Dans une ville endeuillée, des Moscovites partagés sur les accusations visant l'Ukraine

Cette capture d'une séquence prise et publiée par le ministère russe des Urgences le 26 mars 2024 montre le personnel des services d'urgence en train de nettoyer les décombres de la salle de concert incendiée de l'hôtel de ville Crocus à Krasnogorsk, à l'extérieur de Moscou. (AFP)
Cette capture d'une séquence prise et publiée par le ministère russe des Urgences le 26 mars 2024 montre le personnel des services d'urgence en train de nettoyer les décombres de la salle de concert incendiée de l'hôtel de ville Crocus à Krasnogorsk, à l'extérieur de Moscou. (AFP)
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Publié le Mercredi 27 mars 2024

Dans une ville endeuillée, des Moscovites partagés sur les accusations visant l'Ukraine

  • Les autorités russes ne cessent de présenter l'Ukraine comme étant dirigée par des «nazis» ou comme menant des «attaques terroristes»
  • Le Kremlin a reconnu cette semaine que le pays était en «guerre» en Ukraine alors qu'il avait banni l'emploi du mot, lui préférant le terme «d'opération militaire spéciale»

MOSCOU: Meurtris par la sanglante attaque du Crocus City Hall, des Russes insistent sur leur union dans la douleur. Mais les opinions sont partagées quant à la version des faits du Kremlin semblant accuser l'Ukraine.

L'attentat commis par un commando armé vendredi soir et qui a fait au moins 137 morts a été revendiqué par les jihadistes de l'Etat islamique (EI). Mais le Kremlin n'a jamais évoqué leur responsabilité, insistant sur le fait que les quatre assaillants présumés, qui ont été arrêtés, auraient tenté de fuir en Ukraine, pointant du doigt le pays qu'il a attaqué en 2022 et combat depuis deux ans.

Beaucoup refusent de s'exprimer sur un sujet aussi sensible. Mais Vamig Aliev, étudiant en médecine de 22 ans et qui dit que ses parents sont musulmans, accepte.

Il estime que Kiev a déjà commis des attentats, référence à des assassinats ciblés à la bombe pour lesquels l'Ukraine fait figure de principal suspect. Mais il note aussi que le modus operandi de l'attaque de vendredi lui paraît être le fait de combattants islamistes.

"Je pense que derrière cet acte terroriste il y a les islamistes extrémistes de l'EI. L'Ukraine commet aussi des actes terroristes, mais là ça rassemble plus à ce que font les islamistes", a relevé le jeune homme, qui dit être un habitué du Crocus City Hall.

"Je ne crois pas à la version de la participation de l'Ukraine même après ce que le président (Poutine) a dit", a-t-il insisté.

Malgré ce désaccord, il juge que la tragédie a été un facteur d'unité.

"De tels événements unifient afin qu'on puisse ensemble surmonter les obstacles", ajoute Vamig. "Je ne suis pas surpris (du soutien des Occidentaux qui ont dénoncé l'attaque), personne n'aime les terroristes".

Rouslana Baranovskaïa, juriste de 35 ans, est elle très émue. Des yeux pleins de larmes, elle raconte avoir été "souvent" au Crocus City Hall et se dit en "état de choc".

«Pourquoi ?»

Mais elle s'interroge sur le fait que les autorités russes, qui ont toujours vanté la puissance de leur appareil sécuritaire, n'aient pas pu empêcher cette tragédie.

D'autant que des pays occidentaux avaient mis en garde Moscou et leurs ressortissants en Russie d'une attaque en préparation.

"Les Etats-Unis et le Royaume-Uni avaient prévenu leurs ressortissants, alors voilà la question: pourquoi nos services spéciaux ne savaient-ils rien?", s'agace-t-elle.

Mardi, trois jours avant l'attentat, Vladimir Poutine avait dénoncé les mises en garde "provocatrices" des Etats-Unis et "une volonté d'intimider et de déstabiliser notre société", lui qui considère Washington comme un ennemi existentiel.

Et dimanche, Washington a répété que "l'Etat islamique porte l'entière responsabilité de cet attentat" et dit ne voir "aucune implication ukrainienne". "Début mars, le gouvernement américain a partagé avec la Russie des informations sur un projet d'attentat terroriste à Moscou", a indiqué une porte-parole de la Maison Blanche.

"Je ne me sens pas en sécurité, que quelqu'un puisse surgir et me tuer, ça fait peur", confie pour sa part Mme Baranovskaïa.

Pour d'autres cependant, l'implication de Kiev est probable. Les autorités russes ne cessent de présenter l'Ukraine comme étant dirigée par des "nazis" ou comme menant des "attaques terroristes", afin de justifier l'assaut lancé le 24 février 2022 par le Kremlin.

Valéry Tchernov, 52 ans, relève qu'avec l'attaque du Crocus City Hall tout le monde va "comprendre que le front n'est pas seulement dans une partie de la Russie mais dans tout le pays".

"Certains n'avaient pas compris qu'il y a une guerre et que dans ce cas tous les moyens sont bons", affirme ce commerçant.

"Qui est derrière (les assaillants)? Les ennemis de la Russie et de Poutine pour déstabiliser le pouvoir".

"Concrètement c'est possible (que ce soit) l'Ukraine et les Occidentaux. Je n'exclus rien. C'est possible qu'ils aient utilisé l'EI pour détourner l'attention de l'opinion publique", a-t-il martelé.

M. Tchernov espère donc désormais que "la société a compris que la guerre est dans tous les recoins du pays".

Le Kremlin a reconnu cette semaine que le pays était en "guerre" en Ukraine alors qu'il avait banni l'emploi du mot, lui préférant le terme "d'opération militaire spéciale".


Le prince héritier saoudien et Trump évoquent les pourparlers entre Washington et Téhéran et la sécurité dans le Golfe

  • Les dirigeants mettent l’accent sur la diplomatie et la sécurité maritime dans un contexte de regain des tensions au Moyen-Orient
  • Le ministre saoudien des Affaires étrangères et Marco Rubio discutent de leur coordination alors que les tensions entre Washington et Téhéran persistent

RIYAD : Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, et le président américain Donald Trump ont discuté vendredi, lors d’un entretien téléphonique, de la sécurité régionale, de la liberté de navigation maritime et des contacts en cours entre les États-Unis et l’Iran, alors que Riyad et Washington renforcent leur coordination diplomatique à la suite d’une nouvelle montée des tensions dans le Golfe.

Selon l’Agence de presse saoudienne (SPA), les deux dirigeants ont passé en revue la coopération bilatérale et les moyens de renforcer les relations dans divers secteurs. Ils ont également échangé leurs points de vue sur les évolutions régionales et internationales, notamment sur les discussions entre Washington et Téhéran.

Le prince héritier et Donald Trump ont souligné l’importance de garantir la sécurité de la navigation maritime, de protéger les voies maritimes internationales et de soutenir les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité régionales.

Par ailleurs, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal ben Farhane, s’est entretenu par téléphone avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Les deux responsables ont réaffirmé l’importance de poursuivre la coordination et les consultations afin de promouvoir la sécurité et la stabilité dans l’ensemble de la région, a rapporté la SPA.

Ces échanges interviennent après une nouvelle escalade entre les États-Unis et l’Iran, qui menace de compromettre les récents efforts diplomatiques visant à mettre fin à plusieurs mois d’hostilités.

La dernière crise a éclaté après que des forces iraniennes ont attaqué des pétroliers commerciaux transitant par le détroit d’Ormuz, malgré un accord de cessez-le-feu, entraînant des frappes aériennes américaines contre des cibles situées en Iran. Téhéran a ensuite riposté par des attaques de missiles et de drones contre des alliés des États-Unis dans le Golfe, ravivant les craintes d’un conflit régional de plus grande ampleur.

Cette reprise des violences a intensifié les appels de la communauté internationale en faveur d’un retour des États-Unis et de l’Iran à la table des négociations.

L’Égypte et le Qatar ont exhorté les deux parties à reprendre le dialogue et à mettre en œuvre le protocole d’accord conclu plus tôt cette année comme base d’un règlement plus large, tandis que le Pakistan a appelé à la retenue et proposé de poursuivre son rôle de médiateur entre les deux pays.

Vendredi, Donald Trump a déclaré que les États-Unis avaient accepté de poursuivre les discussions avec l’Iran, tout en estimant que le cessez-le-feu était, dans les faits, caduc après les derniers échanges d’attaques.

L’Arabie saoudite a constamment appelé à la retenue, au dialogue et à des solutions diplomatiques afin de préserver la stabilité régionale et de garantir la sécurité des routes maritimes internationales, en particulier à travers le détroit d’Ormuz, l’un des corridors énergétiques les plus stratégiques au monde. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Attaques de drones sur des infrastructures pétrolières en Russie, une raffinerie en feu

Un véhicule de recrutement militaire renversé à Lviv, à la suite des troubles qui ont éclaté après que des officiers ont interpellé un homme soupçonné de se soustraire au service militaire et l'ont conduit dans un centre de recrutement le 8 juillet 2026, dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo : document fourni / Bureau du procureur général ukrainien / AFP)
Un véhicule de recrutement militaire renversé à Lviv, à la suite des troubles qui ont éclaté après que des officiers ont interpellé un homme soupçonné de se soustraire au service militaire et l'ont conduit dans un centre de recrutement le 8 juillet 2026, dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo : document fourni / Bureau du procureur général ukrainien / AFP)
  • Le gouverneur de la région de Rostov, Iouri Slioussar, également dans le sud de la Russie, a indiqué que deux installations de stockage d'hydrocarbures à Azov avaient pris feu, suite à des frappes
  • Ces nouvelles attaques contre des infrastructures pétrolières interviennent au moment où le pays connaît des difficultés d'approvisionnement en carburant, qui sont particulièrement sévères dans la péninsule de Crimée voisine

MOSCOU: Des attaques de drones ont visé plusieurs infrastructures pétrolières dans le sud de la Russie vendredi, déclenchant un incendie dans une raffinerie de la région de Krasnodar, ont indiqué les autorités, faisant état de la destruction de 376 drones ukrainiens dans la nuit.

"A la suite de la chute de débris de drones, un incendie s’est déclaré à la raffinerie d'Ilskiï", a indiqué le quartier général opérationnel de la région de Krasnodar sur Telegram, précisant qu'il n'y a pas eu de victimes.

Le gouverneur de la région de Rostov, Iouri Slioussar, également dans le sud de la Russie, a indiqué que deux installations de stockage d'hydrocarbures à Azov avaient pris feu, suite à des frappes.

Ces nouvelles attaques contre des infrastructures pétrolières interviennent au moment où le pays connaît des difficultés d'approvisionnement en carburant, qui sont particulièrement sévères dans la péninsule de Crimée voisine.

Entre 20H00 locales jeudi et vendredi 7H00, les forces russes ont détruit 376 drones ukrainiens, a précisé le ministère russe de la Défense sur la messagerie Max.

La Russie continue de frapper presque quotidiennement l'Ukraine, plus de quatre ans après le début de la guerre, pire conflit en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, jusqu'à présent sans issue diplomatique.

L'Ukraine a également intensifié ses frappes sur le territoire russe, parfois très loin de la frontière, visant particulièrement des infrastructures de transport et de stockage d'hydrocarbures pour tenter d'assécher la capacité de Moscou à financer son effort de guerre.


L'Iran cherche à tuer Donald Trump, a affirmé Israël auprès de Washington

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu écoute le président américain Donald Trump s'exprimer devant les journalistes lors d'une conférence de presse conjointe à la résidence Mar-a-Lago de Trump, à Palm Beach, en Floride. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu écoute le président américain Donald Trump s'exprimer devant les journalistes lors d'une conférence de presse conjointe à la résidence Mar-a-Lago de Trump, à Palm Beach, en Floride. (AFP)
  • Israël a transmis aux États-Unis des renseignements affirmant que l'Iran préparerait un nouveau projet d'assassinat contre Donald Trump, selon des médias américains.
  • Ces révélations surviennent sur fond de tensions entre Washington et Israël concernant la guerre en Iran, certains responsables américains évoquant une possible tentative d'influencer la politique de Donald Trump

WASHINGTON: Israël a transmis à Washington des informations de ses services de renseignement selon lesquelles l'Iran prépare un nouveau plan pour assassiner Donald Trump, rapportent jeudi le Wall Street Journal et CNN en citant des sources anonymes.

Les deux médias américains sont avares en détails. Selon une source citée par CNN, l'alerte est arrivée cette semaine aux oreilles des Américains. Selon une autre source auprès de la chaîne, les Israéliens ont confirmé un nouveau plan iranien déjà partiellement détecté par les services américains.

Interrogée par l'AFP, la Maison Blanche n'a pas démenti, renvoyant simplement vers des déclarations de Donald Trump datant de mercredi: "Ils veulent éliminer le dirigeant américain - moi. Je suis sur une sorte de liste, j'ai vu ce matin que je suis sur toutes leurs listes".

Le président avait alors quitté le sommet de l'Otan en Turquie avec l'ancien avion présidentiel, et non le nouveau offert par le Qatar, en raison de questions de sécurité, selon le New York Times.

Ces fuites évoquant un nouveau complot interviennent au moment où la relation entre Israël et les Etats-Unis et leurs deux dirigeants, le Premier ministre Benjamin Netanhayu et Donald Trump, bat de l'aile à propos de la guerre en Iran.

Les Etats-Unis sont le principal allié d'Israël, mais le président américain s'est à plusieurs reprises livré ces dernières semaines à des critiques publiques de M. Netanyahu, après que la guerre menée par Israël contre le Hezbollah au Liban a menacé les pourparlers avec l'Iran.

Des sources américaines citées par CNN estiment que cette transmission d'informations israéliennes aux Américains pourrait constituer un effort du gouvernement Netanyahu visant à convaincre Donald Trump de poursuivre ses bombardements contre l'Iran, redémarrés cette semaine.

Les Etats-Unis ont assassiné le puissant général iranien Qassem Soleimani en Irak en 2020, lors du premier mandat du républicain, et l'Iran a publiquement menacé de représailles, notamment à l'encontre de Donald Trump.

L'Iran vient d'inhumer son défunt guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe américano-israélienne fin février au tout début de leur guerre, après plusieurs jours de funérailles marquées le désir de vengeance.