Le Portugal, terre d'accueil aux confins de l'Europe forteresse

Un enfant fait du skateboard à Sao Teotonio, Odemira, le 16 janvier 2024. (AFP)
Un enfant fait du skateboard à Sao Teotonio, Odemira, le 16 janvier 2024. (AFP)
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Publié le Jeudi 29 février 2024

Le Portugal, terre d'accueil aux confins de l'Europe forteresse

  • Avec une politique migratoire parmi les plus ouvertes d'Europe, le Portugal a vu sa population étrangère doubler en cinq ans
  • «La principale raison pour laquelle le Portugal a vu augmenter le nombre d'immigrés ces dernières années, c'est qu'il a besoin d'eux», résume le président de l'Aima

SAO TEOTONIO: A Sao Teotonio, bourgade du sud-ouest du Portugal, ce sont les immigrés d'Asie du Sud qui font vivre les serres et, dans les rues, les restaurants népalais et indiens sont plus nombreux que les enseignes locales.

Mesch Khatri, un Népalais de 36 ans, travaille à la collecte des fruits rouges, la principale activité économique de la région. Sa femme Ritu, 28 ans, tient le café le Nepali. Leur fils aîné, sept ans, ne parle que le portugais, un peu l'anglais mais pas le népalais.

Ce père de famille a débarqué en Europe par la Belgique mais a préféré s'installer au Portugal. "Là-bas, c'est très difficile d'avoir un permis de résidence. C'est pour ça que je suis venu ici. C'est plus facile d'obtenir des papiers", témoigne-t-il.

Arrivé en décembre 2012, il a obtenu sa carte de résident en 2018 et la nationalité portugaise en 2020.

Sao Teotonio, 9 000 habitants, est une des sous-communes d'Odemira qui a vu sa population augmenter de 13% en dix ans.

Ce repeuplement s'est fait grâce à l'afflux de main-d'œuvre agricole issue de l'immigration, dans une région frappée par des décennies de déclin démographique provoqué par l'exode rural.

Avec une politique migratoire parmi les plus ouvertes d'Europe, le Portugal a vu sa population étrangère doubler en cinq ans, en partie grâce à l'arrivée de migrants d'Asie du Sud venus travailler dans l'agriculture, la pêche ou la restauration.

Un mouvement encouragé par le gouvernement socialiste au pouvoir depuis fin 2015, mais qui pourrait basculer à droite à l'issue des élections du 10 mars.

Un peu moins de 500 000 en 2018, le nombre d'étrangers a atteint le million l'an dernier, soit un dixième de la population du pays ibérique, selon des données provisoires fournies à l'AFP par l'Agence gouvernementale pour l'intégration, les migrations et l'asile (Aima).

Si les Brésiliens restent de loin le premier contingent immigré (quelque 400 000 ressortissants), les Indiens (58 000) et les Népalais (40 000) sont déjà plus nombreux que les résidents venus d'ex-colonies en Afrique, comme le Cap-vert ou l'Angola.

Egalement sans liens historiques avec le Portugal, les Bengladais et les Pakistanais ont eux aussi fait irruption dans le top 10 des pays d'origine.

"La principale raison pour laquelle le Portugal a vu augmenter le nombre d'immigrés ces dernières années, c'est qu'il a besoin d'eux", résume le président de l'Aima, Luis Goes Pinheiro, soulignant qu'il s'agit du pays au taux de vieillissement le plus élevé d'Europe après l'Italie.

Loin de la "mer de plastique" formée par les serres de Sao Teotonio, dans une région reculée du nord-ouest du pays, Luis Carlos Vila dépend aussi de la main-d'œuvre étrangère pour cueillir ses pommes.

"Il n'y pas le choix, la population est âgée et il n'y a plus d'ouvriers agricoles", explique-t-il.

Dans ses vergers de Carrazeda de Ansiaes, six Indiens s'affairent à couper des arbres. "J'aime le Portugal. L'argent est bon, le travail est bon, l'avenir est bon. En Inde il n'y a pas d'avenir", dit l'un d'eux, Happy Singh, dans un anglais hésitant.

En toute légalité, le patron passe par des sociétés de recrutement pour trouver ses ouvriers. Chez eux, il retrouve un peu de son histoire familiale: "Mon père aussi a dû quitter son pays pour aller gagner sa vie" en France.

«Pays généreux»

Même au sein de la communauté des pêcheurs de Caxinas qui, dans la banlieue de Porto (nord) incarnent le lien traditionnel des Portugais avec la mer, la moitié des équipages sont constitués d'Indonésiens.

A la barre de son chalutier de 20 mètres, José Luis Gomes, patron de pêche comme son père et son grand-père, s'est résigné au fait que les Portugais ont abandonné ce métier difficile ou sont partis l'exercer ailleurs pour de meilleurs salaires.

Recruté par l'intermédiaire d'associations d'armateurs, le Javanais Saeful Ardani, 28 ans, en est à son quatrième contrat de 18 mois à bord du "Fugitif".

"Les pêcheurs indonésiens qui travaillent ici n'ont aucun souci, témoigne-t-il. Nos familles sont rassurées puisqu'on n'est pas en situation illégale."

Le Portugal, pays d'émigration au XXe siècle, était déjà devenu un pays d'immigration au tournant du XXIe.

Ces dernières années, il y a eu "une croissance significative, avec quelques aspects nouveaux", commente Jorge Malheiros, spécialiste des migrations à l'Université de Lisbonne.

"Quel que soit l'indicateur, c'est un des pays les plus généreux" en matière de politique migratoire en Europe, explique le géographe.

Depuis 2007, la loi portugaise permet à tous ceux qui déclarent des revenus du travail d'obtenir des papiers - ils n'ont plus à attendre de processus extraordinaires de régularisation.

Autre changement majeur en 2018, lorsque le gouvernement socialiste a accordé le droit à la régularisation y compris à ceux qui n'étaient pas entrés légalement sur le territoire.

Un nouvel amendement introduit en 2022 prévoit même un visa temporaire de six mois pour les étrangers à la recherche d'un emploi.

«Davantage de racisme»

"Les lois portugaises ne sont pas parfaites mais elles sont meilleures que celles de beaucoup de pays aux politiques arriérées", se félicite Timoteo Macedo, responsable de l'association Solidarité immigrée.

Si cette législation contribue à éviter les drames des passages clandestins ou la crainte de l'expulsion comme ailleurs en Europe, elle n'empêche pas qu'au Portugal aussi, "il y en a qui se font beaucoup d'argent sur le dos de la misère humaine", ajoute-t-il cependant.

Les autorités portugaises ont déjà démantelé plusieurs réseaux de trafic d'êtres humains dans la région de l'Alentejo, révélant notamment les conditions de logement indignes réservées à certains ouvriers agricoles.

Accoudé au comptoir de son café de Sao Teotonio, Mesch Khatri reconnaît lui-même que l'afflux d'immigrés leur pose de nouveaux défis.

"Avant c'était plus facile de gagner notre vie, maintenant il y a davantage de racisme chez les Portugais. Ils n'aiment pas quand les gens vivent à dix ou quinze dans une maison ou quand ils ne parlent pas le portugais", poursuit sa femme Ritu.

Volontaire dans le magasin social qui jouxte un centre de soutien scolaire accueillant une vingtaine d'enfants, dont un seul porte un prénom portugais, Julia Duarte observe un groupe de pré-adolescentes et un garçon qui apprend à sauter sur son skateboard.

Originaire de l'Alentejo, cette Portugaise de 78 ans a longtemps vécu à Lisbonne avant de s'installer à Sao Teotonio. "Je me disais que j'allais profiter de ma retraite en paix, puis ça a été l'avalanche" de travailleurs migrants, dit-elle.

"C'était beaucoup de monde et beaucoup de tracas, tous à chercher un logement, du travail... puis je me suis rendu compte que c'est des gens tranquilles."

«Regroupement familial»

Dédiée à l'aide aux immigrés, l'ONG Taipa s'est recentrée au fil des années sur leur intégration dans la région.

"Il y a dix ou quinze ans, nous n'étions pas prêts pour ça, confie sa responsable Teresa Barradas. C'est un défi très important pour une communauté plus fermée qui n'était pas habituée à des différences culturelles aussi grandes."

Au-delà, "le principal problème" pour l'accueil des migrants reste le manque de logements, "surtout pour les familles".

Selon la loi portugaise, elles ont le droit de se regrouper et "cela joue un rôle très important pour démonter les préjugés car nous voyons que nos voisins sont une famille au complet dont les enfants vont à l'école avec les nôtres", fait-elle valoir.

Le patron de l'agence pour l'accueil des étrangers, Luis Goes Pinheiro, confirme:  "Le regroupement familial est extraordinairement important pour garantir une intégration pleine et la fixation des migrants, en particulier dans les régions où la densité de la population est très faible".

Née à l'automne dernier après la dissolution de l'ex-police des frontières, l'agence Aima a hérité de quelque 350 000 dossiers de demande de régularisation non traités.

Dans la capitale Lisbonne, on voit davantage de livreurs à vélo ou chauffeurs de VTC originaires d'Asie du Sud.

Le vendredi, avant la prière, des centaines de musulmans doivent désormais faire la queue pour entrer dans l'une des deux mosquées situées dans les ruelles de la Mouraria, le quartier maure des temps médiévaux.

«Rue du Bangladesh»

Axe central de cette partie du vieux Lisbonne, la Rua do Benformoso compte tant de commerces et restaurants bengladais, qu'elle est surnommée "Rue du Bangladesh", raconte Yasir Anwar, un Pakistanais de 43 ans établi ici depuis 2010.

Arrivé sans visa après de brefs passages par le Danemark et la Norvège, il a été menacé d'expulsion avant d'obtenir ses papiers grâce aux amendements législatifs de 2018.

Après avoir sillonné les rues pour vendre des fleurs dans les bars et restaurants, M. Anwar a été embauché par un restaurateur qui lui a appris la gastronomie et la langue portugaises.

Aujourd'hui, il attend la nationalité portugaise, ce qui est normalement possible après cinq années de résidence légale, et espère faire venir sa femme et ses deux enfants.

"Quand je suis arrivé il n'y avait rien pour nous", raconte ce militant de Solidarité immigrée. Depuis, "le Portugal est devenu un bon pays pour les immigrés et les accueille les bras ouverts".

Les enquêtes d'opinion montrent que "le Portugal figure parmi les pays européens où la population ne désigne pas l'immigration comme un des principaux problèmes de son quotidien, contrairement à ce qui se passe à travers toute l'Europe, et que sa réaction au phénomène migratoire reste positive", confirme le président de l'Aima.

Si les sondages électoraux prédisent une nouvelle poussée d'un parti d'extrême droite créé en 2019, l'immigration ne figure qu'au septième rang des priorités de son programme.


Andy Burnham, de "roi du Nord" à Premier ministre du Royaume-Uni

Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham devient chef du Labour et futur Premier ministre britannique, succédant à Keir Starmer avec la promesse de réduire les inégalités régionales et le coût de la vie
  • Ancien maire populaire du Grand Manchester, il mise sur un style accessible et une politique de décentralisation, tout en restant prudent sur son programme économique.

LONDRES: Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire en tant que maire de l'agglomération de Manchester, est un habile politicien travailliste dont le style décontracté et accessible contraste avec celui de son prédécesseur Keir Starmer.

Cet homme de 56 ans qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-entreprises", amateur de football et de rock, prend officiellement vendredi la tête du Labour, parti de centre-gauche majoritaire au Parlement. Il succède au démissionnaire Keir Starmer, et fera son entrée lundi à Downing Street.

Celui qui a fait toute sa carrière dans la politique contrairement à l'ex-avocat Keir Starmer, plus à l'aise que ce dernier dans la communication, accède ainsi au sommet. Il avait tenté deux fois sans succès de briguer la direction du Parti travailliste - en 2010, face à Ed Miliband, puis en 2015, face au très à gauche Jeremy Corbyn.

Il est revenu au Parlement de Westminster après avoir remporté haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, une législative partielle le 18 juin à Makerfield, près de Manchester.

"C'est la dernière chance pour changer" le Labour, avait-il proclamé à l'annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d'Everton, club de Liverpool, s'est engagé à "tracer une nouvelle voie" pour le pays, promettant "l'équité pour les régions" que le pouvoir central à Londres a "négligées".

Andy Burnham, qui revendique fièrement ses racines nordistes et populaires, a conquis en 2017 la mairie du Grand Manchester, agglomération de près de 3 millions d'habitants où il s'est fait réélire deux fois.

- Tee-shirt noir -

Lui-même est un enfant de cette région au passé industriel: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester.

Dans cette cité qui connaît un renouveau économique, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables.

C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", pour son combat face au Premier ministre conservateur Boris Johnson à propos du soutien financier à apporter aux entreprises et employés de cette région.

Cet homme brun à lunettes et au style vestimentaire volontiers informel, qui s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière -symbole de la ville de Manchester-, a déjà fait l'objet de railleries de la cheffe des Tories Kemi Badenoch, qui ne voit en lui qu'"une paire de cils et un tee-shirt noir".

"C'est bleu foncé, en fait", a répondu l'intéressé dans un battement de paupières, dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, dont il est un grand utilisateur.

Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media, basé à Manchester, Andy Burnham "parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux".

- "Madchester" -

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.

Il entre au Labour adolescent et étudie la littérature anglaise à Cambridge, où il dit avoir souffert du "syndrôme de l'imposteur" en raison de ses origines sociales.

Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester des années 1980-90, "Madchester", et classe aujourd'hui encore Oasis parmi ses groupes préférés.

Elu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), et ministre de la Santé (2009-2010).

Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.

S'il a annoncé vouloir mener une politique de décentralisation et promis d'oeuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l'instant resté vague sur son programme. Ses détracteurs l'accusent d'être un caméléon politique s'adaptant à l'air du temps.

En janvier, il énonçait "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit". Face à des marchés inquiets, il s'est toutefois engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuel gouvernement.


Nouvelle nuit de bombardements en Iran, les alliés des Etats-Unis encore visés

Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dénonce des pertes civiles et menace de riposter contre les intérêts américains dans la région
  • Les tensions s'étendent au Moyen-Orient malgré les appels internationaux à reprendre les négociations

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la sixième nuit consécutive vendredi, Téhéran les accusant d'avoir visé des cibles civiles, tandis que plusieurs pays alliés de Washington au Moyen-Orient ont fait état d'attaques les ciblant.

L'armée américaine a affirmé, sur X, avoir attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi "des dizaines de cibles militaires iraniennes comme des sites de surveillance côtière et de défense aérienne, des infrastructures logistiques militaires et des installations maritimes". L'Iran, de son côté, a rapporté des bombardements sur des ponts, un port, un aéroport et une gare.

Téhéran a affirmé vendredi matin que les frappes américaines sur son territoire depuis le 22 juin avaient fait 38 morts et plus de 400 blessés, selon un bilan du ministère de la Santé.

"Si les Américains frappent les infrastructures de la République islamique, alors toutes les infrastructures de la région deviendront des cibles légitimes pour l'Iran", a menacé un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat.

Les forces armées de Jordanie, du Koweït et du Qatar ont annoncé avoir fait face vendredi à l'aube à des attaques aériennes, et les sirènes d'alerte ont été déclenchées à deux reprises à Bahreïn.

Un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat, a affirmé que la République islamique avait visé des sites militaires américains au Koweït à l'aide de drones explosifs.

De leur côté, les Gardiens de la Révolution iraniens ont assuré avoir attaqué en Syrie un "centre de commandement des opérations spéciales de l'ennemi" dans la région d'Al-Tanf, frontalière de l'Irak, ainsi que des radars américains à Oman. Ces deux pays n'ont pas confirmé de telles frappes dans l'immédiat.

Les médias d'Etat iraniens ont fait état dans la nuit de nombreuses explosions dans différents secteurs du sud du pays.

"Les attaques se poursuivent et elles sont si violentes que j'en ai les mains qui tremblent", a raconté à l'AFP Hani, un professeur iranien de 34 ans habitant la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Selon la télévision d'Etat iranienne, les forces américaines ont bombardé deux ponts dans la région de Bandar Khamir, faisant sept morts, ainsi qu'une gare à Bandar Abbas et l'aéroport d'Iranshahr. La tour de contrôle du port de Chabahar a été "complètement détruite" selon l'agence Irna.

- Bouchehr frappée -

Bouchehr, ville portuaire située sur la côte sud-ouest où se trouve la seule centrale nucléaire du pays, a été frappée pour la deuxième fois en quelques heures, selon le gouverneur de la ville, cité par Irna.

Le président Donald Trump avait menacé dans la semaine de frapper les ponts et les centrales électriques du pays si les Iraniens ne revenaient pas à la table des négociations.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, minant les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable au conflit.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains, il a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

Les ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Pakistan, ce dernier pays étant médiateur des discussions, ont appelé vendredi les belligérants à reprendre les négociations dans le cadre du protocole d'accord signé mi-juin, qui a volé en éclats.

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait auparavant prévenu qu'un accord "n'a de sens que lorsque ses clauses sont valides et appliquées".

Islamabad a aussi appelé à un "retour à la normale dans le détroit d'Ormuz", de nouveau verrouillé par l'Iran le week-end dernier. En réponse, les Etats-Unis ont rétabli leur blocus des ports iraniens.

Donald Trump "reste toujours ouvert à la diplomatie dans le même temps", a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Selon elle, les Iraniens "ont fait savoir au président qu'ils veulent toujours conclure un accord. Nous leur parlons, mais, encore une fois, le président ne va pas les laisser tirer sur des navires dans le détroit sans conséquences".

Dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié.

Les cours du pétrole restent relativement stables malgré la situation, avec un baril de Brent autour de 85 dollars vendredi.


Moyen-Orient: nouveaux échanges de frappes entre Iran et Etats-Unis, pas d'accalmie

Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
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  • Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb"
  • Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements.

L'armée américaine a achevé "une série de frappes nocturnes contre l'Iran" mercredi, a-t-elle indiqué, précisant avoir attaqué des cibles militaires, notamment dans la ville portuaire de Bandar Abbas (sud), afin de "réduire la capacité de l'Iran à menacer des marins innocents" dans le détroit d'Ormuz.

Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb", selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat.

Dans la journée de mercredi, la ville portuaire de Bouchehr (sud), où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par Washington, comme les environs d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués, selon l'armée iranienne, qui a recensé treize tirs de missiles américains.

Des explosions ont aussi été entendues dans plusieurs villes dont Bandar Abbas, Rask et Chabahar (sud-est), ainsi que sur l'île de Qeshm, ont rapporté les médias d'Etat.

Selon eux, un hôpital d'Ahvaz (sud-ouest) a été évacué à la suite de frappes américaines dans la région, et les patients ont été transférés vers d'autres établissements de santé.

 "Bonne volonté" 

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril mais les installations pétrolières et gazières du Golfe sont pour l'heure épargnées.

Ces tirs ont fait voler en éclats le protocole d'accord signé à la mi-juin, qui devait mettre fin aux hostilités.

Le président américain Donald Trump a toutefois salué un "geste de bonne volonté" de Téhéran après avoir annoncé dans la soirée la libération d'une citoyenne américaine retenue selon lui en Iran depuis 2024.

Les forces armées iraniennes ont quant à elles visé un radar, "des systèmes de communication et des installations de stockage de carburant de l'armée américaine sur la base aérienne Al-Azraq en Jordanie, à l'aide de drones d'attaque", selon un communiqué relayé jeudi matin par la télévision d'Etat.

Au Koweït, déjà visé dans la journée, l'armée a indiqué dans la nuit répondre à des attaques de drones iraniens, alors que les sirènes d'alerte aérienne ont retenti à Bahreïn.

Mercredi soir, des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions près du consulat des Etats-Unis à Erbil, au Kurdistan irakien, après des survols de drones qui ont conduit à l'activation de la défense antiaérienne.

L'Iran, qui a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz le week-end dernier, a promis que cette voie maritime resterait fermée jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

Et dans le cadre du blocus des ports iraniens réinstauré depuis 24 heures par les Etats-Unis, un avion militaire américain a tiré sur un pétrolier vide qui tentait de le forcer. Le navire, identifié comme le M/T Belma, battant pavillon de Curaçao, a été "neutralisé", a précisé l'armée américaine.

En réimposant le blocus des ports iraniens, Donald Trump entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Tellement effrayés"

Plus de trente civils sont morts depuis que les affrontements ont repris, selon le dernier bilan du gouvernement iranien.

"Les enfants sont tellement effrayés par le bruit des explosions qu'ils ne s'endorment pas avant le matin", témoigne Khadijeh, interrogée par l'AFP depuis Paris. "Les effets de la guerre resteront longtemps dans nos vies, nos esprits et notre santé mentale", ajoute cette artisane de 31 ans qui vit dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est).

"Nous ne vivons pas, nous survivons. Que Dieu mette fin à la guerre, puis aux difficultés économiques", prie Nadin, enseignante de 27 ans dans la même région.

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié après l'attaque de plusieurs pétroliers, avec treize navires commerciaux recensés mardi par la société de suivi maritime Kpler.

Les cours du pétrole ont continué de faire du surplace jeudi après l'envolée du début de semaine, le baril de Brent oscillant autour de 85 dollars.

Le Département d'Etat américain a par ailleurs annoncé mercredi avoir approuvé une vente d'armes pour un montant de près de deux milliards de dollars à l'Arabie saoudite, "un allié majeur non membre de l'OTAN qui constitue un facteur de stabilité politique et de progrès économique" dans le Golfe.