Liban: Appel au calme après l'assassinat d'un responsable des Forces libanaises

Des partisans des Forces libanaises (FL) assistent aux funérailles de Pascal Sleiman, coordinateur dans la région de Byblos (Jbeil) au nord de Beyrouth pour les LF, le 12 avril 2024. (AFP)
Des partisans des Forces libanaises (FL) assistent aux funérailles de Pascal Sleiman, coordinateur dans la région de Byblos (Jbeil) au nord de Beyrouth pour les LF, le 12 avril 2024. (AFP)
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Publié le Samedi 13 avril 2024

Liban: Appel au calme après l'assassinat d'un responsable des Forces libanaises

  • Le Liban « n’accorde pas l'asile, car il existe des zones sûres en Syrie », a déclaré Mawlawi
  • Geagea : « Notre confrontation n'est pas motivée par la vengeance ou le sectarisme »

BEYROUTH : Le ministre de l'Intérieur du Liban, Bassam Mawlawi, a appelé vendredi tout le monde à « rester calme et à s'abstenir d'attaquer les autres ». Le pays, a-t-il déclaré vendredi, « respecte les droits de l'homme, et protège légalement tous ceux qui se trouvent sur son territoire ». 

Il a par ailleurs souligné l'importance de « l’application de la loi sur tous les résidents ». 

Son appel intervient alors que les funérailles de Pascal Sleiman, responsable des Forces libanaises, se sont transformées en une campagne contre la présence de réfugiés syriens au Liban. Le Liban « n'accorde pas l'asile parce qu’il existe des zones sûres en Syrie », a déclaré Mawlawi, ajoutant que 35 % des détenus dans les prisons libanaises sont des Syriens. 

De son côté, l'armée libanaise a été déployée dans des zones sensibles, notamment entre Chiyah et Ain el-Remmaneh, et a renforcé sa présence dans les banlieues sud de Beyrouth. Issam Charaf el-Din, le ministre par intérim des Affaires des déplacés, a déclaré qu'il y avait 20 000 hommes armés dans les camps de réfugiés et que la sécurité au Liban n'était pas sous contrôle. 

Des milliers de partisans des Forces libanaises et d'autres partis chrétiens ont assisté aux funérailles de Sleiman - le coordinateur des Forces libanaises à Jbeil, dans le nord du Liban. 

Le cercueil était enveloppé dans le drapeau libanais et la bannière de son parti. Lors des funérailles, à l'église Saint Georges de Jbeil, le patriarche Béchara Rai a rappelé l'importance de la miséricorde et de la justice.

Rai, la plus haute autorité religieuse chrétienne au Liban, a déclaré que les décisions de guerre et de paix n'appartenaient plus à l'État libanais.

Pendant ce temps, l'enquête sur le crime semble piétiner.

Les seules informations disponibles révèlent qu'un groupe de Syriens a tué Sleiman en le frappant à la tête après avoir volé sa voiture, une « Audi ». Le corps a ensuite été placé dans le coffre de la voiture et transporté à la frontière libano-syrienne, où il a été retrouvé dimanche dernier.

L'interrogatoire des détenus syriens soupçonnés du crime a révélé que la bande impliquée dans l’enlèvement et le meurtre de Sleiman fait partie d'un gang dont les membres sont mêlés à diverses activités criminelles, y compris le vol de voitures.

Les voitures volées sont acheminées à la frontière et remises à des contrebandiers, qui les font passer en Syrie via des passages clandestins. Un autre groupe en Syrie achète ces véhicules, dont certains sont démantelés et vendus en pièces détachées.

Le meurtre de Sleiman a eu de graves répercussions, notamment des attaques contre les réfugiés syriens dans des zones majoritairement chrétiennes.

Des travailleurs et des réfugiés syriens ont été publiquement menacés et sommés de quitter les quartiers de la périphérie est de Beyrouth, le village de Bcharré et d'autres villes, au plus tard vendredi.

Des familles syriennes ont été vues quittant précipitamment leurs maisons, emportant leurs enfants et leurs maigres possessions.

Les attaques ont également ciblé le Parti nationaliste social syrien, allié du Hezbollah et du régime syrien, ainsi que ses centres et ses ambulances dans le Mont Liban et la Bekaa.

Le meurtre de Sleiman et la recrudescence de la violence contre les réfugiés et travailleurs syriens font resurgir la question de l'asile dans le pays. Le Liban se plaint de la présence de plus de 1,5 million de Syriens sur son territoire, dont moins d'un million sont enregistrés auprès du HCR.

Dans son discours vendredi, Rai a exhorté chacun à la retenue et à éviter de se laisser entraîner dans la discorde.

Rai a souligné l'importance de la « miséricorde et de la justice » et rappelé que l’épouse de Sleiman a affirmé « sa confiance dans les appareils militaires et de sécurité, en particulier l'armée, qui a réussi à démasquer les auteurs ».

Et Rai d’ajouter : « L'important est de connaître les objectifs du crime et ses commanditaires, car la vérité finira par émerger. Mais il est regrettable que les auteurs de ce crime soient des Syriens déplacés que le Liban a accueillis avec humanité, et que certains d'entre eux représentent désormais une menace pour les Libanais dans leurs propres foyers. Il est donc impératif de contrôler leur présence et il appartient aux autorités libanaises de traiter ce problème gravement dangereux par les moyens légaux et procéduraux.

Rai a souligné que « l'échec de l'élection d'un chef de l'État, le chaos dans les institutions et la prolifération des armes sont les principales causes facilitant les crimes politiquement couverts par des personnes influentes ».

« Qui tire profit de ce chaos ? La décision de faire la guerre et la paix a échappé à l'État », a-t-il déclaré, faisant allusion au Hezbollah.

Le leader des Forces Libanaises, Samir Geagea, s'est, quant à lui, adressé à la foule rassemblée à l'église, via Zoom.

Il a affirmé que « la confrontation continue. Notre lutte n'est pas une question de vengeance, elle n'est pas réactionnaire, ni basée sur le sectarisme ou le régionalisme. Elle vise plutôt à passer de notre réalité amère à la réalité souhaitée. Celle où chaque individu peut vivre avec fierté et dignité, comme dans toutes les sociétés civilisées. »

Le chef du parti chrétien a également ajouté : « Notre lutte se poursuivra tant que les assassinats et les enlèvements continueront, tant que nous n'aurons pas des frontières sécurisées et régulées, tant qu'un gouvernement corrompu et défaillant ne sera pas remplacé démocratiquement, et tant que les responsables de crimes tels que l'explosion du port de Beyrouth et l'assassinat d'Elias Hasrouni et d'autres ne seront pas identifiés et traduits en justice. »

Elias Hasrouni, membre des Forces Libanaises, avait été tué l'année dernière dans des circonstances obscures dans une région sous contrôle du Hezbollah dans le sud du Liban.

Geagea a également rappelé : « Ne pariez pas sur notre désespoir ; nous ne désespérerons pas, nous ne nous lasserons pas. Ne pariez pas sur notre retraite ; nous ne nous rendrons pas. Ne pariez pas sur notre mémoire ; nous n'oublierons pas. Et ne pariez pas sur le temps ; nous ne changerons pas d'avis. »

Le parti des Forces Libanaises accuse la « prolifération des armes incontrôlées » d'être responsable de la mort de Sleiman sans pour autant accuser directement le Hezbollah d'être responsable du crime.

Ils estiment qu'il existe de nombreuses failles dans le récit sécuritaire concernant la mort de Sleiman. Le parti insiste sur le caractère « politique » du crime jusqu'à preuve du contraire.

Après l'incident, et quelques heures avant l'annonce de la mort de Sleiman, le Secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a accusé « le parti des Forces Libanaises et ses alliés d'attiser le conflit. »

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Nouvelle session de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington

Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
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  • Des représentants d’Israël et du Liban participent à une quatrième session de pourparlers directs à Washington, sous médiation américaine, malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays
  • Malgré les appels à l’apaisement, les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivent

WASHINGTON: Les ambassadeurs d'Israël et du Liban ont été reçus mardi au département d'Etat pour une nouvelle session de pourparlers directs, alors qu'Israël et le Hezbollah ont échangé des tirs après que Donald Trump a assuré que les deux camps lui avaient promis l'apaisement.

Cette quatrième rencontre entre les représentants des deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, a lieu au département d'Etat et doit durer deux jours.

Elle réunit les représentants israélien Yechiel Leiter et libanais Nada Hamadeh Moawad, ainsi que Daniel Holler, un haut conseiller du secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui ne participe pas à cette session.

Aucun des participants n'a fait de déclarations.

Le président américain a indiqué lundi soir sur son réseau Truth Social que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'était engagé à ne pas envoyer de troupes à Beyrouth et que le Hezbollah allait "cesser totalement le feu".

Mais les combats qui opposent l'armée israélienne et le Hezbollah depuis le 2 mars, se sont poursuivis malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril et qui avait été prolongé une fois à l'issue de ces pourparlers, les premiers depuis des décennies.

Des frappes israéliennes lundi soir ont fait au moins six morts dans le sud du pays, portant à 13 le bilan global pour la journée, selon des sources libanaises. Et le Hezbollah a revendiqué mardi une attaque à la roquette contre un char israélien à Hadatha dans la région, disant y lutter contre "l'avancée des forces israéliennes".


Israël dit avoir obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth si le Hezbollah attaque ses localités

Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
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  • Le ministre de la Défense israélien Israël Katz affirme qu’Israël aurait obtenu l’aval des États-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), bastion du Hezbollah, en cas d’attaques contre le nord d’Israël
  • Il expose une logique de dissuasion : si les tirs continuent, Israël dit qu’il ciblerait Dahiyeh, en liant le sort de cette zone aux attaques subies par les localités israéliennes

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a affirmé mardi que son pays avait obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, en cas d'attaque du groupe pro-iranien sur son sol, selon un communiqué de son bureau.

"Le Premier ministre et moi-même avons mené, avec l'armée israélienne, une démarche visant à établir une équation selon laquelle le sort de Dahiyeh (la banlieue sud, ndlr) à Beyrouth serait lié à celui des localités du nord d'Israël. Si les localités israéliennes continuent d'être attaquées, nous évacuerons et frapperons le quartier chiite de Dahiyeh à Beyrouth, bastion du Hezbollah", a dit M. Katz.

"Les Etats-Unis ont validé ce principe et l'ont communiqué au gouvernement libanais ainsi qu'à toutes les parties concernées (...) Soit les tirs contre les localités cessent, soit, s'ils se poursuivent, nous frapperons Dahiyeh à Beyrouth", a poursuivi le ministre.


Paris s’inquiète des évolutions au Liban et tente un déblocage

Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
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  • La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants
  • Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention international

PARIS: Soucieuse des évolutions alarmantes de la situation au Liban, Paris a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité, alors que l’envoyé spécial du président français, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre à Beyrouth demain mercredi.

La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants, notamment les centaines de milliers de déplacés disséminés à travers le territoire au gré des ordres d’évacuation israéliens.

Derrière cette initiative, une question centrale se pose : à quoi peut encore servir une réunion d’urgence à l’ONU dans un contexte où les rapports de force semblent verrouillés ?

Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention internationale, alors que les regards sont largement tournés vers l’Iran.

Il est clair, pour la diplomatie française, que la situation a franchi un seuil critique ces derniers jours. D’autant que, déjà fragile, le cessez-le-feu apparaît désormais vidé de sa substance.

Les frappes se poursuivent, les menaces israéliennes s’intensifient, y compris contre Beyrouth, et les conditions minimales d’un dialogue crédible semblent s’effondrer.

Canal de discussion entre le Liban et Israël

On ne peut même plus parler de cessez-le-feu, reconnaît-on en substance du côté français, et cette dégradation inquiète d’autant plus qu’elle intervient au moment où un canal de discussion s’est ouvert entre le Liban et Israël sous médiation américaine.

Un choix jugé courageux par la diplomatie française, mais qui place Beyrouth dans une position extrêmement délicate car, faute de réciprocité sur le terrain, ces négociations risquent de perdre toute crédibilité.

Paris insiste sur ce point : si l’on veut que les autorités libanaises puissent avancer dans ces discussions, encore faut-il leur en laisser la possibilité. Or, l’intensification des opérations militaires israéliennes réduit cet espace politique à néant.

Pire encore, elle pourrait renforcer les acteurs que ces négociations cherchent précisément à contenir, au premier rang desquels figure le Hezbollah.

Dans cette équation, la France tente de défendre une approche pragmatique. Elle continue de rappeler la responsabilité du Hezbollah dans l’engrenage du conflit, tout en soulignant que la stratégie actuelle d’Israël est contre-productive, estimant que, s’il fallait saboter les discussions, on ne s’y prendrait pas autrement.

Dès lors, la priorité affichée est le rétablissement d’un cessez-le-feu « robuste », condition indispensable à toute avancée politique, ainsi que la réactivation et l’amélioration du mécanisme mis en place fin 2024, aujourd’hui largement inopérant.

Paris insiste sur le fait que, sans cadre crédible de vérification et de désescalade, les initiatives diplomatiques risquent de rester lettre morte.

Mais au-delà de l’urgence immédiate, la France travaille sur une stratégie de plus long terme qui repose notamment sur un renforcement de l’État libanais, à commencer par son armée. L’objectif est d’aider le Liban à retrouver progressivement sa souveraineté en limitant l’influence des acteurs armés non étatiques.

Cela passe par un soutien accru — financier, logistique mais aussi politique — aux forces armées libanaises, sans pour autant leur demander une confrontation directe avec le Hezbollah, jugée irréaliste dans le contexte actuel. Il s’agit plutôt de renforcer leur présence sur le terrain, de contrôler les flux logistiques et financiers et de sécuriser des zones clés, notamment la frontière avec la Syrie.

Sur ce dernier point, Paris voit un levier important car, contrairement aux années précédentes, un certain niveau de coopération avec les autorités syriennes semble possible, ouvrant la voie à un meilleur contrôle des flux qui alimentent le Hezbollah.

Autre chantier majeur du point de vue français : l’avenir de la présence internationale au Liban. Le retrait annoncé de la FINUL d’ici à la fin de l’année suscite de vives inquiétudes.

Les leviers de la France demeurent limités

La France estime qu’un tel vide sécuritaire serait dangereux et plaide donc pour une réflexion rapide sur un nouveau dispositif, potentiellement plus adapté aux réalités actuelles.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large consistant à remobiliser les partenaires internationaux. À ce propos, Paris travaille étroitement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, ainsi qu’avec certains partenaires européens, afin de tenter de recréer une dynamique collective autour du Liban.

Reste toutefois une réalité difficile à contourner : les leviers de la France demeurent limités face au rôle central des États-Unis dans la médiation. La diplomatie française s’efforce néanmoins de peser indirectement en multipliant les échanges avec Washington et en délivrant un message constant : sans cessez-le-feu, aucune avancée durable n’est possible.

Par ailleurs, Paris explore d’autres pistes de pression, notamment au niveau européen. Le débat sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pourrait ainsi évoluer sous l’effet conjugué des situations à Gaza, en Cisjordanie et désormais au Liban.

Enfin, la mission de l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian à Beyrouth revêt une dimension politique essentielle puisque, au-delà du soutien affiché, il s’agira pour lui de dialoguer avec l’ensemble des forces politiques libanaises afin de favoriser un minimum de cohésion interne.

Un enjeu jugé crucial par la diplomatie française dans un pays profondément fragmenté, où les divisions communautaires affaiblissent toute stratégie nationale.