Européennes: jour de vote, le RN part largement favori

Des bénévoles du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN) collent des affiches de campagne du président du parti et principal candidat aux élections européennes, Jordan Bardella, à Lyon le 6 mai 2024, avant les élections européennes du 9 juin. (Photo Jeff Pachoud AFP)
Des bénévoles du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN) collent des affiches de campagne du président du parti et principal candidat aux élections européennes, Jordan Bardella, à Lyon le 6 mai 2024, avant les élections européennes du 9 juin. (Photo Jeff Pachoud AFP)
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Publié le Dimanche 09 juin 2024

Européennes: jour de vote, le RN part largement favori

  • Derrière le parti d'extrême droite, les jeux ne semblent pas faits entre la liste de la majorité présidentielle et celle du Parti socialiste, tandis que La France insoumise (LFI) a amorcé une remontée sensible dans les derniers jours de campagne
  • En Nouvelle-Calédonie, en raison du couvre-feu imposé à la suite des récentes violences, les bureaux de vote ouvriront une heure plus tôt que d'habitude à 22H00 (07H00 locales) dimanche

PARIS  : Les Français ont commencé à voter dimanche en métropole pour élire leurs eurodéputés, au terme d'une campagne dominée par le Rassemblement national (RN), qui pourrait réaliser un score historique et infliger un revers cinglant à Emmanuel Macron, deux ans après sa réélection.

Après certains territoires d'Outre-mer dès samedi, comme la Polynésie, les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 en métropole.

En Nouvelle-Calédonie, le scrutin se déroule sous haute sécurité, trois semaines et demie après le début des émeutes qui ont secoué l'archipel du Pacifique sud. "92% des bureaux de vote" ont pu ouvrir à 7H00 locales (22H00 samedi à Paris), selon le haut-commissariat de la République. A midi, heure locale, le taux de participation était en très légère hausse par rapport au scrutin de 2019 (8,81% contre 8,13%).

Les instituts de sondage communiqueront leurs premières estimations de résultats à 20H00 (en métropole) à la fermeture des derniers bureaux des grandes villes.

Sur pas moins de 38 listes, au mieux sept d'entre elles semblent susceptibles de franchir le seuil de 5% requis.

Plus de 49 millions de Français sont appelés à se rendre aux urnes pour élire leurs 81 eurodéputés, qui siègeront pour les cinq années à venir au Parlement européen (720 membres au total).

Une vingtaine d'autres pays sont appelés dimanche à élire leurs représentants au Parlement européen où l'extrême droite est attendue en force.

En France, si les courbes des sondages ont peu varié, deux facteurs peuvent créer des surprises: d'une part la participation, qui pourrait dépasser les 50,12% de 2019; d'autre part l'incertitude du choix, 15 à 20% des électeurs se disant capables de changer d'avis jusque dans l'isoloir.

Dans tous les scénarios, la victoire semble promise à la liste de Jordan Bardella qui caracole en tête des sondages depuis des mois et pourrait augmenter de près de dix points son score déjà haut de 2019 (23,34%).

En y ajoutant les 5,5% prêtés en moyenne à la liste Reconquête de Marion Maréchal et les "petites listes" souverainistes (Asselineau, Philippot...), l'extrême droite pourrait frôler les 40% et s'imposer dans des électorats jusque-là rétifs, retraités ou cadres.

Le patron du RN a fait de cette élection un "référendum anti-Macron" avant la présidentielle de 2027. "Chaque jour qui passe, nous nous préparons à exercer le pouvoir", a commenté le leader d'extrême droite vendredi, dernier jour de campagne.

Surfant sur sa popularité à coups de selfies et de vidéos sur les réseaux sociaux, Jordan Bardella a bénéficié des sujets jugés prioritaires par les Français, comme le pouvoir d'achat et l'immigration, sans être pénalisé par la guerre en Ukraine ou le débat un peu laborieux face à Gabriel Attal.

La majorité sur la défensive 

En face, la majorité a tenté de démonter ce qu'elle appelle le "Frexit caché" du RN qui souhaite pouvoir constituer une "minorité de blocage" au Parlement européen sur des sujets comme "l'écologie punitive".

Mais la liste menée par Valérie Hayer, eurodéputée sortante peu connue, a peiné à mobiliser l'électorat pro-européen d'Emmanuel Macron.

Ceci en dépit des interventions multiples du chef de l'Etat, depuis son discours de la Sorbonne sur l'avenir de l'Europe jusqu'à son interview télévisée le soir des commémorations du Débarquement, jeudi, au grand dam de la gauche et de LR qui l'ont accusé d'installer un "faux duel" face au RN.

Dissolution, remaniement, coalition avec les Républicains... Jusqu'à présent, le chef de l'Etat a semblé écarter toute conséquence "nationale" de ce scrutin "européen" et pourrait renvoyer tout cela à l'automne après les Jeux olympiques.

En attendant, le président doit voter à la mi-journée au Touquet et passera ensuite la soirée électorale à l'Elysée, entouré de conseillers. Il n'est pas exclu qu'il réunisse aussi les chefs du camp présidentiel.

Donnée autour de 15% (contre 22,42% en 2019), la liste de la majorité est même sous la menace de celle du PS-Place publique de Raphaël Glucksmann, qui l'a concurrencée sur le champ pro-européen et qui devrait enregistrer une nette progression par rapport à son score de 6,19% en 2019.

Ambiance tendue à gauche 

L'avance de cette liste sur celle de LFI sera scrutée de près. Manon Aubry a durement attaqué pendant la campagne en accusant Raphaël Glucksmann de "trahir" l'alliance de gauche Nupes.

Jean-Luc Mélenchon compte sur une dynamique favorable dans une fin de campagne marquée par des coups d'éclat à l'Assemblée sur le soutien à Gaza pour tenter de mobiliser un électorat jeune et aller au-delà des enquêtes les plaçant autour de 8,5% (contre 6,31% en 2019).

Les écologistes pourraient faire les frais de cette "guerre des gauches". Donnée autour de 5%-6%, Marie Toussaint espère que les sondages les auront sous-estimés, comme en 2019 où Yannick Jadot s'était envolé à 13,48%. Le Parti communiste, mené par Léon Deffontaines, aura toutes les difficultés à atteindre les 5%.

A droite, en dépit de quelques coups d'éclat, la tête de liste LR François-Xavier Bellamy aura du mal à dépasser les 8,48% de 2019, qui avaient ouvert une crise au sein du parti.

Au sein des "petites" listes, seul le Parti animaliste semble en mesure de confirmer sa percée de 2019 (2,2%).

Dernier jour du marathon électoral pour redessiner le paysage politique de l'UE

La Grèce a commencé à voter dimanche, avant une vingtaine d'autres pays de l'UE, pour choisir ses eurodéputés, clôturant un marathon électoral susceptible de redessiner les équilibres politiques d'un Parlement européen où l'extrême droite est attendue en force.

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes dimanche à 07H00 (04H00 GMT) en Grèce, avant que la plupart des autres pays de l'Union européenne, dont la France et l'Allemagne, ne débutent aussi cette dernière journée de scrutin.

A l'issue d'une campagne au climat tendu par la guerre en Ukraine et les soupçons de désinformation russe, de forts scores des droites radicales, nationalistes et eurosceptiques pourraient compliquer les majorités dans l'hémicycle et reconfigurer les alliances.

Au total, plus de 360 millions d'Européens sont appelés aux urnes pour désigner 720 membres du Parlement européen. Les Pays-Bas avaient donné le coup d'envoi jeudi en confirmant, selon des estimations, une poussée du parti d'extrême droite de Geert Wilders.

En Italie, où le vote a débuté samedi et se poursuivait dimanche, le parti post-fasciste Fratelli d'Italia (FDI) de la cheffe de gouvernement Giorgia Meloni est grand favori et pourrait envoyer 22 eurodéputés dans l'hémicycle, contre six actuellement.

Les résultats dans les deux plus grands pays de l'Union seront également scrutés. Les sondages prédisent en France une victoire historique du Rassemblement national (RN) dirigé par Jordan Bardella, loin devant la liste du parti du président Emmanuel Macron.

Les conservateurs allemands devraient, eux, arriver largement en tête (30,5% selon un sondage) dans un revers cuisant pour le chancelier socialiste Olaf Scholz. Mais les socialistes et Verts bataillent pour la seconde place avec l'AfD, parti d'extrême droite capitalisant sur une conjoncture morose.

Et ce même si l'AfD a vu s'effriter ses gains attendus au fil des scandales éclaboussant sa tête de liste - soupçonné de financements russe et chinois -, qui l'ont fait exclure du groupe auquel il appartenait au Parlement européen aux côtés du RN.

Equilibres bousculés 

En Autriche, le Parti de la liberté (FPÖ) d'extrême droite s'imposer pour la première fois en tête d'une élection, et en Pologne, la coalition centriste pro-européenne du Premier ministre Donald Tusk s'annonce à quasi-égalité avec le parti nationaliste populiste Droit et Justice (PiS) suivis du parti d'extrême droite Konfederacja, très eurosceptique.

Alors que les eurodéputés adoptent les législations de concert avec les Etats, l'essor des droites radicales pourrait influer sur des dossiers cruciaux : défense contre une Russie expansionniste, politique agricole, objectif climatique 2040, poursuite des mesures environnementales...

Cette élection "va déterminer les cinq prochaines années", a assuré samedi Mme Meloni, qui a réaffirmé vouloir "défendre les frontières contre l'immigration illégale, protéger l'économie réelle, lutter contre la concurrence déloyale".

Alors que les équilibres issus des élections détermineront aussi l'attribution des postes dirigeants dans l'UE, la dirigeante italienne pourrait jouer un rôle crucial pour la reconduction d'Ursula von der Leyen, issue du PPE (droite), comme présidente de la Commission européenne.

Sa nomination, qui doit être validée par les dirigeants des Vingt-Sept puis par le Parlement, n'est pas acquise.

Si le PPE devrait rester la première force au Parlement (quelque 170 sièges selon les sondages), suivi des sociaux-démocrates (quelque 140 sièges attendus), l'enjeu est la troisième position où Renew Europe (libéraux, comprenant le parti Renaissance d'Emmanuel Macron) se voit menacé par la montée des deux groupes de droite radicale, ECR (qui comprend Fratelli d'Italia) et ID (qui inclut le RN français).

Les extrêmes droites divisées sur la Russie 

La "grande coalition" actuelle droite/socialistes/libéraux, qui forge les compromis dans l'hémicycle, devrait conserver la majorité mais voir sa marge de manœuvre réduite, l'obligeant à trouver des forces d'appoint et augurant d'intenses tractations.

Giorgia Meloni est courtisée par Mme von der Leyen qui voit en elle une partenaire fréquentable, pro-européenne et pro-Ukraine. Mais aussi par la figure de proue du RN Marine Le Pen, qui rêve de constituer un grand groupe nationaliste recoupant des membres d'ECR et d'ID.

Une perspective très incertaine : s'ils partagent un euroscepticisme et un souverainisme affichés, leur éventuelle fusion reste compliquée par d'importantes divergences en particulier sur la Russie.

A l'inverse de Giorgia Meloni mais aussi des partis de droite radicale en Pologne, le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, dont le parti Fidesz est crédité de 50%, a mené une campagne hostile à l'aide à Kiev et alarmiste sur les risques d'emballement du conflit, désignant l'UE et l'Otan comme coupables et éclipsant le rôle de Moscou, dont M. Orban est proche.

Dans la Slovaquie voisine, la tentative d'assassinat contre le Premier ministre Robert Fico a renforcé le soutien à son camp aux penchants pro-Poutine.

De quoi gripper les négociations au niveau européen, à l'heure où les Vingt-Sept cherchent à renforcer leur industrie de défense tout en peinant à dégager les fonds nécessaires.

Dans la foulée du scrutin européen, les questions de Défense s'imposeront au sommet du G7 du 13 au 15 juin en Italie.


Rencontre Salam-Macron: une feuille de route implicite, pour stabiliser le Liban

À l’issue de la rencontre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et Nawaf Salam, l’impression qui domine est celle d’un moment d’échange franc, amical et dépourvu d’arrière-pensées concernant le Liban, où rien et tout reste incertain. (AFP)
À l’issue de la rencontre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et Nawaf Salam, l’impression qui domine est celle d’un moment d’échange franc, amical et dépourvu d’arrière-pensées concernant le Liban, où rien et tout reste incertain. (AFP)
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  • La France se positionne comme un partenaire engagé et constant, et Macron détaille un soutien à la fois humanitaire, militaire, politique et économique
  • Des dizaines de tonnes d’aide ont déjà été acheminées à Beyrouth, et d’autres suivront, assure-t-il

PARIS: À l’issue de la rencontre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et Nawaf Salam, l’impression qui domine est celle d’un moment d’échange franc, amical et dépourvu d’arrière-pensées concernant le Liban, où rien et tout reste incertain.

En se rendant à l’Élysée, Salam sait très bien qu’il est en terrain conquis, puisque la sauvegarde de la souveraineté, de l’intégrité et de la stabilité du Liban est, de tout temps, en tête des priorités de la diplomatie française.

Il n’est donc pas surprenant que les deux responsables fassent un constat commun, celui d’un soulagement prudent.

La trêve, obtenue après plusieurs semaines d’un conflit que les Libanais « n’ont ni voulu ni choisi », selon les mots du président français, est saluée comme une avancée. Mais personne ne s’y trompe : elle est provisoire, instable et menacée à tout instant.

Le cessez-le-feu n’est pas une fin en soi

Emmanuel Macron insiste sur la nécessité de la consolider, de lui donner de l’épaisseur politique. Salam, de son côté, y voit un acquis essentiel, sans ignorer que tout reste à faire.

Le cessez-le-feu n’est pas une fin en soi : c’est une ouverture, étroite, vers un autre objectif essentiel, la souveraineté de l’État libanais.

C’est sans doute le point le plus fort, le plus partagé et le plus répété par les deux dirigeants, qui convergent totalement sur ce principe simple mais décisif : « il ne peut y avoir d’État sans monopole de la force ».

Dans un Liban fragmenté, affaibli par des années de crises politiques, économiques et sécuritaires, Emmanuel Macron évoque un désarmement du Hezbollah qui doit être conduit par les Libanais eux-mêmes, sans ingérence extérieure.

Nawaf Salam, lui, va plus loin dans la formulation, soutenant qu’« un État ne peut exister s’il tolère plusieurs armées sur son sol », avant d’ajouter que ce processus doit « éviter toute dérive vers une confrontation interne ».

Le Hezbollah est évidemment au cœur de cette équation, et le président français n’hésite pas à qualifier son engagement dans le conflit d’« erreur stratégique majeure », l’accusant implicitement d’avoir entraîné le Liban dans une guerre qui n’était pas la sienne.

Nawaf Salam adopte une posture plus mesurée, sans ambiguïté sur le fond mais prudente dans la forme. Il rappelle le caractère illégal des activités armées du mouvement, tout en refusant l’escalade verbale.

Dans ce contexte, la question israélienne apparaît comme l’autre pilier de l’équation. Les deux dirigeants sont, là encore, sur une ligne commune, à savoir qu’aucune « stabilisation durable ne sera possible sans un retrait israélien du territoire libanais ».

La négociation n’est pas un aveu de faiblesse

Salam le dit clairement, en y ajoutant d’autres conditions, dont le retour des déplacés et la libération des Libanais détenus par Israël.

Pour sa part, Macron ne manque pas de rappeler l’attachement de la France à la sécurité d’Israël, tout en critiquant ouvertement certaines de ses actions récentes, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban. Il va même jusqu’à évoquer la possibilité de reconsidérer l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël si certaines lignes continuent d’être franchies.

Il est clair que, pour le président français, la sécurité ne peut être pensée contre la souveraineté des autres, comme c’est le cas actuellement.

Sur ce point, le choix de la diplomatie apparaît comme une évidence. Salam assume pleinement l’ouverture de discussions directes avec Israël, une démarche rare, presque historique dans sa portée symbolique. Il insiste sur le fait que « seul le gouvernement libanais est habilité à négocier », réaffirmant ainsi une souveraineté politique trop souvent contestée.

Macron soutient cette initiative sans réserve. Tous deux défendent l’idée que la négociation n’est pas un aveu de faiblesse, mais un acte de responsabilité. Dans une région saturée de conflits, la parole diplomatique tente ainsi de retrouver une légitimité.

La France se positionne comme un partenaire engagé et constant, et Macron détaille un soutien à la fois humanitaire, militaire, politique et économique.

Des dizaines de tonnes d’aide ont déjà été acheminées à Beyrouth, et d’autres suivront, assure-t-il. Paris entend également soutenir les forces armées libanaises, relancer une conférence internationale de financement et participer à la reconstruction des zones détruites, notamment dans le sud du pays.

Salam, de son côté, ne cache pas sa reconnaissance. Il évoque une amitié ancienne, éprouvée par l’histoire, et rappelle que le Liban aura besoin de près de 500 millions d’euros dans les prochains mois pour faire face à l’urgence humanitaire.

Reste enfin la question de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Là encore, les positions sont nuancées mais convergentes. Macron souhaite maintenir un cadre international solide, capable d’accompagner la stabilisation.

Salam, lui, exclut l’idée d’une nouvelle version de la FINUL, mais insiste sur la nécessité d’une présence internationale sous mandat onusien, notamment pour des missions de surveillance et de médiation.

Finalement, cette rencontre dessine une feuille de route implicite : consolider la trêve, avancer dans les négociations, renforcer l’État libanais, désarmer progressivement le Hezbollah, obtenir un retrait israélien et engager la reconstruction.


Macron reçoit Salam: même marginalisée la France reste au chevet du Liban

Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, est reçu aujourd’hui par le président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée. (AFP)
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, est reçu aujourd’hui par le président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée. (AFP)
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  • Officiellement, rien d’exceptionnel, puisque les échanges entre Paris et Beyrouth sont constants, mais officieusement, chacun sait que, depuis le début de la guerre régionale, l’Élysée n’a jamais relâché son attention
  • La quinzaine d’échanges directs qui ont eu lieu entre le président français et les dirigeants libanais, dont le président Joseph Aoun, témoigne de cette implication continue

PARIS: Marginalisée et écartée des négociations sur le cessez-le-feu par l’administration américaine et Israël, la France n’en reste pas moins engagée au chevet du Liban en cette période charnière de son histoire.

Réciproquement, le Liban, qui se prépare à une seconde séance de négociations avec les Israéliens sous médiation américaine à Washington jeudi, continue de favoriser la coordination de ses démarches avec les responsables français.

Il faut dire que ces deux pays sont liés depuis la nuit des temps par des liens indéfectibles d’une intense densité, dont les Libanais sont loin de vouloir se délester, en dépit de la conjoncture particulière actuelle.

C’est dans ce cadre que le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, est reçu aujourd’hui par le président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée.

Officiellement, rien d’exceptionnel, puisque les échanges entre Paris et Beyrouth sont constants, mais officieusement, chacun sait que, depuis le début de la guerre régionale, l’Élysée n’a jamais relâché son attention.

La quinzaine d’échanges directs qui ont eu lieu entre le président français et les dirigeants libanais, dont le président Joseph Aoun, témoigne de cette implication continue.

Implication française constante malgré l’exclusion diplomatique

Paris suit heure par heure une situation jugée fragile, et la rencontre entre Macron et Salam constitue une occasion d’envisager les moyens et les alternatives susceptibles de consolider une situation libanaise vacillante.

Pour Paris, le diagnostic est désormais posé sans ambiguïté : les dernières semaines ont laissé des traces profondes, et les frappes du 8 avril sur Beyrouth, les déplacements de populations et la peur diffuse sont autant de signes d’un pays gravement éprouvé.

Le cessez-le-feu temporaire obtenu pour dix jours offre un répit, mais personne à l’Élysée ne se fait d’illusions : il ne s’agit pas d’une sortie de crise, tout au plus d’une suspension, ce qui incite la France à maintenir une ligne constante, celle de la désescalade.

L’objectif est double : prolonger à court terme le cessez-le-feu et créer, à moyen terme, les conditions d’une stabilisation durable.

La vision française repose sur une idée simple : il ne peut y avoir de paix durable sans un État libanais pleinement souverain.

C’est pourquoi, au cœur de la stratégie française, se trouve le renforcement des institutions libanaises, au premier rang desquelles les forces armées, qui apparaissent comme la clé de voûte de tout scénario de stabilisation.

Leur mission est immense : restaurer l’autorité de l’État, sécuriser le territoire et surtout réaffirmer un principe fondamental, celui du monopole de la force légitime, c’est-à-dire le désarmement du Hezbollah.

Pour Paris, ce désarmement est un objectif, même s’il s’inscrit dans le temps long et dans un équilibre politique qui reste extrêmement fragile. Cela n’empêche pas la France de renforcer son soutien par des équipements militaires, une coopération logistique et un accompagnement stratégique.

Stabiliser le Liban

Sur le terrain, la situation reste encadrée par la présence de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), qui continue de jouer un rôle de tampon, en coordination étroite avec l’armée libanaise.

Les mécanismes de liaison fonctionnent, malgré les aléas inhérents à toute opération dans une zone instable, et pour Paris, l’enjeu aujourd’hui n’est pas tant de redessiner les lignes que d’éviter qu’elles ne s’embrasent à nouveau.

Mais une question se profile déjà : que se passera-t-il après la FINUL, dont le mandat touche à sa fin dans les prochains mois ?

Sur ce point, Paris affirme qu’une réflexion est en cours pour préparer cette perspective, sans plus de détails pour l’instant.

L’autre élément de tension est la présence israélienne au sud du Liban, justifiée par des impératifs de sécurité. Cette zone tampon est perçue par la France comme une mesure provisoire, et Paris insiste sur le fait que l’intégrité territoriale du Liban n’est pas négociable.

À terme, Israël devra se retirer, mais ce retrait dépend d’une condition essentielle : la disparition de la menace, ce qui nous ramène à nouveau à la question du Hezbollah.

Tant que ce parti reste armé et actif, Israël invoquera son droit à la légitime défense ; et tant qu’Israël maintient sa pression militaire, le Hezbollah justifie sa posture. Pour Paris, il s’agit d’un cercle vicieux qui doit être brisé dans la séquence actuelle.

Dans ce contexte, et sans être à la table des négociations de Washington, la France observe et se tient prête. L’Élysée reconnaît volontiers que le rôle de Paris n’est pas forcément d’être au centre du jeu, mais d’être indispensable au moment où les accords devront être appliqués.

Car la France conserve un atout majeur par sa capacité à mobiliser, et peu de pays peuvent, comme elle, articuler soutien politique, aide militaire et coordination internationale.

Par ailleurs, la relation historique et structurante entre la France et le Liban inscrit la visite de Nawaf Salam dans une continuité et un dialogue constant entre deux États liés par une histoire et par une responsabilité partagée face à l’avenir.


Soldat français tué au Liban: un hommage national jeudi à Montauban

Une cérémonie d'hommage national au sergent-chef Florian Montorio, tué samedi dans le sud du Liban, aura lieu jeudi dans son régiment de Montauban, a annoncé mardi le ministère des Armées. (AFP)
Une cérémonie d'hommage national au sergent-chef Florian Montorio, tué samedi dans le sud du Liban, aura lieu jeudi dans son régiment de Montauban, a annoncé mardi le ministère des Armées. (AFP)
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  • Deux des soldats français blessés dans cette embuscade qui a visé des Casques bleus, attribuée par la France et l'ONU au groupe chiite pro-iranien Hezbollah, vont être rapatriés mardi "dans la journée", et le troisième "n'est plus hospitalisé"
  • La cérémonie, qui se tiendra à 11H30 au 17e Régiment du génie parachutiste de Montauban, sera présidée par la ministre des Armées Catherine Vautrin, en présence du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Pierre Schill, a précisé le ministère

PARIS: Une cérémonie d'hommage national au sergent-chef Florian Montorio, tué samedi dans le sud du Liban, aura lieu jeudi dans son régiment de Montauban, a annoncé mardi le ministère des Armées.

La cérémonie, qui se tiendra à 11H30 au 17e Régiment du génie parachutiste de Montauban, sera présidée par la ministre des Armées Catherine Vautrin, en présence du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Pierre Schill, a précisé le ministère.

Deux des soldats français blessés dans cette embuscade qui a visé des Casques bleus, attribuée par la France et l'ONU au groupe chiite pro-iranien Hezbollah, vont être rapatriés mardi "dans la journée", et le troisième "n'est plus hospitalisé", a par ailleurs annoncé mardi la ministre Vautrin.

Elle s'exprimait devant les députés de la Commission de la Défense de l'Assemblée nationale, où est examinée cette semaine une révision de la loi de programmation militaire 2024-2030.

La ministre a également donné des nouvelles de soldats "hospitalisés à Percy", hôpital militaire de la région parisienne, après avoir été blessés dans une attaque de drones en Irak en mars.

"Certains sont sortis" et "celui qui était le plus grièvement blessé fait l'objet d'une évolution qui est une évolution plutôt encourageante", a déclaré Mme Vautrin.

Le major Arnaud Frion avait été tué dans cette attaque attribuée à un groupe pro-iranien, qui avait également blessé six militaires français.