Face à la désinformation russe, la France se décide à montrer les crocs

Le ministre délégué aux Affaires européennes, Jean-Noël Barrot, quitte la salle après un «séminaire de travail» ministériel avec le Premier ministre français à l'hôtel Matignon, à Paris, le 10 février 2024. (Photo Miguel Medina AFP)
Le ministre délégué aux Affaires européennes, Jean-Noël Barrot, quitte la salle après un «séminaire de travail» ministériel avec le Premier ministre français à l'hôtel Matignon, à Paris, le 10 février 2024. (Photo Miguel Medina AFP)
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Publié le Samedi 02 mars 2024

Face à la désinformation russe, la France se décide à montrer les crocs

  • Les attaques informationnelles russes semblent se multiplier contre la France alors que Paris a récemment conclu un accord sécuritaire bilatéral avec Kiev, Moscou dénonçant l'«implication croissante» de Paris dans le conflit
  • La désinformation est une arme de choix du régime du Kremlin pour pousser ses intérêts et la France ne découvre pas aujourd'hui ces méthodes hybrides

PARIS : Après être longtemps resté sur la défensive face aux assauts informationnels russes, Paris s'est lancé ces dernières semaines dans une dénonciation musclée et méthodique des multiples tentatives de déstabilisation ciblant la France, téléguidées par Moscou pour saper le soutien de l'opinion publique à la cause ukrainienne.

«Ce n'est pas seulement une guerre contre l'Ukraine qu'a entamée Vladimir Poutine (...). La Russie a aussi choisi de s'en prendre à la France et aux alliés de la démocratie», a accusé mardi le Premier ministre français Gabriel Attal en évoquant une «entreprise de déstabilisation massive» via des «manœuvres informationnelles et d'ingérence», dénoncées tous azimuts depuis le début de l'année.

De fait, les attaques informationnelles russes semblent se multiplier contre la France alors que Paris a récemment conclu un accord sécuritaire bilatéral avec Kiev, Moscou dénonçant l'«implication croissante» de Paris dans le conflit.

En janvier, les autorités russes ont assuré avoir tué dans une frappe de nombreux «mercenaires» français déployés en Ukraine. L'accusation, abondamment relayée sur les réseaux sociaux, a été vivement démentie par le Quai d'Orsay. L'AFP avait ensuite pu interroger trois des victimes présumées, en fait des volontaires français au sein des forces ukrainiennes, tous bien vivants.

En février, une fausse vidéo attribuée à France 24 et diffusée sur les réseaux russes affirmait qu'Emmanuel Macron aurait annulé un voyage à Kiev après la détection par les «services secrets français» d'un projet «d'assassinat» à son encontre.

Si le déplacement en Ukraine annoncé par le président français lui-même pour février n'avait effectivement pas eu lieu, tout le reste relevait d'un «deepfake», avec «recours à l'intelligence artificielle», selon la chaîne de télévision française.

- Punaises de lit -

«La signature d'un accord de sécurité entre la France et l'Ukraine risque de conduire la Russie à durcir ces opérations pour accroître son influence, décrédibiliser notre action et affaiblir notre cohésion nationale», anticipait en début d'année le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, dans une note interne appelant ses services à la vigilance.

La désinformation est une arme de choix du régime du Kremlin pour pousser ses intérêts et la France ne découvre pas aujourd'hui ces méthodes hybrides.

Elle est attaquée depuis des années en Afrique francophone, via des campagnes anti-françaises sur les réseaux sociaux, alors que la Russie a arraché toute une série de partenariats militaires avec d'anciens alliés de Paris : République centrafricaine, Mali, Niger, Burkina Faso...

Mais Paris semble aujourd'hui avoir décidé de taper très ouvertement du poing sur la table, si l'on en croit le nombre de messages dénonçant ces dernières semaines la désinformation russe.

En février, l'organisme français de lutte contre les ingérences numériques étrangères, Viginum, a révélé publiquement l'existence d'un réseau «structuré et coordonné» de 193 sites diffusant de la propagande russe en Europe et aux États-Unis. Une opération peu virale mais annoncée tambour battant par Paris.

Vendredi, le ministre français délégué à l'Europe Jean-Noël Barrot a assuré que la psychose des punaises de lit, qui avait déferlé sur la France à l'automne dernier, avait été «artificiellement amplifiée» par «des comptes liés au Kremlin».

- Machine bien rodée -

Quelques jours auparavant, dans une note fuitée à la presse, le renseignement intérieur français (DGSI) accusait les service de sécurité russes (FSB) d'avoir commandité l'affaire des dizaines d'étoiles de David bleues dessinées en novembre sur des façades d'immeubles à Paris et en banlieue, en plein conflit entre Israël et le Hamas.

Les armées, dont l'état-major s'est doté en 2022 d'une cellule influence, participent aussi à la contre-offensive. Le ministre Sébastien Lecornu a récemment choisi de dévoiler un incident datant du mois de novembre, quand «un système de contrôle aérien russe a menacé d'abattre des avions français en mer Noire (...) dans une zone internationalement libre».

Ce sursaut informationnel français a une «dimension politico-diplomatique, souligne à l'AFP Elie Tenenbaum, chercheur à l'Institut français des relations internationales. Il faut convaincre l'opinion publique qu'il est légitime de payer pour aider l'Ukraine en faisant valoir que la Russie est une menace pour la France et en rappelant que le Kremlin nous agresse.»

Reste à démontrer l'efficacité de ces coups de menton contre une machine de propagande russe tentaculaire et très rodée, qui promet de redoubler son activité à l'approche des élections européennes, selon le Quai d'Orsay.

En juin 2023, Viginum a dénoncé une vaste opération d'ingérence numérique consistant à publier de faux contenus hostiles à l'Ukraine sur des sites imitant ceux de grands quotidiens français. Cette campagne, baptisée «Doppelgänger», se poursuit pourtant aujourd'hui, amplifiant notamment la colère exprimée par les agriculteurs en France et d'autres pays d'Europe, de source proche du dossier.


Environ 10.000 personnes à Paris pour dénoncer les derniers bombardements à Rafah

Un manifestant brandit un slogan « Honte aux spectateurs et à l'humanité silencieuse » lors d'une manifestation organisée par l'organisation française « France Palestine Solidarité » à Paris. (AFP).
Un manifestant brandit un slogan « Honte aux spectateurs et à l'humanité silencieuse » lors d'une manifestation organisée par l'organisation française « France Palestine Solidarité » à Paris. (AFP).
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  • Une foule compacte s'est rassemblée en fin d'après-midi à quelques centaines de mètres de l'ambassade d'Israël aux cris de "Nous sommes tous des enfants de Gaza"
  • Des drapeaux palestiniens étaient brandis par la foule, au sein de laquelle des participants arboraient des keffieh et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "On ne tue pas un enfant, qu'il soit juif ou palestinien"

PARIS: Quelque 10.000 personnes ont manifesté lundi à Paris contre les bombardements à Rafah qui ont fait, selon le ministère de la Santé de Gaza, au moins 45 morts dans la nuit de dimanche à lundi, a constaté l'AFP.

Une foule compacte s'est rassemblée en fin d'après-midi à quelques centaines de mètres de l'ambassade d'Israël aux cris de "Nous sommes tous des enfants de Gaza", "vive la lutte du peuple palestinien", "free Gaza", ou encore "Gaza, Paris est avec toi".

Des drapeaux palestiniens étaient brandis par la foule, au sein de laquelle des participants arboraient des keffieh et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "On ne tue pas un enfant, qu'il soit juif ou palestinien: Stop aux bombardements, free Palestine", "Rafah, Gaza on est avec toi".

"Hier, des Palestiniens ont été brûlés vifs par des bombardements israéliens sur un camp de réfugiés. On a vu des vidéos de familles qui tirent leurs proches de tentes enflammées. C'est le massacre de trop", a dénoncé François Rippe, vice-président de l'Association France Palestine solidarité (AFPS), un organisateur du rassemblement.

"Plusieurs milliers" de personnes étaient présentes selon lui. La préfecture de police de Paris a fait état d'environ 10.000 personnes.

"Ils mettent le feu dans un camp de réfugiés, ils brûlent des gens et on ne convoque pas l'ambassadrice d'Israël pour lui demander des comptes. C'est juste insupportable", a poursuivi M. Rippe.

Une large banderole montrait des dessins des visages des présidents français Emmanuel Macron et américain Joe Biden, ainsi que du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, surmontant un slogan "c'est l'humanité qu'ils assassinent".

Le député de gauche radicale Eric Coquerel a déclaré espérer "que la mobilisation va finir par faire réfléchir le gouvernement. Dans les paroles, la position de la France est un peu plus juste qu'elle ne l'a été. Mais tant qu'il n'y a pas des actes, ça veut dire qu'en réalité vous ne faites rien".

Mehdi Bekkour, dont un ami est selon lui actuellement coincé à Gaza, a indiqué pour sa part être venu "en tant que papa qui s'identifie beaucoup à ce qui se passe là-bas".

"Mon ami m'a envoyé un message il y a deux jours de Gaza, que je n'ai même pas le courage d'écouter ni de lui répondre. Je ne sais pas quoi lui dire".

L'ONU et nombre de pays ont condamné cette frappe israélienne sur un camp de déplacés à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza et les Etats-Unis ont de nouveau demandé à Israël de "protéger les civils".

L'armée israélienne a de son côté indiqué enquêter sur ce que le Premier ministre a qualifié d'"accident tragique".


Les frappes israéliennes à Rafah relancent le débat sur la reconnaissance d'un Etat palestinien

La semaine dernière, l'Espagne, l'Irlande et la Norvège avaient annoncé leur décision de reconnaître l'Etat de Palestine (Photo, AFP).
La semaine dernière, l'Espagne, l'Irlande et la Norvège avaient annoncé leur décision de reconnaître l'Etat de Palestine (Photo, AFP).
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  • L'émotion est aussi vive qu'unanime à gauche, après cette frappe nocturne qui a tué au moins 40 personnes
  • Plusieurs voix jusque dans le camp macroniste, à l'image du numéro deux de la liste conduite par Valérie Hayer pour les européennes, Bernard Guetta

PARIS: Le bombardement meurtrier d'un centre de déplacés près de Rafah a suscité lundi une vague d'indignations à gauche et relancé dans la classe politique française le débat sur la reconnaissance d'un Etat palestinien.

L'émotion est aussi vive qu'unanime à gauche, après cette frappe nocturne qui a tué au moins 40 personnes. Israël affirme avoir frappé "un complexe du Hamas" dans lequel opéraient "d'importants terroristes".

"Les images de Rafah sont littéralement insoutenables. Rien ne peut justifier de tels crimes", a réagi sur X la tête de liste PS-Place publique pour les européennes, Raphaël Glucksamnn, appelant à "faire réellement pression sur Netanyahu. Maintenant".

Cet "abominable massacre (...) résume ce que sont les assassins de cette armée de criminels de guerre et leurs chefs", a relevé de son côté le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, réclamant la "rupture de la coopération avec le gouvernement Netanyahu et son économie", ainsi qu'un "embargo sur les armes" et la "reconnaissance de l'Etat de Palestine".

Position partagée,  sur le même réseau social, par la patronne des écologistes Marine Tondelier qui appelle la France et l'Union européenne à "opérer une rupture en urgence dans leur action diplomatique pour stopper ce massacre".

Geste de diplomatie 

Le numéro un socialiste, Olivier Faure, a lui aussi souhaité sur TF1 "un geste politique et diplomatique puissant" avec la reconnaissance d'un Etat palestinien pour que la France "puisse être du bon côté de l'Histoire".

Plusieurs voix jusque dans le camp macroniste, à l'image du numéro deux de la liste conduite par Valérie Hayer pour les européennes, Bernard Guetta, appellent à une telle reconnaissance.

"Il ne s'agit pas d'être pro-palestinien ou pro-israélien, il s'agit d'être pro-paix, d'obliger les dirigeants de ces deux peuples à se rasseoir à une table de négociation", a estimé M. Guetta sur Sud Radio, observant que la frappe israélienne faisait suite à un tir de roquettes du Hamas.

La semaine dernière, l'Espagne, l'Irlande et la Norvège avaient annoncé leur décision de reconnaître l'Etat de Palestine, à partir du 28 mai, s'attirant les foudres d'Israël.

Mais, à droite, les réticences restent fortes.

François-Xavier Bellamy, tête de liste LR pour le scrutin du 9 juin, met en garde contre le "grand danger de reconnaître aujourd'hui un Etat palestinien", au risque de "donner le sentiment que l'on donne raison à ceux qui ont déclenché l'attentat terroriste du 7 octobre", même s'il "faudra mettre un jour en oeuvre une solution à deux Etats".

"Israël a le droit de se défendre dans le respect du droit international", a-t-il ajouté sur France Inter, jugeant nécessaire de "faire toute la lumière sur les conditions de la frappe (sur le centre de déplacés près de Rafah, NDLR) et ses conséquences réelles".


Reconnaître l'Etat de Palestine aujourd'hui serait «un grand danger», selon Bellamy

Le parti de droite français Les Républicains (LR) tête de liste François-Xavier Bellamy (Photo, AFP).
Le parti de droite français Les Républicains (LR) tête de liste François-Xavier Bellamy (Photo, AFP).
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  • Le numéro 2 de la liste macroniste aux élections européennes, Bernard Guetta, s'est prononcé lundi pour une reconnaissance par la France de «l'existence d'un Etat palestinien»
  • La semaine dernière, l'Espagne, l'Irlande et la Norvège ont annoncé leur décision de reconnaître l'Etat de Palestine

PARIS: La tête de liste LR aux élections européennes François-Xavier Bellamy a estimé lundi que la reconnaissance de l'Etat de Palestine aujourd'hui serait "un grand danger", tout en appelant à "faire toute la lumière" sur le bombardement d'un centre pour personnes déplacées près de Rafah.

"Il faudra mettre un jour en oeuvre une solution à deux Etats (...). C'est la seule voie nécessaire pour avancer vers la paix", a affirmé l'eurodéputé sortant, estimant toutefois que ce "n'est pas possible aujourd'hui".

Car à ses yeux, "c'est un grand danger de reconnaître aujourd'hui un Etat palestinien parce que ce serait potentiellement donner le sentiment que l'on donne raison à ceux qui ont déclenché l'attentat terroriste du 7 octobre".

La semaine dernière, l'Espagne, l'Irlande et la Norvège ont annoncé leur décision de reconnaître l'Etat de Palestine, à partir du 28 mai, s'attirant les foudres d'Israël.