Au Conseil de sécurité de l'ONU, inquiétudes pour un Moyen-Orient au bord du précipice

Des Tunisiens brandissent des drapeaux palestiniens et des portraits du chef du Hamas, Ismail Haniyeh, lors d'une manifestation dans la capitale Tunis, le 31 juillet 2024, pour dénoncer son assassinat. (AFP)
Des Tunisiens brandissent des drapeaux palestiniens et des portraits du chef du Hamas, Ismail Haniyeh, lors d'une manifestation dans la capitale Tunis, le 31 juillet 2024, pour dénoncer son assassinat. (AFP)
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Publié le Jeudi 01 août 2024

Au Conseil de sécurité de l'ONU, inquiétudes pour un Moyen-Orient au bord du précipice

  • De nombreux membres du Conseil de sécurité de l'ONU se sont inquiétés mercredi des risques d'escalade au Proche-Orient, évoquant une situation critique après la mort à Téhéran du chef du Hamas dans une frappe imputée à Israël.
  • Quelques heures après la mort d'Ismaïl Haniyeh, chef du mouvement palestinien, le Conseil s'est réuni en urgence à la demande de l'Iran, soutenu par la Russie, la Chine et l'Algérie

NATIONS UNIES, ETATS UNIS: De nombreux membres du Conseil de sécurité de l'ONU se sont inquiétés mercredi des risques d'escalade au Proche-Orient, évoquant une situation critique après la mort à Téhéran du chef du Hamas dans une frappe imputée à Israël.

Quelques heures après la mort d'Ismaïl Haniyeh, chef du mouvement palestinien, le Conseil s'est réuni en urgence à la demande de l'Iran, soutenu par la Russie, la Chine et l'Algérie.

Le Conseil "doit prendre des mesures immédiates pour qu'Israël soit tenu responsable de cet acte d'agression, y compris envisager des sanctions et d'autres mesures nécessaires pour empêcher d'autres violations et montrer que les activités malveillantes d'Israël ne seront pas tolérées par la communauté internationale", a déclaré l'ambassadeur iranien Amir Saeid Iravani, réaffirmant le droit de l'Iran à "l'auto-défense".

Ismaïl Haniyeh a été tué mercredi à Téhéran dans une frappe imputée à Israël par le Hamas et par l'Iran, qui ont promis de venger sa mort, faisant craindre un embrasement de la région en pleine guerre à Gaza.

Plusieurs membres du Conseil, notamment la Chine, la Russie et l'Algérie, ont directement condamné cet assassinat.

"Israël a entrepris une politique d'effusion de sang et de terre brûlée, qui laisse la destruction dans son sillage, une vague sans fin de violence qui submerge Gaza, la Cisjordanie, le Yémen, le Liban et maintenant la République islamique d'Iran. Où s'arrêtera cette folie?", a ainsi lancé l'ambassadeur algérien, accusant Israël de "sabotage" des efforts de paix au Proche-Orient.

Mais la plupart des Etats membres ont simplement exprimé leurs craintes d'une escalade du conflit dans la région, la guerre faisant déjà rage à Gaza entre Israël et le Hamas.

"Nous craignons que la région ne soit au bord d'une guerre totale", a ainsi déclaré l'ambassadrice japonaise adjointe Shino Mitsuko, tandis que la Slovénie a décrit une région "dans l'oeil du cyclone".

"Nous appelons à la plus grande responsabilité et à la plus grande retenue afin d'éviter un embrasement régional", a de son côté plaidé l'ambassadrice française adjointe Nathalie Broadhurst.

Avant la réunion, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, par la voie de son porte-parole, s'est lui alarmé des attaques ayant frappé Téhéran mais aussi Beyrouth, où Israël a visé un responsable du Hezbollah libanais, qui "représentent une dangereuse escalade".

"La communauté internationale doit travailler ensemble urgemment pour empêcher toute action qui pourrait pousser la totalité du Moyen-Orient dans le vide, avec un impact dévastateur sur les civils", a-t-il ajouté.

"Il serait mieux de ne pas spéculer sur l'impact des récents événements sur la paix et la sécurité au Moyen-Orient, une guerre plus large n'est ni imminente ni inévitable", a tempéré l'ambassadeur américain adjoint Robert Wood devant le Conseil, répétant le droit d'Israël, allié des Etats-Unis, à se défendre.

"Nous continuerons à agir pour défendre tout le peuple israélien", a d'ailleurs promis son homologue israélien Jonathan Miller. Mais "le Hezbollah, le Hamas et les Houthis ne sont capables de cracher du venin que grâce à la tête du serpent", a-t-il ajouté, visant directement le soutien de l'Iran, "sponsor numéro un du terrorisme", à ces mouvements respectivement au Liban, à Gaza et au Yémen.


Vance lance un avertissement aux critiques de Trump en Israël

JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
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  • "Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti
  • "Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président

WASHINGTON: JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington.

"Ce que je veux dire, et cela me dérange, c'est qu'il y a des gens dans le gouvernement de Bibi (le surnom du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ndlr) qui se sont exprimés pour attaquer l'accord et qui d'une certaine manière ont attaqué le président des Etats-Unis très personnellement", a dit le vice-président américain pendant une conférence de presse.

"Mon message pour eux est double. D'abord, Donald J. Trump est le seul chef d'Etat dans le monde entier qui est compréhensif envers Israël aujourd'hui, et il se trouve être le chef d'Etat de la première puissance mondiale", a poursuivi JD Vance.

"Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti.

"Le second message que je voudrais lancer à certains de ces ministres qui attaquent le président des Etats-Unis - Bibi, et c'est tout à son honneur, n'a pas pris cette voie - c'est que ces trois derniers mois, deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre pays ont été fabriquées par des mains américaines et payées par les contribuables américains", a ajouté JD Vance.

"Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président.


Trump veut soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès

 Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
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  • "Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian
  • "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse

EVIAN: Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse.

"Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian. "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse.

Interrogé sur le texte de l'accord avec l'Iran, déjà signé électroniquement et qui fera l'objet d'une cérémonie de signature vendredi à Genève, Donald Trump a promis à nouveau de le rendre public.

"Je ne vais pas seulement le publier, je vais sûrement donner une conférence de presse et vous le lire à la virgule près pour être sûr que la presse le couvre correctement", a lancé le dirigeant républicain.

Il avait déjà indiqué vouloir attendre après la cérémonie de signature vendredi pour publier le texte.


Les principaux points de l'accord Iran-Etats-Unis

Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours. (AFP)
Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours. (AFP)
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  • Les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés respectifs "déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban"
  • Ils s'engagent "à ne pas initier de guerre ou d'opération militaire l'un contre l'autre et à s'abstenir de la menace ou de l'usage de la force l'un contre l'autre, tout en garantissant l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban"

TEHERAN: Voici les principaux points du protocole d'accord signé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-orient, dont le contenu a été rendu public par Washington et Téhéran:

Cessation permanente des hostilités 

Les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés respectifs "déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban".

Ils s'engagent "à ne pas initier de guerre ou d'opération militaire l'un contre l'autre et à s'abstenir de la menace ou de l'usage de la force l'un contre l'autre, tout en garantissant l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban".

Accord final sous 60 jours 

L'Iran et les Etats-Unis "s'engagent à négocier et à conclure l'accord final dans un délai maximum de 60 jours, extensible d'un commun accord".

Levée du blocus naval américain 

Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours.

Les Etats-Unis s'engagent en outre "à retirer leurs forces des abords de la République islamique d'Iran dans les 30 jours suivant l'accord final".

Réouverture du détroit d'Ormuz 

L'Iran s'engage à "assurer la sécurité du passage des navires commerciaux, sans frais pendant 60 jours uniquement, du golfe Persique vers la mer d'Oman, et inversement. Le trafic des navires commerciaux commencera immédiatement" et sera pleinement rétabli dans un délai de 30 jours, une fois le détroit d'Ormuz déminé.

Plan de 300 milliards de dollars pour l'Iran 

Les Etats-Unis et leurs partenaires régionaux élaboreront un plan "d'un montant d'au moins 300 milliards de dollars, destiné à la reconstruction et au développement économique" de l'Iran.

Levée des sanctions 

Les Etats-Unis "s'engagent à mettre fin à tous les types de sanctions" unilatérales et internationales contre l'Iran, selon un calendrier qui sera convenu dans l'accord final.

En attendant, les Etats-Unis "s'engagent à rendre pleinement disponibles et utilisables les fonds et avoirs de la République islamique d'Iran gelés ou soumis à des restrictions dès la mise en œuvre du présent protocole d'accord".

De façon immédiate et jusqu'à la levée des sanctions, le département du Trésor américain délivrera "des dérogations pour l'exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les transactions bancaires, les assurances, le transport, etc".

Nucléaire 

L'Iran réaffirme qu'il "ne se procurera ni ne développera d'armes nucléaires".

Le sort de l'uranium enrichi accumulé par l'Iran sera réglé "selon un mécanisme qui sera convenu mutuellement (...) la méthodologie a minima consistant en une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA" (Agence internationale de l'énergie atomique).

En attendant cet accord final, l'Iran "maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire", et les Etats-Unis "n'imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région".

Signature 

Selon le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont la médiation a été cruciale, l'accord a été signé électroniquement et à distance jeudi, heure d'Islamabad, par les présidents iranien Massoud Pezeshkian et américain Donald Trump.

Une cérémonie de signature est confirmée vendredi en Suisse "pour commémorer cet événement marquant et donner le coup d'envoi des discussions techniques".

Résolution de l'ONU 

L'accord final sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité de l'ONU.