Dati à la Culture: cent jours, un credo anti-élitiste et des dossiers brûlants

Rachida Dati a ouvert un autre front brûlant en annonçant un projet de regroupement de France Télévisions et Radio France sous une «gouvernance unique». (AFP)
Rachida Dati a ouvert un autre front brûlant en annonçant un projet de regroupement de France Télévisions et Radio France sous une «gouvernance unique». (AFP)
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Publié le Vendredi 19 avril 2024

Dati à la Culture: cent jours, un credo anti-élitiste et des dossiers brûlants

  • Tous ceux qui l'ont précédée rue de Valois ont nourri la même ambition mais Rachida Dati assure que sa combattivité fera la différence
  • Par petites touches, la ministre a creusé ce sillon anti-élitiste, promettant des bibliothèques dans les HLM ou l'élargissement du Pass culture et donnant des gages au hip hop

PARIS: Sa nomination à la Culture avait surpris et, cent jours après, Rachida Dati veut continuer d'étonner. Entre oeillades au hip hop et ode à la "ruralité", la ministre assume le grand écart pour sortir de "l'entre-soi" et lance une périlleuse réforme de l'audiovisuel public.

Dans l'émission de Skyrock "Planète rap" comme à la Cité de l'accordéon qu'elle a inaugurée en Corrèze, l'ex-garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy martèle un même credo: la culture pour tous. "Tous les Français (...) peuvent être des acteurs culturels", déclarait-elle fin janvier.

Tous ceux qui l'ont précédée rue de Valois ont nourri la même ambition mais Rachida Dati assure que sa combattivité fera la différence. "Chacun sait que j'aime me battre", a-t-elle lancé en prenant ses fonctions le 12 janvier, d'abord "interloquée" qu'Emmanuel Macron lui ait proposé le poste.

Tombée en disgrâce à l'Elysée, sa prédécesseure Rima Abdul Malak avait été débarquée pour faire place à ce visage familier de la politique et des plateaux télé, ex-magistrate devenue maire du très chic VIIe arrondissement de Paris après avoir grandi dans une cité HLM.

"Là où elle est très forte, c'est sur le côté méritocratie. Elle n'a pas besoin d'en parler, elle l'incarne", disait un ministre début février.

L'édile parisienne a d'abord été là où on ne l'attendait pas en lançant le "printemps de la ruralité", une concertation nationale pour "désenclaver" l'offre culturelle. "Cela a fait sourire tous ceux qui m'imaginaient ne pas franchir le périphérique", a-t-elle glissé.

Par petites touches, la ministre a creusé ce sillon anti-élitiste, promettant des bibliothèques dans les HLM ou l'élargissement du Pass culture et donnant des gages au hip hop. "Vous êtes la culture populaire", a-t-elle lancé dans le "DVM show", émission sur Twitch prisée des rappeurs. Parallèlement, elle planifie un hommage au compositeur Pierre Boulez en 2025.

Activisme 

"Elle est là pour faire bouger les lignes et elle le fait", salue auprès de l'AFP Laurent Lafon, président centriste de la commission culture du Sénat. D'autres sont plus réservés.

"C'est de la com', pas de la culture. La com', c'est de l'instantané ; la culture, c'est de la profondeur, l'appel à l'ouverture de l'esprit", dit à l'AFP Laure Adler, ex-patronne de France Culture et figure de gauche, qui reconnaît à la ministre "une capacité à n'avoir peur de rien".

Son activisme n'a toutefois pas permis de sanctuariser le budget de la Culture, amputé de 204 millions d'euros dans le cadre du plan d'économies gouvernemental de 10 milliards et après plusieurs années de hausse.

Pour amortir le choc, Rachida Dati a puisé dans les réserves du ministère et assure qu'"aucune programmation" ne devrait être "remise en cause". Mais le secteur, déjà fragilisé par l'inflation, est sur les dents.

"La situation est catastrophique", affirme à l'AFP Nicolas Dubourg, du syndicat des entreprises du spectacle vivant Syndeac. "Tout diminue: le nombre de levers de rideau, l'argent investi dans les productions et le nombre d'heures travaillées. Le secteur se rétrécit".

"Au lieu de prendre ces problèmes à bras-le-corps, la ministre égrène des évidences sur la politique culturelle qui produit de l'entre-soi. C'est de la gesticulation", tacle Jean-François Marguerin, administrateur au ministère de la Culture du temps de Jack Lang.

Audiovisuel en fusion 

Rachida Dati a ouvert un autre front brûlant en annonçant un projet de regroupement de France Télévisions et Radio France sous une "gouvernance unique". Ses cinq prédécesseurs ont balayé l'idée, Laure Adler évoque une "catastrophe", mais le sénateur Laurent Lafon salue une avancée "très rapide".

Rien ne sera toutefois acquis pour la ministre au Parlement, où son ancien parti LR ne devrait pas lui faire de cadeau. Récemment, l'hostilité de la droite l'a conduite à reporter l'examen du projet de loi permettant la restitution des biens spoliés pendant la colonisation, un autre chantier en cours pour celle qui a également fâché le monde de l'édition en expérimentant la publicité télévisée pour les livres.

Classée parmi les ministres les plus populaires, Rachida Dati garde aussi un oeil sur son avenir personnel. Peu après sa nomination, elle a confirmé son intention de briguer la mairie de Paris en 2026, faisant naître des interrogations sur la durée de son bail ministériel. Plane également sur son agenda sa mise en examen pour corruption passive dans l'affaire Renault-Nissan.

"La question, ce n'est pas+est-ce que les 100 premiers jours ont été bons?+ mais +est-ce que les 100 prochains le seront+?", estime Nicolas Dubourg.


A Athènes, Macron assure que la France sera aux côtés de la Grèce «quoi qu'il arrive»

Emmanuel Macron a assuré samedi à Athènes que la France soutiendrait la Grèce "quoi qu'il arrive" en cas de menace sur le pays méditerranéen, confronté à des tensions récurrentes avec la Turquie voisine, dans un partenariat de défense censé "inspirer" le reste de l'Europe. (AFP)
Emmanuel Macron a assuré samedi à Athènes que la France soutiendrait la Grèce "quoi qu'il arrive" en cas de menace sur le pays méditerranéen, confronté à des tensions récurrentes avec la Turquie voisine, dans un partenariat de défense censé "inspirer" le reste de l'Europe. (AFP)
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  • Les deux pays ont renouvelé leur partenariat stratégique dans la défense et la sécurité, signé pour la première fois en 2021 et qui prévoit une clause d'assistance mutuelle en cas d'agression
  • "Cette clause (...) est intangible", a insisté le dirigeant français. "Elle n'est pas discutée entre nous. Donc, il n'y a pas de point d'interrogation à avoir, il n'y a pas de doute à nourrir."

ATHENES: Emmanuel Macron a assuré samedi à Athènes que la France soutiendrait la Grèce "quoi qu'il arrive" en cas de menace sur le pays méditerranéen, confronté à des tensions récurrentes avec la Turquie voisine, dans un partenariat de défense censé "inspirer" le reste de l'Europe.

"Ne vous posez même pas la question. Quoi qu'il arrive, nous serons là, à vos côtés", a lancé le président français lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, au second jour de sa visite.

Les deux pays ont renouvelé leur partenariat stratégique dans la défense et la sécurité, signé pour la première fois en 2021 et qui prévoit une clause d'assistance mutuelle en cas d'agression.

"Cette clause (...) est intangible", a insisté le dirigeant français. "Elle n'est pas discutée entre nous. Donc, il n'y a pas de point d'interrogation à avoir, il n'y a pas de doute à nourrir."

"Pour tous nos ennemis, potentiels ou réels, il faut qu'ils le sachent très clairement", a-t-il encore ajouté.

La veille, Emmanuel Macron avait tenu des propos similaires lors d'une discussion avec Kyriakos Mitsotakis dans le site antique de l'Agora romaine.

Ces déclarations ont "véritablement touché le coeur des Grecs", lui a répondu le Premier ministre qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2019, a largement relancé les achats d'armements notamment français.

La presse grecque se consacrait largement à cette visite très suivie. Le principal quotidien grec, Kathimerini, reprenait ainsi en Une une phrase du président français: "Nous serons là pour vous si votre souveraineté est menacée".

Le chef du gouvernement grec a vu dans cette clause d'assistance mutuelle "la pierre angulaire" de l'accord franco-grec, qui sera désormais reconduit tacitement et a été complété samedi par un partenariat stratégique "global".

Les tensions avec la Turquie, à la fois rival historique de la Grèce et partenaire au sein de l'Otan, ressurgissent à intervalles réguliers et sont souvent évoquées par Athènes pour justifier l'achat d'armements.

Face aux défis grandissants pour la sécurité de l'Europe, la Grèce a lancé l'an dernier une refonte de son armée, présentée comme la plus importante de son histoire moderne.

Elle va y consacrer quelque 25 milliards d'euros, avec la volonté de se doter notamment d'un dôme anti-missiles, anti-aérien et anti-drones appelé "Bouclier d’Achille". Selon des sources ministérielles, cette refonte doit s'étaler sur 12 ans.

"Bouleversements géopolitiques" 

Client historiquement important de l’industrie de la défense européenne et américaine, la Grèce est actuellement l'un des quatre pays de l’Alliance atlantique qui consacrent plus de 3% de leur PIB aux dépenses de défense, derrière la Pologne, l'Estonie et la Lettonie.

Elle entretient des relations acrimonieuses avec la Turquie malgré un certain réchauffement depuis la fin 2023 marqué par des rencontres entre M. Mitsotakis et le président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Après un gel du budget d'armements pendant la décennie de la crise financière (2009-2018), la Grèce avait décidé en 2021 de moderniser ses forces armées, sur fond à l'époque de tensions avec Ankara.

Elle a dans ce cadre acquis à la France 24 avions de combat Rafale puis trois frégates Belharra pour un montant total de plus de 5,5 mds d'euros. Une quatrième frégate avait été ajoutée l'an dernier.

Pour les deux dirigeants, cette alliance entre leurs pays doit servir de modèle à la défense européenne.

"Ce rapprochement gréco-français a précédé les récents bouleversements géopolitiques majeurs", a noté Kyriakos Mitsotakis. "Il a préfiguré la nécessité plus large d’une autonomie stratégique pour notre continent", a-t-il insisté.

Emmanuel Macron a aussi estimé que ce "mouvement" avait "inspiré et continue d'inspirer le reste de l'Europe et a consolidé ce pilier européen de l'Otan, cette Europe de la défense" devenue "une vraie stratégie".

 


Macron en Ariège puis en Andorre pour parler de réindustrialisation et santé

Le chef de l'Etat inaugurera l'usine Occitanie Géotex, qui va fabriquer, à partir de fibres végétales de chanvre et de laine produites dans la région, des géotextiles pour la construction, les routes ou l'agriculture. (AFP)
Le chef de l'Etat inaugurera l'usine Occitanie Géotex, qui va fabriquer, à partir de fibres végétales de chanvre et de laine produites dans la région, des géotextiles pour la construction, les routes ou l'agriculture. (AFP)
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  • La semaine dernière, dans l'Allier, Emmanuel Macron a présenté un plan de réindustrialisation focalisé sur 150 projets stratégiques
  • En vertu d'un système vieux de plusieurs siècles, le chef de l'Etat français partage les fonctions de coprince d'Andorre avec l'évêque catholique de la ville frontalière espagnole d'Urgell, actuellement Mgr Josep-Lluis Serrano Pentinat

PARIS: Emmanuel Macron se rend lundi en Ariège, un déplacement placé sous le signe de la réindustrialisation et de la santé, avant de revêtir ses habits de coprince d'Andorre pour une visite de deux jours dans le micro-Etat, où la délicate question de l'avortement sera abordée.

Première étape, Lavelanet, en Ariège.

Le chef de l'Etat inaugurera l'usine Occitanie Géotex, qui va fabriquer, à partir de fibres végétales de chanvre et de laine produites dans la région, des géotextiles pour la construction, les routes ou l'agriculture.

Cette usine, dont l'activité doit démarrer en fin d'année, "symbolise la politique de réindustrialisation, de relance industrielle (...) menée par le chef de l'Etat depuis 2017", relève l'Elysée.

La semaine dernière, dans l'Allier, Emmanuel Macron a présenté un plan de réindustrialisation focalisé sur 150 projets stratégiques, en s'appuyant sur l'exemple de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris en matière de simplification et d'accélération des procédures.

Le chef de l'Etat ira ensuite sur le site hospitalier de Lavelanet, le premier "entièrement reconstruit et finalisé en Occitanie dans le cadre du Ségur de la santé" de 2020, souligne l'Elysée. Objectif: mettre en avant la lutte contre "la faible densité médicale".

Emmanuel Macron mettra ensuite le cap vers Andorre-la-Vieille, où il doit rester jusqu'à mardi.

En vertu d'un système vieux de plusieurs siècles, le chef de l'Etat français partage les fonctions de coprince d'Andorre avec l'évêque catholique de la ville frontalière espagnole d'Urgell, actuellement Mgr Josep-Lluis Serrano Pentinat.

Et la tradition, établie par Charles de Gaulle, veut que chaque président s'y rende durant son mandat. Emmanuel Macron l'avait fait en 2019, lors de son premier quinquennat.

Il avait déjà, à l'époque, évoqué l'avortement. La principauté, nichée entre France et Espagne, est, avec le Vatican, le seul Etat en Europe à interdire totalement l'interruption volontaire de grossesse (IVG), même en cas de viol, d'inceste, de danger pour la mère ou de maladie du fœtus.

L'IVG est passible de prison pour les femmes et les médecins qui la pratiquent, même s'il n'y a jamais eu de procès.

Le chef du gouvernement d'Andorre, Xavier Espot Zamora, a affirmé à l'AFP fin mars avoir bon espoir de dépénaliser l'IVG d'ici un an sans pour autant la légaliser.

La structure singulière de gouvernance de la principauté rend la question particulièrement épineuse car toute avancée nécessite des négociations avec le Saint-Siège.

Si l'IVG reste interdite, ce n'est "pas parce que le gouvernement d'Andorre ou la société andorrane sont plus conservateurs qu'en France ou en Espagne" mais car "un de nos chefs d'Etat est évêque", a expliqué Xavier Espot Zamora.

"Avec franchise" 

Emmanuel Macron devrait aborder la question lors d'une adresse à la population andorrane. Il doit aussi évoquer le sujet "avec franchise" durant des entretiens bilatéraux avec son coprince et le chef du gouvernement, selon l'Elysée.

La France est devenue en 2024 le premier pays à inscrire le droit de recourir à l'avortement dans sa Constitution.

M. Macron "a toujours défendu le droit des femmes à disposer de leur corps", "on ne peut pas imaginer (qu'il) n'abordera pas ce sujet", a indiqué la présidence française.

Par ailleurs, l'accord d'association avec l'Union européenne, qui reste à approuver, sera l'un des grands thèmes du déplacement.

Emmanuel Macron "encouragera clairement" Andorre à cette approbation, souligne l'entourage du chef de l'Etat. Le texte devra être soumis à référendum dans le pays.

La principauté, dont la surface équivaut à moins de deux fois celle de Marseille, est connue pour ses pistes de ski et sa fiscalité avantageuse.

Mais elle a quitté la liste des paradis fiscaux de l'OCDE en 2010 et mis en place depuis des taxations modérées, quoique bien inférieures à celles de la moyenne dans l'UE.

Emmanuel Macron prévoit aussi d'aborder la question de la transition écologique lors d'une visite d'une centrale hydroélectrique andorrane dans laquelle EDF compte investir.

Il se rendra dans deux établissements scolaires, une école andorrane et le lycée français Comte de Foix, et visitera le sanctuaire de Meritxell.

Il se verra aussi décerner la Croix des Sept bras, plus haute décoration de la principauté.

 


Tirs à un gala avec Trump: Macron dénonce une attaque «inacceptable», apporte son «soutien» au président américain

Tirs à un gala avec Trump: Macron dénonce une attaque «inacceptable», apporte son «soutien» au président américain
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  • "L’attaque armée visant hier soir le président des États-Unis est inacceptable. La violence n’a jamais sa place en démocratie", a écrit le président français sur X. "J’adresse à Donald Trump tout mon soutien"
  • Le président américain et les autres participants au gala annuel des correspondants de la Maison Blanche ont été évacués samedi soir après des coups de feu à l’extérieur de la salle de bal où se tenait le dîner

PARIS: Emmanuel Macron a dénoncé dimanche une attaque "inacceptable" après la fusillade survenue lors du gala de la presse à Washington, exprimant "tout (son) soutien" à Donald Trump, évacué de la salle.

"L’attaque armée visant hier soir le président des États-Unis est inacceptable. La violence n’a jamais sa place en démocratie", a écrit le président français sur X. "J’adresse à Donald Trump tout mon soutien".

Le président américain et les autres participants au gala annuel des correspondants de la Maison Blanche ont été évacués samedi soir après des coups de feu à l’extérieur de la salle de bal où se tenait le dîner.

L'assaillant a été arrêté avant de pouvoir entrer. Selon les premiers éléments de l’enquête, rapportés par le ministre de la justice par intérim, Todd Blanche, l’homme aurait agi seul et ciblait des hauts responsables de l’administration Trump

"La haine politique a frappé à nouveau aux États-Unis (...) En démocratie, rien ne peut justifier cette violence", a commenté sur X le président du Rassemblement national Jordan Bardella, exprimant sa "solidarité" avec le président américain.

"Le problème des Etats-Unis, c'est qu'il y a 400 millions d'armes en circulation chez des particuliers, c'est-à-dire plus d'armes en circulation que le nombre d'habitants", a déploré de son côté sur France Inter Mathilde Panot, la cheffe de file des députés de La France insoumise.

"Toux ceux qui disent qu'une société est plus sûre lorsque les gens possèdent des armes mènent à ce type de choses qui est évidemment désastreux".