Viktor Orban, le pourfendeur de Bruxelles qui prend la tête de l'UE

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban arrive pour une réunion dans le cadre d'un sommet de l'Union européenne (UE) au siège de l'UE à Bruxelles, le 25 mars 2022. (Photo JOHN THYS / AFP)
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban arrive pour une réunion dans le cadre d'un sommet de l'Union européenne (UE) au siège de l'UE à Bruxelles, le 25 mars 2022. (Photo JOHN THYS / AFP)
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Publié le Samedi 29 juin 2024

Viktor Orban, le pourfendeur de Bruxelles qui prend la tête de l'UE

  • Le plus ancien dirigeant en exercice du bloc a durci ces derniers temps son discours contre «l'élite technocratique bruxelloise», disant «se creuser les méninges pour leur faire du tort»
  • Les contentieux sont multiples et des milliards d'euros de fonds gelés pour cause d'inquiétudes sur la corruption et les atteintes répétées à la démocratie dans le pays d'Europe centrale

BUDAPEST, Hongrie : Après avoir pendant des mois traité l'Union européenne de tous les maux, le Premier ministre hongrois Viktor Orban en prend la présidence tournante lundi, plus que jamais isolé par sa position sur la guerre en Ukraine.

Le plus ancien dirigeant en exercice du bloc a durci ces derniers temps son discours contre «l'élite technocratique bruxelloise», disant «se creuser les méninges pour leur faire du tort».

«C'est comme si un accusé dans un procès se retrouvait soudainement à la place du procureur», résume Paul Lendvai, auteur d'un livre sur Viktor Orban, évoquant une situation «ubuesque».

«Les deux parties jouent le jeu voulu par les institutions. Heureusement le match n'est pas décisif», commente-t-il pour l'AFP, appelant à ne «pas surestimer l'importance» de cette présidence.

Selon lui, Budapest va continuer de bloquer des dossiers clés et «essayer d'assouplir les restrictions» sur l'Etat de droit pour récupérer son argent.

- Du camp libéral à «l'illibéralisme» -

Car les contentieux sont multiples et des milliards d'euros de fonds gelés pour cause d'inquiétudes sur la corruption et les atteintes répétées à la démocratie dans le pays d'Europe centrale.

Sur les sujets géopolitiques aussi, la discorde est totale.

A contre-pied de ses partenaires, M. Orban soutient l'ancien président américain Donald Trump, à qui il a emprunté le slogan des six mois à venir - «Make Europe Great again» (Rendre sa grandeur à l'Europe).

Proche du chef d'Etat chinois Xi Jinping, il cultive aussi des liens avec le Kremlin, et refuse de soutenir militairement Kiev.

C'est pourtant en jeune libéral qu'à 26 ans, il se fait un nom quand il défie le régime communiste à Budapest avec une tirade enflammée, en juin 1989, pour la liberté, lors d'un hommage aux victimes du soulèvement de 1956 contre l'armée rouge.

Cofondateur un an plus tôt de l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz), il devient le symbole des aspirations de la Hongrie à se libérer du totalitarisme et à adopter les valeurs occidentales.

A mille lieues de ses débuts, Viktor Orban dénonce aujourd'hui «la décadence de l'Ouest», face au «lobby LGBT+» et à l'afflux de migrants d'Afrique et du Moyen-Orient, régulièrement assimilés à des «terroristes» en puissance.

L'aboutissement d'un long processus de cheminement vers l'extrême droite.

Premier ministre en 1998, à seulement 35 ans, il doit abandonner le pouvoir quatre ans plus tard, défait dans les urnes par les socialistes. Quand il revient au pouvoir en 2010, il décide de cimenter son emprise pour ne plus jamais avoir à subir ce qu'il a vécu comme une humiliation.

Confortablement réélu depuis à chaque législative, ce père de cinq enfants revendique l'exercice d'une «démocratie illibérale».

- «Alignement» sur la Russie -

«Au cours des 14 dernières années, Orban s'est aligné sur l'idéologie poutinienne d'un Occident en plein chaos» et d'une mise au pas des contre-pouvoirs, analyse pour l'AFP Stefano Bottoni, historien italo-hongrois de l'Université de Florence.

C'est à la lumière de cette évolution qu'il faut «comprendre sa position» sur l'offensive russe en Ukraine, dit-il.

A écouter le dirigeant de 61 ans, ce n'est pas tant Moscou mais bien l'Otan et l'UE qui ont provoqué une «conflagration mondiale».

Une position qui irrite de plus en plus ses alliés. «Il ne se rend pas compte à quel point elle est toxique», estime l'expert, car «pour de nombreux pays, la guerre en Ukraine est la question la plus importante du moment dans la redéfinition de l'Europe».

Même au sein de l'extrême droite, cela le mène «dans une impasse stratégique», ajoute M. Bottoni. Il avait promis «d'occuper Bruxelles» et d'être «un faiseur de rois. Au final, il glisse en troisième division».

En rupture depuis plusieurs années avec ses partenaires conservateurs du PPE au Parlement européen, le Fidesz peine à trouver une nouvelle écurie.

Affaibli internationalement, il est aussi contesté par l'émergence d'un nouveau rival, le conservateur Peter Magyar, pur produit du système Orban entré en dissidence.

Mais peu importe, avance Andrea Peto, analyste de l'Université d'Europe centrale (CEU): les mauvaises nouvelles «ne parviennent jamais aux oreilles de ses électeurs», abreuvés de propagande, affirme-t-elle.

Viktor Orban, un passionné de football né dans une famille modeste, a un seul objectif, selon la chercheuse: «maintenir avec son cercle proche d'oligarques la mainmise» sur le pays.


Le Pakistan confirme des frappes à la frontière avec l'Afghanistan, faisant 26 morts

Le Pakistan a affirmé mercredi avoir tué 26 personnes liées aux talibans pakistanais, dans des frappes aériennes qualifiées de "précises et calibrées" à la frontière avec l'Afghanistan. (Reuters)
Le Pakistan a affirmé mercredi avoir tué 26 personnes liées aux talibans pakistanais, dans des frappes aériennes qualifiées de "précises et calibrées" à la frontière avec l'Afghanistan. (Reuters)
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  • "À la suite des récents incidents terroristes au Pakistan (...) des frappes précises et calibrées ont été menées le long de la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan contre des repaires et des caches"
  • 26 personnes liées aux talibans pakistanais Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) ont été tués

ISLAMABAD: Le Pakistan a affirmé mercredi avoir tué 26 personnes liées aux talibans pakistanais, dans des frappes aériennes qualifiées de "précises et calibrées" à la frontière avec l'Afghanistan, après que Kaboul a déclaré que 12 personnes, dont des enfants, sont mortes dans l'attaque.

"À la suite des récents incidents terroristes au Pakistan (...) des frappes précises et calibrées ont été menées le long de la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan contre des repaires et des caches", a déclaré sur X le ministre pakistanais de l'Information, Attaullah Tarar, ajoutant que 26 personnes liées aux talibans pakistanais Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) ont été tués.

 

 


Après Itamar Ben Gvir, le ministre israélien Bezalel Smotrich interdit de territoire en France

Le ministre israélien des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich. (Photo d’archives/AFP)
Le ministre israélien des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich. (Photo d’archives/AFP)
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  • La France interdit l’entrée au ministre israélien Bezalel Smotrich en raison de ses positions en faveur de l’annexion de la Cisjordanie et de la recolonisation de Gaza
  • Cette décision s’ajoute à celle visant Itamar Ben Gvir et à des sanctions contre des colons violents

PARIS: Le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich, qui "promeut activement l'annexion de la Cisjordanie" et "revendique ouvertement" la "recolonisation de Gaza", est interdit d'accès au territoire français, a annoncé mardi le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.

C'est le deuxième membre du gouvernement israélien visé par une telle mesure après le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, autre figure de l'extrême droite, interdit d'entrer sur le sol français depuis le 23 mai, après la diffusion d'une vidéo de militants de la "flottille pour Gaza" agenouillés et mains liées.

"Bezalel Smotrich promeut activement l'annexion de la Cisjordanie, qu'il revendique ouvertement, la création de nouvelles colonies en Cisjordanie, la recolonisation de Gaza, l'effondrement économique de l'Autorité palestinienne et ses conséquences délétères sur la population palestinienne: c'est une politique que ne peut accepter l'écrasante majorité de la communauté internationale, fermement attachée à la solution à deux Etats", a écrit M. Barrot sur X.

"Quatre responsables d'organisations de colons et 21 colons violents" sont également interdits de territoire français, a-t-il ajouté.

M. Barrot indique par ailleurs avoir pris "de nouvelles sanctions contre les responsables de l'intensification de la colonisation et des violences en Cisjordanie" conjointement avec le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la Norvège, sans détailler ces mesures ni préciser les personnes visées.

Ces cinq pays avaient déjà annoncé le 10 juin 2025 interdire leurs territoires aux ministres Ben Gvir et Smotrich, les accusant d'"incitation à la violence" contre les Palestiniens, en particulier en Cisjordanie. Le gouvernement israélien avait alors dénoncé ces sanctions, les jugeant "scandaleuses".

Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967.

Les violences liées au conflit israélo-palestinien ont explosé dans ce territoire en marge de la guerre de Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas sur Israël le 7 octobre 2023.

Depuis lors, au moins 1.080 Palestiniens, parmi lesquels de nombreux combattants, mais aussi beaucoup de civils, ont été tués en Cisjordanie par des soldats ou des colons israéliens, selon un décompte de l'AFP à partir de données de l'Autorité palestinienne.

Dans le même temps, d'après des données officielles israéliennes, au moins 46 Israéliens, des civils et des soldats, y ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.


Téhéran réplique après des frappes américaines sur l'Iran répondant à un hélicoptère abattu

Le drone ayant effectué le sauvetage était un Corsair de l’US Navy, un navire maritime autonome de 7,3 mètres fabriqué par Saronic. (Saronic)
Le drone ayant effectué le sauvetage était un Corsair de l’US Navy, un navire maritime autonome de 7,3 mètres fabriqué par Saronic. (Saronic)
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  • L’Iran a frappé des bases américaines au Bahreïn et en Jordanie après des raids américains près du détroit d’Ormuz
  • L’escalade régionale se poursuit malgré les discussions de paix, faisant monter les prix du pétrole

TEHERAN: L'Iran a annoncé mercredi avoir visé des bases américaines du Golfe en représailles à des frappes de Washington contre des cibles iraniennes le long du détroit d'Ormuz, dans un nouvel embrasement régional après la destruction d'un hélicoptère américain attribuée à Téhéran.

Le président américain Donald Trump avait assuré mardi matin être proche d'un "très, très bon accord" pour mettre fin aux hostilités ouvertes le 28 février, évoquant un délai de "deux à trois jours". Mais cet optimisme a été douché plus tard dans la journée quand il a annoncé qu'un hélicoptère américain Apache avait été abattu par l'Iran et promis une réponse appropriée.

Tôt mercredi, l'Iran a annoncé des attaques contre des bases américaines abritées par le Bahreïn et la Jordanie. Et au Koweït, l'armée a dit faire face à "des cibles aériennes hostiles" sans préciser leur provenance.

En Jordanie, les Gardiens de la révolution iraniens ont dit avoir "visé et détruit quatre cibles majeures, notamment des groupes de chasseurs F35 sur une base aérienne et le centre de commandement militaire américain" d'Azraq, l'armée jordanienne annonçant avoir abattu cinq missiles iraniens.

A Bahreïn, des combattants de cette armée idéologique iranienne ont, eux, annoncé avoir procédé à "une attaque de drones contre la Ve flotte" américaine. Peu après, les sirènes d'alerte ont retenti dans ce pays du Golfe.

Les Gardiens ont justifié leur opération par des attaques américaines conduites dans la nuit sur Jask, Sirik et l'île de Qeshm, sur la côte sud de l'Iran dans le détroit d'Ormuz toujours bloqué. Celles-ci ont "endommagé un pylône de télécommunications à Sirik et détruit deux réservoirs d'eau dans la ville", ont-ils précisé.

Des médias iraniens avaient signalé plus tôt plusieurs séries d'explosions au niveau du détroit, stratégique pour le transport mondial d'hydrocarbures.

L'armée américaine y a frappé "des installations de défense aérienne, des postes de contrôle au sol et des sites de radars de surveillance iraniens" près du détroit, selon un communiqué du Commandement central pour le Moyen-Orient (Centcom) des forces américaines.

Le Commandement américain a présenté ces frappes comme des mesures "en légitime défense" et de façon "proportionnée" en réponse à la destruction d'un hélicoptère Apache de l'armée américaine.

Celui-ci survolait lundi le détroit d'Ormuz lorsqu'il a été abattu par l'Iran, selon le président Trump.

Ces nouveaux échanges de feu ont fait repartir à la hausse les prix du pétrole. Le baril de WTI, référence américaine du brut, prenait 0,74% à 88,85 dollars, mercredi vers 02H30 GMT.

- Accord en attente -

Le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi a semblé vouloir minimiser l'incident impliquant l'hélicoptère.

"Les forces étrangères à proximité de notre territoire sont constamment exposées à des risques (...) la meilleure solution est qu'elles partent", a-t-il souligné sur X. "Nous préférons le langage diplomatique, mais nous parlons aussi d'autres langues."

Après l'entrée en vigueur le 8 avril d'un fragile cessez-le-feu, les attaques réciproques entre l'Iran et Israël avaient repris dimanche et lundi, tuant trois personnes dont deux militaires et blessant 15 personnes en Iran, selon la télévision d'Etat.

M. Trump avait exhorté les deux pays à cesser "immédiatement" les hostilités. Le chef de l'Etat américain cherche à sortir de ce conflit impopulaire aux Etats-Unis, qu'il a déclenché au côté d'Israël le 28 février.

Téhéran avait d'abord annoncé l'arrêt de son opération militaire contre Israël, qui l'avait ensuite imité.

- Appel israélien à évacuer Tyr -

L'Iran exige que tout accord avec Washington pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient englobe la fin des hostilités sur le front libanais, où s'affrontent depuis le 2 mars son allié libanais du Hezbollah et Israël.

Dans le sud du Liban, Tyr et ses environs sont pilonnés sans relâche par l'armée israélienne.

Les bombardements ont fait au moins 11 morts mardi, selon les autorités libanaises.

Pour la première fois depuis le début des affrontements entre Israël et le mouvement chiite, l'armée israélienne a appelé tous les habitants à évacuer Tyr, y compris ceux du quartier chrétien.

"Le quartier chrétien est désormais vide à 99%", a rapporté à l'AFP Walid al-Tawil, du conseil municipal.

Le Hezbollah a, lui, revendiqué de nouvelles attaques contre des forces israéliennes dans le sud du Liban - qui n'ont pas fait de blessés selon l'armée israélienne.

L'armée a par ailleurs rapporté avoir abattu dans le nord d'Israël un homme accusé d'avoir tiré sur des soldats après avoir traversé la frontière depuis le Liban.