Justine Triet «tellement heureuse» du beau parcours d'«Anatomie d'une Chute» jusqu'aux Oscars

La réalisatrice et scénariste française Justine Triet remet son Oscar du meilleur scénario original "Anatomy Of A Fall" lors de la 96e cérémonie annuelle des Oscars au Dolby Theatre à Hollywood, Californie, le 10 mars 2024. (Photo de VALERIE MACON / AFP)
La réalisatrice et scénariste française Justine Triet remet son Oscar du meilleur scénario original "Anatomy Of A Fall" lors de la 96e cérémonie annuelle des Oscars au Dolby Theatre à Hollywood, Californie, le 10 mars 2024. (Photo de VALERIE MACON / AFP)
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Publié le Lundi 11 mars 2024

Justine Triet «tellement heureuse» du beau parcours d'«Anatomie d'une Chute» jusqu'aux Oscars

  • Depuis la Palme d'Or, le film a accumulé les récompenses internationales avec deux Golden Globes, un Bafta et plusieurs prix des critiques américains
  • «Je suis tellement heureuse, ça veut dire que les films traversent les frontières», a déclaré la réalisatrice française Justine Triet

HOLLYWOOD: La réalisatrice française Justine Triet a confié son émotion après le parcours exceptionnel de son film "Anatomie d'une chute", récompensé dimanche par l'Oscar du meilleur scénario.

"Je suis tellement heureuse, ça veut dire que les films traversent les frontières", a-t-elle déclaré à la presse dans les coulisses de la cérémonie.

"C'est un énorme soulagement pour tout le monde car nous avons commencé la course en septembre", a-t-elle confié à l'AFP. "Nous avons fait un film indépendant en France avec un budget modeste, donc cela signifie beaucoup pour l'avenir."

Depuis la Palme d'Or en mai, le film a accumulé les récompenses internationales avec deux Golden Globes, un Bafta (équivalent d'un César britannique) et plusieurs prix des critiques américains.

S'il n'a rien pu faire face au rouleau-compresseur "Oppenheimer" pour l'Oscar du meilleur film, ce drame judiciaire qui chronique la dégringolade d'un couple n'en signe pas moins un très beau parcours.

Avec cinq nominations, il s'est imposé comme le meilleur représentant du cinéma français outre-Atlantique depuis "Amour", Oscar du meilleur film étranger en 2013, et "The Artist", qui avait raflé cinq statuettes en 2012.

Emmanuel Macron félicite Justine Triet pour son Oscar

Le président Emmanuel Macron, qui n'avait pas félicité Justine Triet après sa Palme d'or en mai à Cannes, l'a fait lundi pour son Oscar du meilleur scénario obtenu pour "Anatomie d'une chute" à Los Angeles.

"Anatomie d'un triomphe : Palme d'Or, César et Oscar du meilleur scénario original. Félicitations à Justine Triet et à son équipe. Fierté française !", a écrit le président de la République sur X, publiant également le message en anglais.

Le film de la cinéaste de 45 ans était en lice pour cinq Oscars mais pas pour celui du meilleur film étranger, la France ne l'ayant pas présenté officiellement dans cette catégorie. Il a finalement remporté la statuette du meilleur scénario, couronnant un parcours hors du commun commencé à Cannes.

Elle avait accusé l'exécutif d'avoir "nié de façon choquante" la protestation contre la réforme des retraites à l'hiver 2023, mais aussi de vouloir "casser l'exception culturelle sans laquelle (elle) ne serait pas là aujourd'hui".

Le président Macron, contrairement aux usages, n'avait pas fait part de ses félicitations et la ministre de la Culture de l'époque, Rima Abdul Malak, s'était dite "estomaquée" par son discours.

M. Macron avait finalement félicité la réalisatrice en janvier, à l'occasion des deux Golden Globes remportés par le film. Justine Triet a ensuite également fait carton plein aux César, avec six distinctions dont celles du meilleur film et de la meilleure réalisation.

Campagne ingénieuse 

Aux Etats-Unis, le long-métrage a été promu par Neon, le distributeur qui avait permis à "Parasite", du Sud-Coréen Bong Joon-ho, de triompher aux Oscars en 2020 avec six statuettes, dont celle du meilleur film.

Des professionnels reconnus, sur lesquels Justine Triet s'est appuyée pour réaliser une campagne ingénieuse.

"Ce n'est pas du tout mon métier, moi je suis quelqu'un qui travaille dans l'ombre", confiait-elle lors d'un passage en février à Los Angeles, où elle enchaînait les journées à rallonge.

Neon a su rebondir lorsqu'"Anatomie d'une chute" a été snobé par la commission chargée de sélectionner le représentant français pour l'Oscar du meilleur film international, au profit de "La Passion de Dodin Bouffant", qui n'a pas été nommé.

Le distributeur a ainsi publié un communiqué pour rappeler que la Palme d'or était éligible dans toutes les autres catégories. Et organisé l'omniprésence de Justine Triet dans la presse nord-américaine: Telluride, Toronto, New York... la réalisatrice a fait la tournée des festivals à l'automne.

Ces allers-retours incessants entre la France et les Etats-Unis ont nourri le succès critique du film. A tel point que Barack Obama l'a inclus dans son top 10 des meilleurs films de 2023.

Prise dans le tourbillon promotionnel, Justine Triet se disait surprise par "le côté enthousiaste de la campagne", en février. "C'est un truc assez fou que je n'avais pas imaginé."

Car Neon a multiplié les bonnes idées susceptibles de plaire aux Américains. Comme créer des affiches pour Messi, le chien du film, plébiscité par les internautes pour sa capacité à simuler une overdose.

Chien star 

Le border collie avait même fait le voyage aux Etats-Unis pour le déjeuner des Oscars en février et il est revenu pour assister à la cérémonie dimanche, assis confortablement sur un fauteuil rouge. "Il est incroyable", a salué le maître de cérémonie, Jimmy Kimmel, à l'adresse du toutou.

"On s'est tous fait voler la vedette par Messi. (...) Toutes les stars sont venues le voir en voulant poser avec lui", s'étonnait Justine Triet en février.

Neon a également vendu "Anatomie d'une chute" avec d'autres arguments qu'en France. Plus qu'une plongée dans l'intimité d'un couple, le distributeur a promu le film comme un thriller, avec une question majeure: l'écrivaine incarnée par Sandra Hüller est-elle coupable ?

Le distributeur a été jusqu'à organiser une lecture publique du scénario à Los Angeles par des figures bien connues d'Hollywood: Bob Odenkirk, star de la série "Better Call Saul", l'actrice Riley Keough, petite-fille d'Elvis Presley, et Jay Ellis ("Top Gun: Maverick").

Une stratégie fondée sur le buzz qui a permis à ce film d'auteur très français, pur produit de l'exception culturelle défendue par Justine Triet à Cannes, de se faire remarquer par le gratin du cinéma américain.

Pendant la campagne, la réalisatrice a pu croiser Meryl Streep, Martin Scorsese ou encore Steven Spielberg. Ce dernier "a beaucoup aimé le film", racontait-elle en février.


Un nouveau livre explore 12 chefs-d’œuvre de l’art du manuscrit islamique à travers les siècles

« Illuminated » par William Greenwood. (Fourni)
« Illuminated » par William Greenwood. (Fourni)
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  • William Greenwood évoque son nouveau livre consacré à une douzaine de manuscrits islamiques d’exception

DUBAÏ : Un nouveau livre consacré à 12 manuscrits islamiques extraordinaires vient d’être publié, avec pour ambition de rendre ces chefs-d’œuvre richement illustrés accessibles au plus grand nombre.

Intitulé « Illuminated: Art, Knowledge, and Wonder in Twelve Islamic Manuscripts » et publié par Empty Quarter Press, l’ouvrage présente une sélection de douze des plus beaux manuscrits jamais produits. Parmi eux figurent des classiques arabes médiévaux tels que Maqamat al-Hariri, Kalila wa Dimna, Aja’ib Al-Makhluqat Wa Ghara’ib Al-Mawjudat et Kitab Al-Diryaq, ainsi que des œuvres spectaculaires issues des mondes timouride, safavide et moghol, du XIIIe au XVIIe siècle.

Son auteur, William Greenwood, est spécialiste de l’art et de la culture islamiques. Les manuscrits présentés étaient conçus à la fois comme des réceptacles de savoir et comme des objets artistiques à part entière. Des traités médicaux aux cartes célestes, de la poésie épique aux fables, chacun reflète la richesse et la diversité des traditions intellectuelles et artistiques du monde islamique.

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« Maqamat Al Hariri » (vers 1236-1237). (Fourni)

Pour Greenwood, qui a travaillé plus de dix ans comme conservateur — dernièrement au Zayed National Museum d’Abou Dhabi — ces manuscrits sont importants pour plusieurs raisons. D’abord, ce sont des œuvres d’art remarquables. Ensuite, chacun constitue « un instantané de l’époque de sa création, tant par son style artistique et son contenu que par son contexte historique ».

Le premier chapitre du Kitab al-Diryaq, par exemple, est attribué à Mossoul au milieu du XIIIe siècle et « vise clairement à glorifier le souverain », explique Greenwood. Kitab Suwar al-Kawakib al-Thabita, copié au XVe siècle à Samarcande, témoigne de l’essor des sciences durant la Renaissance timouride, tandis que le Hamzanama, réalisé dans l’Inde du XVIe siècle, marque l’émergence d’un style pictural proprement moghol.

« La troisième raison, poursuit-il, est que, aussi belles que soient les peintures et les enluminures, elles sont presque toujours destinées à magnifier des textes qui sont en eux-mêmes remarquables — qu’il s’agisse d’épopées nationales comme le Shahnameh, d’ouvrages encyclopédiques comme Aja’ib al-Makhluqat, ou de démonstrations de virtuosité linguistique telles que les Maqamat d’Al-Hariri. »

Enfin, ces manuscrits constituent, selon lui, « des témoignages remarquables d’un monde islamique multiculturel et cosmopolite, capable d’absorber, de raffiner et de repenser des influences aussi diverses que les fables indiennes ou l’astronomie classique pour en faire un ensemble cohérent et distinctement “islamique” ».

L’intérêt de Greenwood pour les manuscrits enluminés a été éveillé par une copie mamlouke du milieu du XIVe siècle de Sulwan al-Muta’ fi ‘Udwan al-Atba’, qu’il a découverte alors qu’il travaillait au Musée d’art islamique de Doha.

« Il s’agit de la seule copie médiévale illustrée de ce texte, probablement réalisée pour un mécène royal », explique Greenwood, qui a également travaillé au British Museum de Londres. « Le mélange d’éléments byzantins, persans et chinois dans les peintures correspondait parfaitement à mon intérêt pour les échanges interculturels. Le texte appartient au genre des “miroirs des princes”, destiné à conseiller les souverains — un type d’écriture fondamental, également représenté dans Illuminated par une copie mamlouke du début du XIVe siècle de Kalila wa Dimna. »

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« Kalila wa Dimna » (vers 1310). (Fourni)

Cependant, ce n’est pas une découverte isolée qui l’a poussé à écrire ce livre, mais le constat progressif que, bien que le grand public s’intéresse aux manuscrits islamiques illustrés et enluminés, il existe peu d’ouvrages de synthèse accessibles.

« Il existe de nombreuses publications très spécialisées consacrées soit à des manuscrits précis, soit à certains éléments décoratifs, mais peu de livres destinés à un public curieux mais non universitaire. Il était aussi stimulant de rassembler, dans un même ouvrage, des peintures issues de manuscrits très différents. Cela permet de suivre l’évolution des styles et des idées du XIIIe au XVIIe siècle, ce qui est particulièrement utile pour les non-spécialistes. »

Le résultat est un livre richement illustré, conçu pour un large public. À la fois célébration des traditions artistiques du livre islamique et invitation à en découvrir la beauté et les trésors, Illuminated réunit art islamique, savoir et récit dans une forme accessible et attrayante.

« J’espère que le fait de voir ces œuvres réunies dans une même publication ouvrira les yeux des lecteurs sur leur caractère exceptionnel », conclut Greenwood. « Ce livre s’adresse vraiment à tout le monde, et s’il suscite un intérêt plus large pour les manuscrits présentés, il aura déjà une valeur unique. Toutes ces œuvres sont liées, d’une manière ou d’une autre, à la transmission du savoir et de la sagesse, et si ce livre peut contribuer à les diffuser un peu plus, alors il aura pleinement rempli sa mission. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Tarboosh Jedde Maallak : une histoire d’amour libanaise entre mémoire et diaspora

Les acteurs incarnent avec sensibilité les thèmes de l’exil, de la mémoire et de l’amour. (Photo: fournie)
Les acteurs incarnent avec sensibilité les thèmes de l’exil, de la mémoire et de l’amour. (Photo: fournie)
Les acteurs incarnent avec sensibilité les thèmes de l’exil, de la mémoire et de l’amour. (Photo: fournie)
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  • Tarboosh Jedde Maallak arrive à Dubaï pour une représentation unique, après avoir rempli plus de 25 salles au Liban
  • À travers le destin croisé de ses personnages, la pièce offre une réflexion sensible sur la diaspora libanaise et le lien profond avec la terre natale

​​​​​​DUBAÏ: Après une tournée exceptionnelle de plus de 25 représentations à guichets fermés au Liban, la pièce théâtrale Tarboosh Jedde Maallak s’apprête à rencontrer le public de Dubaï pour une représentation très attendue.

Écrite par Marwa Khalil et Riad Chirazi (également auteurs de la pièce Mafroukeh), qui signe aussi la mise en scène, la production met en scène le comédien et stand-uppeur Junaid Zeineddine, aux côtés de l’actrice Marwa Khalil. Ensemble, ils livrent une pièce à la fois touchante et teintée d’humour, explorant l’amour, la perte et la quête d’identité.

Mêlant romance et regard socio-politique acéré, la pièce aborde les thèmes du départ et du retour, des promesses brisées, de l’amour qui persiste malgré le chaos, ainsi que de la nostalgie et de la mémoire collective.

L’histoire se déroule sur fond de l’histoire mouvementée du Liban, de 1980 à 2025. Elle suit deux personnages principaux dont les trajectoires divergent profondément. Hala, contrainte de quitter son pays, traverse Paris, Montréal et Dubaï, incarnant l’expérience de la diaspora libanaise tout en portant en elle le poids émotionnel de sa terre natale. Ibrahim, quant à lui, choisit de rester au Liban, ancré dans un pays marqué par la lutte, la résilience et l’espoir.

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Sur scène, l’émotion et l’humour se mêlent dans Tarboosh Jedde Maallak. (Photo: fournie)

Leur histoire d’amour devient un miroir sensible de l’impact des bouleversements nationaux sur les relations intimes, offrant une réflexion poignante sur l’appartenance, l’identité et le coût émotionnel de l’instabilité politique et sociale. Avec finesse et tendresse, Tarboosh Jedde Maallak évoque les souvenirs partagés d’une génération tout en touchant à des expériences universelles de séparation et de manque.

À Dubaï, la pièce sera présentée lors de deux représentations à 19h et 21h30, offrant au public une occasion de découvrir une œuvre qui a marqué les spectateurs arabophones de la région.

Présentée par Bayroute Events et BYL Events, en collaboration avec Art For All, cette soirée promet d’attirer les passionnés de théâtre, les membres de la diaspora libanaise et les amateurs de théâtre arabe contemporaine.

Véritable hommage à l’esprit humain libanais, Tarboosh Jedde Maallak s’annonce comme une pièce, émouvante et profondément culturelle.


De Djeddah à Paris, l’engagement artistique de la famille Jameel salué par la France

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  • Fady Jameel a été nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, en reconnaissance de l’engagement pionnier et international de la famille Jameel en faveur des arts depuis 80 ans
  • Art Jameel touche près de deux millions de personnes chaque année, grâce à ses centres de Djeddah et de Dubaï et à un vaste réseau de partenariats culturels mondiaux, notamment avec la France

​​​​​​Paris / Djeddah: La famille Jameel, reconnue pour son rôle pionnier dans le soutien aux arts à l’échelle mondiale, a vu son engagement distingué par la République française. Fady Mohammed Jameel, président d’Art Jameel et vice-président international d’Abdul Latif Jameel, a été décoré de l’insigne de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres lors d’une cérémonie officielle organisée à Paris par Madame Rachida Dati, ministre de la Culture.

Attribuée par le ministère français de la Culture, cette distinction honore des personnalités ayant contribué de manière significative au rayonnement des arts et de la culture en France et à l’international. Elle vient saluer 80 années d’engagement philanthropique de la famille Jameel, ainsi que plus de deux décennies d’actions structurantes en faveur des arts sous l’impulsion de Fady Jameel, notamment au Moyen-Orient et dans le cadre d’échanges culturels étroits avec la France.

Fondée en 2003, Art Jameel s’est imposée comme l’une des organisations artistiques les plus influentes de la région. Financée principalement par la famille Jameel et guidée par une mission civique forte, l’institution œuvre pour rendre les arts accessibles à toutes et tous, à travers des expositions, des commandes artistiques, des programmes éducatifs et des initiatives cinématographiques. Chaque année, ses activités touchent près de deux millions de personnes à Djeddah, Dubaï et à travers le monde.

Art Jameel soutient notamment Hayy Jameel à Djeddah – pôle majeur dédié au cinéma et aux arts, qui accueille l’Alliance Française et le premier cinéma indépendant d’Arabie saoudite – ainsi que le Jameel Arts Centre à Dubaï, récemment distingué par une médaille d’excellence lors des Art Basel Awards pour sa vision innovante et son impact culturel. L’organisation développe également un réseau international de partenariats de premier plan avec des institutions telles que le Victoria and Albert Museum à Londres et le Metropolitan Museum of Art à New York.

Les échanges culturels entre la France et le monde arabe occupent une place centrale dans cette dynamique. Art Jameel collabore régulièrement avec des institutions françaises autour de projets d’expositions, de cinéma, de musique et de restauration du patrimoine, tout en mettant en lumière des artistes français et issus des diasporas arabes au sein de ses programmations.

Recevant cette distinction, Fady Jameel a souligné le rôle essentiel des arts comme vecteur de dialogue, de transmission et de transformation sociale, réaffirmant l’engagement d’Art Jameel à renforcer durablement les écosystèmes artistiques, à soutenir les créateurs et à favoriser les échanges culturels internationaux.