

Rehab est arrivée en Egypte, enceinte, il y a sept mois avec ses enfants, alors que son mari restait au Soudan où depuis le 15 avril deux généraux rivaux se font la guerre.

"Ma fille est née ici et je n'arrive plus à la nourrir", raconte-t-elle à l'AFP, loin de la guerre qui a fait des milliers de morts, dont entre 10 000 et 15 000 dans une seule ville du Darfour, selon des experts de l'ONU.

Près de huit millions de personnes ont été déplacées, d'après l'ONU, dont 1,6 million à l'étranger.

"Ils pensaient que la vie serait meilleure en Egypte", raconte à l'AFP Ibram Kiir, Soudanais de 28 ans arrivé, lui, il y a cinq ans. Mais "ils ont découvert la triste réalité, ils n'ont ni argent ni appartement ni vêtements chauds pour l'hiver, donc ils préfèrent rentrer".

Officiellement, 450.000 Soudanais sont entrés en Egypte depuis avril. Plus encore sont passés illégalement.

Ils voulaient alors échapper aux bombardements. Mais après des mois sans travail, logement ou aide dans un pays où l'inflation dépasse les 35%, ils ont épuisé leurs maigres économies.

Beaucoup vivent à plusieurs familles dans de petits appartements avec souvent un seul revenu très en-deça du salaire minimum.

Dan Mhik Akom, par exemple, essaye de tenir en effectuant des taches ménagères chez des particuliers. Mais un ami a déjà craqué, raconte à l'AFP ce Soudanais de 34 ans: "incapable de nourrir sa famille, il a décidé de rentrer au Soudan".

«Mieux vaut mourir»

Randa Hussein, 33 ans, a vu sa cousine repartir dans la banlieue de Khartoum --un des endroits les plus dangereux du Soudan-- en octobre.

"Elle nous a dit: +mieux vaut mourir que de rester en Egypte+", raconte cette institutrice qui n'a plus aucune nouvelle de sa cousine.

Depuis, Mme Hussein a pris sous son aile une autre Soudanaise, une mère de deux enfants âgée de 20 ans, un temps hébergée chez sa grand-mère.

"Je l'accueille", dit-elle, car les propriétaires menaçaient d'expulser la vieille dame si sa petite-fille ne partait pas.

Sans travail, cette jeune mère "insiste pour repartir au Soudan", affirme Mme Hussein. "Sans nourriture pour son bébé d'un an, elle ne sait plus quoi faire".

Sans toit en Egypte, ces réfugiés ne sont pas non plus sûrs d'en trouver un au pays: leur maison est probablement en ruines ou occupée par des miliciens et les camps de déplacés manquent de tout, notamment de place.

"Les gens sont forcés de choisir entre être sans-abri ou en danger et ils préfèrent rentrer négocier leur sécurité avec des acteurs armés plutôt que de vivre dans la précarité la plus totale", explique la chercheuse Raga Makawi.

Car en Egypte, les Soudanais se disent toujours au bord du précipice.

Hawa Talfon, qui se dit privilégiée avec le revenu de son mari pasteur, a ainsi été expulsée de l'appartement qu'elle louait depuis cinq ans au Caire.

Son propriétaire lui a donné "deux semaines" pour quitter les lieux car elle hébergeait, selon lui, trop de réfugiés.

Son frère et sa famille venaient d'arriver du Soudan en guerre: "je n'allais pas les jeter dehors!", s'emporte Mme Talfon.

«Fardeau»

Au Caire, les récits de familles soudanaises expulsées par des propriétaires prétextant d'"un usage excessif" du mobilier ou de "trop d'occupants" se multiplient.

Yasser Ali, 40 ans, est venu étudier au Caire en 2002. Ces derniers mois, "tout a changé, les gens sont beaucoup plus agressifs", dit-il à l'AFP, alors que se multiplient les publications en ligne pointant du doigt le "fardeau" des migrants.

Le Caire a récemment annoncé un "audit" sur le "coût" des "invités" --le terme que le régime utilise pour désigner les neuf millions de migrants notamment venus du Soudan, de Syrie, du Yémen ou de la Corne de l'Afrique.

Et ce, alors même qu'ils ne bénéficient de quasiment aucune aide, l'ONU et les ONG n'étant pas autorisées à monter de camps d'accueil.

Le Caire fait valoir qu'en échange, les nouveaux arrivants peuvent travailler et circuler librement --ce qui est rarement vrai dans la réalité.

Car ils doivent aussi faire doublement les frais de la crise économique: si les Egyptiens ont vu les loyers exploser, militants et experts pointent du doigt des propriétaires profitant de la situation avec les migrants.

"Soit tu acceptes de payer leur prix, soient ils trouveront quelqu'un d'autre", affirme M. Kiir.

"C'est dur de repartir, impossible d'aller ailleurs et difficile de rester", résume M. Ali depuis une association d'entraide soudanaise... Elle-même menacée d'expulsion!


Netanyahu affirme depuis le sud du Liban que son armée restera tant que le Hezbollah «nous menace»

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que le Hezbollah pro-iranien "nous menace". (AFP)
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que le Hezbollah pro-iranien "nous menace". (AFP)
  • Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place
  • "Notre position est claire : nous ne quitterons pas le sud du Liban tant que la menace n'aura pas disparu. Et tant que le Hezbollah, armé, sera présent ici et nous menacera, nous resterons ici"

JERUSALEM: Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que le Hezbollah pro-iranien "nous menace".

"Notre position est claire : nous ne quitterons pas le sud du Liban tant que la menace n'aura pas disparu. Et tant que le Hezbollah, armé, sera présent ici et nous menacera, nous resterons ici", a-t-il affirmé à des troupes israéliennes sur place selon une vidéo diffusée par son bureau.

 


L’Arabie saoudite en tête du classement de sécurité publique du G20

Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
  • 97,7 % des habitants déclarent se sentir en sécurité en marchant seuls la nuit

RIYAD: L’Arabie saoudite occupe la première place parmi les pays du G20 dans l’Indice de sécurité 2025, selon les données de la base des indicateurs des Objectifs de développement durable des Nations unies, publiées lundi par l’Autorité générale des statistiques du Royaume.

Les résultats indiquent que 97,7 % de la population se sent en sécurité en marchant seule la nuit dans son quartier, selon l’Agence de presse saoudienne (Saudi Press Agency).

Ils montrent également que 94,9 % des femmes, 97 % des citoyens saoudiens et 97,2 % des personnes âgées de 60 à 64 ans se sentent en sécurité en marchant seules la nuit dans les zones résidentielles.

Ces résultats soulignent les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité dans l’ensemble du Royaume, a ajouté la SPA. Ils s’inscrivent dans les initiatives visant à renforcer la sécurité, la stabilité et la qualité de vie dans les secteurs économique, alimentaire, environnemental, sanitaire, social, politique, intellectuel, technologique et de cybersécurité, conformément à la Vision 2030 de l’Arabie saoudite.

L’Autorité générale des statistiques mène ses travaux selon une méthodologie unifiée basée sur le Statistical Business Process Manual, conforme aux normes statistiques internationales.

Dans un autre rapport, l’autorité a indiqué que 75,3 % de la population saoudienne a participé à des événements ou activités culturelles en 2025, reflétant une participation croissante à la vie culturelle dans le Royaume.

Ces données ont été publiées dans le cadre de l’initiative Raqam Saudi, qui met en avant les réalisations nationales, renforce la fierté nationale et les valeurs de citoyenneté, et souligne le rôle des statistiques officielles dans le suivi des progrès vers les objectifs de Vision 2030 et du développement durable. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".