Khalifa Haftar et ses fils renforcent leur emprise sur l'Est de la Libye

Khaled Haftar (au centre), fils de l'homme fort de l'est de la Libye, Khalifa Haftar, rencontre les premiers intervenants d'urgence dans la ville dévastée de Derna, dans l'est du pays, le 18 septembre 2023, à la suite d'inondations soudaines et meurtrières. (Photo par Mahmud Turkia AFP)
Khaled Haftar (au centre), fils de l'homme fort de l'est de la Libye, Khalifa Haftar, rencontre les premiers intervenants d'urgence dans la ville dévastée de Derna, dans l'est du pays, le 18 septembre 2023, à la suite d'inondations soudaines et meurtrières. (Photo par Mahmud Turkia AFP)
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Publié le Samedi 15 juin 2024

Khalifa Haftar et ses fils renforcent leur emprise sur l'Est de la Libye

  • Le général Saddam Haftar, 33 ans, a pris début juin ses fonctions de chef d'état-major de l'armée de terre au sein des Forces armées arabes libyennes (LAAF) commandées par son père
  • L'organisation de l'élection présidentielle bute depuis notamment sur le refus du camp de l'Ouest d'autoriser un militaire et un binational à se présenter, en l'occurrence le maréchal Haftar, citoyen libyen et américain

TRIPOLI, Libye : L'homme fort de l'Est de la Libye, Khalifa Haftar, a récemment propulsé son cadet à la tête de ses forces terrestres, dernière en date d'une série de promotions de ses fils renforçant l'emprise du clan sur la Cyrénaïque, au risque de perpétuer la division du pays.

Le général Saddam Haftar, 33 ans, a pris début juin ses fonctions de chef d'état-major de l'armée de terre au sein des Forces armées arabes libyennes (LAAF) commandées par son père.

Cette nomination, après celles de deux de ses frères à des postes-clefs, traduit selon des experts une volonté du maréchal Haftar, 81 ans, de consolider le pouvoir de son clan dans l'Est et préparer la relève.

Minée par les divisions depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye qui dispose d'abondantes réserves pétrolières, est gouvernée par deux exécutifs rivaux, l'un à Tripoli (ouest) reconnu par l'ONU, et l'autre dans l'Est autour du camp Haftar.

Des élections censées unifier le pays étaient prévues en décembre 2021 avant d'être reportées sine die.

L'organisation de l'élection présidentielle bute depuis notamment sur le refus du camp de l'Ouest d'autoriser un militaire et un binational à se présenter, en l'occurrence le maréchal Haftar, citoyen libyen et américain.

Avant Saddam Haftar, son frère Khaled avait été nommé en juillet 2023 chef d'état-major des «unités de sécurité» au sein des LAAF et promu au rang de général de division.

Et en février 2024, un autre des six fils de Haftar, Belgacem, avait pris les rênes du «Fonds de développement et de reconstruction de Libye» nouvellement créé, avec d'importants moyens à sa disposition.

- «Armée privée» -

L'ascension des fils du maréchal Haftar «s'inscrit dans la continuité de ce qui a, dès le début, été une armée privée (...) et familiale au fur et à mesure que Haftar consolidait son pouvoir», décrypte pour l'AFP Wolfram Lacher, chercheur à l'institut allemand SWP.

«Le cercle restreint (...) qui contrôle les unités clés et les ressources de cet empire privé, ce sont ses fils mais aussi ses cousins, ses neveux, ses gendres», ajoute-il.

D'avril 2019 à l'été 2020, le maréchal Haftar avait tenté de conquérir la capitale avec l'appui des Emirats arabes unis, de l'Egypte et de la Russie, mais ses forces avaient été mises en déroute.

Après ce revers cinglant, «on a assisté à une ascension rapide des fils (...) à travers les grades militaires, en dépassant en un rien de temps ce qui prenait des décennies à d'autres officiers, ce qui leur a attiré des moqueries», souligne M. Lacher.

«Mais depuis, à force de les voir dans les réseaux sociaux tous les jours, l'opinion publique libyenne a commencé à s'y habituer», ajoute-t-il.

Selon lui, Saddam Haftar, le fils le plus en vue du maréchal, détient «le pouvoir militaire» mais contrôle aussi «la répression, la gestion des trafics, des détournements de fonds publics et la négociation des transactions louches avec les rivaux politiques à Tripoli».

Pour Khaled al-Montasser, professeur en relations internationales à l'université de Tripoli, Haftar, victime d'un AVC en 2018, «accélère la cadence» pour préparer la relève.

Selon lui, ses alliés étrangers le jugent «inapte à diriger la Libye» d'où la nécessité d'injecter du «sang neuf», abonde l'analyste politique libyen Imad Jalloul.

- «Domaine privé»-

C'est «clairement un signe de préparation pour le jour où Haftar disparaîtrait, et où toute sa structure de pouvoir pourrait donc se trouver en danger», opine Wolfram Lacher.

Tout en verrouillant le pouvoir, le clan Haftar s'efforce d'écarter, au prix d'une répression brutale, toute opposition dans l'Est et le Sud où des personnalités politiques, tribales et de la société civile sont arrêtées, disparaissent ou sont tuées, explique M. Jalloul.

Dernier exemple en date, la mort en avril du militant Siraj Doghman, lors de sa détention sur une base militaire de Haftar.

En décembre 2023, le colonel al-Mahdi al-Barghathi, ancien ministre de la Défense, et plusieurs de ses proches, accusés par le camp Haftar de faire partie d'une «cellule de saboteurs, avaient été arrêtés puis tués».

«Ce qui est affligeant à voir ces derniers mois, c'est que les diplomates occidentaux et onusiens ont commencé à légitimer cette structure de pouvoir familiale qui considère les deux-tiers du pays et des richesses de son sous-sol comme son domaine privé, en rencontrant publiquement les fils de Haftar», note M. Lacher.

 


Les défenses saoudiennes interceptent des drones visant le champ de Shaybah d’Aramco

Une photo d’archive montre Shaybah, site de l’usine de liquides de gaz naturel et de production pétrolière d’Aramco dans le désert isolé de la Rub’ al-Khali, proche des Émirats arabes unis. (Photo AFP)
Une photo d’archive montre Shaybah, site de l’usine de liquides de gaz naturel et de production pétrolière d’Aramco dans le désert isolé de la Rub’ al-Khali, proche des Émirats arabes unis. (Photo AFP)
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  • Les forces de défense saoudiennes continuent d’intercepter des drones en direction de Shaybah
  • Le porte-parole du ministère de la Défense annonce que des drones se dirigeant vers le champ de Shaybah ont été interceptés et détruits dans la Rub’ al-Khali

RIYAD : Les défenses aériennes de l’Arabie saoudite ont stoppé une nouvelle vague de frappes aériennes, cette fois ciblant le champ de Shaybah d’Aramco, a indiqué le ministère de la Défense samedi matin.

Dans une série de publications sur X, le porte-parole du ministère, le général de division Turki Al-Maliki, a déclaré qu’un total de 16 drones en direction du champ de Shaybah, répartis en quatre vagues, ont été interceptés et détruits dans la Rub’ al-Khali.

Dans des messages distincts, Al-Maliki a aussi annoncé « l’interception et la destruction » d’un missile balistique et d’un missile de croisière tirés vers la base aérienne Prince Sultan à Al-Kharj.

Un autre drone a été intercepté à l’est de la capitale nationale, Riyad, a tweeté le porte-parole.

La menace de missile constitue la troisième tentative de frappe consécutive sur Al-Kharj, une zone industrielle clé située à environ 80 kilomètres au sud-est de Riyad.

La tentative sur le champ de Shaybah est la première depuis le 28 février, date à laquelle Israël et les États-Unis ont lancé une campagne aérienne massive contre l’Iran, déclenchant une vague de frappes de représailles de Téhéran contre divers objectifs dans le Golfe, y compris des raffineries et des sites industriels.

Les forces de défense saoudiennes ont continué d’intercepter les drones en approche de Shaybah, de la base aérienne Prince Sultan et de Riyad, selon un communiqué officiel du ministère samedi.

Situé au cœur de la Rub’ al-Khali, également connu sous le nom de Quart Vide, Shaybah est l’un des champs « super-géants » les plus vitaux de l’Arabie saoudite. Au-delà de ses immenses réserves pétrolières, le champ constitue une pierre angulaire de la stratégie gazière du Royaume, avec une usine de récupération high-tech fournissant des liquides de gaz naturel (LGN) essentiels au secteur pétrochimique.

Les attaques aériennes contre l’Arabie saoudite s’inscrivent dans une montée massive de l’agression aérienne dans tout le Golfe. Au cours des dernières 24 heures seulement, la région a vu les Émirats arabes unis intercepter plus de 125 drones et 6 missiles balistiques.

Vendredi, les défenses aériennes saoudiennes ont abattu cinq missiles dirigés vers la base aérienne Prince Sultan, quatre drones dans la région est de Riyad et un drone chacun dans la Province orientale et à Al-Kharj.

Jeudi, le Royaume a détruit trois missiles de croisière ciblant Al-Kharj, quelques heures seulement après qu’une attaque de drone ait été stoppée au-dessus de la raffinerie de Ras Tanura dans la Province orientale.

Ces attaques se poursuivent malgré les protestations et condamnations émises par le Conseil de coopération du Golfe (CCG), la Ligue arabe et l’Organisation de la coopération islamique.

Lors d’une réunion ministérielle extraordinaire tenue à Riyad le 1er mars, le CCG a affirmé le droit collectif des États membres à défendre leurs territoires contre « l’agression perfide iranienne ».

Suite à une session du Cabinet présidée par le prince héritier Mohammed ben Salmane le 3 mars, l’Arabie saoudite a déclaré se réserver le « plein droit » de riposter. Le Cabinet a souligné que le Royaume prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger son territoire, ses citoyens et ses résidents contre ces frappes persistantes. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran ne frappera plus ses voisins sauf s'il est visé depuis ces pays, dit son président

Le président iranien Masoud Pezeshkian, Gholam‑Hossein Mohseni‑Eje’i, le chef du pouvoir judiciaire, et Alireza Arafi, vice‑président de l’Assemblée des experts, assistent à la réunion du conseil de direction intérimaire de l’Iran dans un lieu inconnu en Iran le 1ᵉʳ mars 2026. (WANA via Reuters)
Le président iranien Masoud Pezeshkian, Gholam‑Hossein Mohseni‑Eje’i, le chef du pouvoir judiciaire, et Alireza Arafi, vice‑président de l’Assemblée des experts, assistent à la réunion du conseil de direction intérimaire de l’Iran dans un lieu inconnu en Iran le 1ᵉʳ mars 2026. (WANA via Reuters)
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  • Le président iranien Masoud Pezeshkian annonce que l'Iran ne frappera plus ses voisins du Golfe, sauf en cas d’attaque venant de ces pays
  • Il présente des excuses aux pays voisins pour les attaques précédentes, alors que 13 personnes ont été tuées depuis le début du conflit, dont une fillette de 11 ans au Koweït

TEHERAN: Le président iranien Masoud Pezeshkian a affirmé samedi que ses voisins du Golfe ne seraient plus attaqués par l'Iran, sauf si des frappes étaient tirées depuis ces pays.

"Le conseil de direction provisoire a décidé (vendredi) qu'il n'y aurait plus d'attaques sur les pays voisins, plus de missiles tirés, sauf si une attaque sur l'Iran provenait de ces pays", a-t-il déclaré dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Plusieurs pays du Golfe abritent des bases militaires américaines. Les voisins de l'Iran ont été ciblés par des drones et missiles depuis le début du conflit le 28 février. L'Iran a affirmé ne viser que des intérêts ou bases américains, ce qu'ont contesté les pays visés.

"Je m'excuse (...) auprès des pays voisins qui ont été attaqués par l'Iran", a aussi déclaré le président iranien.

Treize personnes ont été tuées dans les pays du Golfe depuis le début de la guerre, dont une fillette de 11 ans touchée par des débris dans une zone résidentielle du Koweit.


Les attaques "illégales" au Moyen-Orient risquent de devenir incontrôlables, alerte le chef de l'ONU

Une famille déplacée des banlieues sud de Beyrouth après l’avertissement de l’armée israélienne, qui a poussé les habitants à évacuer avant des frappes aériennes. (Reuters)
Une famille déplacée des banlieues sud de Beyrouth après l’avertissement de l’armée israélienne, qui a poussé les habitants à évacuer avant des frappes aériennes. (Reuters)
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  • Le chef de l’Organisation des Nations unies avertit que l’escalade des attaques au Moyen-Orient pourrait devenir incontrôlable et appelle à des négociations diplomatiques
  • L’ONU alerte sur l’augmentation des besoins humanitaires, notamment à Gaza et au Liban, et sur les risques pour l’économie mondiale

NATIONS-UNIES: La situation provoquée par "toutes les attaques illégales" au Moyen-Orient et au-delà risque de devenir incontrôlable, a alerté vendredi le secrétaire général de l'ONU, tandis que l'organisation s'inquiète des besoins humanitaires qui augmentent.

"Toutes les attaques illégales au Moyen-Orient et au-delà provoquent des souffrances et des préjudices immenses aux civils à travers la région, et pose un grand risque pour l'économie mondiale, en particulier les populations les plus vulnérables", a-t-il déclaré dans un communiqué.

"La situation pourrait devenir incontrôlable pour tout le monde. Il est temps d'arrêter les combats et d'engager des négociations diplomatiques sérieuses. Les risques ne pourraient pas être plus grands", a-t-il ajouté.

Lors d'une conférence à New York, le chef des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Tom Fletcher, a lui fustigé les sommes "ahurissantes" dépensées chaque jour dans cette guerre "tandis que les hommes politiques continuent à se vanter de couper les budgets d'aide".

"Nous assistons à une alliance de plus en plus mortifère entre la technologie et des tueries en toute impunité. Nous assistons à une attaque persistante contre les systèmes et les lois censés freiner nos plus bas instincts et des guerres irréfléchies", a-t-il ajouté.

Le diplomate s'est en particulier inquiété d'une guerre qui "ravage les marchés, les chaînes d'approvisionnement, les prix alimentaires", et perturbe les couloirs maritimes comme le détroit d'Ormuz.

Alors "nous nous mobilisons en prévision d'une augmentation des besoins humanitaires dans toute la région", en prépositionnant des marchandises et en cherchant d'autres routes d'approvisionnement, a-t-il assuré, s'inquiétant en particulier de l'impact sur des populations déjà dans le besoin, notamment au Liban ou à Gaza.

Après avoir fermé samedi tous les points de passage vers le petit territoire palestinien, Israël a rouvert un seul d'entre eux, Kerem Shalom, aggravant certaines pénuries, a déploré Tom Fletcher.

Il a notamment indiqué que l'ONU n'avait pu faire entrer à Gaza que moins d'un million de litres de carburant cette semaine, "bien en dessous" des plus de deux millions considérés comme "le strict minimum pour faire tourner les services".

En outre, "il va y avoir également moins d'attention portée à d'autres crises, de la République démocratique du Congo au Soudan, en passant par le Soudan du Sud (...) l'Ukraine et d'autres", a-t-il insisté.