Avec la fin de la culture du pavot en Afghanistan, inquiétude autour des opioïdes de synthèse en France

Un agriculteur afghan récolte la sève d'opium dans un champ de pavot dans le district de Fayzabad, dans la province de Badakhshan, le 30 mai 2023. (Photo, AFP)
Un agriculteur afghan récolte la sève d'opium dans un champ de pavot dans le district de Fayzabad, dans la province de Badakhshan, le 30 mai 2023. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 06 mars 2024

Avec la fin de la culture du pavot en Afghanistan, inquiétude autour des opioïdes de synthèse en France

  • En France, les quantités saisies de cet opioïde, en provenance d'Amérique du Nord ou des Pays-Bas, restent très modestes et ne représentent pas encore une menace
  • Au printemps 2023, une série d'overdoses a été signalée autour de Montpellier, associées à un produit qui était vendu comme de l’héroïne

PARIS: Le trafic de drogues de synthèse explose en France et inquiète de plus en plus ses autorités qui redoutent l'avènement d'un scénario à l'américaine où l'épidémie de fentanyl cause des dizaines de milliers d'overdoses chaque année.

Si l'héroïne est l'opioïde illicite le plus consommé en Europe (9,5 tonnes saisies en 2021), l'interdiction de la culture du pavot à opium en Afghanistan, principal producteur mondial, depuis avril 2022 risque de réduire prochainement sa disponibilité sur les marchés, voire conduire à des pénuries.

"Une fois les stocks épuisés, les usagers habituels de ce stupéfiant pourraient alors se tourner vers les opioïdes de synthèse tels que le fentanyl et les fentanyloïdes, les nitazènes, les traitements de substitution aux opiacés (méthadone, subutex)", anticipent les policiers de l'Office anti-stupéfiants (Ofast).

En 2021, les Etats membres de l'Union européenne (UE) ont signalé environ 140 décès associés à l'usage de fentanyl, selon le dernier rapport de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA).

Même s'il s'agit d'une sous-estimation, précise l'agence européenne, le bilan reste bien loin des milliers de morts chaque année aux Etats-Unis.

En France, les quantités saisies de cet opioïde, en provenance d'Amérique du Nord ou des Pays-Bas, restent très modestes et ne représentent pas encore une menace, pour plusieurs raisons.

"Cette drogue n'attire pas les consommateurs chez nous, le contexte américain est différent avec la promotion de l'Oxycontin. Le fentanyl n'est pas prescrit aussi largement en France", détaille à l'AFP un agent de la Direction des enquêtes douanières (DNRED).

La plupart des nouveaux opioïdes repérés ces dernières années sur le Vieux continent ne sont pas dérivés du fentanyl mais plutôt des opioïdes à forte teneur en benzimidazole (nitazène).

Les nitazènes, 500 fois plus puissants que la morphine, sont parfois mélangés à l'héroïne que les toxicomanes consomment, à leur insu donc.

Circulation marginale

Ainsi l'an dernier, les autorités françaises ont été mises en alerte après une inquiétante série d'overdoses à l'origine de plusieurs décès.

"A La Réunion, depuis la fin juin 2023, 13 intoxications ont été recensées chez des personnes de 21 à 46 ans, dont trois sont décédées à leur domicile, six ont été hospitalisées en réanimation", rapportait en septembre l'Agence régionale de Santé (ARS) de l'île française de l'océan Indien.

"Parmi les symptômes ressentis, certains des patients précisent que l'intoxication a débuté après deux bouffées de tabac fumé: une asphyxie brutale s'installe car ces substances ont un effet direct sur les centres respiratoires cérébraux, puis la personne est dans l'incapacité de respirer", ajoutait l'ARS.

Au printemps 2023, une autre série d'overdoses a été signalée autour de Montpellier, associées à un produit qui était vendu comme de l’héroïne.

"Il s'est avéré qu'il s'agissait d'un autre opioïde de synthèse de la famille des nitazènes", souligne Sarbina Cherki, toxicologue et coordinatrice nationale SINTES (système d'identification des substances) à l'Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT).

La Chine est le premier fabricant de précurseurs chimiques nécessaires à la fabrication des opioïdes synthétiques qui débarquent sur le marché français.

"Les opioïdes de synthèse sont ensuite produits sur place, dans des laboratoires de format industriel, aux Pays-Bas notamment. Ce type de laboratoire n'a pas été détecté à ce stade en France", détaille à l'AFP Corinne Cléostrate, sous-directrice des affaires juridiques et contentieuses des douanes.

"Dès qu'un précurseur chimique est classé, les organisations criminelles mettent au point de nouvelles molécules et peuvent fournir à leurs clients des kits de précurseurs chimiques pour produire les drogues de synthèse", poursuit-elle.

La circulation des nitazènes reste toutefois très marginale, selon Sabrina Cherki, qui évoque plutôt des "signaux précoces".

"On est en effet sur le qui-vive pour surveiller l'impact que cela aura sur la disponibilité des produits présentés comme étant de l'héroïne au niveau national", précise-t-elle. "Il y a un temps de latence entre la rupture de stock de la matière première (latex de pavot) et le produit fini (l’héroïne)".


Un défilé «massif» et européen pour le dernier 14-Juillet d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
Short Url
  • Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin"
  • Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu

PARIS: Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens.

Près de 6.700 troupes à pied, 98 avions, 31 hélicoptères et 315 véhicules: jamais autant de militaires n'auront défilé sur les Champs-Elysées afin d'illustrer "le réarmement de la France, l'autonomie stratégique de la France et le réveil stratégique européen", selon l'Elysée.

Au lendemain d'un nouveau sommet dans la capitale française des 37 pays de la "coalition des volontaires" pour l'Ukraine, la France met à l'honneur des contingents de chacun de ces pays -500 défilants au total- ainsi que 25 militaires ukrainiens qui défileront à leur suite.

Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin", alors que la Russie menace la sécurité du continent et que les Etats-Unis de Donald Trump sont perçus comme imprévisibles.

Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu, afin de dissuader la Russie de toute nouvelle offensive. "Une coalition d'illuminés et de va-t-en-guerre", a réagi lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky ainsi que 24 chefs d'Etat ou de gouvernement européens, parmi lesquels l'Allemand Friedrich Merz, le Britannique Keir Starmer, le Polonais Donald Tusk ou encore la Danoise Mette Frederiksen, doivent assister au défilé.

"Le message que nous envoyons au monde est le suivant: oui, la paix est notre but, oui, nous chérissons la liberté et le droit. Et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre toujours et au prix du sang s'il le faut", a déclaré le chef de l'Etat lors de son traditionnel discours aux Armées à la veille de la fête nationale.

"Signalement stratégique" 

Le défilé sera ouvert par la Patrouille de France suivie de deux Mirage 2000 français, avec à leur bord des copilotes ukrainiens formés en France. Des avions de dix pays européens y participeront également.

Pour son dernier défilé en tant que chef des Armées, Emmanuel Macron, qui avait invité le président américain Donald Trump pour son premier en 2017, entend aussi montrer la remontée en puissance des armées sous sa présidence, au cours de laquelle le budget de défense aura doublé.

"L'engagement a été tenu, les faits sont là et l'histoire jugera", a-t-il fait valoir lundi.

La loi de programmation militaire, dont l'actualisation a été approuvée le 1er juillet par le Parlement, prévoit 436 milliards d'euros sur la période 2024-2030, soit 36 milliards de plus que dans sa version adoptée en 2023.

Selon l'Elysée, "il faut concevoir ce défilé comme un signalement stratégique, c'est-à-dire un message que la France envoie, celui d'armées puissantes qui sont capables d'entrer en premier dans un conflit, de combattre".

La France entend donc montrer ses muscles avec des avions qui voleront au-dessus des Champs-Elysées avec des maquettes d'armements sous les ailes, une première pour un 14-Juillet, ou encore des hélicoptères qui défileront "au-dessus des chars, de façon à reproduire un petit peu ce qui se passe sur le champ de bataille", explique-t-on à l'Elysée, qui entend montrer "une armée modernisée prête au combat".

Au cours du défilé seront également mis à l'honneur les militaires français déployés sur le flanc Est de l'Europe, notamment en Estonie et en Roumanie, ainsi que la Marine nationale qui célèbre ses 400 ans.


14 juillet : dans un Golfe en transformation, la France mise sur des partenariats de long terme

De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
Short Url
  • Les pays du Golfe redéfinissent leurs partenariats autour de la sécurité, de l’innovation et de la création de valeur à long terme, au-delà des seuls échanges commerciaux
  • La France, grâce à son ancrage historique et à une coopération diversifiée, reste un partenaire stratégique pour des pays comme Oman et les Émirats arabes unis

DUBAÏ: Le 14 juillet ne se limite pas à la célébration de l’histoire et des valeurs françaises. Il offre aussi un regard sur la place de la France auprès de ses partenaires internationaux. Dans le Golfe, où les équilibres économiques et géopolitiques évoluent rapidement, les attentes en matière de coopération changent. Les États de la région ne recherchent plus uniquement des fournisseurs ou des investisseurs, mais des partenaires capables de s’inscrire dans la durée.

Sécurité, diversification économique, innovation technologique, souveraineté industrielle et développement des compétences sont désormais au cœur des relations entre les pays du Golfe et leurs partenaires internationaux. Dans un environnement régional en mutation rapide, les questions de défense et de sécurité sont de plus en plus liées aux enjeux économiques.

La relation entre la France et Oman illustre cette évolution. Pour Lionel Rabin, fondateur et Managing Director de Haltiqa – Bridging Energies et président du Oman–France Joint Business Council, « la relation avec la France illustre ce qui définit aujourd’hui un partenariat stratégique de long terme : la confiance, la continuité et la capacité à contribuer concrètement aux priorités nationales ».

Selon lui, la coopération franco-omanaise s’est progressivement étendue « à la défense, à l’énergie, à la logistique, aux infrastructures, à l’industrie, aux technologies et à l’intelligence artificielle », avec l’objectif de transformer le dialogue politique en projets économiques concrets.

Cette évolution concerne également les Émirats arabes unis, où la relation avec la France s’est renforcée autour de secteurs stratégiques. Agnès Lopez Cruz, directrice de la CCI France-Émirats, souligne que ce partenariat repose sur « la qualité et la continuité du dialogue », mais aussi sur une coopération élargie à « l’énergie, l’innovation, les technologies de pointe et, de plus en plus, l’intelligence artificielle ».

Face aux incertitudes régionales et à la volonté des pays du Golfe de diversifier leurs économies, la France conserve plusieurs atouts : une présence historique, un dialogue stratégique établi et une coopération qui dépasse désormais les secteurs traditionnels.

À l’occasion du 14 juillet, l’enjeu est donc moins de dresser le bilan d’une relation historique que d’observer sa transformation. Dans un Golfe qui cherche à construire de nouveaux équilibres, les partenariats se mesurent désormais à leur capacité à accompagner les ambitions nationales sur le long terme.


Iran: pas de levée de sanctions «tant que» Téhéran ne renonce pas à son programme nucléaire 

Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région. (AFP)
  • "Il n'y aura aucune levée de sanctions sur le régime iranien tant qu'il n'aura pas renoncé à son programme nucléaire, renoncé à son projet révolutionnaire qui déstabilise sa région, renoncé à son programme de missiles balistiques"
  • Interrogé sur le regain de tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, le ministre français s'est refusé à dire que la guerre avait repris

PARIS: Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région.

"Il n'y aura aucune levée de sanctions sur le régime iranien tant qu'il n'aura pas renoncé à son programme nucléaire, renoncé à son projet révolutionnaire qui déstabilise sa région, renoncé à son programme de missiles balistiques dont certains pourraient un jour être en capacité de viser l'Europe", a déclaré Jean-Noël Barrot sur BFM TV/RMC.

"Et tant qu'il n'aura pas rendu aux Iraniens la liberté de construire leur propre avenir", a-t-il ajouté.

Interrogé sur le regain de tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, le ministre français s'est refusé à dire que la guerre avait repris.

"Le constat, c'est qu'il y a un accord qui a été trouvé et qui permet des choses très simples, c'est-à-dire l'arrêt des hostilités, la réouverture du détroit d'Ormuz et le démarrage d'une négociation pour encadrer strictement le programme nucléaire iranien", a-t-il dit.

Il a de nouveau appelé toutes les parties à revenir "au protocole de négociation qui a été fixé par cet accord parce que (...) elles n'ont aucun intérêt à l'escalade".

Les Etats-Unis ont encore bombardé l'Iran, Téhéran ripostant lundi en visant des pays de la région alliés de Washington, des frappes d'une ampleur sans précédent des deux côtés depuis le cessez-le-feu du 8 avril.