Dévasté par la guerre, le patrimoine ancien de Gaza trouve une planche de salut en Suisse

Une femme tient une vitre brisée au milieu des décombres de la maison démolie d'un Palestinien accusé d'avoir participé à une attaque meurtrière dans la ville israélienne de Raanana le 15 janvier 2024, dans le village de Bani Naim, en Cisjordanie occupée, en avril. 17, 2024. (Photo de HAZEM BADER / AFP)
Une femme tient une vitre brisée au milieu des décombres de la maison démolie d'un Palestinien accusé d'avoir participé à une attaque meurtrière dans la ville israélienne de Raanana le 15 janvier 2024, dans le village de Bani Naim, en Cisjordanie occupée, en avril. 17, 2024. (Photo de HAZEM BADER / AFP)
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Publié le Mercredi 17 avril 2024

Dévasté par la guerre, le patrimoine ancien de Gaza trouve une planche de salut en Suisse

  • Le palais al-Bacha avait été érigé à partir du XIIIe siècle et était connu par les Palestiniens de Gaza pour avoir hébergé à la toute fin du XVIIIe siècle Bonaparte lors de la campagne d'Egypte
  • Si Israël dispose d'un arsenal d'archéologues qui rend compte d'un nombre impressionnant de trésors antiques, ce secteur est resté davantage en friche à Gaza

JERUSALEM: Le "palais de Napoléon", détruit. Le site de l'antique Anthédon, ravagé. Le seul musée privé, incendié. Le patrimoine de Gaza paye un lourd tribut à la guerre, mais par un curieux retournement de situation, une partie de ses trésors reste à l'abri en Suisse.

Chaque jour, au gré de l'accès à l'électricité et internet, l'archéologue palestinien Fadel al-Otol reçoit sur WhatsApp des photos montrant en quasi temps réel l'état des lieux des sites anciens.

Adolescent, M. Otol étudiait les pierres, avant de travailler pour des missions archéologiques européennes. Aujourd'hui, le quadragénaire formé à Genève et au Louvre, est la tour de contrôle d'un vaste réseau d'archéologues à Gaza: une quarantaine de jeunes formés pour fouiller le sol, recomposer le passé en 3D et préserver le patrimoine.

Dans la foulée de la campagne militaire lancée par Israël sur la bande de Gaza, en représailles à l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre, les sites archéologiques ont encaissé un coup dur, l'Unesco disant avoir confirmé jusqu'à présent des dommages sur 41 sites en se basant sur des images satellitaires. L'équipe de M. Otol, elle, travaille à ras de terre.

"Tous les vestiges archéologiques dans le nord de Gaza ont été touchés. Le site de Blakhiya (l'ancienne ville grecque d'Anthédon, NDLR) a été directement bombardé. Il y a un énorme trou. La partie du site que nous n'avions pas commencé à fouiller a été touchée", explique M. Otol à propos de ce site situé à proximité de casernes du Hamas.

Côté israélien, l'attaque du 7 octobre a entraîné la mort de plus de 1.170 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles israéliennes. Dans la bande de Gaza, les représailles israéliennes ont fait plus de 33.700 morts, surtout des civils, selon le ministère de Santé du Hamas. Et entraîné des destructions énormes.

«Du chamboulement»

"Dans la vieille ville de Gaza, le palais al-Bacha est complètement détruit. Il y a eu des bombardements et les bulldozers sont passés dessus. Il y avait des centaines d'objets anciens et de magnifiques sarcophages", dit M. Otol, joint par téléphone, avant de partager des photos récentes des lieux en ruines.

Ce palais de pierre sable ocre avait été érigé à partir du XIIIe siècle et était connu par les Palestiniens de Gaza pour avoir hébergé à la toute fin du XVIIIe siècle Bonaparte lors de la campagne d'Egypte.

"Nos meilleures trouvailles avaient été exposées dans le Bacha. Quelqu'un a-t-il sorti des objets avant d'exploser le bâtiment? Nous ne savons que très peu de choses" à ce stade, souligne Jean-Baptiste Humbert, de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem (Ebaf).

En Israël et dans les Territoires palestiniens, l'archéologie est un sujet hautement politique, de nombreuses découvertes ayant été instrumentalisées pour justifier les revendications des uns et des autres.

Si Israël dispose d'un arsenal d'archéologues qui rend compte d'un nombre impressionnant de trésors antiques, ce secteur est resté davantage en friche à Gaza, et ce malgré un riche passé qui s'étire sur des millénaires et dont des vestiges étaient stockés à l'entrepôt de l'Ebaf et au musée du palais al-Bacha.

Les soldats israéliens sont entrés dans l'entrepôt de l'Ebaf dans la ville de Gaza, le directeur des Antiquités israéliennes, Eli Escusido, postant sur Instagram une vidéo de militaires entourés de vases et de poteries anciennes, ce qui a suscité de vives réactions palestiniennes accusant l'armée de piller le site.

"Mes collègues ont pu retourner sur les lieux. Il y a eu du chamboulement. Les soldats ont ouvert des caisses. On ne sait pas s'ils ont pris quelque chose", explique à l'AFP l'archéologue et chercheur à l'Ebaf, René Elter, disant toutefois ne pas avoir constaté une volonté de "pillage d'Etat".

"Tous les jours lorsque Fadel m'appelle, j'ai peur qu'il m'apprenne qu'un de nos collègues est décédé ou qu'il me dise que tel site a été détruit", dit-il.

«Le sang du Christ»

Seul mouillage offrant une protection naturelle entre le Sinaï et le Liban, Gaza a été pendant des siècles un carrefour des civilisations, un relais entre l'Afrique et l'Asie, une plaque tournante du commerce de l'encens, suscitant tour à tour les convoitises des Egyptiens, des Perses, des Grecs, des Romains, des Ottomans...

Au cours des dernières décennies, ce passé glorieux a été foré par les ouvriers de Jawdat Khoudary, un collectionneur privé. Dans les années 1990, après les accords d'Oslo et la création de l'Autorité palestinienne, Gaza a connu un boom immobilier.

Or, lorsque les ouvriers piochent le sol, ils découvrent des objets antiques. Magnat local du BTP, M. Khoudary accumule des objets dans sa résidence, un trésor qu'il ouvre aux archéologues étrangers sur place parmi lesquels le dominicain Jean-Baptiste Humbert, pilier des fouilles d'Anthédon.

En 2004, le Frère Humbert invite à Gaza son collègue Marc-André Haldimann, alors conservateur du Musée d'art et d'histoire de Genève (MAH), fasciné par des fouilles ayant permis d'exhumer à la cathédrale Saint-Pierre de Genève des amphores anciennes venant de Gaza, car au début de la chrétienté, rappelle-t-il, "c'était le vignoble le plus proche de Jérusalem et donc représentant le mieux le sang du Christ".

Colonnes byzantines

Arrivé à Gaza, dans les jardins de M. Khoudary, l'archéologue genevois n'en croit pas ses yeux. "On s'est retrouvé devant 4.000 objets dont une allée de colonnes byzantines", dit-il à l'AFP.

Une idée se concrétise alors: organiser une grande exposition du passé gazaoui au MAH, puis construire à Gaza un musée pour que les Palestiniens puissent s'approprier leur propre patrimoine.

Fin 2006, environ 260 objets de la collection Khoudary quittent Gaza pour Genève. Et au printemps, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, y inaugure l'exposition regroupant la collection Khoudary et des objets anciens présentés des années plus tôt à l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris.

L'exposition est un succès. Mais la géopolitique change en cours de route. Juin 2007, le Hamas chasse l'Autorité palestinienne de Gaza. Et Israël impose son blocus.

Résultat: les objets gazaouis ne peuvent plus rentrer chez eux et restent coincés à Genève tandis que le projet de musée archéologique s'évanouit faute de relais politique à Gaza pour le mettre en oeuvre.

Mais M. Khoudary ne désespère pas. Il construit lui-même un lieu d'exposition qui prendra la forme d'un musée-hôtel, al-Mathaf ("musée", en arabe), situé sur le bord de la Méditerranée, au nord de la ville de Gaza.

Or, l'offensive israélienne menée après l'attaque du 7 octobre commence justement par le nord de Gaza. "Al-Mathaf est resté des mois sous contrôle israélien. Dès qu'ils sont partis, j'ai demandé à des gens de s'y rendre pour voir dans quel état étaient les lieux. Et j'ai été choqué. Il manquait plusieurs objets et le hall a été incendié", affirme à l'AFP M. Khoudary, qui a quitté Gaza pour l'Egypte.

Et sa maison de Cheikh Radwane, quartier du nord de la ville de Gaza théâtre de violents affrontements, a été détruite: "les Israéliens ont aplani le jardin avec des bulldozers (...). Je ne sais pas si des objets ont été enfouis (par les bulldozers) ou si les colonnes de marbre ont été brisées ou pillées. Je ne trouve pas les mots".

Interrogée, l'armée israélienne n'a pas commenté ces destructions spécifiques, mais plutôt accusé le Hamas d'utiliser des hôpitaux, des écoles et des sites patrimoniaux à des fins militaires. "Israël respecte ses engagements envers le droit international, notamment en garantissant la protection spéciale (au patrimoine, ndlr)", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

«Lieu lumineux»

Si une partie de la collection locale de M. Khoudary est perdue, celle en Suisse reste intacte. Une demande en 2016 de restitution à l'Autorité palestinienne des objets encore à Genève n'a pu se concrétiser malgré un travail pour y donner suite, explique à l'AFP Béatrice Blandin, actuelle conservatrice au MAH.

"On a fait un inventaire, on a rédigé un protocole d'accord précisant les conditions du retour. On a restauré certaines pièces en bronze qui étaient légèrement corrodées et on a tout remballé et mis en caisse. Il y avait 106 caisses qui étaient prêtes au départ", détaille-t-elle: "Il fallait juste avoir l'assurance que le convoi ne soit pas bloqué puisqu'il devait traverser le territoire israélien (...). On attendait ce feu vert mais on ne l'a pas eu encore".

Loin de la guerre qui fait rage à Gaza, "les objets sont toujours en bonne condition", assure Mme Blandin, précisant que des "discussions étaient en cours" pour sortir ce patrimoine de l'ombre et organiser une nouvelle exposition en Suisse.

Au bout du fil, en Egypte, M. Khoudary trépigne à l'idée: "la plus importante collection d'objets sur l'histoire de Gaza est à Genève. S'il y a une nouvelle exposition cela permettra au monde entier de connaître notre histoire".

"C'est quasiment une ironie de l'Histoire", renchérit M. Haldimann. "Une nouvelle expo Gaza permettrait de montrer à nouveau que Gaza est un lieu lumineux (...), que c'est tout sauf un trou noir", dit-il en se mobilisant pour permettre à son ami Fadel al-Otol de quitter Gaza pour gagner la Suisse.


IMA: « Raconte moi ton mariage », un événement qui met à l’honneur une France multiculturelle

Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.  Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire. Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
  • Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin
  • Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français

PARIS: Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.

Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais.

Les youyous résonnent, les mains se parent de henné, un orchestre nord-africain entraîne la foule dans une danse spontanée, les enfants courent entre les voitures décorées de fleurs, tandis que les visiteurs se mêlent aux comédiens sans toujours distinguer où s’arrête la représentation et où commence la réalité.

Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin. Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français.

Conçue à partir de témoignages recueillis auprès d’habitants de Gennevilliers, Saint-Denis, Pantin ou Saint-Ouen, la performance donne vie à des histoires de mariage issues de l’immigration maghrébine.

Des cortèges de voitures fleuries convergent vers l’IMA avant de poursuivre leur route jusqu’au Grand Palais, où un couscous géant, des concerts et des spectacles prolongent la fête jusque tard dans la nuit.

Une nouvelle étape dans l’évolution de l’IMA

Pour Chawki Abdel Amir, vice-président de l’Institut du monde arabe, cette manifestation marque une nouvelle étape dans l’évolution de l’institut.

« On nous reproche parfois d’être trop intellectuels », déclare-t-il à Arab News en français. « Or, la culture, ce ne sont pas seulement les colloques ou les collections patrimoniales ; c’est aussi la cuisine, les coutumes, les mariages. Nous voulions montrer une culture vivante, joyeuse, telle qu’elle est réellement vécue. »

Dans une période internationale marquée par les conflits et les tensions, il revendique le choix d’offrir « un peu de bonheur » et de faire du parvis de l’IMA un lieu où les cultures populaires retrouvent toute leur vitalité.

Au-delà de l’aspect festif, il voit également dans cette célébration une manière d’assumer sereinement des identités parfois contestées, malgré les polémiques récurrentes autour des cortèges de mariage ou des youyous.

Il regrette que certains cherchent à faire disparaître des expressions culturelles pourtant parfaitement compatibles avec les valeurs de la République.

Ses propos font écho aux initiatives de certaines municipalités visant, au nom de l’ordre public ou d’une conception très restrictive de la neutralité, à encadrer, voire à décourager, certaines manifestations festives inspirées des cultures d’origine.

« La France est une idée universelle, rappelle-t-il. Elle s’est toujours enrichie des cultures qui la composent. Vouloir effacer ces particularités, c’est finalement appauvrir ce qu’elle représente. »

Le cortège lui-même illustre cette volonté de rendre visibles des traditions souvent confinées à la sphère privée.

Au volant de la voiture des mariés, l’un des participants raconte avec enthousiasme cette traversée de Paris, commencée à Gennevilliers.

Le convoi a emprunté les grands axes de la capitale, traversé Bir-Hakeim, longé les Champs-Élysées avant de rejoindre l’Institut du monde arabe.

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.

Tout au long du parcours, les passants applaudissaient, klaxonnaient et répondaient spontanément à la fête. « Les gens participaient comme s’ils assistaient à un vrai mariage », raconte-t-il avec émotion.

« C’était formidable de voir autant de sourires. Même devant l’Assemblée nationale, nous avions l’impression de partager un moment avec toute la ville. »

Pour Mohamed Bourouissa, cette réaction confirme l’ambition de son projet. « On ne voit pas cela tous les jours à Paris, indique-t-il. Je voulais rejouer le rituel du mariage parce qu’il est porteur de joie, d’amour et de mémoire. C’est un moment qui rassemble toute une communauté, mais qui parle aussi à tout le monde. »

L’artiste explique avoir voulu dépasser le simple folklore pour transformer ces récits familiaux en une œuvre contemporaine.

Les histoires recueillies auprès de familles venues principalement du Maghreb, mais aussi du Liban et d’autres horizons du monde arabe, deviennent ici une matière artistique qui relie les générations. La traversée entre les villes populaires de la périphérie parisienne et le cœur de la capitale revêt d’ailleurs une portée hautement symbolique.

« J’ai eu l’impression de vivre une véritable odyssée, confie-t-il, car cette traversée raconte quelque chose de notre histoire commune. »

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.


Le Festival d'Avignon ouvre sa 80e édition entre création, parité et focus coréen

Des personnes préparent la scène du nouveau théâtre La Scala Provence avant le début de la 76e édition du Festival international de théâtre d'Avignon, à Avignon, dans le sud de la France, le 5 juillet 2022. (AFP)
Des personnes préparent la scène du nouveau théâtre La Scala Provence avant le début de la 76e édition du Festival international de théâtre d'Avignon, à Avignon, dans le sud de la France, le 5 juillet 2022. (AFP)
  • Le 80e Festival d'Avignon s'ouvre avec une programmation marquée par une majorité de femmes à la mise en scène et un focus sur les artistes sud-coréens
  • Le Festival Off réunit 1.400 compagnies et 1.780 spectacles, tout en ouvrant le débat sur les défis économiques du spectacle vivant

AVIGNON: Trompettes, retentissez! La 80e édition du Festival d'Avignon, grand rendez-vous international de théâtre, démarre samedi pour trois semaines, avec un spectacle-fleuve de cinq heures à l'ouverture, plus de femmes à la mise en scène, un zoom sur les artistes sud-coréens et un Off toujours en force.

- Diversité de propositions

"Il y a des spectacles pour tous les goûts", déclare à l'AFP le directeur du Festival Tiago Rodrigues. Selon lui, cette édition se veut une "célébration des arts vivants", avec du théâtre, de la danse, des performances et du cirque, et une "fête de la création", avec des artistes d'une grande diversité qui "s'emparent des problèmes et des joies du monde".

Pour la première fois, le Festival compte une majorité de metteuses en scène avec 27 femmes, 16 hommes et 6 collectifs. Par ailleurs, 24 artistes français tels que Jeanne Candel, Rebecca Chaillon, Boris Charmatz et 25 artistes internationaux, comme les Brésiliennes Christiane Jatahy, Carolina Bianchi, l'Egyptien Ahmed El Attar, ou le collectif belge flamand tg Stan, sont invités.

Quelque 136.000 places sont en vente.

Cette édition se veut également une "fête des questionnements" avec le public, qui se terminera par une nuit de réflexions dans la cour d'honneur "autour des questions que l'art peut poser au monde", avec artistes, scientifiques, philosophes, personnalités de la société civile, etc.

- Ouverture par Julien Gosselin

Musique forte, vidéo, démesure: avec "Maldoror", le directeur de l'Odéon-Théâtre de l'Europe à Paris, Julien Gosselin, embarque samedi soir le public de la Cour d'honneur du Palais des papes dans un spectacle-fleuve.

Cette fiction, inspirée de textes de l'écrivain chilien Roberto Bolaño et de poèmes du recueil "Les chants de Maldoror" de Lautréamont, "parle du mal, ce qui fait que des artistes cheminent autour du mal", selon le metteur en scène, figure emblématique du Festival.

"J'ai toujours été extrêmement intéressé par le fait que sous la beauté, ou sous la culture, pouvait en fait se cacher l'horreur", confie-t-il à l'AFP. "Quand je lis Bolaño, je ressens une forme de fraternité, de douceur, même si les thèmes qu'il travaille sont très violents".

- Han Kang et les artistes coréens à l'honneur

Après l'anglais, puis l'espagnol et l'arabe, le coréen est la langue invitée du Festival. Théâtre populaire, théâtre documentaire, performances visuelles, danse et cirque, pansori (récit chanté accompagné au tambour): les arts vivants coréens vont représenter quelque 20% de la programmation totale cette année.

La lauréate du prix Nobel de littérature 2024 Han Kang, présente du 12 au 18 juillet, a inspiré deux spectacles, "Oiseau", une lecture performance avec les actrices Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee et "Che dolore terribile è l'amore", mise en scène par l'Italienne Daria Deflorian.

- 1.400 compagnies pour le Off

En parallèle du Festival in, les compagnies du Off investissent les 141 théâtres de la ville, la transformant en gigantesque marché du spectacle vivant.

Quelque 1.400 compagnies, soit une cinquantaine de plus que l'an dernier, proposent 1.250 spectacles par jour et 1.780 spectacles au total, certains n'étant pas programmés sur toute la durée du festival.

Selon Avignon Festival & Compagnies (AF&C), qui gère la manifestation), cela représente 27.000 représentations pour lesquelles 2,6 millions de billets sont en vente.

Dans un contexte de crise du secteur, équipes artistiques, chargés de diffusion, collectivités, institutions, vont participer en parallèle à des "assises" organisées les 7, 9 et 10 juillet.

Ce chantier de réflexion portera cette année sur "les réalités économiques", "les métiers et les conditions de diffusion" et "les politiques publiques". Il se poursuivra lors de l'édition 2027.

Le spectacle vivant subit en effet des coupes budgétaires des collectivités territoriales et de l'Etat.


Coupe du monde 2026 : l’Égypte élimine l’Australie et file en huitièmes de finale

  • Les Pharaons s’imposent 4-2 aux tirs au but après un match tendu conclu sur un 1-1
  • Première victoire historique en phase à élimination directe : l’Égypte rejoint le Maroc comme deuxième nation africaine et arabe en huitièmes

DUBAÏ : L’Égypte a battu l’Australie aux tirs au but au stade de Dallas pour se qualifier pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Il s’agit de sa toute première victoire en phase à élimination directe.

Ils rejoignent ainsi le Maroc comme deuxième nation africaine et arabe à atteindre les huitièmes de finale de ce tournoi.

L’Égypte avait été rassurée par les nouvelles concernant son capitaine et joueur clé Mohamed Salah, remis de ses inquiétudes liées à une blessure après avoir demandé à être remplacé lors du dernier match de groupe contre l’Iran. Avant la rencontre, un quatuor offensif composé de Salah, Mostafa Zico, Emam Ashour et Omar Marmoush apparaissait sur le papier comme une menace sérieuse pour la défense australienne.

Les Socceroos ont de nouveau débuté en 3-4-3, avec le jeune Nestor Irankunda, 20 ans, chargé d’animer l’attaque.

La première occasion du match est venue de Cristian Volpato à la 5e minute, sa frappe enroulée du pied gauche frôlant la barre égyptienne. Quelques minutes plus tard, Jordan Bos a percé la défense égyptienne avant d’être stoppé par Mohamed Hany alors qu’il s’apprêtait à tirer face au but de Mostafa Shobeir.

La situation s’est débloquée de l’autre côté du terrain, et les Pharaons n’ont eu besoin que de 13 minutes pour prendre l’avantage, Ashour étant à l’origine puis à la conclusion de l’action collective qui lui a offert son deuxième but du tournoi. Sa première tentative, sur une remise de Salah, avait été contrée, et lorsque le ballon a ensuite été centré dans la surface par Karim Hafez, la tête d’Ashour, totalement libre, n’a laissé aucune chance au gardien australien Patrick Beach.

Après la pause hydratation, l’Australie est davantage entrée dans le match, mais la première mi-temps est restée hachée, entre fautes et interruptions.

Dès le début de la seconde période, Omar Marmoush aurait pu faire le break, mais son tir du droit a frôlé le poteau après une passe parfaite de Zico. L’Égypte allait regretter cette occasion à la 55e minute, lorsque un coup franc a été dévié dans ses propres filets par Mohamed Hany : 1-1, tout était relancé.

À la 67e minute, l’Égypte a tenté de réagir en remplaçant Zico et Hamdi Fathy par Haissem Hassan et Hossam Abdelmaguid. Cinq minutes plus tard, Ashour manquait le cadre après une belle séquence collective. Malgré une pression croissante en fin de match, la défense australienne, menée par l’excellent Harry Souttar, tenait bon.

Dans le temps additionnel, Ramy Rabia a failli offrir la victoire à l’Égypte, mais sa tête sur un centre de Salah a été repoussée par un arrêt exceptionnel de Beach.

Avec Trezeguet et Hassan très dangereux sur les côtés, les Australiens semblaient même satisfaits de voir arriver la prolongation.

Salah a enfin eu une vraie occasion trois minutes après le début des prolongations, mais sa frappe a survolé la barre. Les occasions sont restées rares.

À la 108e minute, une frappe déviée de Marwan Attia a failli tromper Beach, mais le gardien a pu capter le ballon. L’Égypte poussait, sans parvenir à faire céder la défense australienne. Salah a encore fait parler sa classe en éliminant plusieurs adversaires à sept minutes de la fin, mais sa frappe a été contrée. Les tirs au but se profilaient, et l’Australie a remplacé Beach par le vétéran Matt Ryan.

Souttar et Lucas Harrington ont manqué leurs tirs côté australien. Mahmoud Saber, Rabia, Salah (avec une panenka) et Abdelmaguid ont marqué, permettant à l’Égypte de s’imposer au terme d’une soirée épuisante.

Les Pharaons affronteront désormais soit l’Argentine soit le Cap-Vert en huitièmes de finale, le mardi 7 juillet, au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com