Otan, Ukraine: l'ombre de Trump plane sur la conférence de Munich

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg (Photo, AFP).
Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 16 février 2024

Otan, Ukraine: l'ombre de Trump plane sur la conférence de Munich

  • Face à ces incertitudes, les discussions sur le renforcement de l'autonomie stratégique de l'Europe sont de retour
  • En témoigne la levée de boucliers en Europe après les critiques acerbes de Donald Trump sur les mauvais payeurs au sein de l'Alliance atlantique

MUNICH: L'ombre de l'ancien président Donald Trump plane sur la Conférence sur la sécurité réunie vendredi à Munich, en Allemagne, au moment où les Européens s'interrogent sur le leadership des Etats-Unis, de l'Ukraine à l'Otan.

Ce n'est pas dit à mots ouverts mais une possible réélection du républicain Donald Trump, qui semble en passe de remporter l'investiture de son parti et d'affronter à nouveau en novembre le président démocrate Joe Biden, hante les Européens, forts de l'expérience des années turbulentes de son premier mandat en 2016.

"Ce qui est très clair (...), c'est que ceux qui observent les Etats-Unis apparaissent nerveux", assurait récemment la présidente du cercle de réflexion Crisis Group, Comfort Ero, dans une interview à l'AFP.

"Je pense que les Etats-Unis sont toujours vus au niveau international comme un acteur influent, à la fois de façon positive et négative. Mais je pense qu'il y a de plus en plus d'inquiétude, d'appréhension, de malaise quant à l'incertitude, l'imprévisibilité, la polarisation et la division", estime l'analyste.

En témoigne la levée de boucliers en Europe après les critiques acerbes de Donald Trump sur les mauvais payeurs au sein de l'Alliance atlantique, et laissant entendre qu'il ne garantirait pas leur sécurité en cas d'attaque remettant en cause le sacro-saint article 5 de la charte de l'Alliance atlantique.

En réponse, le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg avait mis en garde contre tout ce qui "affaiblirait la crédibilité de la dissuasion de l'Otan".

Défense européenne 

Autre inquiétude, l'incapacité du Congrès américain à s'entendre sur une nouvelle aide militaire à l'Ukraine, qui commence à cruellement manquer de munitions sur le champ de bataille face à la Russie, en raison de l'opposition d'élus républicains "trumpistes".

"Une victoire de Trump (en novembre) signifierait probablement la fin du soutien de la Maison Blanche à l'Ukraine", relève Rachel Tausendfreund du German Marshall Fund of the United States, dans un récent article.

Face à ces incertitudes, les discussions sur le renforcement de l'autonomie stratégique de l'Europe sont de retour.

"Nous avons enfin besoin d'une union de sécurité et de défense qui renforce le pilier européen au sein de l'OTAN - à l'échelle de notre taille économique, et indépendamment de qui gouverne aux États-Unis", a déclaré la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock à la veille de l'ouverture de la conférence de Munich.

Il faut, selon elle, rendre "réellement compatibles entre elles" les capacités militaires nationales des membres de l'UE et développer les acquisitions communes d'armement.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen est elle favorable à l'idée de nommer un commissaire européen à la Défense.

«Trump, c'est Trump»

La vice-présidente des Etats-Unis Kamala Harris devait s'évertuer à rassurer les partenaires européens dans un discours vendredi devant la Conférence de Munich, avant de s'entretenir samedi avec le président ukrainien Zelensky.

Arrivé jeudi soir dans la capitale de Bavière, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a lui aussi une série d'entretiens bilatéraux avec des homologues européens en marge de la conférence et doit participer à un forum samedi sur les bienfaits du multilatéralisme.

Le choix de cette thématique ne doit rien au hasard alors que le président Joe Biden s'est justement fait le chantre du multilatéralisme depuis son élection en 2020, disant que l'Amérique est "de retour" sur la scène internationale, de l'ONU à l'Otan.

Par contraste, justement, avec l'ancien président Trump dont la présidence avait été marquée par une série de ruptures, d'une guerre commerciale avec l'Europe au retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat ou encore l'accord nucléaire avec l'Iran.

"Les élections, ce sont des élections. Et Trump, c'est Trump", a lancé laconiquement jeudi le Premier ministre albanais Edi Rama en recevant le chef de la diplomatie américaine à Tirana, ajoutant ne pas penser que les Etats-Unis se "déroberont" à leurs responsabilités et que "l'Otan puisse être affaiblie".

"Le monde doit comprendre qu'il existe un fort consensus aux Etats-Unis entre les démocrates et les républicains sur le fait que cette approche de Trump est erronée, et que nous allons la combattre", avait fait valoir l'élu démocrate Adam Smith dans une interview mercredi à l'AFP.


L'Iran annonce avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz malgré la prolongation de la trêve

Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
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  • Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien
  • "Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué

TEHERAN: L'Iran a annoncé mercredi avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz, au coeur du bras de fer avec Washington, quelques heures après la prolongation de la trêve décidée unilatéralement par Donald Trump.

Le pouvoir iranien ne s'est toujours pas exprimé sur cette prolongation. Mais Téhéran en "étudie différents aspects", selon la télévision d'Etat iranienne.

Côté américain, le président a jugé "possible" une reprise des discussions entre les belligérants dans les prochains jours. "C'est possible! Président DJT", a-t-il écrit en réponse à un texto d'une journaliste du New York Post, qui l'interrogeait sur la probabilité que des discussions se tiennent dans les prochaines "36 à 72 heures", soit d'ici vendredi.

En attendant, la tension reste forte dans le détroit d'Ormuz, passage crucial pour le transport mondial d'hydrocarbures et enjeu majeur du conflit déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien.

"Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué.

Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter ou entrer dans le Golfe via le détroit d'Ormuz.

Un troisième bateau a essuyé des tirs alors qu'il se trouvait à 8 milles nautiques à l'ouest de l'Iran, selon l'agence de sécurité maritime britannique UKTMO, mais il a pu quitter le détroit en direction du port saoudien de Jeddah, selon le site Marinetraffic.

Ces incidents illustrent la précarité de la trêve entrée en vigueur le 8 avril, d'autant que les discussions entre Washington et Téhéran n'ont toujours pas repris.

Islamabad en attente 

Les pourparlers, qui étaient censés se tenir en début de semaine après une première session le 11 avril, visent à trouver une fin durable à une guerre régionale qui a fait des milliers de morts -essentiellement en Iran et au Liban- et ébranlé l'économie mondiale.

Donald Trump a prolongé sine die le cessez-le-feu avec l'Iran mardi soir, à quelques heures de l'expiration annoncée, afin, a-t-il dit, de laisser davantage de temps aux Iraniens pour joindre les négociations de paix sous l'égide des médiateurs pakistanais.

Il a parlé d'une extension jusqu'à ce que "l'Iran présente une proposition et que les discussions soient conclues, d'une manière ou d'une autre".

En attendant, aucune délégation ne s'est encore envolée pour Islamabad, bouclée et sous haute surveillance depuis le début de la semaine, provoquant la lassitude d'habitants privés d'écoles et limités dans leur déplacements.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a dit espérer que les deux parties parviendraient "à conclure un +accord de paix+ lors du deuxième cycle de négociations prévu à Islamabad". Il a reçu mercredi matin l'ambassadeur iranien à Islamabad.

Trois morts au Liban 

Sur l'autre front principal de la guerre, trois personnes ont été tuées mercredi dans des frappes israéliennes au Liban malgré la trêve, qui expire dimanche, et dont Beyrouth va demander l'extension lors de pourparlers prévus jeudi entre les deux pays à Washington.

"Le Liban demandera l'extension pour un mois de la trêve, le strict respect du cessez-le-feu et l'arrêt par Israël des opérations de dynamitage et de destruction dans les zones où il est présent", a indiqué une source libanaise officielle à l'AFP.

Israël a affirmé avant ces discussions ne pas avoir de "désaccords sérieux" avec le Liban, l'appelant à "travailler ensemble" contre le Hezbollah pro-iranien.

Selon le dernier bilan officiel, au moins 2.454 personnes ont été tuées au Liban en six semaines de guerre.

Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mort d'un 2e militaire français de la force de paix de l'ONU au Liban, Finul, blessé dans une embuscade samedi au cours de laquelle un premier Casque Bleu français avait été tué. Paris a attribué l'attaque au Hezbollah, ce que le groupe islamiste chiite a nié.


Londres accueille des discussion sur la mission à Ormuz

Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière
  • "L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable"

LONDRES: Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz.

Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière, a précisé le ministère britannique de la Défense.

"L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable", a déclaré le ministre britannique de la Défense John Healey, cité dans un communiqué.

Il s'est dit confiant que "des progrès concrets puissent être accomplis".

Ces discussions intervient dans la foulée de pourparlers sur ce détroit stratégique, ayant réuni vendredi à Paris plus de 40 pays sous la houlette du Premier ministre britannique Keir Starmer et du président français Emmanuel Macron.

M. Starmer a indiqué que la France et le Royaume-Uni dirigeraient une mission multinationale pour assurer la liberté de navigation dans le détroit "dès que les conditions le permettront".

La Grande-Bretagne et la France ont insisté sur le fait que cette force serait exclusivement défensive et ne serait déployée qu'une fois la paix durable dans la région instaurée.

Les Etats-Unis et l'Iran, parties belligérantes, n'ont pas participé aux pourparlers.

Avant la réunion de Paris, Downing Street avait annoncé la tenue d'un sommet de planification militaire cette semaine, sans donner plus de précisions.

 


Iran: le médiateur pakistanais salue la prolongation du cessez-le-feu annoncée par Trump

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays joue un rôle de médiateur dans le conflit opposant les Etats-Unis à l'Iran, a salué mercredi l'extension du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump. (AFP)
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays joue un rôle de médiateur dans le conflit opposant les Etats-Unis à l'Iran, a salué mercredi l'extension du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump. (AFP)
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  • "Je remercie sincèrement le président Trump d'avoir gracieusement accepté notre demande de prolongation du cessez-le-feu afin de permettre aux efforts diplomatiques en cours de se poursuivre"
  • Un nouveau round de discussions initialement annoncé pour le début de semaine à Islamabad a toutefois lui aussi été ajourné sine die

ISLAMABAD: Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays joue un rôle de médiateur dans le conflit opposant les Etats-Unis à l'Iran, a salué mercredi l'extension du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump.

"Je remercie sincèrement le président Trump d'avoir gracieusement accepté notre demande de prolongation du cessez-le-feu afin de permettre aux efforts diplomatiques en cours de se poursuivre", a indiqué sur X M. Sharif, précisant s'exprimer également au nom du chef d'état-major, le maréchal Asim Munir.

"Fort de la confiance qui lui est accordée, le Pakistan poursuivra ses efforts en vue d'un règlement négocié du conflit", a ajouté le dirigeant.

Donald Trump a annoncé mardi une extension sine die du cessez-le-feu dont il avait précédemment fixé l'expiration à mercredi soir, disant vouloir donner davantage de temps à la diplomatie.

Un nouveau round de discussions initialement annoncé pour le début de semaine à Islamabad a toutefois lui aussi été ajourné sine die.

"J'espère sincèrement que les deux parties continueront à respecter le cessez-le-feu et parviendront à conclure un +accord de paix+ global lors du deuxième cycle de négociations prévu à Islamabad, afin de mettre définitivement fin au conflit", a souligné M. Sharif mercredi.