Israël : l'élimination de Nasrallah conforte Netanyahu dans sa posture va-t-en-guerre

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Publié le Lundi 30 septembre 2024

Israël : l'élimination de Nasrallah conforte Netanyahu dans sa posture va-t-en-guerre

  • Très impopulaire en Israël avant le début de la guerre, à cause d'un projet de réforme de la justice ayant profondément divisé le pays, M. Netanyahu fait aussi face à une contestation interne croissante
  • Pas une semaine ne passe sans que des milliers manifestants l'exhortent, en vain depuis des mois, à signer un accord de trêve avec le Hamas dans la bande de Gaza qui permettrait la libération des 97 otages enlevés le 7 octobre

JERUSALEM: L'élimination par Israël du chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, semble conforter le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans sa posture va-t-en-guerre, face aux attaques auxquelles il fait face tant à l'étranger qu'à l'intérieur de son pays.

A l'heure où Israël affiche sa détermination à en finir avec la menace que le Hezbollah fait peser à sa frontière nord, l'Etat hébreu fait face à une pluie de critiques internationales pour ses frappes au Liban dont l'intensité s'est nettement accrue depuis une dizaine de jours, faisant craindre une guerre régionale, alors qu'il est vilipendé pour sa campagne de représailles militaires sur la bande de Gaza, jugées largement disproportionnées à l'étranger, après l'attaque sanglante lancée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre.

Très impopulaire en Israël avant le début de la guerre, à cause d'un projet de réforme de la justice ayant profondément divisé le pays, M. Netanyahu fait aussi face à une contestation interne croissante.

Pas une semaine ne passe sans que des milliers manifestants l'exhortent, en vain depuis des mois, à signer un accord de trêve avec le Hamas dans la bande de Gaza qui permettrait la libération des 97 otages enlevés le 7 octobre et toujours détenus dans le petit territoire palestinien.

Mais la confirmation samedi par le Hezbollah de la mort de Nasrallah dans une frappe israélienne menée la veille sur un groupe d'immeubles de la banlieue sud de Beyrouth n'est pas de nature à attirer trop de critiques en Israël ou le chef du "Parti de Dieu" était largement honni.

Mesure de justice

Et à l'étranger, le président américain Joe Biden, grand partisan et défenseur d'Israël, qui ne cache pas son agacement depuis des mois face à l'acharnement de M. Netanyahu à poursuivre la guerre à Gaza jusqu'à l'anéantissement du Hamas, a jugé samedi que la mort de Nasrallah était "une mesure de justice pour ses nombreuses victimes parmi lesquelles des milliers de civiles américains, israéliens et libanais".

Samedi soir, M. Biden a néanmoins pressé pour un cessez-le-feu.

De retour samedi soir en Israël après un discours à la tribune des Nations unies où il a menacé la veille de frapper la République islamique d'Iran, sa bête noire, si celle-ci venait à attaquer Israël, promis de continuer à combattre le Hezbollah au Liban et donné d'autre choix au Hamas que de "se rendre, déposer les armes, et libérer les otages", M. Netanyahu a enfoncé le clou.

Avec l'élimination de Nasrallah, "nous sommes (rendus) à ce qui sera vu (plus tard) comme un tournant historique", a-t-il déclaré : "Nous sommes en train de gagner" et "nous sommes déterminés à continuer de frapper nos ennemis".

Disant agir en soutien au Hamas, le Hezbollah, patronné par l'Iran, a commencé à tirer des roquettes sur le nord d'Israël dès le 8 octobre. Plus de 11 mois d'affrontements transfrontaliers meurtriers entre la branche militaire du mouvement chiite et l'armée israélienne ont forcé le déplacement de dizaines de milliers de personnes de part et d'autre de la frontière israélo-libanaise.

Mi-septembre, le gouvernement israélien a élevé le retour chez eux des déplacés du Nord au rang des buts de guerre poursuivis par Israël.

Sur le plan intérieur, la mort de Nasrallah ne peut que renforcer la position de M. Netanyahu, estime Kobi Michael, analyste à l'Institut Misgav pour la sécurité nationale et la stratégie sioniste.

Très large consensus

"Il y a un très large consensus au sein de la société israélienne dans sa grande majorité pour résoudre le problème avec le Hezbollah", même "si cela nécessite une véritable guerre", dit-il à l'AFP alors que M. Netanyahu, poursuivi en justice pour des affaires de corruption, apparaît prisonnier de ses alliés d'extrême droite, sans lesquels il perdrait sa majorité, et qui menacent de quitter le gouvernement en cas de signature d'un cessez-le-feu avec le Hamas à Gaza ou avec le Hezbollah au Liban.

Aux yeux de James Dorsey, professeur à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour, l'élimination de Nasrallah est un avertissement de taille pour les ennemis d'Israël. C'est "la cerise sur le gâteau", dit-il à l'AFP.

Désormais "si vous êtes l'Iran, si vous êtes la Syrie, (les rebelles yéménites) Houthis, (...) un groupe chiite irakien (soutenu par l'Iran), vous allez devoir regarder à votre sécurité de très près", ajoute M. Dorsey

Yossi Melman, correspondant pour les affaires de défense et de sécurité du quotidien de gauche Haaretz, estime pour sa part que l'élimination de Nasrallah est "un coup dur porté au Hezbollah".

"Néanmoins, estime-t-il dans un message sur son compte X, l'organisation va se remettre, nommer des remplaçants aussi impitoyables à sa place et à celle des autres dirigeants (du Hezbollah) éliminés" par Israël depuis juillet.

"Les tirs de missiles (sur le Nord d'Israël vont continuer et) les déplacés ne vont pas rentrer rapidement" chez eux prédit-il, "mais Netanyahu est renforcé politiquement".


Liban: 13 morts dans des frappes israéliennes sur le sud

Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, dont des civils (femmes et enfants), malgré un cessez-le-feu en vigueur
  • Depuis la reprise des hostilités le 2 mars entre Israël et le Hezbollah, plus de 2 600 personnes ont été tuées, dont des secouristes, suscitant de vives critiques humanitaires

BEYROUTH: Des frappes israéliennes sur le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, a rapporté le ministère libanais de la Santé dans un nouveau bilan.

Selon un communiqué du ministère, huit personnes, parmi lesquelles un enfant et deux femmes, ont été tuées et 21 autres blessées, dont deux enfants et une femme, dans des frappes sur le village d'Habboush, que l'armée israélienne avait appelé à évacuer malgré un cessez-le-feu.

L'agence de presse officielle libanaise (ANI) a rapporté "une série de frappes intenses (...) un peu moins d'une heure après l'avertissement" israélien.

A Habboush, un photographe de l'AFP a vu des volutes de fumée s'élever à la suite des bombardements.

Une autre frappe sur le village de Zrariyé, dans la région de Saïda, a par ailleurs fait quatre morts, dont deux femmes, et quatre blessés dont un enfant et une femme, a précisé le ministère dans la soirée.

Selon la même source, une femme a été tuée et sept personnes ont été blessées dans le district de la ville côtière de Tyr.

L'ANI avait auparavant fait état d'autres frappes et de tirs d'artillerie sur d'autres localités du Sud en dépit du cessez-le-feu entre le Hezbollah pro-iranien et Israël en vigueur depuis le 17 avril.

- Secouristes tués -

Jeudi, 17 personnes avaient été tuées dans des frappes sur le Sud, où l'armée israélienne a établi une zone de 10 km de profondeur à partir de la frontière, interdite d'accès à la presse et à la population, et effectue des opérations de démolition.

Des destructions ont ainsi été rapportées à Shamaa mais également à Yaroun, où un monastère, une école privée, des maisons, des commerces et des routes ont été démolies, selon l'agence ANI.

Israël affirme vouloir protéger sa région nord du Hezbollah, qui continue de revendiquer des attaques contre des positions israéliennes au Liban et, plus rarement, contre le territoire israélien.

L'armée israélienne a indiqué dans la nuit de vendredi à samedi avoir intercepté quatre "cibles aériennes" qui se dirigeaient vers le nord d'Israël, sans préciser leur provenance.

En vertu de l'accord de cessez-le-feu, Israël se réserve "le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours", une clause que le Hezbollah conteste.

Selon le ministère libanais de la Santé, plus de 2.600 personnes ont été tuées depuis la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël, le 2 mars, sur fond de guerre au Moyen-Orient.

D'après cette source, 103 secouristes font partie des morts.

"Qu'une personne qui tente de sauver des vies, d'apaiser la souffrance humaine, puisse être ciblée (...) c'est une chose que je trouve absolument inacceptable", a affirmé à des journalistes près de Beyrouth le secrétaire général adjoint de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FIRC), Xavier Castellanos.


Les Emirats interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Iran, au Liban et en Irak

Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
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  • Les Émirats arabes unis interdisent à leurs citoyens de voyager en Iran, au Liban et en Irak en raison des tensions régionales
  • Les autorités demandent aux Émiratis présents dans ces pays de rentrer immédiatement, après des attaques de missiles iraniennes visant des infrastructures aux EAU

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont interdit jeudi à leurs ressortissants  de se rendre en Iran, au Liban et en Irak, en invoquant l'évolution de la situation dans la région.

"A la lumière des développements régionaux actuels", le ministère des Affaires étrangères du pays a émis "une interdiction de voyager pour les ressortissants émiratis se rendant en République islamique d'Iran, en République libanaise et en République d'Irak", a rapporté l'agence de presse officielle WAM, indiquant qu'il appelait "tous les ressortissants émiratis actuellement dans ces pays à accélérer leur retour immédiat".

L'Iran a pris pour cible les Emirats, par des tirs de missiles visant des infrastructures civiles et énergétiques, lors du conflit déclenché le 28 février par l'attaque israélo-américaine contre Téhéran, avant l'annonce d'un fragile cessez-le-feu.


Liban: le président condamne les «violations persistantes» du cessez-le-feu par Israël

Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
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  • "Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte"
  • "Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes"

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.

"Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la présidence. De nouvelles frappes israéliennes meurtrières ont visé jeudi des localités dans le sud, selon un média officiel.

"Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes", a ajouté Joseph Aoun, alors que la trêve est entrée en vigueur le 17 avril.