Des dirigeants mondiaux et des experts se rendent à Riyad pour le FII8

Cette année, le FII se tient sous le thème "Horizons infinis: investir aujourd'hui, façonner demain", du 29 au 31 octobre à Riyad. (Fourni)
Cette année, le FII se tient sous le thème "Horizons infinis: investir aujourd'hui, façonner demain", du 29 au 31 octobre à Riyad. (Fourni)
Cette année, le FII se tient sous le thème "Horizons infinis: investir aujourd'hui, façonner demain", du 29 au 31 octobre à Riyad. (Fourni)
Cette année, le FII se tient sous le thème "Horizons infinis: investir aujourd'hui, façonner demain", du 29 au 31 octobre à Riyad. (Fourni)
Short Url
Publié le Mercredi 30 octobre 2024

Des dirigeants mondiaux et des experts se rendent à Riyad pour le FII8

  • L'événement devrait donner lieu à la signature d'accords stratégiques dans de multiples secteurs
  • Outre les experts du secteur, l'événement de cette année réunira également des leaders et des décideurs dans les domaines de l'intelligence artificielle, de la durabilité, de l'énergie, de la géoéconomie et de l'espace

RIYAD: Des dirigeants mondiaux et des experts du secteur devraient se réunir dans la capitale saoudienne à l'occasion de la huitième édition de la Future Investment Initiative afin de discuter des opportunités et des défis qui se présentent dans le paysage financier mondial.

Organisée sur le thème "Horizons infinis: investir aujourd'hui, façonner demain", du 29 au 31 octobre, le FII de cette année devrait susciter des discussions sur la manière dont l'investissement peut servir de catalyseur pour un avenir prospère et durable.

Richard Attias, directeur général du FII, a déclaré que des transactions d'une valeur de 28 milliards de dollars devraient être annoncées au cours de l'événement.

Il a également indiqué que 7 100 participants du monde entier s'étaient inscrits pour l'événement à venir. "C'est 1 000 de plus que l'année dernière", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse le 15 octobre.

Depuis son lancement en 2017, l’institut FII organise des événements annuels à Riyad, et au fil des ans, le programme s'est imposé comme l'une des conférences phares du secteur financier.

Outre les experts du secteur, l'événement de cette année réunira également des leaders et des décideurs dans les domaines de l'intelligence artificielle, de la durabilité, de l'énergie, de la géoéconomie et de l'espace.

en bref

- La conférence réunira plus de 500 intervenants et animera plus de 200 sessions, discussions plénières, ateliers et conclaves portant sur la stabilité économique, les tensions géopolitiques et le développement équitable. 
- L'événement se concentrera sur les stratégies dont les dirigeants ont besoin pour relever les nouveaux défis dans un monde infiniment connecté.

La conférence réunira plus de 500 intervenants et animera plus de 200 sessions, discussions plénières, ateliers et conclaves traitant de la stabilité économique, des tensions géopolitiques et du développement équitable.

Un communiqué de presse annonçant la conférence souligne qu'avec la conclusion de la 79e Assemblée générale des Nations unies et les élections présidentielles américaines qui suivront immédiatement FII8, les conversations géoéconomiques et les idées générées lors de la conférence "constitueront un complément essentiel au dialogue mondial, dotant les dirigeants de stratégies avant-gardistes pour naviguer dans le paysage mondial qui s'annonce".

FII: l'idée du Fonds public d'investissement

Le fonds souverain d'Arabie saoudite a fondé le Future Investment Initiative Institute dans le cadre de la Vision 2030 du Royaume, qui vise à faire du pays un centre mondial pour la croissance des entreprises.

L'Arabie saoudite étant sur la voie de la transformation, les événements organisés par l'institut se sont avérés être une composante importante de la croissance régionale et mondiale du Royaume dans le domaine de la finance et de l'investissement.

Selon le FII, la conférence de cette année incitera les participants à dépasser les limites conventionnelles et à explorer les opportunités d'investissement qui peuvent faire le lien entre les défis actuels et les possibilités futures.

"FII8 est à l'origine d'un nouvel état d'esprit - où les dirigeants et ceux qui changent la donne s'affranchissent des limites du passé, alimentant l'innovation qui conduit à un potentiel humain et à une croissance économique illimités", peut-on lire sur le site web de l'organisation.

Et d'ajouter: "Les visionnaires du monde entier exploreront comment la pensée non linéaire peut déployer des capitaux pour résoudre les problèmes les plus critiques de la planète - des lacunes de l'infrastructure aux menaces environnementales - pour finalement atteindre le point optimal entre la consommation et la régénération de la planète, et avoir un impact positif sur l'humanité".

FII8: Liste des intervenants

La première journée de l'événement sera consacrée aux stratégies dont les dirigeants ont besoin pour relever les nouveaux défis dans un monde infiniment connecté.

La cérémonie d'ouverture débutera à 9 heures, selon l’heure saoudienne, et sera suivie d'un discours de bienvenue de Attias.

Yasir Al-Rumayyan, gouverneur du Fonds d'investissement public et président de l’institut FII, prononcera également un discours le premier jour de l'événement.

Le ministre saoudien de l'Investissement, Khalid Al-Falih, profitera de son allocution pour évoquer le rôle des décideurs politiques dans la mise en place d'un cadre réglementaire solide, dans la gestion des changements économiques mondiaux afin d'insuffler de l'optimisme et de créer une voie vers la croissance.

7 100 participants du monde entier sont inscrits à l'événement.

                                  Richard Attias, directeur général de l'institut FII

Le ministre turc du Trésor et des Finances, Mehmet Simsek, le directeur de l'information de la société de gestion d'actifs Board Bridgewater Associates, Ray Dalio, et Makhtar Diop, directeur général de l'International Finance Corp. interviendront également lors de tables rondes le premier jour.

Le premier jour, dans un panel intitulé "First Board of Changemakers: Geoeconomics", les principaux dirigeants du secteur, dont Laurence Fink, PDG de Blackrock, Ruth Porat, présidente et directrice de l'information d'Alphabet et de Google, Stéphane Bancel, PDG de Moderna, ainsi que Stephen Schwarzman, président-directeur général du Blackstone Group, partageront leurs réflexions sur les stratégies qui pourraient être mises en œuvre pour lutter contre les défis environnementaux et les inégalités économiques.  

Muhammed Al-Jasser, président de la Banque islamique de développement, interviendra également dans le cadre d'un panel intitulé "Second Board of Changemakers: Banking and Investment", où il discutera des défis économiques persistants auxquels le monde est confronté et des moyens de s'attaquer à ces problèmes.

Mohammad Maziad Al-Tuwaijri, vice-président du Fonds national pour le développement d'Arabie saoudite, et Bernard Mensah, président de la division internationale de la Bank of America, participeront à un groupe de discussion sur la stabilité financière mondiale.

La première journée sera également marquée par un débat sur la nécessité d'accélérer le processus de transition énergétique.

Cette session réunira des leaders de l'industrie, notamment Amin Nasser, président-directeur général de Saudi Aramco, Marco Arcelli, directeur général d'ACWA Power, Catherine MacGregor, directrice générale d'Engie, et Patrice Motsepe, fondateur et président exécutif d'African Rainbow Minerals.

Parmi les autres orateurs de renom qui participeront aux panels de la première journée, citons Shou Chew, PDG de TikTok, Brian Hongdi Gu, coprésident de Xpeng, Masayoshi Son, président-directeur général de SoftBank Group Corp. ainsi que Mansoor Ebrahim Al-Mahmoud, PDG de Qatar Investment Authority, et Sarah Al-Suhaimi, présidente du conseil d'administration de Saudi Tadawul Group.

Le deuxième jour de l'événement aura pour thème "Les nouveaux algorithmes" et les discussions porteront sur la formation de talents prêts pour l'avenir afin de cultiver la résilience sociale, en mettant l'accent sur la manière dont les dirigeants peuvent exploiter le pouvoir des technologies émergentes pour avoir un impact positif.

Parmi les intervenants de renom de cette deuxième journée, citons Mohamed Jameel Al-Ramahi, PDG de Masdar, Marcelo Claure, fondateur et PDG de Claure Group, Julie Sweet, présidente-directrice générale d'Accenture, ainsi qu'Eric Schmidt, fondateur et PDG de la Schmidt Family Foundation, et Gautam Sashittal, PDG du Quartier financier du roi Abdallah.

Arif Amiri, PDG de l'Autorité du centre financier international de Dubaï, Olayan Alwetaid, PDG du groupe STC, et Ossama Rabiee, président et directeur général de l'Autorité du canal de Suez, participeront également à des tables rondes le deuxième jour de l'événement.

La troisième journée de FII8 est intitulée "Journée de l'investissement". Les discussions porteront sur les aspects pratiques de l'investissement et offriront des conseils concrets et des connaissances tactiques.

Parmi les personnalités de renom qui interviendront sur ce thème, citons Tony Douglas, PDG de Riyad Air, Rishi Kapoor, vice-président et directeur de l'information d'Investcorp, Zoe Cruz, fondatrice et PDG de Menai Financial Group, et Benjamin Horowitz, cofondateur et associé d'Andreessen Horowitz.

Le troisième jour, des dirigeants du secteur de l'hôtellerie et de la restauration participeront à une table ronde au cours de laquelle ils discuteront des dernières tendances du tourisme et de leur impact sur le secteur de l'immobilier.

Sébastien Bazin, président-directeur général d'Accor, Elie Maalouf, directeur général d'IHG Hotels & Resorts, Ferit Sahenk, président-directeur général du groupe Dogus, ainsi que Christopher J. Nassetta, président-directeur général de Hilton, feront partie des orateurs qui participeront à cette table ronde.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


TotalEnergies double son bénéfice, porté par les prix élevés liés à la guerre au Moyen-Orient

Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
Short Url
  • TotalEnergies double son bénéfice net trimestriel à 5,4 milliards de dollars grâce aux prix élevés des hydrocarbures
  • Ces profits relancent le débat sur une taxe des superprofits pétroliers en France

PARIS: Après un début d'année euphorique, le géant français pétro-gazier TotalEnergies est de nouveau dans le viseur des partisans d'une surtaxe des superprofits pétroliers après avoir annoncé jeudi un doublement en un an de son bénéfice net du 2e trimestre, à 5,4 milliards de dollars, dopé par les prix élevés des hydrocarbures liés au conflit au Moyen-Orient.

"Dans un environnement de prix élevé en lien avec le conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies tire parti de son modèle intégré et de sa diversification pour afficher au deuxième trimestre un résultat net ajusté (indicateur suivi par les analystes) de 6 milliards de dollars", s'est félicité le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, dans un communiqué.

Avec un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars sur l'ensemble du premier semestre, en progression de 73% sur un an, TotalEnergies fait mieux que les 10,6 milliards de dollars enregistrés au premier semestre 2022, année du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Son bénéfice net du 2e trimestre, en hausse de 100% (contre 2,7 milliards un an plus tôt), reste cependant en deçà des attentes des investisseurs. Le groupe a connu "une baisse significative" dans son secteur stratégique du gaz naturel liquéfié (GNL), "du fait d’une contreperformance" dans le négoce (achat-vente) dans un marché faible en Europe, a expliqué l'entreprise.

TotalEnergies avait déjà annoncé en avril un bond de 51% son bénéfice net pour les trois premiers mois de l'année, portés par l'envolée et la volatilité des prix du pétrole et du gaz, au début de la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran.

Cette performance exceptionnelle avait relancé les appels à la taxation des "super-profits" pétroliers, alors que le groupe est souvent critiqué pour la faiblesse, voire l'absence, de son impôt sur les sociétés en France au regard de ses énormes bénéfices mondiaux.

"TotalEnergies n’aura jamais aussi bien +capturé+ les bénéfices de guerre sur le dos des consommateurs", a ironisé jeudi sur X le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, le député de gauche Eric Coquerel (LFI), tandis que la porte-parole du gouvernement français et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon a répété qu'elle refuserait "toujours de rentrer dans le +Total bashing+".

"C'est une chance d'avoir en France un grand énergéticien mondial capable d'assurer l'approvisionnement des Français" et de "nous aider à tirer les prix vers le bas", a-t-elle dit sur RMC/BFMTV en référence au plafonnement des prix des carburants relancé mercredi par le groupe.

- "Faire payer les pollueurs" -

Au moment où "la France suffoque sous des canicules successives, causées par le changement climatique dont l’industrie du pétrole et du gaz est largement responsable, ces profits apparaissent particulièrement indécents", ont critiqué une coalition d'ONG (Greenpeace France, 350.org, CCFD-Terre Solidaire, Notre Affaire à Tous, Réseau Action Climat, Oxfam France), soulignant "l’urgence de taxer les profits des multinationales du pétrole et du gaz".

"Alors que les gouvernements se réuniront à New York en août pour négocier une Convention fiscale de l’ONU, ils ont une occasion historique de faire payer les pollueurs et de financer la protection dont les populations ont désespérément besoin", a commenté aussi Fanny Petitbon, directrice pays France de 350.org.

Entre avril et juin, la production de pétrole et de gaz de TotalEnergies a progressé de plus de 4% sur un an, grâce à la montée en puissance de projets au Brésil, aux Etats-Unis et en Libye, qui ont "compensé pour partie l’impact des pertes de production au Moyen-Orient" de l’ordre de 210.000 barils équivalent pétrole par jour, "en moyenne sur le trimestre".

Bien qu'une partie de cette production n'ait pas pu être expédiée, "compte tenu des difficultés d’accès au détroit d’Ormuz", la branche reine de l'exploration-production est restée en croissance, selon le groupe.

Son pôle de raffinage, pétrochimie et négoce a lui aussi profité de la hausse des prix des produits raffinés et des activités très rentables de négoce de brut, dans un contexte de forte instabilité des cours. Ce segment "aval" a ainsi dégagé un résultat opérationnel net ajusté à 2,3 milliards de dollars au 2e trimestre (+24%).

Le groupe a confirmé ses "priorités données au dividende et au désendettement de l’entreprise". Il distribuera à ses actionnaires un deuxième acompte sur le dividende de l'année 2026, d’un montant de 0,90 euro par action, en hausse de 5,9% par rapport à 2025.


Le pétrole remonte au-dessus de 95 dollars à cause des hostilités au Moyen-Orient

Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT, à 94,81 dollars. (AFP)
Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT, à 94,81 dollars. (AFP)
Short Url
  • Le Brent dépasse 95 $/baril, porté par les tensions au Moyen-Orient et les craintes sur les exportations de pétrole
  • Le gaz européen atteint un plus haut depuis mars, sur fond de tensions d'approvisionnement et de hausse des risques d'inflation

LONDRES: Les cours du pétrole montent fortement mercredi, le baril de Brent repassant au-dessus des 95 dollars pour la première fois depuis près de six semaines, car les hostilités au Moyen-Orient font craindre un blocage durable des exportations d'hydrocarbures de la région.

Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT (12H10 à Paris), à 94,81 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison le même mois, dont c'est le premier jour d'utilisation comme contrat de référence, prenait 4,30% à 87,97 dollars.

"La hausse du prix du pétrole intervient après que le président Trump a minimisé la perspective de nouvelles discussions avec l'Iran" lundi, explique Kathleen Brooks, analyste chez XTB.

Le président américain a notamment déclaré que les Etats-Unis n'en avaient "pas fini du tout" avec l'Iran.

Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle salve de frappes en Iran pour la "onzième nuit consécutive", affirmant que leur but est d'affaiblir la capacité de l'Iran à menacer le trafic maritime commercial dans le détroit d'Ormuz.

Le contrôle de la navigation dans ce passage stratégique est un point de contentieux majeur entre les deux pays, et selon le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio autoriser l'Iran à le contrôler créerait un "dangereux précédent".

Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, ont de plus annoncé lundi un blocus maritime de l'Arabie saoudite.

Depuis, "trois pétroliers saoudiens à destination de la Chine et de l'Inde auraient fait demi-tour" pour éviter le détroit de Bab el-Mandeb (au large du Yémen), préférant se diriger vers le canal de Suez, souligne M. Varga.

L'escalade du conflit "continuera d'exercer une pression à la hausse sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, et les risques d'inflation augmentent chaque jour", alerte Mme Brooks.

Le prix du gaz européen grimpe aussi, et il est au plus haut depuis mars.

Le remplissage des réserves européennes avant l'hiver "coïncide avec la hausse des besoins en électricité en Asie pour la climatisation pendant les mois d'été caractérisés par de fortes chaleurs", explique Jonathan Schroer, analyste chez UniCredit.

La compétition pour l'acquisition de gaz fait donc grimper les cours, alors que les exportations en provenance du Qatar sont bloquées.

Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne du gaz, prenait 4,39%, à 62,32 euros le mégawattheure.


La crise avec l’Iran pousse les économies du Golfe à accélérer leur transformation

La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
Short Url
  • C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe
  • Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années

PARIS: La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités.

C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe. Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années.

À ses yeux, il n’existe pas de modèle économique unique dans le Golfe. Les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont certes engagé des politiques de diversification, mais ils avancent à des rythmes différents et disposent de marges de manœuvre très inégales pour absorber un choc géopolitique majeur.

Les Émirats arabes unis apparaissent, selon lui, comme l’économie la plus solide de la région. Une croissance soutenue, des finances publiques excédentaires et un faible niveau d’endettement leur offrent une capacité d’adaptation que peu de leurs voisins possèdent. Cette discipline budgétaire permet au pays de continuer à investir dans la diversification de son économie tout en faisant face aux conséquences d’une crise régionale.

La situation est plus contrastée ailleurs, estime-t-il. Certains États continuent de financer leur croissance par d’importants déficits publics, ce qui réduit leur capacité à amortir les chocs.

L’Arabie saoudite, indique Chauvel, demeure, malgré les progrès réalisés dans le cadre de Vision 2030, plus dépendante des recettes pétrolières pour équilibrer son budget, même si les réformes engagées doivent progressivement réduire cette dépendance.

Des économies résilientes, mais des vulnérabilités persistantes

L’autre enseignement majeur concerne précisément le pétrole. Si les statistiques montrent une baisse progressive de la part des hydrocarbures dans le produit intérieur brut, Chauvel souligne qu’il ne faut pas se laisser tromper par les chiffres. Une grande partie de l’activité économique reste indirectement liée au secteur pétrolier, qu’il s’agisse de l’industrie, de la pétrochimie, de la logistique, des infrastructures ou encore des services. La diversification est réelle, affirme-t-il, mais elle demeure inachevée.

La crise actuelle rappelle également que la géographie continue de peser lourdement sur les économies du Golfe et que tous les pays ne sont pas exposés de la même manière. Leur vulnérabilité dépend notamment de leur proximité avec l’Iran et de leur dépendance au détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle des exportations d’hydrocarbures.

Au sein même des Émirats, les conséquences varient, affirme Chauvel. Il souligne que Dubaï, dont le modèle économique repose largement sur le commerce international, le tourisme, les transports et les services financiers, est naturellement plus sensible à une dégradation de la situation régionale qu’Abou Dhabi, dont les ressources pétrolières et les importants fonds souverains offrent un amortisseur plus efficace.

Les premières conséquences sont déjà visibles. Les grandes institutions internationales, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ont commencé à réviser leurs prévisions de croissance pour plusieurs économies du Golfe. L’Arabie saoudite, indique Chauvel, figure parmi les pays les plus concernés, tandis que les Émirats devraient connaître un ralentissement plus limité grâce à la solidité de leurs finances publiques.

Par ailleurs, Chauvel ne croit pas à un retour rapide à la normale. Même si un accord diplomatique devait intervenir entre Washington et Téhéran, il estime que le risque géopolitique restera durablement présent. Cette nouvelle réalité devrait, selon lui, modifier les stratégies économiques des États de la région.

La priorité ira désormais aux investissements dans les secteurs considérés comme stratégiques : la défense, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, l’industrie manufacturière, les infrastructures critiques et la sécurité énergétique. Les gouvernements chercheront à renforcer leur autonomie technologique afin de réduire leur dépendance aux fournisseurs occidentaux, notamment dans les industries de défense.

La géopolitique accélère la diversification 

Cette réorientation ne remet toutefois pas en cause leur volonté d’attirer les capitaux étrangers, bien au contraire. Les États du Golfe entendent poursuivre leur ouverture économique. L’Arabie saoudite maintient, par exemple, son objectif ambitieux d’attirer près de 100 milliards de dollars d’investissements directs étrangers par an, tandis que les fonds souverains de la région continueront d’investir massivement à l’international afin de diversifier leurs actifs.

L’un des principaux défis demeure toutefois celui de l’innovation. Malgré des investissements considérables, les économies du Golfe restent en retrait dans les classements internationaux mesurant leur capacité à produire des technologies de pointe. De son point de vue, cette faiblesse constitue probablement le principal chantier de la prochaine décennie, car construire un véritable écosystème d’innovation suppose de former des talents, de développer la recherche et de produire localement des technologies, plutôt que de se contenter de les importer. Ce processus est long et coûteux, mais il est désormais rendu encore plus indispensable par les tensions géopolitiques.

Cette nouvelle donne pourrait également rebattre les cartes de la coopération régionale. Chauvel voit se dessiner deux trajectoires. La première prolongerait la concurrence actuelle entre les grandes places économiques du Golfe, chaque pays cherchant à renforcer son statut de hub régional pour le tourisme, la finance, la logistique ou le transport aérien. Une telle compétition favoriserait, selon lui, les réformes, mais risquerait aussi d’entraîner des investissements redondants, voire excessifs.

La seconde voie privilégierait une intégration plus poussée entre les membres du CCG, à travers une meilleure coordination des infrastructures, une interconnexion logistique renforcée, une harmonisation des politiques de mobilité, une coopération industrielle et financière, voire le développement de capacités communes dans les secteurs de la sécurité et de la défense. Cependant, si cette option apparaît économiquement plus rationnelle, Jean-Baptiste Chauvel reconnaît que la logique concurrentielle reste aujourd’hui la plus probable.

Au fond, conclut-il, la crise avec l’Iran ne remet pas en cause la trajectoire économique du Golfe, mais elle en accélère le rythme. Les États de la région disposent d’importants atouts : des réserves financières considérables, des fonds souverains parmi les plus puissants au monde et une volonté politique affirmée de transformer leurs économies.